‹ Les volcans de la terreChapitre 20 sur 28 · CHAINE VOLCAN IQ.UE DE L'ÉGÉIDE MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

CHAINE VOLCAN IQ.UE DE L'ÉGÉIDE MÉRIDIONALE

■^0 ^t ./ 20Ù ^20fli .

too,

Kaymene ^ *v

* ralconera """ y

Chr/Wn&i, -r.--"' ^oo ^ J ^:^*>^/^

soo

àooo

^ gpq

soo

r^OOQ^

23»E.deGr. 2^1.»

aooKil.

Les terrains volcaniques sont marqués en noir.

rÉgéide méridionale commencent l'édification de leur cône. Pendant les temps historiques, quelques oscillations se font encore sentir, mais sans grande importance. Aujourd'hui encore des failles se forment

EUROPE MEDITERRANEENNE

en Egéide, et la Grèce peut compter parmi les pays du monde les plus souvent soumis à des secousses du sol.

Outre les quelques dépressions qui s'étendent entre les chaînes continentales, on peut remarquer trois grands bassins ouverts dans le domaine de TEgéide auxquels se rattachent, comme les rameaux au tronc, des fosses et golfes, effondrements secondaires; la grande cavité méridionale qu'emplit la mer de Crète, resserrée entre la chaîne d'îles extérieures, Cylhère, Crète, Rhodes et la plateforme qui supporte Cyclades et Sporades; une seconde dépression centrale entre Eubée, Andros, Tinos, Nikaria, Chio et Skyros et au nord l'étroite et régulière découpure qui naît au golfe de Saros et s'étend jusqu'au revers oriental de la Thessalie.

D'une façon générale, ce n'est que dans le domaine égéen même que les roches éruptives sç sont fait jour ; tout le front extérieur, Epire, Acamanie, Morée occidentale, Crète méridionale, en est dépourvu. Des serpentines, des diabases et des porphyres anciens sont intercalés dans les schistes cristallins et les terrains mésozoïques, mais on ne leur accorde pas grande importance. Il n'en est pas de même des puissantes masses andésitiques et trachytiques néogènes et quaternaires qui bordent et sillonnent la mer Egée. Quelques-unes d'entre elles, du moins, sont d'un intérêt capital ; elles ont formé dans la partie méridionale de l'Egéide une chaîne d'îles volcaniques ayant eu pour la plupart des éruptions dans la période historique et donnant encore aujourd'hui des signes d'une activité intérieure. Les autres ont été dégradées par le temps. Peut-être ont-elles formé autrefois de véritables monts à cratère, mais elles nous apparaissent plutôt sous l'aspect de traînées, de massifs ou de filons sans caractère bien spécifié. Dans toute la partie occidentale de l'Asie Mineure, surtout en Lydie, en Mysie et en Troade, à Mytilène et à Lemnos, elles prennent une part importante dans la constitution du sol(i). A Samothrace et sur les bords de la Maritsa, ainsi qu'au nord-ouest de Salonique, et d'ailleurs en de nombreux points de la Turquie, elles recoupent les roches du massif cristallin septentrional. Elles ne se montrent dans la péninsule grecque que sur quelques points isolés : dans l'île d'Eubée.un petit massif d'andésites quatzii'ères, l'Oxylithos

(i) Voir première partie chapitre IV u Asie Mineure w.

ÉGÉiDK Lichas

la « pierre pointue », situé dans l'angle orientale de l'île, dresse de curieux dômes et aiguilles au milieu de terrains tertiaires. Quelques géographes parlent d'un petit cratère de scories, le

Liichas, situé dans le golfe d'Atalante, à quelque distance à l'ouest de la pointe nord occidentale de l'Eubée. Les anciens voyaient en lui le compagnon d'Hercule lancé du haut de VJEta par le demi-dieu courroucé. La région avoisinante semble encore aujourd'hui soumise à des manifestations volcaniques. Au nord-ouest, les fontaines chaudes, sulfureuses et pétrifiantes ont contribué à l'agrandissement de la plage des Thermopyles et à la disparition du défilé auquel s'associe le nom de Léonidas ; à l'est, en Eubée, des eaux thermales sourdent en telle abondance qu'elles ont formé sur les pentes d'énormes concrétions qui, de loin, ressemblent à un glacier.

