CAUCASE
Au delà de la Caspienne, le Caucase des Turkmènes s'étend de la trouée du Heri-Rud qui le sépare du Paropamisus, jusqu'au golfe des Balkhans avec une rectitude presque parfaite. La partie orientale est constituée par le pli extérieur des monts du Khorassan, mais tandis que la chaîne principale se recourbe vers le sud-ouest et se rattache à TElburz, le rameau qui diverge dans la direction du nord -ouest diminue rapidement d'altitude en s'approchant du golfe des Balkhans; le plus haut pic du Kiuren dagh se dresse à i ,075 mètres, le Petit Balkhan à 800 environ et au delà aucun sommet de l'alignement n'est assez important pour porter de nom.
Séparé du Petit Balkhan par la dépression où coulait TOxus lorsqu'il était tributaire de la Caspienne, le Grand Balkhan (1720 m. au-dessus de la Caspienne) forme le pilier oriental et le seul massif de quelque importance de la petite chaîne transcaspicnne, considérée comme un des chaînons du système caucasien. Les collines qui continuent le Grand Balkhan vers le nord-ouest s'abaissent à mesure qu'on s'avance vers la mer ; elles dominent abruptement au nord le golfe des Balkhans, mais s'atténuent en un cordon littoral à l'ouest.
La chaîne du Grand Balkhan, le petit Balkhan et le Kiuren dagh sont surtout composés de roches de formations crétacées et éocènes. Le terrain cristallin apparaît aux environs de Krasnovodsk sous forme de collines granitiques. Andrussov a signalé également des affleurements du jurassique dans les environs de la ville. Vers le sud, les assises miocènes s'étendent du pied des deux Balkhans jusque dans l'île Tcheleken : de même qu'autour du Caucase, c'est dans ces terrains ou dans les assises des étages voisins que se trouvent les volcans de boue et les dépôts de naphte. Autour de cette zone miocène s'étendent des sables et des argiles semblables à ceux des grands déserts turcomans, d'une part, dans la presqu'île de Djardja,de l'autre, dans la direction du Sud, le long de la Caspienne.
Le seuil sous-marin qui unit les péninsules de Krasnovodsk et d'Apchéron, distantes de 200 kilomètres, descend à plus de 200 mètres au-dessous du niveau de la mer, mais de chaque côté l'abîme caspien s'enfonce à au moins 5oo mètres plus bas.
Des bords de la Caspienne aux plages de la mer d'Azov Taxe montagneux du Caucase, au nord de l'isthme Ponto-Caspien, s'étend sur plus de 1,200 kilomètres avec une rectitude presque unique
ASIK ANTHRIKIRH
sur la Terre. Dans son ensemble c'est un ourlet régulier, d'inclinaison plus douce au versant septentrional que sur les pentes tournées vers le sud. On peut y voir deux groupes séparés à peu près au milieu de la chaîne par un étranglement, bien que la crête garde une altitude moyenne à peu près constante de part et d'autre. C'est en ce point que se trouve également le col le plus bas (2,379 mètres) de la partie centrale du massif; c'est là que passe la fameuse route du Darial qui réunit la Russie à la Transcaucasie. Entre les altitudes de looo mètres sur les deux versants, de la plaine de Vladikavkas à celle de Gori, la largeur du Caucase est d'environ 100 kilomètres; elle est double dans la moitié occidentale, des bords du Rion et de la mer Noire à ceux de la Kuban ; dans la moitié orientale elle est triple, des rives de la Kura à celles du Terek, du Sulack inférieur et de la Caspienne. Cette dernière région, moins régulière que l'autre, porte le nom de Daghestan; c'est le « Pays montagneux » par excellence.
Le Caucase ne forme pas une arête unique; trois, quatre, cinq alignements se succèdent parallèlement sur le socle commun, d'autant moins élevés qu'on s'éloigne de la crête médiane, faîte presque constant de séparation des eaux, considéré comme chaîne maîtresse. Toutefois ce n'est pas dans cette dernière rangée que se dressent les quelques sommets suprêmes; ils dominent généralement la rangée située au nord et se relient pour la plupart à la chaîne maîtresse par des chaînons latéraux. Tel est le cas pour le Tebulos-mta (4,507 mètres) le plus haut pic du groupe oriental, et dans le groupe occidental, pour l'Elbruz (5,629 mètres ou 5,646), l'ancien volcan dont le sommet est le point culminant de tout le Caucase. Sur la presque entière longueur du versant septentrional et sur le versant méridional des monts de l'ouest, les chaînes latérales sont parfaitement reconnaissables, quoique morcellées par les cluses des torrents. D'ailleurs, elles ont reçu pour la plupart un nom qui en rattache les tronçons divers.
Le Daghestan méridional est quelque peu différent. La chaîne maîtresse domine ici, au nord, d'environ 3, 000 mètres, une vastedépression rectiligne, jadis lacustre, dont l'altitude est à peine de quelques centaines de mètres; c'est la vallée que parcourent l'Alazan et son affluent l'Aïri-tchaï, tributaires de la Kura. Par une cluse transversale, les eaux de ces rivières rejoignent vers le sud une autre vallée longitudinale, celle de la Yora et plus au sud encore, celle de la Kura; les terrasses de moins de 1,000 mètres d'altitude qui séparent ces dépres*
CAUCASK
sions forment le seul pli qui, de ce côté, borde la chaîne principale.
Le groupe occidental du Caucase est plus élevé que le Daghestan. Du Kazbek qui domine à l'ouest le défilé de Darial, jusqu'au delà de TElbruz, la chaîne maîtresse est couverte par les glaces d'une façon presque continue quoique la limite inférieure des glaciers du Caucase soit à environ 2,400 mètres d'altitude. Le seul col de Manissôn (2,825 mètres) s'y abaisse au-dessous de 3, 000 mètres. En celte région qu'on appelle généralement Caucase central, plus de quinze pics dépassent le Mont Blanc d'Europe; cinquante autres s'y élèvent encore à plus de 4,000 mètres. Le Kazbek (5,043 mètres), le groupe puissant de TAdaïkhoh (4,647 mètres), le Tscara ou Skhara(5,i84 mètres) faisant face aux deux géants latéraux le Dikh-tau (5,198 mètres) et le Kochtan-tau (5,148 mètres), le Tetnuld (4,853 mètres), le Tiktengen (4,656 mètres) et au nord de la belle vallée de Betsho, l'Uchba (4,699 mètres), le « Monstre dont le front 6st armé de deux cornes », sont les plus connus. La surrection considérable des massifs du Caucase central, par rapport à la largeur du socle, est un des trajts caractéristiques de la chaîne. Tous les voyageurs qui regardent les montagnes de quelque point delà steppe septentrionale, sont saisis à l'aspect de la formidable muraille.
Au delà de l'Elbruz la chaîne s'abaisse graduellement vers la péninsule de Taman. Le Djuman-tau (4,877 m.), long massif en forme de toit, séparant les hautes vallées de la Kuban et du Khodor, le Marukh (3,868 m.) et quelques autres massifs sont encore couverts de glaciers; l'Ochten ou l'Ochtek (2,807 ^•)' pointe suprême du massif de Ficht, terrnine à l'ouest la région des neiges persistantes.
