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L*éruption de 1906 renouvelle un mode éruptif particulier, un type d'explosion du Vésuve, celui dont le paroxysme de 1872 fut jusqu'à présent choisi comme exemple par les géologues.
Les éruptions connues du Vésuve ont été ramenées à un certain nombre de types. Il n'y a certes pas deux éruptions dont la description puisse coïncider exactement, mais toutes ont certains traits généraux qui permettent de les classer en divers modes éruptifs aidant à débrouiller l'histoire de l'activité vésuvienne depuis environ 3oo années.
On distingue généralement trois modes principaux et quelques-uns secondaires; on les caractérise par des éruptions bien connues. 1872 nous donne un exemple de type d'une violence particulière ; on y rattache un mode un peu différent et assez rare, celui que montra le Vésuve en 1760 : c'est le type I. L'activité des années 1 895-1 899 est un modèle du type IL Enfin l'éruption de 1900 fournit un bon exemple du type III.
Type I, 1872. — L'éruption de cette année ne dura que quelques jours, du 23 au 3o avril. Depuis l'année précédente l'activité du volcan était assez peu accentuée. Un petit cône interne avait peu à peu comblé le cratère par projection strombolienne; d'autres cônes s'étaient formés au flanc N.; quelques coulées avaient de loin en loin fusé par des fentes radiales. Le 23, les secousses, les bruits et les'projections s'accentuent. Le 24, la lave s'échappe à plusieurs reprises d'une fissure du SO., vite refroidie; la journée du 25 est plus calme. Mais le 26 vers 3 h, 1/2 du matin, une explosion violente éclate. Pendant que des projections brutales nettoient la grande cuve supérieure et qu'un pin gigantesque de fumée cendreuse, accompagné d'éclairs, s'élève à 4 ou 5 fois la hauteur du volcan, entraînant des masses incandescentes jusqu'à plus d'un kilomètre au dessus des orifices, le cône supérieur se disloque sur plusieurs points, se fend même de part en part, du NO, où la fissure, large, profonde, semblable à une faille décrochée, s'étend depuis le bord du cratère jusque dans l'Atrio, au S, où l'ouverture est moins importante. La lave apparaît et descend en coulées plus ou moins importantes des échancrures. Au NO, toutefois quelques cônes s'édifient et la masse de pierre brûlante, qui dégorge de la partie inférieure de la fente, soulevant les matériaux
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plus anciens, forme dans TAtrio une colline bosselée, allongée de TE. à rO, sur une centaine de mètres, de dessous laquelle elle fuse, sans bruit et sans secousse, pour aller entourer les Canteroni, puis descendre en deux torrents ignés vers S. Sebastiano et Résina.
Dans répaisse obscurité causée par la chute des cendres, toute la cime paraît embrasée et Palmieri put dire que ce jour là le Vesuvio « sudava fuoco ». Plus de 20000000 de mètres cubes de pierre fondue furent rejetés en 3o heures, et 2 ou 3 jours après sa sortie du sol, la roche était déjà refroidie. Les jours suivants, les projections devinrent de plus en plus intermittentes : le i^^mai il n*y avait plus que quelques fumées dans le cratère abaissé ; au fond, deux bouches remplaçaient Tancien cône. Un repos de deux ans fît suite à ce paroxysme.
En somme, ce sont à peu près les mêmes manifestations qu*en 1 906 :
secousses, fracas ; explosions vulcaniennes au cratère ; grand afflux de
lave vite refroidie aux fissures du cône; violence et courte durée du
phénomène; formation d'une caldeira au sommet; puis repos presque
• complet.
Dans la suite des éruptions vésuviennes, ce type fut assez souvent reproduit, sinon dans les détails, du moins dans Tallure générale. Citons 5i2(?), i63i, 1698 (?), 1701 (?), 1707 (?), 1787, 1767, 1779, 1822, 1839, i85o, 1868.
L'éruption de i63i fut une des plus meurtrières que Ton connaisse au Vésuve; 3 ou 4000 personnes périrent sous les déjections. Les flots de lave subdivisés en torrents nombreux couvrirent tout le flanc occidental de la montagne et quelques-uns gagnèrent la mer en moins d'une heure, après un parcours de 8 kilomètres. Celle de 1779 fut caractérisée, nous dit Hamilton par une « colonne de pierres incandescentes », haute de 3 000 mètres, se maintenant au dessus du cratère pendant trois quarts d'heure.
En 1822, le paroxysme se renouvela par trois fois et montra un pin splendide; une caldeira de plus d'un kilomètre de diamètre et de 216 mètres de profondeur fut formée. 1868 est curieux par la variété d'aspect que prit le petit cône interne, pourvu de fissures et de cônes secondaires.
Type I modifié. Les trois éruptions de 1760, 1794 et 1861 sont classées par certains géologues comme un type à part, bien que
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ce mode garde dans ses grandes lignes les phases du type précèdent : activité très grande et de courte durée, explosions cratériques et effusions latérales, enfin un repos ultérieur presque complet. Ce qui les caractérise, c'est la formation de crevasses aux flancs inférieurs du massif volcanique, par lesquelles sourd la lave, puis d'assez violents mouvements d'oscillation du sol, tandis que le dynamisme est moins important au cratère.
Ce mode d'activité avec éruptions excentriques est de règle à l'Etna, alors qu'il est très exceptionnel au Vésuve.
