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CHAPITRE PREMIER

ÉGÉIDE

Les géographes et les géologues modernes désignent sous ce nom d'Egéide toute la région déprimée et morcellée qui s'ouvre entre les deux puissants systèmes montagneux que TAsie et T Europe prolongent l'une vers l'autre; l'Anatolie et la péninsule balkanique.

Toute cette région, mer Egée, Anatolie occidentale, Thrace, Macédoine et Grèce est caractérisée par une grande diversité de relief. Les chaînes et les massifs continentaux se résolvent ici en péninsules noueuses et déchiquetées, en archipels groupés sur un fond très inégal. Des dépressions s'étendent à travers ces formations en larges bassins maritimes ou en golfes étroits resserrés entre les terres avancées. De hautes crêtes s'élèvent à côté de plaines basses, de gouffres marins même. Alors que les deux vastes péninsules qui l'enceignent, présentent un aspect géométrique, des formes massives, l'Egéide, au contraire, se distingue par une étonnante richesse d'articulations. Aux irrégularités de relief s'ajoute la diversité des terrains; telle île est un bloc de gneiss, telle autre un massif de calcaire, une troisième un amoncellement de laves.

La grande diversité de relief de l'Egéide est due surtout aux effondrements et oscillations que le sol eut à subir. Les dislocations se sont formées à travers les plissements préexistants sans aucune symétrie, aucun rapport apparent, entre elles ou avec ces plissements. Souvent

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la succession des massifs leur est parallèle, alors qu'elle est oblique, perpendiculaire même par rapport aux plis. Elles ont haché, morcelle la région et il est aujourd'hui très difficile de reconstituer Tallure primitive des chaînes avec les débris qui en restent. Des plis sont encore indéterminés; il existe peut-être des rebroussements, des allures indépendantes.

Au centre de l'archipel apparaît un noyau de roches cristallines fortement froissées, ayant subi des compressions à différentes époques et de différents côtés ; gneiss, granits gneissiques, schistes amphiboliques et marbres, peut-être archéens, forment la charpente de toutes les Cyclades à l'exception de celles du sud-est. Il s'étend dans toute TAttique et l'Eubée méridionale et la partie médiane de Skyros, la plus méridionale des Sporades du nord, mais il est plutôt formé ici de micaschistes et de phyllades s'appuyant sur le soubassement archéen et offrant en quelques points des indices d'alignement sud-ouest, nordest. Ce noyau est bordé au sud et au sud-est par une zone montagneuse où l'on voit encore apparaître çà et là les schistes cristallins, mais où ils sont le plus souvent recouverts par de puissantes couches de schistes paléozoïques et des calcaires mésozoïques et éocènes. Santorin, Anaphi, Amorgos et quelques îlots voisins font partie de cette zone. Vers le nord elle paraît se continuer par le plissement qui s'ébauche à l'ouest de Smyrne et à Chio et qui se prolonge vers la Troade par la partie orientale de Mytilène. Les terrains paléozoïques et mésozoïques de cette chaîne, seule assez bien connue parmi celles de l'Anatolie nord occidentale, y ont aussi une grande importance. Mais les relations qui pourraient exister avec les Cyclades du sud-est nous sont encore inconnues.

Quelques massifs de gneiss alignés du sud-est au nord-ouest se montrent en Carie et parmi les Sporades méridionales. Au nord-est cette chaîne apparente est bordée par les micaschistes grenatifères et les marbres paléozoïques qui forment la Lydie et l'Ionie et qui se prolongent jusque dans la partie orientale de Samos. Un autre noyau cristallin très important, formé de micaschistes, de phyllades et de calcaires avec traînées de gneiss et de granit, borde au nord l'Egéide. Il s'insère entre la chaîne des Balkans au nord et les plis dinariques à l'ouest; au sud il se termine par les massifs de l'Olympe et du Pélion, les roches qui entourent le golfe de Volo, la Chalcidique, Thasos et Samothrace. Il subit les influences des premiers plisse-

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ments des chaînes dinariques, car on reconnaît dans sa structure une orientation semblable; il fut bouleversé et disloqué avec une intensité particulière et spécialement dans sa partie méridionale par les fractures ultérieures. Les quelques affleurements de schistes cristallins de la Morée méridionale et de la Crète ont peut-être aussi constitué un massif à part.