A l'orient du Darial, les glaces ne forment pas une couverture continue. Quelques hauts pics seulement sont revêtus de neiges éternelles. La plupart d'entre eux s'élèvent sur la chaîne d'Andi, qui se dresse au nord de la crête médiane. La chaîne maîtresse du Daghestan atteint 3,287 rnètres au Barbalo, son pilier occidental. Elle garde une altitude moyenne de 3, 000 à 3,5oo mètres en s'avançant vers le sud-est. A l'est de Nucha elle se relève en quelques beaux massifs, tels le Basardjusi (4,484 m.), le Chalbuz (4,170 m.), le Chah-dagh (4,255 m.). Puis la chaîne s'incline pour former la péninsule d'Apchéron.
La constitution géologique du Caucase semble être d'une grande simplicité. Du Kazbek au massif de Ficht, les roches archéennes
ASIK ANTKRIKIIRK
composent entièrement la chaîne maîtresse; la zone qu'elles occupent englobe également une partie des chaînes latérales qui accostent cette arête. Ce sont principalement des granits injectés de roches plus récentes; ces filons, larges parfois de 3o mètres, sont formés de porphyres, de diabases, de dolérites, et bordés de chaque côté par d'étroites bandes de micaschistes et de chloritoschistes. La « Carte géologique de la Russie d'Europe » (1892) indique parmi les assises paléogènes du Daghestan sud-oriental, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Chemakha, deux affleurements de roches granitiques entourées de terrains crétacés. De même, la chaîne des Mesques, est formée d'une masse de roches granitiques passant tantôt au gneiss, tantôt à la syénite.
Il semble donc que la charpente du Caucase soit formée de roches cristallines. Sur cette première structure s'appuient des schistes argileux, siluriens ou dévoniens [Favre] très faiblement représentés au nord, mais affleurant en masses considérables au sud. Ces schistes puissants du versant méridional vont former la chaîne maîtresse du Daghestan, au delà du Kazbek et jusqu'à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Nucha. Toute la série des assises géologiques, du trias au miocène, vient former ensuite le versant septentrional du Caucase. Elles se disposent avec une régularité étonnante dans la partie occidentale, où aucune dislocation n'est venue les déranger; au sud de Vladikavkas elles se rétrécissent, suivant le mouvement général de la chaîne ; elle s'étalent de nouveau dans le Daghestan septentrional et remontent même jusqu'à la crête médiane : les calcaires blancs et rouges du Lias forment les massifs du Chalbuz et du Chah-dagh. De plus, elles rappellent ici la structure du Jura; d'après Abich, le Daghestan septentrional est un système de plissements parallèles dont les voussures sont déchirées et traversées de crevasses- Les terrains du tertiaire moyen et supérieur et les dépôts quaternaires viennent ensuite, mais ils forment déjà la région des steppes. Ils sont toutefois très importants, car c'est à travers leurs plis que les volcans se sont fait jour, dans les péninsules d'Apchéron et de Taman.
Une série à peu près analogue de sédiments recouvre le versant méridional du groupe occidental, mais avec moins de régularité que sur l'autre versant de la chaîne, car en cette région les accidents géologiques ont été considérables. Il en est de même du Daghestan méri-
QVUCASE
dional, mais ici les sédiments tertiaires sont presque entièrement cachés sous les dépôts fluviatiles et lacustres récents, recouvrant vallées et dépressions. Le sol des steppes que séparent l'Alazan, la Yora et la Kura, est formé par les dépôts miocènes dits « sarmatiques )>.
Au nord-ouest le Caucase s'avance régulièrement en pointe de lance comme pour rencontrer la Crimée orientale. Mais si la partie émergée garde un alignement rigoureux, les courbes de niveau sous-marines montrent que la chaîne s'infléchit déjà vers Touest et forme, avec la Crimée méridionale, c'est-à-dire avec la Crimée montagneuse, alignée de Test-nord-est à Touest-sud-ouest, un arc de cercle d'une grande régularité. Les deujç péninsules volcaniques de Taman et de Kertch forment le trait d'union entre les deux contrées.
Les monts de l'ancienne péninsule taurique couvre environ le quart de la superficie totale de la presqu'île, soit 6,000 kilomètres carrés. Sur toute son étendue, de la baie de Kaffa à la pointe Khersonèse (180 kilomètres), elle borde abruptement au nord la mer Noire; la crête suprême qui compte un millier de mètres de surrection moyenne (1,661 mètres au Tchatîr-dagh, sommet culminant situé à peu près au milieu de l'arc de la chaîne) n'est éloignée que de six à douze kilomètres des rivages marins. Les versants septentrionaux très doucement inclinés vont se fondre insensiblement dans le sol uniforme des steppes.
Les terrains jurassiques constituent, presqu'en entier, la Crimée montagneuse. .\u sud ils baignent directement dans la mer, mais au pied des versants qui regardent le nord, ils sont recouverts avec une régularité pareille à celle que l'on trouve dans le Caucase septentrional, par les assises du crétacé, de l'éocène et du miocène qui, à l'est, va s'étaler largement dans la presqu'île de Kertch ; dans la région des steppes les couches pliocèncs sont superposées au jurassique. Le calcaire nummulitique manque dans le nord du Caucase, en Crimée au contraire, il repose sur la craie et le lias criméen, fortement plissé, et indiquant une grande perturbation qui a précédé la période néocomienne mais ne s'est pas fait sentir dans le Caucase du nord.
Abich considérait la grande chaîne caucasienne comme un énorme anticlinal renversé vers le sud et il attribuait à toutes les assises une pente isoclinale vers le nord. Cette façon de voir ne peut être entière-
ASIK ANTKRIKLKK
ment rejetée, mais il s'en faut de beaucoup que la structure de la chaîne soit aussi simple. L'inclinaison des couches n'est pas partout la même; sur les versants on retrouve non seulement des plis secondaires, mais des différences de faciès très marquées; le terrain numulitique absent au nord affleure au sud.
Quoi qu'il en soit, il semble maintenant bien établi que la chaîne fut surtout affectée pendant les périodes jurassique et néogène; au cours de cette dernière époque, des couches de Tétage sarmatique furent portées à plus de 2,000 mètres d'altitude. C'est surtout au versant méridional que les mouvements orogéniques eurent la plus grande influence. Outre les irrégularités apportées par les plis et les dômes secondaires, des failles énormes, des affaissements considérables, des dislocations de tous genres s'y rencontrent. Ces accidents se relient probablement aux effondrements de la mer Noire et de la Caspienne. Au delà de cette mer, les témoignages de dénivellation ne manquent pas. Le Grand Balkhan et les collines à l'ouest sont les restes d'un anticlinal unique, courbé au-dessus de la baie des Balkhans et dont la partie méridionale est presque entièrement effondrée. [KOCHKOUL.] Des changements de niveau relativement récents ont eu lieu sur la côte sud-orientale de la Caspienne. Les tremblements de terre secouent encore la région : le petit port d'Uzun se trouva subitement approfondi, il y a quelques années.
La péninsule d'Apc héron a également subi des oscillations pendant la période historique. A l'ouest, le pays de Chirvan est fréquemment dévasté par les secousses du sol ; d'après Abich les vagues terrestres se propagent ici vers le sud-est sur le prolongement même de l'axe du Caucase. D'ailleurs, toute la vallée inférieure de la Kura est tristement célèbre par les secousses désastreuses qui s'y font presqu'annuellement sentir. La vaste dépression formée par cette plaine, la Caspienne méridionale et le bassin de l'Atrek, ouvert entre les Balkhans transcaspiens et les chaînes de l'Elburz, semblent bien former une même ère d'affaissement. De tous côtés, le sol tremble; il semble que de nouveaux effondrements se préparent. [SUESS, ABICH.]