L'éruption de 1760 débute le 23 décembre par une recrudescence d'activité au petit cône interne; les projections stromboliennes n'atteignent toutefois pas assez de violence pour passer au mode volcanien. Presque tout l'effort du .volcan se porte aux bas flancs sudoccidentaux du massif. Une large fissure radiale s'ouvre vers 3oo mètres d'altitude, à 2 kilomètres au NNE. de Bosco Trecase ; une douzaine de bouches cratériques se forment successivement et édifient des cônes dont un «tteint 35 mètres de haut. Des cendres, des lapilli, des laves sortent pendant cinq jours ; la lave s'étale en ntppe vers l'ouest de Torre Annunziata, détruisant maisons et jardins, et gagne la mer une quinzaine de jours plus tard. Le
5 janvier 1761, le volcan était retombé dans le calme.
En 1794, le i5 juin, la fissure excentrique se produisit à l'ouest, au milieu des laves anciennes de la Pendamentina, sur une longueur de 770 mètres et une largeur de 80. Quatre petits cratères se forment sur les lèvres; la lave coule vers Portici et Résina, puis se dirige vers le sud, ravageant en partie Torre del Greco et pénétrant en mer,
6 heures après sa sortie des flancs de la montagne.
L'éruption de cette année a ceci de particulier que cette effusion de lave excentrique fut suivie par un paroxysme du cratère supérieur, dans lequel la cime perdit 121 mètres de hauteur.
En 1861, la lave coula le 8 décembre par trois orifices situés à quelques centaines de mètres au sud de la fissure de 1794; la côte se souleva en face de Torre del Greco; la crevasse volcanique s'allongea le 9 à travers la ville et atteignit même la mer.
Le type II est de beaucoup le plus fréquent au Vésuve; par comparaison avec le type de 1872, il montre une activité moins violente ou rarement aussi violente; une plus longue durée du
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phénomène; des épanchements plus souvent renouvelés, continus même, de lave plus pâteuse ; un dynamisme cratérique très variable, pouvant être presque nul et présentant souvent des ressauts ; enfin une diminution d'intensité beaucoup moins accentuée après le paroxysme.
1895. Le 3 juillet, alors que le cône interne dépasse de 5o mètres le bord de la grande cuve et donne de la lave par son flanc oriental, le grçnd cône se fend à TONO. et quatre orifices se forment successivement de haut en bas en 48 heures ; la lave s'épand surtout de la partie basse de la fente et descend en deux coulées dont Tune s'arrête et s'amoncelle, formant ainsi une véritable colline. A partir du 7, les projections diminuent au cratère, mais la lave continue de couler des bouches adventives. D'autres orifices secondaires apparaissent même à la base de la Crocella et des Canteroni et dans le Piano délie Ginestre. La roche fondue suinte encore pendant de longues semaines gagnant les châtaigneraies et même les vignobles de base. En septembre une reprise assez violente d'activité ramène les effusions aux bouches adventives et les explosions au cratère, achevant la destruction du petit cône interne. L'activité se prolonge ainsi, avec une petite explosion de loin en loin, jusqu'en 1899; la colline de lave qui s'était formée au versant occidental, et qu'on appela Colle Umberto, atteignit une hauteur de 160 mètres et un volume de Sooooooo de mètres cubes; en 1902 on pouvait voir encore la lave incandescente à travers les fissures de sa carapace refroidie.
Cette éruption est une des plus longues que l'on puisse citer au Vésuve. Celle de i885, du même type, est plus courte, de mai à décembre. En même temps qu'a lieu une petite reprise d'activité au cône interne, deux fentes se forment au grand cône du côté de Bosco Trecase; l'une donne une petite coulée, l'autre un flot abondant, subdivisé en deux courants. En juillet et en septembre, quelques petites explosions se produisent au cône interne.
Aucune importante éruption survenue antérieurement à 1694 ne se rattache avec certitude à ce type explosif. A partir de cette date, citons 1697-98, i70i(?), 1707(1), 1712-15, 1717, 1718, 1719, 1721, 1724-26, 1730, 1733-34, 1731-52, 1754-55, 1759, 1766, 1770, 1771, 1776, 1785, 1787, 1788, 1790, i8o5, 1806, 1809, 1812, i8i3, 1817, 1819-21, i833, 1834, i855, i858-6o, 1867, 1871, i885, 1887, 1889, 1890, 1891-94, 1895-99, 1903-04.
L'éruption 1 891 -1894 présente un premier maximum en juin 1891,
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démolissant une grande partie du cône interne par ses explosions successives et versant des laves vers TAtrio, puis un autre en août 1893 qui vit l'affaissement complet du cône interne. Août igoS et septembre 1 904 furent les deux moments de plus grande activité de la dernière éruption du type 1 1 .
i855 pourrait presque être considéré comme un type à part, car ce fut la seule éruption bien connue où une eff'usion considérable de lave des flancs du grand cône ne fut pas accompagnée de dynamisme cratérique d'importance notable. Près de 20000000 mètres cubes de lave sortirent de plusieurs orifices situés au flanc NO du cône, et d'une petite bouche circulaire apparue par effondrement sur le bord de la grande chaudière, sans que le cratère terminal s'agitât lui-même de quelque manière.
Type III, 1900. En avril et surtout en mai, le cratère que des laves avaient peu à peu rempli, fut vidé par des explosions. Plus de Sooooo mètres cubes de gros blocs, dont l'un de 3o tonnes, furent ainsi lancés sur les flancs du Vésuve sans que les flancs du cône s'ouvrissent pour laisser passer la lave.
Les explosions de ce type affectent parfois le mode strombolien, parfois le mode vulcanien, parfois les deux ; elles sont généralement de courte durée et de violence variable, mais toujours localisées au cratère terminal, sans fente latérale apparente et sans effusion de lave par des bouches secondaires. Ce genre d'éruption est d'ailleurs souvent difficile à délimiter, car il est très facile de le confondre avec une simple phase du type précédemment décrit.