Depuis longtemps déjà la chaîne d'îles volcaniques, qui borde au nord la fosse égéenne méridionale, attire l'attention des géologues ; c'est surtout dans ces dernières décades que l'étude en a été sérieusement amorcée. N'y a-t-il pas, en effet, entre ces quatre ou cinq îles encore plus ou moins brûlantes des relations étroites? Il est vrai que leurs rapports avec les plis de l'Égéide sembleraient les séparer; Milo appartient au massif cristallin central ; Santorin à la zone montagneuse, moins ancienne, des Cyclades du sud-est; Égineet Méthana aux plis crétacés qui couvrent l'Argolide; quant à Nisyros, il se trouve dans une région encore géologiquement trop peu connue pour qu'on puisse en décrire la tectonique Mais toutes se dressent au bord de ce grand bassin de Candie en formant un arc de cercle régulier ; les roches qui les composent, autant qu'on peut le savoir, sont principalement des variétés du groupe andésitique, leur âge est identique et des phénomènes volcaniques très affaiblis, mais encore existants, néanmoins continuent à s'y manifester, alors qu'ils se sont éteints dans le reste du domaine égéen. Toutes ces relations concourent à donner à ces volcans une origine commune. C'est sans doute à un réseau de fractures de l'écorce, contemporain de l'effondrement du bassin au bord duquel elles se dressent, que les matières fluides qui ont édifié ces îles, ont dû leur venue au jour. Quelques récifs volcaniques se dressent dans la fosse même de la mer de Crète : Belopulo (l'ancienne Kaymene), Karabion et Gerakunia ou Falconera dans la partie occi-

EUROPE MEDITERRANEENNE

dentale ; les Zaphrana, Chamilonis, Astakia et les quelques îlots voisins dans la partie orientale. Mais ce ne sont là que des massifs insignifiants qui, d'ailleurs, sont très imparfaitement connus. La région volcanique de

Nlsyros* qui comprend Tîle de ce nom, Kos au nord, les quelques îlots du nord-ouest et de Touest, et peut-être au sud Tîle encore inexplorée d'Iliaki, l'ancienne Tilos, se dresse au bord sud-ouest de la terrasse sous-marine (2 à 3oo mètres au-dessous du niveau de la mer), qui prolonge l'Anatolie sud-occidentale. La « corne » orientale de la mer de Crète, profonde encore de 1,000 mètres, se bifurque et se relève pour limiter cette région au sud-est et à l'ouest. Au nord-est, une dépression de 5oo mètres s'ouvre également entre les presqu'îles de Cnideet d'Halicamasse.

Nisyros et les îlots voisins appartiennent à la chaîne des Sporades, qui s'alignent du nord-ouest au sud-est entre Samos et Rhodes ; ils semblent également prolonger vers l'ouest les crêtes de la Carie sudoccidentale.

A son point d'émersion, le beau cône largement tronqué qui forme le volcan compte 7 kilomètres de diamètre. Il s'élève d'une pente régulière jusqu'à la vaste cuve terminale, dont le bord dentelé et couvert de blocs de lave amoncelés, atteint 691 mètres d'altitude. Le cratère a la forme d'une ellipse, longue de 2,5oo mètres du sud-est au nord-ouest, de 800 à 1,000 transversalement. Ses parois abruptes plongent à plusieurs centaines de mètres et le fond est couvert d'arbres et de cultures, parmi lesquelles s'élèvent quelques habitations. Quelques cuves secondaires s'ouvrent au fond de cette vaste chaudière, qui furent en 1873 le siège de phénomènes volcaniques intéressants.