En Abkasie des terrasses marines abandonnées se voient distinctement à 1 5o mètres de hauteur. Sur d'autres points le sol semble s'être affaissé. Près de Sukhum-Kaleh notamment, Dioscurias, l'antique cité grecque a disparu sous les flots. Des constructions se trouvent dans les alluvions jusqu'à ro mètres de profondeur ; la tempête rejette
CAUCASK
sur la plage des monnaies, des anneaux, des débris divers. [Prendel, TCHERNAVSKIY.]
Plus à Touest, toute la partie méridionale de l'arc criméo-caucasien est marquée de plages exondées variant en hauteur de 4 à 6 mètres; elles contiennent des coquilles d*animaux vivant encore dans la mer Noire. [ABICH.]
Au versant septentrional des chaînes les dénivellations ont été beaucoup moindres. On en voit cependant des traces, notamment aux environs de Petrovsk et de Derbent.
Ces mouvements des massifs caucasiens et des régions qui les environnent ont eu, très probablement, une grande influence sur la sortie des masses fluides internes. Aux grandes dislocations jurassiques ont correspondu dans la partie ouest de l'isthme Ponto-caspien, des épanchements nombreux de porphyre, de diabase et surtout de mélaphyre dont sont formées les montagnes de Lokhoni, de Rustav, de Syrkh-Leberta au sud est d'Oni, les massifs du Goloch au nord-ouest de Kutaïs et d'autres monts encore qui se prolongent au loin vers l'ouest jusque dans la vallée du Bsib. Mais ces formations, traînées ou massifs n'ont pas de caractère bien spécial. C'est vers cette même époque jurassique que l'on place la formation des divers massifs criméens. Sur les bords du Ri on des andésites, des anamésites, des dolérites et des labradorites apparaissent aux temps éocènes. Les masses intrusives des environs de Patigorsk se forment ensuite. Et enfin, après le plissement néogène, le maximum d'activité est représenté par les beaux cônes de rejet qui se dressent sur le sommet de la chaîne et par les volcans de boue et les éruptions de gaz qui entourent le grand massif montagneux.
Par la diversité des phénomènes éruptifs qu'il présente, le Caucase peut compter parmi les régions volcaniques les mieux marquées de la Terre. La série presque complète s'y rencontre et d'une façon remarquable à la fois par l'ampleur cics manifestations et la disposition symétrique des évents par rapport à la chaîne. Les cônes surimposés, les la ccolithes, masses injectées sous un dôme de sédiments, les volcans de boue ou salses, les sources minérales et les émanations gazeuses sont souvent signalés comme typiques.
C'est au sommet même du système montagneux que les volcans ont édifié leurs masses coniques plus ou moins régulières; ils se sont
ASIE ANTERIEURE
greffés en quelque sorte sur la chaîne. Leur apparition date de la fin du tertiaire ou du début du quaternaire. En tous cas c'est aux âges de la Glace que leurs coulées se sont répandues dans les vallées déjà creusées qui les entourent. Généralement les laves recouvrent de masses épaisses de loo et i3o mètres le granit ou le schiste mais on les a trouvées aussi, parfois superposées aux moraines glaciaires, ou aux alluvions, parfois recouvertes par ces moraines. Des blocs éruptifs ont été transportés par les glaces jusque dans les steppes qui limitent le pied des monts. 11 semble que l'activité de ces volcans eut l'homme pour témoin. Telle légende nous dit que les forgerons divins avaient établi leur atelier dans les montagnes. [Merzbacher.] Les produits rejetés sont surtout des andésites variant quelque peu pour chaque massif.
Le volcan le plus imposant, c'est d'ailleurs le mont suprême du Caucase, est V
ESlbroz, dont le nom dérive sans doute du mot tartare Yulbuzthaglor (( Montagne de Glace » parfois appliqué à toute la chaîne. II porte également Tapixîllation d'ibdis-thaglor, la « Montagne des Etoiles », car elle fut le berceau de Castor et de Pollux. Les Tcherkesses considéraient aussi la montagne comme « Sainte » ; elle était pour eux Ja « cime des bienheureux » et le maître du monde, roi des esprits trônait sur le socle de glace. [KOLENATI. Die Bereisung des Kaukasus.]
L'Elbruz constitue avec les remparts qui s'y rattachent, un des massifs les plus puissants du Caucase. Au sud, il se relie par un étroit pédoncule à la chaîne maîtresse. Au nord et au nord-ouest, il se prolonge par les puissants contreforts qui séparent les bassins du Terek et de la Kuban. Un des sommets de cette arête est le Bermamyt (2,612 mètres), montagne que le voisinage de Patigorsk a permis de bien connaître. Le massif volcanique même de l'Elbruz couvre une surface d'environ 450 kilomètres carrés. Son aspect est saisissant non seulement par sa grande élévation, mais aussi par l'harmonie de ses contours. C'est un dôme régulier à pente très douce, surmonté de deux cônes hauts de quelques centaines de mètres. La roche est presque complètement masquée par un manteau de glaciers puissants qui descendent jusqu'à l'abri des forêts dans les vallées supérieures. On ^aperçoit la montagne des steppes septentrionales comme une
CAUCASE Elbruz. Kazbek
lente blanche posée à Thorizon et grandissant à mesure qu'on s'approche.
Chaque année un grand nombre de voyageurs et de malades venus de Patigorsk gravissent les flancs du Bermamyt pour contempler la belle montagne dominant les pics majestueux qui l'entourent. Du sommet la vue embrasse un panorama merveilleux : les steppes; la nappe bleutée de la mer Noire; le chaos des géants caucasiens et parfois à rhorizon du sud la coupole de l'Ararat scintillant dans l'éloignement.
Favre avait cru voir de loin, entre les deux cônes terminaux de l'Elbruz, une immense chaudière volcanique effondrée; mais les explorations de Grove et de Freshfield ont montré qu'il n'en est rien. Les cuves principales par où s'est déversée la lave qui a édifié le volcan s'ouvrent au sommet des deux cônes. Celle qui termine le piton nord-occidental, le plus haut et le plus svelte, est bien conservée; elle est large de f,3oo mètres. Au nord-est, la « dent » qui la domine (5,646 mètres) est la plus haute aiguille du Caucase. La masse de névé, qui comble la cuvette et en forme une plaine horizontale, descend en glacier par une brèche ouverte dans la partie sud-ouest de la corniche. Le bord du cône sud-oriental, dont la cuve épanche également un glacier, atteint 5,623 mètres d'altitude. De nombreux cônes secondaires ayant également rejeté la pierre fondue apparaissent en plusieurs endroits sur les flancs du massif.
L'Elbruz repose entièrement sur la roche cristalline; il s'élève au point où les granits de la partie centrale de la chaîne affleurent sur leur plus grande largeur (plus de 40 kilomètres) et où les formations sédimentaires sont le moins soulevées, du moins au nord. Ses coulées sont formées d'une roche à pâte noire semi-vitreuse contenant de gros grains de quartz et des cristaux d'oligoclase et de pyroxène ; un peu de biolite et de magnétite s'y mêle.