De ce genre furent probablement l'éruption de 79 dans laquelle on ne signale pas de laves et la plupart de celles qui suivirent jusqu'au XVI II« siècle : 2o3, 243, 3o5, où les cendres furent portées jusqu'à Constantinople dit-on, 326, 472, 686, 993, ii38, ii39, i5oo. Puis toute une série : 1649, i65o, i652, 1659, séparées de périodes de calme variant entre quelques semaines et quelques mois ; ensuite on peut citer 1660, 1682, i685, 1689, 1694, 1696, 1704, 1705, l'explosion de 1708 qui ne dura qu'un quart d'heure, 1721, 1722, 1723, 1727, 1729, 1730, les explosions multiples de 1752, 1753 et 1754. Par la suite, les éruptions III se confondent beaucoup avec des phases stromboliennes d'éruptions II; pourtant, on en retrouve en 1807, 1808, 1812, 1819, 1834, i835 de bien caractérisées.
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Ainsi donc, c'est par une succession d'explosions, plus ou moins violentes et variées, séparées de calmes plus ou moins longs et complets que l'activité vésuviennc se manifeste pendant l'époque historique.
On n'a pas trouvé dans l'apparition successive des périodes d'activité, une reproduction proportionnelle et périodique des divers modes éruptifs; à diverses reprises, plusieurs éruptions du même genre se sont succédé sans qu'aucune éruption de type différent ne s'intercale entre elles, ou elles ne sont reparues qu'à des intervalles très éloignés, pendant lesquels les autres types s'étaient manifestés plusieurs fois. Toutefois l'étude a révélé certaines régularités d'allure dans l'activité; un développement général de l'activité depuis la reprise de 79 et un rythme particulier dans les derniers siècles.
Pendant les seize premiers siècles, il y eut, autant qu'on peut le savoir, une quinzaine d'éruptions du type 1900 et deux ou trois à peine des types 1872 et 1895, séparées par des temps de calme, généralement très complet et pouvant varier de quelques mois à quelques centaines d'années. Puis avec le XVII«siècle des explosions semblables se produisent encore, dans les mêmes proportions, mais plus nombreuses et plus chargées de laves, annonçant la multiplicité et la diversité des éruptions postérieures, surtout laviques. Par la suite, tous les types se mêlent, en effet, séparés de repos inférieurs à 7 ans ; c'est surtout le mode 1895 qui domine avec de loin en loin une explosion T900, 1872 ou 1760.
En somme, augmentation plus ou moins régulière d'activité, à la fois par le nombre plus grand des explosions et par leur variété et complexité.
Mais la véritable caractéristique de l'activité vésuvienne, celle qui en fait un mode actif d'importance générale, comparable au mode havaïen, strombolien ou vulcanien, c'est le rythme surpris dans les éruptions des trois derniers siècles, rythme nettement établi, embrassant entre deux temps de calme presque complet, un groupe d'éruptions diverses terminé toujours par une explosion de type 1872 ou 1760.
L'éruption de 1906 termine une de ces périodes vésuviennes, la dernière, la plus longue, la plus variée, une des mieux connues.
En effet, dans l'énorme chaudière laissée par l'explosion de 1872 quelques fumerolles montent à peine, pendant les années qui suivent,
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les bords s'écroulent peu à peu, bouchant les orifices. Au début de 1875, le débit des fumerolles augmente et le 18 décembre, un petit efiondrement s'étant produit au cratère, une bouche se forme qui lance d'abord fumée copieuse, puis pierres et blocs incandescents. Un petit cône s'édifie ainsi, qui, par sa base, laisse bientôt fuser la lave en telle quantité qu'il en est vite submergé. Mais sur le magma montant une nouvelle ouverture se forme, un autre cône reparaît, submergé à son tour quelques temps après, et le phénomène se reproduit ainsi plusieurs fois, de sorte qu'en 1880 le cratère est comblé et la lave s'épanche en coulée sur les flancs extérieurs du sud.
D'autres débordements se produisent encore en 1882, i883 et 1884, tandis que le petit cône interne, variant ses manifestations, s'effondre, se reforme, se dédouble, explose et se déplace sans cesse sur le chaos de lave. Puis survient l'éruption de i885 (type 1895), après laquelle* l'activité est assez monotone; le cône interne crache à peine; des fumerolles fusent aux fissures; deux petites coulées, toutefois, s'épanchent lentement de la grande cuve comblée et, en hiver 1886, passent à travers la neige qui, chose exceptionnelle, couvre le sommet du volcan. En 1887, reprise plus violente de l'activité et une petite éruption du type II éclate. Un peu de calme revient et, en mai 1889, le cône interne, qui avait j5o mètres, croule partiellement, remplacé par un large orifice, tandis que la lave dégorge des flancs orientaux du grand cône.
Le calme revient, ponctué de loin en loin par de petites projections qui rebâtissent le cône interne et, en août 1890, après quelques hoquets précurseurs, une nouvelle éruption (type 1895) survient, suivie à son tour d'un peu de repos auquel succède la magnifique éruption 1 891 -1894, avec ses constantes effusions de lave et ses diverses explosions cratériques. Le cône interne détruit par cette violente détente des forces profondes, se reconstruit à nouveau, et dépasse de 40 mètres le bord du cratère de 1872, quand en 1895 éclate l'éruption typique qui se prolonge jusqu'en 1899. Puis le volcan se calme pour reprendre, avec l'explosion de 1900, une vigueur nouvelle. Pendant les deux années suivantes, c'est la phase strombolienne atténuée qui domine au cratère, puis vient l'activité de 1903- 1904 avec ses deux maxima. Après un repos presque complet, le cône interne se reforme en avril 1905, des fissures laissent écouler la lave aux flancs NNO. du grand cône pendant près d'une année, et la longue période,
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commencée en 1875, se termine magistralement par le cataclysme de 1906.
