CAUCASE
L'origine de ce nom, Kavkas en russe, n'est pas encore bien établie. La grande chaîne, d'ailleurs, reçut quantité d'autres noms que lui laissèrent les peuples conquérants de passage ou ceux qui se réfugièrent dans ses vallée». Pour les Tartares, qui voyaient de loin scintiller les glaciers, c'est le Yalbuz-thaglor, la « Crinière de glaces )>. Les Arabes, frappés par la diversité des peuples qui l'habitaient, l'appelèrent Djebel-el-lisàn, « Montagne des langues ».
Comme tous les hauts sommets, le Caucase a ses légendes. Tantôt c'est le berceau de la race humaine, tantôt la borne du Monde; du mythe de Prométhée à celui de la « race caucasienne », nombreuses sont les fables et les erreurs qui se rattachent à son nom. Aristote pensait que les plus hautes cimes restaient encore éclairées quatre heures après que les plaines de la base étaient plongées dans les ténèbres, et jusqu'au milieu du XVIII.« siècle, des écrivains lui donnaient encore quatre-vingts kilomètres de hauteur.
Certainement le Caucase est un des plus remarquables parmi les plis montagneux qui rident la surface terrestre. C'est un des fragments de cette longue chaîne ondoyante qui s'étend de l'Asie centrale à l'Europe occidentale; il se rattache d'un côté aux Pamir, par le seuil de la Caspienne, les monts du Khorassan, rempart nord-oriental du plateau iranien, et le Paropamise, et de l'autre aux Alpes, par la Crimée, la bordure sous-marine qui domine la profonde dépression de la mer Noire, les Balkans et les Carpathes [SUESS]. L'étude de la
ASIK ANTKKIKURE
Crimée et de la région transcaspiennc qui s'étend au sud et au sud-est de Krasnovodsk est inséparable de celle du Caucase qu'elles prolongent dans les deux sens, et auquel elles se relient par la structure du sol, les phénomènes d'oscillations qui les ont affectées, ceux qu'elles subissent encore et les manifestations volcaniques.
Par sa position, le Caucase se réunit aussi à l'ensemble montagneux de l'Asie antérieure. Les plateaux iranien, arménien et anatolien forment un rempart dont la direction sud-est nord-ouest, lui est vaguement parallèle, et la partie la plus saillante de ce groupe, projetée un peu en dehors de l'alignement, le massif d'Arménie, vers lequel semble concourir toutes les chaînes, se rapproche du Caucase et se dresse précisément en face des sommets les plus élevés de ce système montagneux. Sa situation a même valu aux monts d'entre Araxe, Kura et Pont-Euxin le nom de Petit Caucase et parfois celui d' Anti-Caucase.
Une petite chaîne transversale, les montagnes Mesques, relie les deux régions; son arête s'abaisse à 919 mètres au col de Suram; à l'est, la vallée de la Kura et la cuvette méridionale de la Caspienne, dont le fond est à 946 mètres au-dessous du plan d'eau méditerranéen, à l'ouest la vallée du Rion et la mer Noire avec des profondeurs de plus de 1,000 mètres forment la limite méridionale du relief caucasien.
Au nord la région caucasienne est très nettement limitée par la dépression ponto-caspienne où se traînent les rivières Manitch; des deux côtés, les steppes immenses s'étendent uniformément jusqu'aux collines d'Ergheni et au nord de la Crimée jusqu'au plateau du Donetz. Elles s'afîaisent à peine pour former le bassin de la mer d'Azov, profond d'une douzaine de mètres et dont le sol composé d'un sable argileux ne possède pas une seule roche. Sur la face septentrionale, au devant de la partie centrale de la chaîne, le relief s'atténue assez doucement : à 200 kilomètres au nord de l'Elbruz, Stavropol se trouve encore à ySo mètres d'altitude, à peu près au centre d'une immense terrasse. La fosse septentrionale de la Caspienne descend à 769 mètres au-dessous du niveau de la mer; au-delà, la petite chaîne qui s'étend à l'est de Krasnovodsk se relie par quelques collines au plateau d'Ust-Urt dont les ondulations se dressent à quelques vingtaines de mètres, d'une part au-dessus des eaux caspiennes dans la presqu'île Mangichlak, de l'autre au-dessus de celles de la mer d'Aral.