Nisyros est entièrement formé de matériaux volcaniques. La partie méridionale, très aride, est couverte par des coulées de laves vitreuses se rapprochant de l'obsidienne ; elles renferment des cristaux volumineux de feldspath, dont la composition se rapproche de Toliglocose des laves anciennes de Ténériffe, mais plus riche en chaux [GORCEIX]. Sept ou huit autres coulées se sont déversées vers le nord et l'ouest et sont descendues jusqu'à la mer, entre lesquelles s'étendent des cendres et des tufs volcaniques dont la décomposition amène la formation d'un sol d'une grande fertilité. Gorceix ajoute que ces laves acides de Nisyros sont semblables à celles des îlots voisins et, par conséquent, de

ÉGÉIDE Nisyros-Kos

nature trachytique (andésite amphibolique des pétrographes modernes probablement); il parle également de conglomérats trachytiques trouvés au nord-ouest de l'île. Mais ces renseignements sont encore assez vagues et Ton ne peut fixer, aujourd'hui, la place exacte occupée dans la série des roches volcaniques par les laves de Nisyros. Tous ces matériaux ont été altérés et Ton y trouve souvent des dépôts de carbonate de chaux.

Les récifs, qui se dressent à Touest de Nisyros, sont des masses de trachyte. Yali, toutefois, est formé de plusieurs couches de tuf fossilifère, séparées par des lits de pierre ponce et de pouzzolanne. Pendant la grande éruption, qui donna naissance au volcan, il se produisit ici des oscillations émergeant et immergeant successivement Yali.

Kos, longue échine de 40 kilomètres, étranglée dans sa partie occidentale, puis recourbée, s'étend de Test-nord-est à l'ouest-sud-ouest, au nord de Nisyros. Son plus haut sommet, le Dikeos (875 mètres), domine un massif de schistes et de marbres entouré de calcaires crétacés, qui forme la partie méridionale de la moitié orientale de l'île. C'est la charpente de Kos; les calcaires crétacés reparaissent à l'extrémité occidentale. Des assises tertiaires, surtout pliocènes, riches en fossiles, couvrant à peu près les deux tiers de la surface de l'île, viennent s'appuyer à ces noyaux; elles sont recouvertes, dans la partie avoisinant l'isthme, par une couche de conglomérats de ponce et de lave quaternaire provenant du Nisyros, épaisse en certains endroits de 20 mètres. Tous ces terrains stratifiés ont été percés par des roches volcaniques. Dans la partie orientale de l'île, des trachytes s'étendent en lits considérables, s'élèvent en pics et en dykes de toutes parts au milieu des schistes et des calcaires qu'ils ont métamorphisés. Ils datent de la fin de la période tertiaire et sont les plus anciens des massifs éruptifs de l'île. Us ont subi des altérations considérables, dues surtout à une action postérieure d'eaux minérales et d'émanations gazeuses. Des restes de cette activité se voient encore. En certains points, le sol est imprégné d'eau chargée d'acide sulfurique ; l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré se dégagent en abondance ; des amas de soufre cristallisé, des masses de travertin, déposées par les sources incrustantes, se voient dans les environs du Dikeos; des eaux minérales jaillissent même, presque bouillantes, au bord de la mer.

• A l'ouest près de Kephalos, quelques petites masses d'andésites

EUROPE MEDITERRANEENNE.

percent les couches pliocènes et quaternaires de l'isthme, mais dans la région qui avoisine le Hagios Elias, au centre de la partie occidentale de Tîle, des masses éruptives quaternaires, rhyolithes d'après Doelter, basaltes et obsidiennes d'après Gorceix, forment des massifs assez considérables. Gorceix signale parmi eux deux cônes volcaniques. Au flanc occidental du plus grand, une cavité cratériforme aux parois abruptes (de 200 ou de 800 mètres de diamètre) a laissé échapper vers l'ouest, par une échancrure, une petite coulée de lave semblable à celles de Nisyros. Ces roches volcaniques sont probablement contemporaines de la grande éruption de Nisyros. Quelques dégagements d'hydrogène sulfuré et des traces de soufre se rencontrent dans les tufs qui les avoisinent.