On ne retrouve aucun indice de pareille période d'activité dans les quinze premiers siècles qui suivirent l'explosion de 79. L'éruption de i63i, du type I, ne termine pas une succession de phénomènes volcaniques, car le Vésuve était muet et tranquille depuis cent trente ans. De i63i à 1716, les éruptions longues ou brèves, quoique déjà beaucoup plus rapprochées les unes des autres que celles des époques antérieures, sont encore trop détachées, et d'ailleurs, séparées de temps de repos trop peu connus, pour qu'on puisse les grouper en une même période. Mais le rythme prochain s'annonce par la succession presque continue des explosions entre 1649 et 1660.
1716-1737 est la première période connue avec certitude, comprenant 8 éruptions du type II et à peu près autant du type III, alternant avec de petites accalmies.
1744- 1760 est la seconde période très nettement marquée, avec trois éruptions du type II et quatre éruptions du type III précédant répanchement excentrique de 1760.
1764- 1767 est aussi bien marqué par les temps de repos et la violence de l'éruption finale.
1770-1779, puis 1783-1785, et 1787- 1794 sont encore des manifestations du rythme indiqué.
1795- 1822 est la période suivante, bien remplie par des éruptions de toutes sortes. L'activité est faible jusqu'en 1804, puis augmente, les années i8o5 et 1806 sont occupées par des éruptions du type II que sépare une petite accalmie. Puis viennent des explosions du type III ensuite des explosions du type II (1809, puis 181 1 et 1812). Et la série continue jusqu'en 1822.
1825-1839, P^is 1841-1850, ensuite 1854-1861 précèdent les deux dernières, celle de 1870-1872,^ plus courte connue, de 18 mois seulement et celle de 1875- 1906.
En plus de ce rythme, une autre caractéristique de l'activité vésuvienne, et peut-être la plus importante, c'est la localisation des phénomènes au cône terminal et central du massif. Hormis les exceptions indiquées (1760, 1794 et 1861) toutes les éruptions connues eurent lieu dans cette partie du volcan, soit au cratère, soit aux fentes radiales qui ne dépassent jamais de beaucoup la base du cône
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supérieur; la Somma, durant ce temps, n'est qu'un massif rigide.
D'éruption en éruption, le volume du cône terminal s'accroît peu à peu. Dans les périodes d'activité strombolienne, les projections qui retombent sur les bord de la grande coupe en élèvent graduellement l'altitude en même temps que l'équilibre des matériaux devient instable sur les pentes. Aussi les grandes explosions ont-elles un double effet, leur œuvre paraît plutôt destructive parce que la montagne sort généralement abaissée et évidée de ces épreuves, mais pourtant ce sont elles qui accroissent le plus sûrement le volume du volcan ; elles élargissent sa base en augmentant l'épaisseur des parois qui peuvent dès lors se rehausser sous l'action des explosions moins violentes. Période après période, c'est par milliers et par millions de mètres cubes que les matériaux, cendres, pierre? et laves s'accumulent sur les pentes extérieures. En même temps, l'édifice se consolide: le manteau de produits meubles se revêt de laves compactes et dans les fractures radiales qui disloquent le cône, la pierre fondue s'injecte, formant d'épais filons verticaux et rayonnants, pareils à des murailles.
La structure même du cône atteste ce mode opératoire autant qu'on a pu le voir en période de calme, alors que les vapeors émises ne sont pas trop abondantes La chaudière compte généralement une centaine de mètres de hauteur, soit environ la sixième partie du cône. La paroi présente une superposition assez régulière de couches horizontales, mais discontinues, de sables, de scories et de conglomérats de grosseur et de couleur variées, coupés par des dykes de lave le plus souvent verticaux et larges de lo mètres en moyenne. Lorsqu'un angle saillant interrompt l'uniformité de la paroi on voit ces matériaux plonger vers l'extérieur sous un angle variable, 25 à 40 degrés. Une crevasse profonde de 19 mètres qui en 1776 se forma au flanc NO. du cône supérieur mit également à jour les couches inclinées de lave [BreiS- BLACK].
Une question très discutée dans l'étude du Vésuve est de savoir quelle portion du volume total du volcan est représentée par les matériaux rejetés durant la période historique. Pour trancher le débat, il faudrait avoir la connaissance de la forme du Vésuve antérieurement à 79. Or, les documents que l'on possède à cet égard sont loin d'être concluants.
Pour quelques géologues, le volcan avait en 79 à peu près la même
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forme que de nos jours, sauf évidemment que le volume du cône terminal était moindre. Pour d'autres, plus nombreux, le volcan s'élevait en un cône unique jusqu'à i loo ou i 200 mètres d'altitude et se terminait par un profond cratère. L'éruption de 79 aurait fait crouler, soit par explosion, soit par effondrement, la partie méridionale et occidentale de la cuve, de façon à faire table rase de toute la paroi tournée du côté de la mer. Par la suite se serait élevé le Vesuvio proprement dit dans cette partie centrale bouleversée.