Au point où la chaîne caucasienne a sa moindre largeur, où les couches ont été resserrées et redressées fortement, plusieurs massifs volcaniques se sont fait jour. Le
Kazbek, c'est-à-dire le « Chef », s'élève à l'ouest de la route de Géorgie. De la petite station de Kazbek située à l'est, au bord du Terek, le grand cône se dresse majestueusement au-dessus de larges contreforts. Il doit peut-être autant à son admirable régularité qu'à
ASIK ANTERIKURE
sa proximité du passage du Darial la vénération et la crainte dont on l'a entouré. Les Géorgiens l'appellent Mkinvari, les Osses Ours-khoh (Mont Blanc),et aussi « Pic de Bethléem » ou du a Christ ». Un couvent de moines était établi sur le sommet inaccessible, dit la légende. Le mythe de Prométhée cloué par les dieux au rocher n'est pas complètement disparu encore de la contrée. [J . Carol, Les deux Routes du Caucase,]
Le Kazbek est le dôme oriental d'un puissant groupe montagneux qu'entoure au sud et à l'est la vallée supérieure du Terek. Plus élancé que l'Elbruz parce que de base moins large, il est également terminé par deux pointes dont la plus haute (5,043 mètres) est le point suprême du groupe auquel appartient le massif. Parmi les glaciers qui serpentent sur les flancs du volcan, l'un d'eux, le Devdoroki, est célèbre. Il naît dans un vaste plateau de névé au pied septentrional du cône, puis se divise en deux branches qui prennent la direction de l'est, se rejoignent en une gorge étroite et se terminent à 2,3oo mètres environ. Lors des poussées anormales du glacier ou d'une infiltration des eaux, il arrive que la partie inférieure se détache et se précipite en avalanche, entraînant des blocs de rocher, des boues, des glaces, des torrents d'eau jusque dans la vallée du Terek. La rivière barrée s'accumule en lac derrière l'obstacle et le passage unique qui relie la Russie à la TransCaucasie est impraticable.
C'est dans la large bande des schistes argileux du Caucase, vers le point où ces schistes sont en contact avec les roches cristallines que se dresse la masse du Kazbek. Les couches sédimentaires sont en ce point presque verticalement redressées. Les coulées de lave se sont épanchées surtout au sud, au sud-est et à l'est vers la vallée du Terek, s avançant en contreforts et en terrasses où la roche se voit souvent sous la forme prismatique. Ces coulées consistent surtout en une andésite à pâte compacte d'un gris foncé, renfermant de grands cristaux d'oligoclase, çà et là du quartz, un peu de biotite, de sanidine et de magnétite [Favre]. D'énormes amas de scories rouges et grises se voient jusqu'au bord du Terek. Un grand nombre de sources minérales jaillissent dans les environs du Kazbek. En 1902 des masses de glaces se détachèrent du glacier de Genaldon, situé vers le nord-ouest, peut-être à cause de quelque tremblement de terre auquel le Kazbek n'eût pas été étranger.
D'après Lœwinson-Lessing, le Kazbek eut trois phases d'activité,
CAUCASE Kazbek. Gud
manifestées par des produits divers. Ce fut d'abord un trachyte noir et rouge, quelquefois à structure d'ataxite; son émission est probablement antérieure à la période glacière, car les moraines le recouvrent. En second lieu parut une lave rouge que l'on peut voir dans la vallée de la Tchheri, à Test du volcan. Enfin vinrent les coulées énormes d'andésites, peut-être postérieures à l'extension des glaces. Au sud-est du Kazbek, à l'est même du Col de la Croix, les
Tsiteii-mtebi (3,260 mètres), les « Monts Rouges » — mtebi, pluriel de mta, montagne — se dressent également dans la zone des schistes argileux. Ce groupe de cônes (au nombre de trois ou quatre) doit son nom à la multitude de scories volcaniques rouges qui se sont entassées pêle-mêle avec les cendres sur les flancs des monts.
Les Monts Rouges offrent des aspects sauvages; ils sont presque entièrement nus. Des cheires considérables s'étalent au sud-ouest, hérissées de mamelons et déchirées de crevasses. La roche est une andésite pyroxénique à pâte gris cendré se rapprochant beaucoup de celle du Kazbek [FOURNIER]. On a trouvé également dans les Tsiteli-mtebi des andésites amphiboliques.
Immédiatement au sud, d'autres volcans, connus sous le nom de volcans du
Gud, dominent la station de Gudaour. Ce sont des cônes et des remparts de scories démantelés. L'un d'eux a gardé plus ou moins la forme d'un cratère et est même occupé par un petit glacier.
Les cônes volcaniques des Tsiteli-mtebi et du Gud, dit Loewinson- Lessing, sont alignés dans la direction ouest-est ; les lignes de volcans coïncident avec la direction des diacloses dans les schistes paléozoiques et celles des nappes et des filons intrusifs anciens.
L'énorme coulée qui descend de ces régions vers le sud jusqu'aux environs de Mlety, appartient-elle aux Monts Rouges ou à ceux du Gud? Elle domine, à l'est, l'Aragva dans la vallée duquel elle s'est déversée. La route de Tiflis à Vladikavkas en gravit les flancs. Trois couches différentes, caractérisées par une couleur, un grain, une structure propre s'y distinguent; elles sont d'ailleurs séparées par des lits de cendres volcaniques. La masse de pierre fondue est tantôt compacte, tantôt poreuse ; en quelques points elle a pris la structure columnaire. [DUBOIS DE MONTPÉREUX.]
ASIE ANTÉRIEURE A Touest du col de la Croix, le plateau de
Kely est également un groupe de cratères. Les cartes montrent ces cavités emplies par des lacs assez irréguliers, dus sans doute à la fonte des neiges qui recouvrent souvent le plateau. Les coulées de lave se sont répandues surtout dans les vallées du Ksan et de la Liakhva. Une de ces masses de pierres fondues de plusieurs centaines de pieds de puissance est large de plus de quatre kilomètres près d'Erimani et présente une série de gradins très imposants. Elle est formée d'une andésite pyroxénique, tantôt poreuse, tantôt compacte. [Favre.]
D'autres cônes, contemporains des grands volcans de la chaîne, se dressent près de Djava, sur la Liakhva moyenne. Ce sont des masses trachytiques de faibles dimensions.
Il n'y a pas de volcan dans le Daghestan, si ce n'est au voisinage du col de la Croix. Le Tebulos-mta dont la cime pointue est couverte de glace n'est pas un mont ignovome comme l'avaient cru certains auteurs et le Chah-dagh est simplement percé de filons métallifères ; à la base jaillissent quelques sources minérales. Dans le voisinage, au «ud-est, la carte géologique de la Russie (1892) indique quelques masses de roches volcaniques récentes.
Les laccolithes n'offrent pas la même homogénéité que les grands volcans de la chaîne. Leur âge et leur composition varient, leur disposition n'est aucunement symétrique, les uns se trouvent en Crimée, les autres aux environs de Patigorsk.