La fable, rapportée par Strabon (Géographie, livre X), raconte que Neptume sépara Nisyros de Kos, d'un coup de trident, pour en écraser le géant Polybotès. La légende serait-elle le souvenir de quelque cataclysme éloigné ayant eu l'homme pour témoin? Probablement. Le volcan se forma vers le début du quaternaire, comme l'attestent les puissants débris de Yali et de Kos, ou du moins il eut à cette époque des explosions considérables. Pendant toute la période historique aucune éruption ne fut signalée. Le déplacement des solfatares, les recrudescences ou affaiblissements d'activité des jets de gaz et d'eaux chaudes, semblent les seules manifestations volcaniques dont la montagne fut le siège. Quand Gorceix la visita en mars 1873 elle paraissait réduite à l'état de solfatare. D'abondantes fumerolles de température voisine de 100 degrés, des jets de gaz acide carbonique et hydrogène sulfuré, de la vapeur d'eau s'échappaient de deux cavités secondaires, creusées au fond du cratère; celle du sud, large de 140 mètres, profonde de 12, circulaire et à bords plats se changeait en un lac bouillonnant après les averses; l'autre au nord, véritable cône adventif de 60 mètres de hauteur, dont l'origine est peut-être contemporaine de la formation du volcan, adossé à la paroi de la grande cuve se terminait par un cratère irrégulier. Parmi les dégagements qui s'y produisaient, deux jets puissants s'élançaient à une hauteur de 100 mètres ; leur apparition avait eu lieu en 1871 lors d'une petite éruption qui projeta des pierres et des cendres avec bruit, secousses et flammes. En certains points le sol était imprégné d'acide sulfuriqueetdes amas de soufre auréolaient les orifices ou .s'élevaient en forme de cheminées. Sur toute la paroi intérieure du cratère d'ail-

ÉGÉi DE Nlsyros-Kos

leurs, se voyaient des traces d'évents volcaniques. Aux versants extérieurs, des sources minérales et thermales sourdaient à Textrémité des coulées de lave.

Le 2 ou le 3 juin iSyB, après quelques secousses violentes de tremblement de terre, un petit cratère, large de six à sept mètres, s'ouvrit sur le revers extérieur du cône adventif et fut le point de départ d'une fente de cinquante mètres de longueur dirigée du nord-est au sudouest. Une autre crevasse, d'une longueur double, dirigée du nord au sud se forma en même temps mais à quelque distance du cratère. De grandes flammes signalèrent les débuts de l'éruption. Pendant trois heures des torrents d'eau chaude et salée, accompagnés de projections de pierres et de cendres, s'échappèrent de la bouche nouvellement formée et gagnèrent les dépressions; ils furent suivis pendant trois jours par des éruptions très fréquentes d'une boue argileuse noirâtre très fluide qui forma une coulée longue de 5oo mètres, large de i5o et épaisse de 3. L'eau en s'évaporant laissa déposer des croûtes épaisses de chlorures de sodium, de calcium, de fer, de magnésium, de potassium, du sulfate de soude et un peu d'alumine et d'iode, éléments que Ton retrouve dans les mers environnantes. Pendant quelques mois la montagne rentra dans un calme relatif. Les secousses quoique journalières étaient faibles. Le nouveau cratère ne laissait échapper que d'abondantes vapeurs mêlées d'hydrogène sulfuré. De nouvelles secousses plus intenses se firent sentir dès le début de septembre, lézardant, renversant même les édifices. Deu.v crevasses s'ouvrirent dans la mer aux points où se dégageaient auparavant des mofettes; l'une en face de Mandraki à quelques mètres du rivage nord-occidental de Nisyros ; l'autre dans la falaise méridionale de Yali; elles laissèrent échapper des torrents de vapeur d'eau mêlée d'hydrogène sulfuré. Mais elles se refermèrent quelques secondes après leur ouverture. A l'intérieur du grand cratère de Nisyros, les bouches s'accrurent et vomirent de nouveau, quoique avec moins d'abondance que la première fois, de l'eau chaude et de la boue; de nombreuses projections de pierres suivirent. Puis les secousses s'affaiblirent, les crevasses se bouchèrent. Les fumerolles qui, pendant l'éruption, occupaient surtout le centre du nouveau cratère s'en éloignèrent; de nouvelles se formèrent même, mais de faible activité; le volcan reprit son aspect de solfatare.