Pour la plupart des savants modernes les plus autorisés, seule la vieille Somma existait en 79 et une plaine s'étendait entre l'Atrio del Cavallo actuel et la pente qui domine Torre del greco. L'éruption de 79 indique d'après eux, en même temps qu'une reprise d'activité, le début de l'édification du Vesuvio. La principale autorité pour ce point de vue est celle de Strabon (î) : au début de l'ère vulgaire il dit : « Quant au sommet, qui offre en général une surface plane et unie, il est partout également stérile », ce qui ne peut être que la large terrasse de la Somina, sur laquelle s'éiève le cône terminal, ou bien celle qu'aurait formée, à une plus haute altitude, la tronquature du cône de base prolongé. Strabon n'eut certes pas manqué de signaler la difformité apportée par un cône secondaire, même éteint, ou une cuve terminale. Si la terrasse signalée par le géographe grec était à une altitude supérieure à celle qu'occupe de nos jours l'Atrio del Cavallo, la diÔérence de niveau ne pouvait pas être grande. Les produits de l'éruption de 79 rejetés sur Pompeï contiennent en effet trop peu de matériaux anciens pour qu'on puisse attribuer au cataclysme de cette année l'écroulement d'une masse bien considérable de l'ancienne Somma. De plus Xifilino dit que « l'ancien mont resta intact » après l'éruption et comme il est probable qu'il n'a pas non plus grandement changé depuis, « l'ancien mont ») de cette époque serait le même que celui de nos jours, c'est-à-dire la vieille Somma. Enfin, les fresques trouvées à Pompeï par Franco, vers la fin du siècle dernier, représentent la montagne de ces temps de la puissance romaine, très semblable à la partie ancienne du massif que nous voyons encore aujourd'hui.
D'après les deux lettres de Pline le Jeune à Tacite, et les coupes
(1) Géographie, trad. Tardieu, livre V, ch. IV-8.
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fournies par les fouilles de Pompeï, A. Lacroix a pu retracer de façon remarquable la plupart des phénomènes de 79 (i).
En 63, un grand tremblement de terre fait crouler beaucoup d'édifices de la région campanienne. C'est le prélude de la grande éruption. La réparation des dégâts était presque terminée, lorsque 14 ans plus tard les secousses du sol se font de nouveau sentir et Téruption éclate le 24 août, vers i heure 1 3 de Taprès-midi. De violentes projections vulcaniennes forment dans le ciel clair une magnifique colonne de vapeurs et de cendres, le pin fameux, dont la partie supérieure s'étale en courpnne. Des jets formidables de ponces blanches, grosses en moyenne comme des noisettes, parfois comme le poing, et des lapilli chauds furent lancés et retombèrent vers le sud, couvant tout lefianc du volcan et les plaines de base jusqu'aux monts de Sorrente; la couche de produits atteignit à Pompeï 2 ou 3 mètres d'épaisseur
Il est probable que la côte oscilla quelque peu, que des torrents de boue se précipitèrent du sommet, empêchant l'accès de la côte et couvrant Herculanum d'un manteau visqueux. Les feux et les flammes, signalés « en divers points » du Vésuve, témoignent soit d'éclairs grandioses, soit de projections stromboliennes, peu probablement de coulées de lave.
Le phénomène dura toute la nuit, qui fut la dernière de Pompeï et d'une partie de Stabia. Le lendemain, la chute des ponces cesse, mais le paroxysme paraît toutefois débuter. Les secousses sont plus violentes encore, et ressenties à Misène où les édifices s'écroulent et où la mer laisse le rivage à sec. Un nuage colossal de cendre fine, sillonné d'éclairs énormes, enveloppe la montagne et répand les ténèbres jusqu'à plus de 3o kilomètres à la ronde. Au-dessus des ponces, à Pompeï, une douzaine de couches de cendres fines et de lapilli compacts, épaisses de 2 à 5o centimètres et bien différenciées, semblent indiquer qu'une succession de petits paroxysmes (lapilli) et de grandes e.xplosions de cendres eut lieu à ce moment. Des globules pisolithiques, contenus dans ces lits de cendre, montrent également que les averses ont été très fréquentes. Les fragments de laves anciennes et de roches métamorphiques ne sont pas très abondants. Le 26 seulement, une clarté blafarde reparaît, puis le soleil. Un
(1) Pompeï, St-Pierre, Ottajano, Revue scietiti/., 20 oct., 27 oct , 3 nov. 1906.
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manteau, pareil à la neige, couvre la montagne et les plaines voisines. Pompeï, Herculanum, une partie de Stabia, probablement d'autres villes encore, sont ensevelies sous le suaire. On ne les retrouvera que dix -sept siècles plus tard. Les secousses, les éruptions s'atténuent peu à peu les jours suivants.
En résumé, nous avons là une explosion analogue à celle de 1900, caractérisée par une extrême violence et un colossal rejet de matériaux.
La structure de l'ancienne Somma, que L. de Buch et ses disciples avait prise comme exemple magnifique de cratère de soulèvement, paraît être très simple. On s'en rend compte par la régularité véritablement étonnante de la forme extérieure de la montagne et la coupe magnifique que présente la falaise interne de la crête supérieure. Une telle allure générale, quasi géométrique, résulte évidemment de la superposition régulière de couches de matériaux, rayonnant autour d'un axe central. Et tel est bien ce qu'indique la falaise. La paroi qui se développe sur une longueur d'environ six kilomètres et sur une hauteur moyenne de 200 mètres (parfois 400), montre parfaitement les sections des coulées de lave alternant avec les strates de scories, de lapilli, de cendres et de blocs divers, agglomérés en tufs et en brèches.