Dans la Crimée montagneuse, presque tous les massifs éruptifs, et ils sont nombreux, se présentent sous cette forme aveugle de culot d'injection, à divers degrés de dénudation. Les roches composantes sont variées, mais ce sont surtout des diorites quartzîfères et des andésites. Les schistes, restes de la couverture primitive, entourent généralement leur base et sont fortement redressés. Un des plus grands, V
Alou-dagh, le « Mont des Ours », qui s'avance en cap majestueux à une dizaine de kilomètres au nord-est de Yalta, atteint près de 3 kilomètres de longueur et 542 mètres de haut. Sa forme lenticullaire qui le fait ressembler à un dos d'ours lui a valu son nom. [Danii.OFF.] Quelquefois, l'enveloppe n'a disparu que partiellement
CAUCASE Volcans de Crimée
et ce n'est que par places qu'apparaît la roche éruptive. Tel est le cas pour le
Gharkha, un des plus petits, mais le plus typique des laccolithes criméens; il est situé à 2 ou 3 kilomètres au nord deTAiou-dagh. Ces masses intrusives sont concentrées surtout sur le versant sud des montagnes et, au midi de Simferopol, sur le versant nord. De plus, on ne les trouve que dans les terrains jurassiques et Lagorio fait dater leur âge de la fin du jurassique ou du début du crétacé. Le cap
Phiolente seul, aux falaises pittoresques dominant la mer Noire au sud de Sébastopol, est enfermé dans des roches plus récentes.
La Crimée offre aussi quelques massifs volcaniques différents. On trouve au sud-est de Féodosie les coulées véritables du
Kara-dagh, massif constitué par des andésites et des dacites, autour duquel se dressent des accidents divers, dyke de Guiaour- Bakh, piton et nappe mélaphyriques de Koktebel. [Bruhnes.]
Les quelques massifs de roches éruptives qu'on rencontre aux environs de Patigorsk sont composés de microgranulites et de porphyres felsites [Ch. VÉLAIN, MouchkÉTOW] pointant comme un archipel au-dessus des terrains crétacés et tertiaires qui s'étendent à peu près uniformément dans cette région de steppes. D'après Schafarzik, ce sont des trachytes quartzifères à orthose. L'éruption de ces roches eut probablement lieu à l'époque tertiaire, après le dépôt des marnes éocène. L. Dru compte dix affleurements au nord-ouest de Patigorsk, un seul au sud-ouest, les plus éloignés se trouvant à 25 kilomètres de la ville. Leur forme, qui dans le principe était bombée, est plus ou moins reconnaissable. Le pic le plus important, domine au nord Patigorsk, c'est le mont aux « Cinq Têtes » le
Bechtaou (i,3o8m.) des Tartares, ainsi nommé à cause des aspérités du sommet. Il est encore bien conservé. A 10 kilomètres au nord, un autre laccolithe, le
Kuma le (( Poignard », déchiqueté par les érosions se dresse d'un jet au-dessus de la plaine. Quelques bosses sédimentaires se remarquent aussi à côté des massifs éruptifs; ne sont-ce pas là des laccolithes encore recouverts?
ASIE ANTKRIKUKK
La région de Paligorsk est renommée pour ses eaux thermales. Les sources minérales et alcalines qui jaillissent de toutes parts font de la région, par leur nombre et leur variété, une des plus remarquables de la Terre et, à ce point de vue, la première du Caucase. Patigorsk compte plus de vingt sources sulfurées alcalines thermales (de 29 à 47" C), Jeleznovodsk, c est-à-dire n eau ferrugineuse », indique par son nom les émanations hydro-minérales du voisinage; ce sont surtout des sources bicarbonatées alcalino-ferrugineuses chaudes (jusqu'à 5io C). Celles d'Yesentuky sont froides, mais elles contiennent du soufre. A Kislovodsk, dans les premières vallées montagneuses, la superbe fontaine de Narzan épanche 18 litres par seconde d'eau bicarbonatée ferrugineuse froide et dégage 5,400 mètres cubes d'acide carbonique par jour. D'autres sources minérales se rencontrent aux flancs des collines volcaniques ou dans les fissures du calcaire. D'ailleurs les tremblements de terre les ont fréquemment déplacées, et d'énormes dépôts de travertin indiquent que leur activité a été plus grande qu'elle n'est aujourd'hui.
Dans la colline de calcaire crétacé qui domine à l'est Patigorsk, un gouffre d'effondrement, profond de 26 mètres, dont le fond est rempli par un petit lac fumant, s'ouvrit, dit on, en 1774% en même temps que le sol se fendait sur une grande étendue. Une source sulfureuse jaillissant du fond alimente le réservoir. Chaque année, de fin mars au début de juin, le niveau du lac sélève de plus d'un mètre pour revenir graduellement à son état normal. On attribue vaguement à la fonte des neiges sur les premiers contreforts du Caucase la cause de ce phénomène.
Les couches sédimentaires de la région de Patigorsk sont coupées par deux systèmes de fissures, l'un orienté nord-ouest, l'autre nordest. Ces fissures jouent un rôle important dans l'hydrologie du pays, la majeure partie des sources de Patigorsk, tant minérales que d'eau douce, étant en rapport intime avec le système des fissures du nordesl. [K. ROUGUKVITCH.]
Les volcans de boue du système caucasien se font remarquer entre toutes les salses de la Terre par leur disposition symétrique autour de la chaîne, leurs grandes dimensions et leur activité. Ils offrent toutes ks particularités qui caractérisent ces manifestations volcaniques. En certains endroits ils sont accompagnés d'éruptions d'eaux thermales
CALCASE Volcans de boue
et minérales. Partout les hydrocarbures, à Tétat solide, liquide ou gazeux se mêlent à leurs formations.
On trouve des sources bitumineuses et minérales, des jets de gaz, dans tout le Caucase, mais ces émanations diverses abondent surtout aux deux extrémités de l'isthme montagneux et dans les régions qui leur font face, d*une part en Transcaspienne, d'autre part en Crimée, C'est d'ailleurs en ces régions seulement que les salses ont édifié leurs cônes de boue. La région volcanique transcaspienne, qui s'étend du pied des Balkhans jusqu'au bas Atrek et celle de l'extrémité sudorientale du Caucase, qui occupe la côte (et reparaît sous forme d'îlots) de la péninsule d'Apchéron à la basse Kura, s'arrondissent au nordest et au nord-ouest du bassin méridional de la Caspienne vers lequel elles s'inclinent.
A l'autre extrémité de l'isthme Ponto-caspien, les deux péninsules de Taman et de Kertch, à peine séparées par un détroit de lo kilomètres de largeur moyenne et de 5 mètres de profondeur, forment bien une même région. Les terrains miocènes, qui les composent, prennent ici une extension relativement considérable, précisément au point où les terrains secondaires qui forment la partie réellement montagneuse du Caucase et de la Crimée, s'affaissent sous les eaux. Ensemble les deux péninsules couvrent une superficie d'environ 7,000 kilomètres carrés.
C'est à travers les assises du terrain tertiaire qu'apparaissent les évents volcaniques du Caucase. Les hydrocarbures se trouvent logés soit dans des cavités, soit dans les roches de ces terrains; surtout du tertiaire moyen, mais on les trouve parfois dans des dépôts aralo caspiens(en Transcaspienne par exemple), parfois dans des dépôts jurassiques (aux environs de Kutais). De même que les majestueux volcans de la chaîne centrale se dressent au sommet d'un vaste anticlinal, les volcans de boue et les dépôts d'hydrocarbures connus apparaissent au sommet de plis semblables. Un seul, et des plus importants, fait exception à la règle, dit Sjôgren. C'est l'Osman-dagh, qui s'élève à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Baku dans une vallée synclinale.
Il est des salses de toutes dimensions dans la région caucasienne. Les plus grandes se trouvent au sud-ouest de Baku ; elles dépassent 3oo mètres d'altitude, atteignant ainsi à la hauteur du plus haut cratère (3o6 mètres) des Champs Phlegréens aux environs de Naples.