D'après Gorceix, les phénomènes volcaniques dont Nisyros fut le

EUROPE MEDITERRANEENNE

siège, en 1873, se sont groupés autour d'un réseau d'anciennes fractures passant par Kos, Yali, Mandraki et le cratère du volcan. La réouverture de ces fractures aurait peut-être eu lieu à la faveur d'un tremblement de terre et aurait permis aux eaux marines de s'infiltrer dans les profondeurs du sol. Pendant les diverses phases de l'éruption, ni la forme, ni l'activité de l'ancienne solfatare circulaire située dans la partie méridionale du grand cratère n'ont éprouvé de changement. Lorsque les phénomènes éruptifs prirent une grande intensité, rhydrogène dont il n'existait que des traces dans les fumerolles au mois de mars avait presque totalement remplacé le gaz des marais» Vers la fin de l'éruption, l'activité des solfatares décrut ; les proportions de la vapeur d'eau augmentèrent, tandis que celles de l'hydrogène sulfuré diminuèrent par rapport à l'acide carbonique. A mesure qu'on s'éloignait des centres d'activité, leur température, les proportions d'hydrogène sulfuré et d'acide carbonique allaient en décroissant.

Santorin *, le second volcan de la chaîne, est de beaucoup le plus important. Peu de montagnes éruptives ont eu sur la terre une « vie » aussi mouvementée; peu, il est vrai, ont été étudiées avec autant de soin. Ses éruptions ont été relatées pendant toute la période historique et, dans les temps modernes, les progrès de la géologie ont permis de reconstituer par la pensée celles qui s'étaient produites avant que les hommes connussent l'écriture.

L'archipel santoriniote, quoique formé d'îles nombreuses, ne représente qu'une faible partie du volcan. Mais combien intéressants ces morceaux d'un grand massif en partie caché sous les eaux, en partie dispersé par des phénomènes volcaniques! C'est surtout à Fouqué que nous devons la description minutieuse de l'archipel volcanique, la reconstitution des phases de son histoire.

Le nom de Santorin, dérivé probablement de Sancta Irini, Sainte Irène, ne s'applique que depuis le moyen âge au groupe insulaire qui forme la partie émergée du volcan ; les anciens désignaient chacune de ces îles par une appellation différente.

Santorin s'élève vers le milieu de l'arc volcanique, à peu près à égale distance des côtes de Carie et de Morée. Les plus profondes cavités de la fosse égéenne méridionale (2,010 mètres) se creusent immédiatement au sud. La terrasse sous-marine qui supporte le volcan, recouverte d'une épaisseur de 3oo à 400 mètres d'eau, se

ÉGÉiDE Santorin

relève vers le nord pour former le socle des Cyclades centrales. Par les roches sédimentaires qui percent et dominent les masses éruptives de la partie sud-orientale de Tîle principale du groupe, le volcan appartient à la chaîne qui borde au sud-est le noyau cristallin de TEgcide centrale.