Toutefois, les laves manquent dans la partie basse |de la falaise, où ne se trouvent que tufs jaunes et gris, et les Canteroni au niveau de cette partie inférieure, ne sont qu'un paquet du tuf également [Baratta]. Toutes ces couches, plus ou [moins régulières et épaisses, s'inclinent vers l'extérieur, avec 25 à 3o degrés de pendage, ainsi que le révèle le profil des parties en saillie. Une grande quantité de filons, épais de 60 centimètres à i™2o, généralement verticaux, parfois obliques et se recoupant même l'un l'autre, traversent ces assises dont la section est horizontale. C'est donc là un véritable tableau, indiquant des explosions considérables de matériaux meubles et de laves qui se disposaient par couches successives d'allure conique en même temps que des injections filoniennes traversaient le tout. D'après Johnston-Lavis, il y a dans la superposition des produits de cette falaise, l'enregistrement de plus de quatorze grandes périodes d'éruption, séparées par deux longs intervalles de repos.
Rien ne nous permet de penser que le reste du massif diffère de cette
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partie nord-orientale. Les charmantes collines coniques des Camaldoli et des Viuli, situées à la base sud-occidentale du volcan et composées de ponces et de scories, sont probablement des restes de petits appareils secondaires, nivelés par le temps [Breislack].
La composition et la structure de la partie inférieure de la montagne sont inconnues. Les pentes s'inclinent d'un côté dans la mer, de l'autre, elles vont se perdre dans la plaine de Labour, sans qu'on puisse apercevoir, sous l'épaisse couche d'humus qui les recouvre, les parties profondes du massif; on peut, toutefois, présumer qu'elles sont constituées de matériaux meubles. En tous cas, les premiers matériaux vésuviens reposent sur les tufs sanidiniques des premières périodes phlégréennes, qui affleurent dans toute la plaine de Labour, et qu'on [rencontre partout à environ huit kilomètres de l'axe du Vésuve. Il est donc probable que le niveau de la base du volcan ne dififère guère de celui de la mer. Le sous-sol sédimentaire, crétacé, tertiaire et pléistocène, ne se montre qu'au pied des monts, à l'est de la grande cuvette campa nienne. Toutefois au sud, à lo kilomètres du cratère, quelques buttes insulaires, les Rovegliano, sont formées de calcaires compacts, bitumineux, riches en restes de rudistes, et plongeant en strates parallèles vers le nord-ouest comme les roches du crétacé inférieur qui dominent Castellamare. La source de pétrole signalée par Breislack en 1810, vis-à-vis Pietra Bianco, à i 900 mètres du rivage, n'était probablement que la suppuration de calcaires semblables à ceux des Rovegliano.
Ainsi donc, le volcan parut assez tard dans le pléistocène, puisque, sur les dépôts de cette époque, les Campi Flegrei avaient déjà étalé quantité de produits. La vaste plaine campanienne formait peut-être encore un golfe marin ; il semble plus probable toutefois que le mouvement d'élévation générale qui souleva Ischia de plusieurs centaines de mètres et exonda les produits de la seconde phase flégréennQ avait déjà eu lieu, quand les premières éruptions vésuviennes éclatèrent. On n'a trouvé aucun dépôt marin sur les flancs du Vésuve et les blocs sédimentaires, même quaternaires, contenus dans ses produits ont été arrachés au sous-sol par les explosions. La mer, pourtant, s*avança assez loin entre le Vésuve et les montagnes de Castellamare ; encore au temps de Pline elle venait presque baigner Pompeï. Les alluvions du Sarnus l'ont peu à peu fait reculer dans ses limites actuelles.
MEDITERRANEE
Le plus grand accident de structure de la Somma, et il est colossal, consiste en la tronquature du cône. Il est probable que le cratère d'où sortirent les produits composant l'ancien massif se trouvait plus haut, au moins au niveau de la crête de la Somma (1200 mètres), peut-être même à 2000 ou 3 000 mètres. Toute la partie centrale et supérieure témoigne d'un bouleversement considérable : explosion, ou plutôt effondrement, peut-être les deux, comme il dut s'en produire à Santorin, à Roccamonfina et ailleurs. On croit pouvoir dire que ce bouleversement gigantesque est bien antérieur à l'éruption de 79 et date d'une époque dont l'homme a perdu le souvenir. Il détermina certainement la localisation des phénomènes de la seconde phase éruptive qui constituèrent le cône supérieur actuel.
Les produits vésuviens sont ou compacts ou clastiques. Ce sont des laves en coulées ou en filons, des scories, des ponces, des lapilli, des cendres, des blocs divers, parmi lesquels des fragments du soussol. Hormi les blocs sédimentaires, qui sont surtout des calcaires plus ou moins métamorphisés, abondants à la Somma, plus rares au Vesuvio, tous ces matériau.\ ont un air de famille remarquable; tous, en effet, sont très potassiques, renferment de la leucite ou ont une composition virtuelle permettant la production de celle-ci. Ce sont essentiellement des leucotéphrites (forme microlithique, de la combinaison leucite et plagioclase), variant selon l'abondance des phénocristaux et la nature du minéral qui prédomine parmi ceux-ci (leucite, augite, olivine). Mais, alors qu'au cône suprême tous les produits appartiennent à cette famille, dans la Somma on trouve en plus de ces roches qui constituent les filons, les coulées et la plupart des couches meubles, de nombreux types de roches claires dont les blocs et les ponces forment des couches épaisses de tufs et de brèches [Lacroix]. Parmi ces roches se trouvent des leuco-phonolites, essentiellement constituées par un verre ponceux, des trachytes englobant des fragments de calcaires, des phonolites sans leucites, aux beaux cristaux de sanidine; puis, comme types de profondeur de ces roches, des syénites, des microsyénites et des monzonites, roches pauvres en leucites, mais contenant de la biotite, de la hornblende, de la mélanite.