ASIE ANTERIEURE
Elles sont pour la plupart en activité ou ont eu des éruptions pendant les derniers siècles et celles qui paraissent éteintes peuvent se réveiller tout à coup.
Si le mécanisme des éruptions des volcans de boue se rattache aux causes générales du volcanisme, il est certain que la sortie et la formation des gaz hydrocarbures prennent aussi une grande part dans la marche du phénomène et certains auteurs la considèrent même comme facteur essentiel, voire unique, de la formation des salses. C'est à la pression de ces gaz qu'est due l'ascension des boues et du naphte dans les cheminées. Lorsqu'un volcan entre en activité, l'éruption est généralement accompagnée d'un dégagement considérable de gaz qui s'enflamme à l'air et s'élève sous l'aspect d'une colonne de feu. On ne sait pas exactement l'origine de ces dépôts. Sont-ce des débris organiques enfouis entre les sédiments ou des résidus chimiques? Les géologues et les chimistes n'ont pas encore résolu la question.
Les volcans de boue de la Transcaspienne sont encore imparfaitement connus. Le
NektÉ-DAGH*, « Neftjanaja gora » des Russes, c'est-à-dire « Montagne de naphte » est une colline haute de 80 mètres environ située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Bala-Ichem à laquelle une petite voie ferrée la réunit. Son bombement anticlinal à base ovale s'étend sur 2 kilomètres du sud-ouest au nord-est sur la moitié dans le sens perpendiculaire. Des collines de sable s'élèvent dans les environs. La « Montagne de naphte » est formée de dépôts aralo-caspiens anciens et récents, sables, argiles et glaises plongeant dans toutes directions. Des couches puissantes d'asphalte sont disséminées parmi ces terrains et le dos même de la colline est percé de sources épanchant de l'eau salée, du pétrole, de la boue. Ces émanations débouchent généralement en de petites dépressions circulaires ; l'accumulation des matières rejetées forme un cône autour de l'orifice; on dirait un volcan en miniature. Une de ces cavités, au nord-ouest, est presque circulaire; elle a près d'un mètre de diamètre. Un marécage l'emplit, d'où jaillit de l'eau salée et où nagent parfois des morceaux de cire fossile, brune, d'un parfum aromatique. Une autre mare, large d'un pied, se trouve au fond d'un cratère de 20 mètres de diamètre, dont les bords formés de coulées d'asphalte suf)erposées s'élèvent à 4 mètres.
CAUCASE Nefté-dagh Tchekelen
Au sud-est de la « Montagne de naphte » au versant sud-occidental du Petit Bal khan la
Buja-dagh*, « Montagne des Couleurs », est également formée d'un anticlinal de dépôts aralo-caspiens,mais plus grand et plus pittoresquement découpé. Il a lo kilomètres de long, 3 de large et i5o mètres de haut. Les cavités qui parsèment le sommet, nappes d'eau salée ou de naphte, ont généralement plusieurs mètres de largeur. On a remarqué dans le voisinage des espèces de geysers qui projetaient à 60 mètres de hauteur une solution de chlorure de sodium contenant de Toxyde de fer. C'est au dépôt coloré de ces substances que la colline doit son nom. Le
Greuk-tëpë, la (( Colline verte »; le
Gumusch-tépé, la « Colline d'argent » se dressent dans les déserts au bord de la Caspienne. L*
Ak tépë* la « Colline blanche » située au nord de Tchikichlar sur le bas Atrek rejetait de la boue, quand Sievers la vit en 1872.
La Transcaspienne est caractérisée par un carbure d'hydrogène spécial, l'ozocérite, qui manque dans le reste du système caucasien. C'est surtout dans l'île
Tcheleken*, situé au nord de Krasnovodsk, qu'il est exploité. 6,5oo puits de 4 à 6 mètres de profondeur, du reste bientôt taris étaient ouverts, en 1878, dans les deux plis qui s'étendent du sud-ouest au nord-est de l'île; ils produisaient quelquefois jusqu'à 100 tonnes par jour. L'ozocérite se trouve encore, entre les Balkhans, à quelques mètres de profondeur et sur des étendues considérables.
Les dernières ramifications du Caucase sud-oriental divergent quelque peu en forme d'éventail et viennent se terminer au bord de la Caspienne méridionale, en petites collines allongées ou en plateaux de quelques centaines de mètres d'altitude ; une de ces éminences. à l'occident de Baku, le plateau de Gosdek, affecte une forme circulaire remarquable. Les plis du sud s'avancent jusqu'à l'embouchure de la Kura, ceux du nord se recourbent vers l'est et se prolongent encore à une centaine de kilomètres dans la mer en formant la péninsule d'Apchéron. Entre ces rameaux extrêmes, la mer s'arrondit en une vaste rade de près de 200 kilomètres de pourtour dans laquelle se creusent des baies plus petites; c'est au bord d'une de ces anses secondaires
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ASIE ANTERIEURE
qu'est bâti le port de Baku. Toute cette région est desséchée, presque nue, d'aspect gris et maussade; quelques lacs saumàtres et des nappes salines s'étendent entre les collines. Telle vallée des environs de Baku rappelle les Uadi sahariens.
Les argiles, les conglomérats de l'étage aralo-caspien et les alluvions modernes de la Kura recouvrent partout le sol. Mais la série à peu près complète des couches tertiaires apparaît également, mise à jour plutôt par la désagrégation due aux changements de température que par les érosions.
Le nombre des volcans de boue de la partie sud-orientale du Caucase dépasse probablement une centaine dont plus de vingt-cinq sont importants. Ils se dressent au bord de la mer ou à peu de distance de la plage, soit à l'intérieur, soit sous forme d'île ; celles qui prolongent à Test la péninsule d'Apchéron ont des sources de naphte et des émanations gazeuses, six îles entre Baku et l'embouchure de la Kura sont de véritables salses.
Un grand nombre de salses n'ont pas encore été complètement étudiées, mais il semble qu'en général, elles soient situées au sommet d'anticlinaux plus ou moins bien conservés. Pourtant, parlant de l'Osman-dagh, Sjôgren le place dans une vallée syncjinale, ce qui est contraire à la description que fait Abich du même volcan.
La masse boueuse rejetée par les salses peut atteindre quelques dizaines de mètres de hauteur, mais le plus souvent les collines qui leur servent de socle portent leur altitude jusqu'à plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la Caspienne ; le
Ha4Ji-Mardan situé à yS verstes de Baku (W, 17» S) est le plus élevé des volcans de boue de la région (542 mètres.)
Les salses les plus considérables ont deux ou trois kilomètres de diamètre; certains cratères présentent un millier de mètres de largeur. Les coulées sont généralement petites, mais il en est dont la longueur atteint une lieue. Parmi les argiles et les marnes boueuses que vomissent les salses, on trouve des cristaux divers : feldspath, quartz, amphibole, magnétite, soufre, etc. Abich cite certains volcans ayant rejeté une sorte de lave d'aspect trachytique (i).
Dans la péninsule d'Apchéron, plus de dix salses sont assez impor-
(1) Nous ne mentionnons que les salses les plus importantes, pour les autres nous renvoyons aux ouvrages de H. Abich, voir la Bibliographie.