Les plis de TAnatolie et de la partie occidentale de la péninsule balkanique, Taurides et Dinarides des géologues, se sont déposées et plissées entre les noyaux cristallins et tout alentour. Les chaînes orientales sont peu connues ; l'exploration géologique de l'Anatolie occidentale étant très incomplète encore. Celles qui constituent la Grèce, mieux étudiées se présentent avec une simplicité remarquable. Des faisceaux de plis formant arc de cercle à convexité tournée vers le sud s'insèrent entre les massifs cristallins des Cyclades et de l'Égéide septentrionale; ils couvrent toute la Grèce nord orientale, l'Eubée septentrionale et les Sporades du nord. Les calcaires et les schistes qui les constituent, avec bancs de silex et amas de serpentine, appartiennent surtout à la période crétacée. Un faisceau de courbure semblable forme l'Argolide; on y a trouvé, toutefois, des roches jurassiques et un fossile peut-être triasique. Toutes ces chaînes ont subi des pressions avant et après la période éocène. Çà et là, les couches paléogènes les recouvrent en discordance.

Plus au sud, d'autres plis constituent le Péloponèse central et oriental ; ils se sont formés postérieurement à Téocène, les couches de cette époque participant aux plissements. Un pli se prolonge vers le sud-est par Cythère. Jusqu'à nos jours les géologues pensaient que l'arc se continuait par les roches identiques de la Crète, de Kasos et de Rhodes pour aller s'insérer dans les chaînes lyciennes, enserrant ainsi dans un vaste et très régulier demi-cercle l'Egéide méridionale. Les recherches récentes de Cayeux en Crète n'ont pas confirmé cette manière devoir. Un faisceau de plis entre dans l'île par le sud-ouest. Les uns se recourbent vers le nord-ouest pour aller rejoindre les plis grecs, d'autres se perdent vers le nord-est dans la mer de Candie, d'autres encore traversant toute l'île de l'ouest à l'est vont rejoindre la Lycie par Rhodes et Kasos, peut-être aussi le Taurus arménien par Cypre. Il y aurait donc ici en Crète sud-occidentale un rebroussement.

Les plis les plus importants, ceux qui forment la véritable char-

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pente de la Grèce s'allongent régulièrement du nord-nord-ouest au sud-sud-est dans toute la partie occidentale de cette péninsule. Ils sont venus s'appuyer au noyau cristallin de l'Egéide septentrionale et aux plissements crétacés et éocènes de la Grèce orientale. Au sud de la péninsule de Messénie ils disparaissent sous les eaux de la Méditerranée. Ils n'ont dû subir pour se former qu'une poussée de sens uniforme postérieure à l'époque éocène. Ce système de plis formé de roches crétacées et de flych est probablement le plus récent de l'Egéide. [Philippson.]

L'île de Lemnos également formée de roches crétacées et de flych, mais dont les plis s'alignent de l'ouest à l'est, se relie peut-être aux terrains tertiaires qui bordent au nord la mer de Marmara.

Les terrains néogènes et quaternaires qui se rencontrent çà et là en Egéide ne montrent aucune trace de plissement, mais les failles les ont disloqués de façon intense.

Aux âges tertiaires, l'Anatolie et la péninsule balkanique étaient encore réunies et des chaînes de hautes montagnes s'élevaient à l'endroit qu'occupent aujourd'hui les eaux de la mer Egée. Les effondrements qui se formèrent au sud de l'Europe et qui constituèrent la Méditerranée modifièrent puissamment cette région. D'une façon générale pourtant l'affaissement a été ici plus localisé, plus répété mais de proportions moindres. Alors que la mer Noire, d'une superficie de 35o,ooo kilomètres carrés, admirablement régulière, s'enfonce tout d'une pièce à plus de 2,000 mètres partout à une faible distance des côtes, alors que la fosse méditerranéenne qui s'étend de la Sicile à la Syrie, de la Crète à l'Afrique, moins régulière il est vrai que la mer Noire mais beaucoup plus étendue encore, s'abaisse à 3, 000 mètres et plus, l'Egéide compte sur une surface de 3oo,ooo kilomètres carrés un grand nombre de dépressions particulières dont la profondeur moyenne ne dépasse pas 1,000 mètres. En quelques points seulement la mer de Crète atteint 2,000 mètres en dessous du niveau des eaux.

Cette dernière dépression, la plus vaste et la plus ancienne de l'Egéide, commença à se former dès l'époque miocène; aux âges pliocènes la mer venue du sud l'avait envahie, tandis que les dépressions qui s'ouvraient entre les chaînes de l'Egéide septentrionale étaient remplies par des eaux douces. Un soulèvement succède à cette période de fracture; il a porté les couches pliocènes à plusieurs cen-

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taines de mètres d'altitude. Dans les débuts du quaternaire, de nouvelles cassures se forment auxquelles il faut rattacher au nord-est les effondrements de la mer de Marmara et de la mer Noire. La mer s'avance vers le nord et Tarchipel prend peu à peu sa configuration actuelle. Un abaissement général de toute la région correspondit à cette seconde période et c'est à ce moment que les grands volcans de

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