Ce sont ces produits d'importance secondaire qui ont fourni la plus grande variété d'éléments. Déjà au début du XIX® siècle, sur les
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38o minéraux énumérés par Haùy, près du quart avaient été trouvés au Vésuve.
En résumé, le Vésuve est caractérisé par la grande importance qu'il eut dans Thistoire du volcanisme; sa venue, en pleine période pléistocène, au milieu d'un vaste synclinal, après divers mouvements orogéniques ; la rectitude, pendant toute son histoire, de son orifice principal et la disposition radicale symétrique de ses orifices secondaires; le peu de variété de la majeure partie de ses produits; la séparation, par un cataclysme gigantesque et un long repos, de son histoire en deux grandes phases d'activité régulière; enfin le rythme de ses périodes d'activité et de calme pendant les derniers siècles et la variété de ses modes explosifs.
Vulture ou Volcan de Melfi est le seul massif ignivome connu aux versants orientaux des Apennins. C'est une grande et fertile saillie dont les dernières explorations ont révélé la structure variée, la composition pétrographique complexe et la position tectonique intéressante.
Les géographes anciens signalent à peine la montagne, mais en revanche les poètes ne se sont point fait faute de la chanter : Horace surtout a décrit en phrases exquises, les bois, les ruisseaux, les nappes lacustres qui l'ornent encore aujourd'hui. Le massif retomba dans l'oubli pendant tout le moyen âge, quoique des centres relativement policés se soient maintenus dans le voisinage et ce ne fut qu'à la fin du XVI Ile siècle que les voyageurs et les savants en reprirent l'exploration et en même temps reconnurent sa véritable nature. Domenico Tata fournit les premières relations scientifiques. Puis vinrent B. Brocchi, Daubeny, lepèreTortorella, Abich, L. Pilla; A. Scacchi et L. Palmieri qui, après le tremblement de terre de i85i, en donnèrent une des meilleures descriptions ; C. de Stefani, Roth, Ricciardi, W. Deecke; enfin dans les dernières années du siècle passé, G. de Lorenzo, dont le travail magistral et méticuleux constitue l'étude capitale sur le volcan.
Par sa forme et son aspect, le Vulture révèle déjà au voyageur qui parcourt ces contrées encore peu connues et désertes, une nature différente de celle des monts qui l'entourent. Majestueux et solitaire, il s'élance sous forme de cône accidenté au-dessus des petites plaines
MÉDITERRANÉE
d'Atella au sud, de Rionero à Test, de Rapolla au nord, de la vallée de rOfanto à Touest et des collines de Monticchio au sud-ouest, qui lui font un socle de 5 à 700 mètres d'altitude. A l'occident s'allongent les grandes chaînes italiennes, aux longues croupes calcaires, pelées et grises, coupées de fractures régulières; à l'orient, par delà les faibles saillies de Ripacandida s'étalent les vastes et tristes plaines de la Fouille, entre Tarente et Foggia.
Le périmètre de base de la montagne, très irrégulier, garde toutefois l'allure générale d'un ovale, allongé du N. au S., avec 14 kilom. de plus grand axe, 1 1 de plus petit. Mais les produits s'étalèrent bien au delà de cette limite, comme l'attestent les lambeaux de couches qui couronnent certaines protubérances du NE. et de l'E., et l'admirable courbure décrite par l'Atella, tributaire de TOfanto, à quelques kilomètres au SO. du massif, qui le sépare du Toppo Pescione (809 m,). D'ailleurs en plusieurs points des montagnes voisines, on a découvert de petits amas de produits vulturiens.
En général, les premiers contreforts sont assez plats, et même, au N. et au SE , ils forment de larges plaines horizontales, qui furent autrefois couvertes par les eaux. Le relief ne prend une réelle vigueur que" vers la partie centrale du massif ; une puissante arête, franchement dessinée, en constitue la charpente montagneuse. Elle s'incurve en vaste amphithéâtre de 2000 mètres de diamètre, à concavité tournée au couchant ; assez brusquement coupée à son extrémité méridionale, elle se prolonge au contraire sur plusieurs km. vers l'ouest, par sa branche septentrionale. La plus haute saillie s'érige vers le milieu de la courbure, à i 33o mètres d'altitude, tandis que la hauteur relative diminue graduellement vers les extrémités.
Au N., à l'E. et au SE., c'est-à-dire du côté convexe de l'arête, les flancs burinés de la montagne s'inclinent très régulièrement vers les plaines et les petites saillies inférieures. Mais au SO. la haute crête descend en parois plus rapides et plus bosselées sur une vaste terrasse ondulée de 900 mètres d'altitude moyenne, déprimée elle-même dans sa partie méridionale en une cavité à peu près circulaire, de 2 km. de diamètre, occupée par les deux cuvettes lacustres de Monticchio. Les deux nappes liquides — ovales réguliers, allongés du SSE. au NNO., dont le plus petit, situé au pied même des escarpements de l'extrémité de la grande crête, a 5oo mètres de long sur 3oo de large, et le plus grand, à l'ouest, ySo sur 5oo à 600 — , séparées à peine
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par une mince langue de terre où se dressent quelques arbustes et enveloppées par les talus de la dépression commune, ne sont qu'à 65o mètres au-dessus du niveau de la mer, et la sonde leur donne 3o à 40 mètres d'épaisseur. Le fond de ces cavités, les plus creuses du massif, se trouve donc à peu près au niveau du socle du volcan.