CAUCASE HacUi-Mardan, Daschkesan *
tantes pour porter un nom spécifique. Dans le nord, elles s'élèvent autour des lacs de Balakhan et de Massasyr, dans le sud, elles surmontent les collines qui entourent le plateau de Gosdek. Le
Bag^-Bog ou Kyrmaky (120 mètres) se dresse à un kilomètre au sud-ouest de Balakhan içème. Le
Yokmali* ou Takmali, au nord-est du plateau de Gosdek, se forma brusquement le 27 novembre 1827. [HUMBOLDT, Cosmos, trad. Faye, vol. I, p. 253]. Le
LiOk-Botan* ou Loghbotan (100 mètres), au sud du plateau, près de la station de Puta, termine une éminence allongée du sudouest au nord-est et bordée de nappes aqueuses. Après vingt-trois ans de repos, la colline ravinée, couverte de verdure et où ne se voyait aucune apparence de cratère, rentra brusquement en activité en janvier 1887. L'aspect de la montagne changea pendant les quelques jours que dura l'éruption. Un cratère s'était ouvert entre les deux pointes qui terminaient auparavant la montagne, autour duquel des fissures et des trous profonds se disposaient de façon assez symétrique. Des bosses de glaise et des cônes parsemaient également les flancs de la colline.
Dans la région qui s'étend au sud-ouest vers les rives de la Kura viennent d'autres volcans. L'
Osman-dag^h '*' (420 mètres), Otman-Boss ou Karagusch, s'élève en forme de dôme parmi les couches sédimentaires très déjetées au milieu desquelles il s'est fait jour, un peu au nord de Sangatschal. Le cratère aux bords abrupts qui s'ouvre au sommet du volcan a 35o mètres de largeur. Des cavités secondaires et dés groupes de cônes se montrent dans l'intérieur de cette cuve [ABICH]. Au sud-ouest, le
Toragal (425 mètres), masse de boue au cratère large de près d'un demi-kilomètre, se trouve au centre d'une plaine à peu près circulaire sur le bord de laquelle s'élèvent d'autres volcans très nombreux.
Un groupe de salses se dresse à quelques kilomètres au sud du Toragaï, immédiatement au nord-ouest de la station d'Alat. Cinq ou six volcans s'alignent, partie nord-sud, partie est-ouest. Au point de croisement, le
Daschkesan * (232 mètres) montre de beaux cônes de boue, des « champs de cratère » où bouillonnent les gaz, des nappes de vase et des sources de naphte. Il est assez singulier de trouver également
ASIE ANTERIEURE
des cônes de cendres et de scories parmi ces formations. Des blocs de roches, lourds et durs, sans aucune stratification apparente surgissent en falaises d'aspect tourmenté, hautes d'une centaine de mètres : on n'y voit ni cratères, ni coulées, mais l'action du feu y semble pourtant manifeste. [SJOGREN].
Quelques salses s'avancent dans les flots au sud du Daschkesan. Elles forment des promontoires avancés entre lesquels s'incurvent les rivages. Le cap
Alat '*' (loo mètres), au sud-est de la ville de ce nom, est un de ces volcans. Ses pentes se terminent abruptement dans les flots. En i885, l'Alat eut une éruption qui dura trois jours. Le
Bandovan, autre cap, un peu au nord de la Kura, marque la limite méridionale de la région volcanique. Quelques petits cônes boueux, rigoureusement alignés sud-sud-est nord-nord-ouest, le relient à l'
Agh-Sibyr (140 mètres) dont le cratère elliptique, large de 900 mètres, est entouré d'une quadruple enceinte.
Les îles volcaniques de la région sont très petites.
BuUa*, la plus grande, située à une vingtaine de kilomètres à l'est du cap Alat, a deux ou trois kilomètres du sud-est au nord-ouest, deux transversalement De même que la plupart des îlots volcaniques voisins, elle apparaît au-dessus des flots comme un plateau ondulé, terminés en falaises abruptes hautes de 10 à i5 mètres. Vers le nordest le plus haut point de l'île atteint 60 mètres. Bulla est percée de cratères nombreux, pour la plupart bouillonnant, couverte de marécages où viennent crever les bulles de gaz. Une autre île,
Kumani*, à une vingtaine de kilomètres au sud-est du Bandovan, s'éleva du fond de l'eau en 1861. Sa forme est un ovale parfait long de 87 mètres, large de 66. La hauteur de l'île est de 4 mètres à peine. Dans la partie septentrionale les masses boueuses se disposent concentriquement; vers le sud au contraire, elles rayonnent vers la périphérie. La plus méridionale des îles volcaniques, appelée
Kurinskl Kamen*, est située à cinquante kilomètres au sud-est de l'embouchure de la Kura. Des bulles de gaz agitent sans cesse l'eau qui remplit ses dépressions.
Le naphte du Caucase sud-oriental se mêle aux produits rejetés par les salses, s'échappe de terre aux points d'érosion ou de rupture des plis, accompagné d'eaux salées ou sulfureuses, froides ou
CAUCASE Alat *, Kurinskl Kamen *
chaudes. Mais il est surtout mis à jour par les procédés industriels Les champs d'exploitation se trouvent entre Balakhan et Sabuntchy au nord-est de Baku et à Bibi-Eïbat au sud-ouest. Les gîtes naphtifères se trouvent principalement dans les sables et les grès de l'oligocène dont la série atteint jusqu'à i ,000 mètres d'épaisseur. Lorsqu'un puits pénétre dans un gisement la pression projette l'huile, presque toujours avec une extrême violence. Parfois l'outillage est emporté et une colonne de liquide s'élance dans les airs jusqu'à une centaine de mètres de hauteur mêlée de matériaux divers, sel, boues, pierres, etc. Mais ces brusques sorties sont généralement de courte durée. La source tarit, ou garde une activité intermittente, ou encore s'écoule simplement dans les réservoirs. Quelques-unes toutefois ont jailli pendant des semâmes entières. La Droojba, au sud-ouest de Baku, prit feu, lors de son apparition et pendant 40 jours une gerbe de flamme haute de 80 mètres brûla à l'orifice du puit.
Les matières rejetées avec le naphte s'accumulent parfois autour de l'orifice de sortie et forment un cône avec ouverture cratériforme dont la hauteur peut atteindre plusieurs mètres. Le Bag-Bog n'a pas d'autre origine, et certainement un grand nombre parmi les salses du Caucase sud-oriental sont de formation semblable.
Les gaz hydrocarbures sortent de la terre en presque toute cette région. On a vu des incendies se déclarer sur d'immenses étendues. En face de Bibi-Eïbat, deux sources jaillissent même en mer Qu'une étoupe enflammée, qu'une simple étincelle tombe dans les environs et la nappe liquide se recouvre aussitôt d'un manteau ondoyant de feu. Au nord-est de Baku dans la a Plaine du feu » l'Atechga, les émanations gazeuses sont devenues célèbres. C'est là que s'est élevé la fameux temple des Guèbres, adorateurs du feu, dont la religion, une des plus anciennes du monde, s'est maintenue jusqu'à nos jours.
La région naphtifère du Caucase sud-oriental se prolonge au sud du Daghestan jusqu'au delà de Chemakha. Des explosions de naphte brûlant ont eu lieu dans les environs de la ville, projetant des masses d'argile et de pierrailles avec flammes et fumées. Des sources pétrolifères sourdent entre Tiflis et Telav et dans le bassin de la Jora. Plus à l'ouest, aux environs de Kutais et même dans la mer Noire, en face deRizeh des émanations d'hydrocarbures ont été signalées. Au nord du Daghestan, sur le rivage de la Caspienne et au nord-ouest
ASIE ANTERIEURE
de Grosny, des puits mettent le pétrole à jour; l'exploitation a même une grande importance en cette dernière région, bien marquée par les deux plis anticlinaux qui séparent le Terek de son affluent la Sundja.
