ROSE FANÉE
L'autre soir, en ouvrant quelques feuillets de prose Cachés sous la poussière et jaunis par le temps, J'en vis rouler à terre une petite rose
Qui me rappela l'heure où j'avais dix-sept ans.
A sa tige pendait un bout de satin rose Où j’aperçus le nom d’un ange aux traits charmants Qu'autrefois j'adorai ; mais, fleur à peine éclose,
La mort vint la cueillir à quatorze printemps...
Je priai ce soir-là — le cœur plein de tristesse — Pour celle qui dora l’aube de ma jeunesse
Des rayons les plus purs des plaisirs et des ris... Depuis, un autre amour a germé dans mon âme,
Et je vois tous les jours sa bienfaisante flamme
Illuminer le cœur de mes enfants chéris.
ler juin 1889.
A M.E. AUBÉ, SOURNALISTE
A l’occasion de son mariage
Au banquet de l’hymen le Seigneur te convie ; Accepte avec fierté, jeune homme, cet honneur, Un ange d’ici-bas te consacre sa vie,
Son amour, ses secrets, ses espoirs de bonheur !
I1 faut se marier ! C’est bien là ce qu’envie Tout être raisonnable et doué d’un bon cœur ; Mais, dans ce siècle où l’âme à l’or est asservie,
Trop de femmes, hélas ! ne rêvent que grandeur !..
Sois heureux ! sois heureux dans ton humble ménage! Chasse loin les soucis, et que pas un nuage
N’assombrisse un instant le ciel de,tes amours! Dieu te donne aujourd’hui — récompense ineffable —
Une épouse au cœur d’or, intelligente, affable,
Qui fera de ta vie un tissu de beaux jours !
Juillet 1881.
Li OU ae