Le massif volcanique entier, tant imergé qu'insulaire, offre, dans ses grands traits, Taspect d'un dôme, allongé, largement et profondément évidé par un bassin aux parois abruptes dans lequel se dressent, sur un socle commun, quelques masses éruptives secondaires. Sa base, de forme assez régulièrement ovale, s'étend sur 25 kilomètres du sud-est au nord-ouest, sur i5 ou 20 transversalement, couvrant donc une superficie moindre que celle de l'Etna, mais supérieure à celle du Vésuve; une « queue » sous-marine prolongeant le massif vers le sud en interrompt quelque peu la régularité. Il faut peut-être voir dans ce renflement le prolongement des roches sédimentaires. La vaste dépression, de forme plus ou moins elliptique (11 kilomètres du sud au nord, 8 de l'est à l'ouest), qui s'ouvre au cœur du massif est bordée, on le sait, par des murailles abruptes. Ce n'est qu'à 200 mètres environ sous le niveau de la mer, que le fond commence à s'aplanir et sur presque tout son pourtour le bord se relève, émerge en falaises qui peuvent atteindre plus de 3oo mètres d'élévation. Trois brèches permettent toutefois aux eaux de la mer de pénétrer dans la baie. Un exhaussement du sol de 20 mètres seulement suffirait pour fermer les deux ouvertures du sud-ouest. L'échancrure qui sépare au nord-ouest Théra de Thérasia est plus profonde, quoique plus étroite, et ce n'est qu'à 5 kilomètres des parois et à 140 mètres de profondeur que l'on trouve le point le plus bas de la brèche. Les masses éruptives qui se sont élevées à l'intérieur de cette dépression en s'alignant de l'ouest-sud-ouest à l 'est-nord-est, l'ont divisée en deux bassins principaux; le moins profond, au sud (287 mètres), a la forme d'un croissant à convexité tournée vers le sud; l'autre (Sgo mètres, soit le niveau du socle sur lequel repose le volcan), dans la partie septentrionale, est plutôt ovale ; il se prolonge au nord-ouest par la brèche d'entre Théra et Thérasia ; au sud-ouest, un seuil bas le sépare d'une troisième cavité (347 mètres) d'importance beaucoup moindre, ouverte entre Thérasia et Aspronisi.

Les îles extérieures de l'archipel santoriniote sont formées par la partie émergée de la crête qui domine cette vaste dépression centrale;

EUROPE MEDITERRANEENNE

ce sont les parties les plus anciennes du volcan. Elles se présentent autour de la baie comme un anneau morcelé en trois fragments d'inégale grandeur; Théra, le plus grand (72 kilomètres carrés), enclôt la baie au nord, à Test et au sud ; Thérasia, la « Petite Théra »> (9 kilomètres carrés), est située au nord-ouest; Aspronisi, V « Ilot blanc » (2 hectares, 5), au sud-ouest. D'une façon générale, les deux îles présentent vers la baie une paroi abrupte, vers l'extérieur de longues pentes couvertes de cultures et de riches vignobles ; Aspronisi est taillé à pic de tous côtés.

Ce qui frappe le voyageur qui vogue à l'intérieur du bassin, c'est la disposition des matériaux volcaniques sur la face de la falaise. Les assises de cendres et de scories, les bancs de laves alternent par couches horizontales régulières. Toute la partie sud-orientale de Théra, ainsi qu'Aspronisi, est formée d'assises meubles. Au nord-est, la grande île, percée de filons nombreux, présente une plus grande abondance de laves ; en ce point d'ailleurs des cônes adventifs. Megalo-vuno, Kokino-vuno, Petit Saint -El ie, se dressent au bord de la falaise. Les couches volcaniques de Thérasia sont moins régulièrement disposées que celles des deux îles voisines; les laves y sont plus groupées en amas, les couches de scories moins horizontales. Un épais manteau de tuf ponceux pouvant atteindre plus de 3o mètres d'épaisseur recouvre toute la partie supérieure du sol de ces trois îles, laissant percer en quelques points seulement le sommet des massifs. Tout le long de la mer il a été remanié soit par les vagues, soit par les érosions et quelque peu transformé. Le massif de roches sédimentaires qui se dresse dans la partie sud-orientale de Théra perce également le manteau de tuf ponceux. Il s'allonge du sud-est au nord-ouest et reparaît à la base de la falaise. Les schistes et calcaires, peut-être crétacés, qui le composent ont été fortement plissés. Au Grand Saint- Elie, un peu au sud de Pyrgos, le massif atteint 568 mètres, point culminant de l'archipel. Sur la large terrasse du Mesa-vuno, qui forme la partie orientale du massif, d'importantes trouvailles ont révélé l'existence de l'antique Théra.

Le massif du Saint-Élie se dressait déjà depuis longtemps au-dessus des flots lorsque, à la fin des temps tertiaires, un soulèvement général fit émerger des masses d'andésites à hornblende au sud-ouest et les porta à plus de 200 mètres au-dessus des eaux. La partie sud-occiden-

Page 1