Les deux péninsules qui se font face des -deux côtés du Bosphore cimmérien sont formées de collines allongées, hautes en moyenne d'une centaine de mètres, s'alignant généralement de Test à l'ouest et dont les axes, pour quelques unes, coïncident de part et d'autre du détroit. On compte quatre ou cinq de ces plis, plus ou moins parallèles, enserrant des vallées régulières. Dans la presqu'île de Kertch, plus massive que celle de Taman, ces plis sont des anticlinaux effondrés et les vallées intermédiaires, les synclinaux correspondants. Ces derniers ont gardé leur régularité primitive alors que les strates des anticlinaux ont subi des dislocations et des contournements souvent considérables. Les chaînes de collines de Taman doucement ondulées sont restées plus entières; les vallées intermédiaires sont pour la plupart couvertes de marais et d'étangs dits « limans » où vient s'égarer la Kouban.
D'après Abich, le Bosphore cimmérien. qui coupe la région vers le milieu et normalement à la direction générale des plis, est une faille
Les terrains miocènes et postérieurs qui composent les deux péninsules sont formés surtout de couches d'argiles feuilletées, de marnes avec bancs de gypse intercalés, de sables et de calcaires coquilliers. Sur le sommet des collines, au sud de Taman et dans presque toute la péninsule de Kertch, apparaissent de curieux calcaires coralliens, développés en bancs énormes ou relevés en pyramides et en obélisques. Dans la partie septentrionale de la péninsule occidentale ils se montrent en atolls pittoresques, ressemblant à des cratères aux laves figées.
Il est certain que le sol des péninsules a subi de fréquentes oscillations, surtout à la fin des temps tertiaires, ainsi qu'en témoigne la discontinuité dans la distribution des dépôts tertiaires. Depuis l'époque où Strabon parle de la péninsule de Taman comme d'une Polynésie jusqu'à nos jours, elle n'a cessé de se consolider, mais la part qui revient à la surrectîon du sol et celle qui provient des. apports de la Kuban et aux rejets des volcans de boue est diflScile à déterminer.
CAUCASE Gnlla-gora *
Le passé historique de cette contrée est plein de mystères. Les récits des nomades ayant parcouru les immenses steppes asiatiques se mêlant à ceux des commerçants itinérants venant des « Côtes de l'Ambre », à l'impression causée par les phénomènes locaux et aux fables diverses, firent placer, par les Grecs de l'époque héroïque, le Coxyte formé du Styx et du Phlégéton aux abords du Pont Euxin. Le « Grand Nord », le « fleuve Océan », les bouches de l'Enfer voisinaient, tout naturellement. La ville de Kimmericum, située au bord nord-est du bosphore maléotique, s'appelait aussi Kerberion, dit Pline, du nom du redoutable gardien de l'entrée du Tartare. La période vivante de la région fut celle où Mithridate opposait aux Romains toutes les peuplades du vaste hémicycle pontien, de rister au Halys, du Danube au Kyzil Irmak de nos jours.
La plupart des volcans de boue des presqu'îles de Taman et de Kertch sont encore actifs ou ont montré encore récemment des signes d'activité Ils sont encore désignés de nos jours par les Cosaques qui habitent la région sous le nom de Pêkla, « Enfers /) ; on les appelle également Blevaki, « volcans de boue », ou Gre:[nei-gora, a montagne de boue », ou encore Horikia-Moghila « collines qui brûlent ».
Quelques salses s'élèvent sur la colline, au sud de Temrjuk, parmi de beaux pâturages. La plus récente, la
Gnila-gora*, désignée par a sur la carte ci-jointe, la « montagne pourrie », fit éruption en i8i5 et modifia quelque peu la topographie de la région. A une quinzaine de kilomètres au nord de la ville et à 2 ou 3 kilomètres des rivages, une île surgit brusquement, {d de la carte), avec flammes et fumées, disent les indigènes, en septembre 1799. Elle grandit rapidement et finit par atteindre 4 mètres de haut et 400 mètres de circonférence. Dans le courant de l'année 1800, l'îlot, déchiqueté par le choc des vagues, disparut. Mais 14 ans après, en mai, et presque au même endroit (à moins de 3 kilomètres au sud-est) un autre îlot (b de la carte) surgissait, de dimensions à peu près semblables. Quelques années après son apparition il avait également disparu.
Plusieurs groupes de volcans s'alignent vers l'ouest, entre les extrémités des limans d'Aftaniz et de Taman. Le
Bekul-Oba, (c de la carte) et, plus loin, le
Kussu-Oba*, {h de la carte), haut de 5o à 60 mètres et qui se révéla tout à coup le 14 avril 1818, jour du Vendredi -saint. Dans une explosion formidable le volcan s'était créé une issue à travers un
ASIE ANTERIEURE
tumulus et des fragments d'édifice furent projetés jusque dans la 'plaine. Le
GhumukaT (g de la carte), qui se dresse au fond même du golfe deTamanest encore un volcan important. On l'appelle aussi Kull-oba, « colline des cendres ». Quelques orifices boueux s'ouvrent à son sommet, mais on n'a jamais parlé d'explosions semblables à celles des autres volcans. Quantité de grands tumulus s'élèvent sur ses flancs. Pallas trouva sur la cime un petit cône avec un cratère vaseux où se mêlaient la boue, des racines de roseaux et de joncs et des débris de poteries. Le voyageur suppose que le gouffre du volcan est en communication avec le lac Aftaniz (il en est pourtant séparé par le Kussu-oba) d'où il tire ses racines et qu'il a percé quelques tumulus dont il met à jour les objets.
Le plus important de tous ces évents volcaniques est sans contredit le
Kuku-Oba*, (;' delà carte), la « colline bleue » des Tartares, qui s'élève au bord occidental de la crête de Fontan, à une centaine de mètres au-dessus du golfe de Taman qui s'étend au sud. Elle n'a pas plus de 5 à 600 mètres de diamètre à la base et se creuse au sommet d'un petit cratère gazonné de 88 pas de tour et de 4 à 5 pieds de profondeur. Deux petits cônes secondaires se dressent sur le bord de la cuve et d'autres cônes parasites surmontent les pentes faiblement inclinées de la colline.
Les torrents de boue se sont épanchés dans la plaine; le plus long atteint un kilomètre et demi de longueur. Ces coulées sont très hétéromorphes : pierres blanches, argiles feuilletées rougeàtres, ocre argileux, terre glaise, fragments de gypse, bitume, efflorescences tantôt salines, tantôt sulfureuses, tout se mêle. Un cône adventif, seule bouche encore active que vit Dubois de Montpéreux en i832 jetait une « boue argileuse grise, froide, se gerçant à l'infini et se décomposant en marne blanche ».
L'éruption la plus célèbre de ce volcan date du 27 février 1794, à 8 heures 1/2 du soir.
« Il se fit d'abord un grand sifflement, écrit Dubois, puis un coup de vent qui dura une minute, accompagné d'un roulement semblable à celui du tonnerre et qui partait de la montagne. Ces lugubres avantcoureurs furent suivis immédiatement d'une colonne de fumée venant