Les eaux qui tombent en averses sur le mont, ruissellent sur les pentes ou s'infiltrent dans les produits meubles, érodent et minent le massif pour aller étaler dans les plaines du pourtour les féconds matériaux arrachés. Sur les flancs du N., de TE. et du SE., elles se ramassent en ruisseaux et dévalent avec une grande régularité vers la périphérie: plus de trente vallons rayonnants, plus larges, moins profonds qu'à Somma, sillonnent ces versants du massif. Dans l'intérieur de l'arène supérieure, sur la terrasse de Monticchio, aucun cours d'eau n'a pu se creuser une route définitive. Les pluies ont toutefois fourni leur contenu aux cuves de Monticchio. Les quelques rivières qui, plus bas sur le versant, descendent vers l'Ofanto ont, en revanche, fortement affouillé le terrain, et le sous-sol sédimentaire apparaît à moins de 2 5oo mètres des cuvettes lacustres.
Les versants inférieurs du mont sont couverts de riches cultures, de vignobles au vin puissant ; à mi-côte ce sont les oliviers qui dominent et plus haut les châtaigniers, les chênes, les faggï^ les cerri, les ilici et les pâturages. Mais la déforestation a déjà décharné maintes places, notamment au SE. Plusieurs villes, unies par chemin de fer, dont Rionero, Barile, Rapolla, se sont établies au versant oriental du massif au point de sortie de sources pures ; Melfi, la plus considérable, couronne comme une citadelle un petit plateau du bord nord-oriental du volcan. D'ailleurs, tout le temps que la montagne garde sa parure de prés et de verdure, les habitants des plaines et des plages orientales, chassés par la chaleur et la sécheresse, remontent vers les hauteurs plus fraîches et plus riches, pour redescendre en automne, alors que l'âpre vent de l'Adriatique précipite sur les cimes les vapeurs montées de la mer [G. DE LORENZO]. Par l'abondance de ses rivières, la pureté de ses sources et la fécondité de ses produits, le Vulture forme une véritable oasis au milieu de la contrée avoisinante, monotone et inculte.
Aucun récit, aucune légende ne rappelle les éruptions du Vulture, quelques sources minérales et thermales sont les restes plus ou moins probables de l'activité antérieure. Aux environs de Rapolla, une fon-
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taine admirable se précipite en cascade fumante de 3 à 4 mètres, sous un rideau de lichens.
La structure du massif est assez facilement reconnaissable, grâce à la forme extérieure du mont et aux accidents dus à Térosion ; elïe présente pourtant quelque complexité. Abich avait fait du Vulture un exemple remarquable de cratère des oulèvement, maïs la formation par explosions et amoncellements progressifs est autrement simple et explicite. Dans ses grands traits, le Vulture est un volcan stratifié, régulier, avec grands accidents centraux supérieurs et accidents secondaires au pied nord-oriental.
La plus grande partie de la montagne est composée de couches de matériaux meubles, témoignant de la fréquence et de Tamplitude des explosions ; ponces, lapilli, cendres, pouzzolanes, blocs divers et fragments de cristaux plus ou moins agglomérés en tufs, en brèches et en conglomérats; les bombes font défaut et les scories sont rares. Les laves ne se montrent que dans la région supérieure où elles alternent, plus ou moins régulièrement, avec les produits clastiques. Elles apparaissent en bancs horizontaux sur les pentes de la crête supérieure tournées vers la plaine de Monticchio, tandis qu'aux versants extérieurs du mont, elles s'étalent en coulées et en nappes parfois ramassées en collines. Elles ont en moyenne 2 ou 5 mètres d'épaisseur, 4 ou 5 kilomètres de long, et présentent dans les parties épaisses une structure le plus souvent columnaire, parfois sphéroïdale. Ces laves se sont surtout répandues vers le NE., mais on peut en suivre vers l'orient jusqu'à 7 kilomètres de l'arête supérieure, et la coulée la plus éloignée de cette région centrale affleure à 8 kilomètres au sud du culmen, près d'Atella, sur le bord du massif et en contact avec les sédiments du sous-sol ; il est vrai qu'elle a pu être émise d'une bouche adventive plus proche.
Tous ces produits du grand cône vulturien, pendent avec 20 ou 3o degrés d'inclinaison moyenne dans la partie supérieure du mont, tandis qu'à la base, les couches sont à peu près horizontales ou d'inclinaison peu distincte ; au NNE. du massif et au SSE., leur disposition indique un dépôt dans des nappes lacustres. Ils rayonnent autour de la grande arête supérieure, du moins dans la partie septentrionale, orientale et sud-orientale et, de plus, les matériaux meubles sont d'autant plus fins qu'on s'éloigne davantage de la partie centrale. On peut donc conclure que la cuve d'émission occupait la partie
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supérieure et centrale du grand cône et que le vaste amphithéâtre de Monticchio en est le reste visible.
Toutefois, un grand bouleversement, explosion ou etïondrement colossal dut se produire dans cette région suprême du volcan : acte final d'une longue phase d'activité ou début d'une autre phase. La montagne, qui devait être alors presque parfaitement conique et se dresser à i 5oo ou 2000 mètres de hauteur, tut grandement abaissée et toute sa partie sud-occidentale renversée. Telle est du moins l'explication que Ton peut donner sur cette partie du volcan.
Une autre phase éruptive est indiquée par les bourrelets du sol et la dépression qui contiennent les cuves lacustres de Monticchio ; dans cette Somma démantelée, un Vesuvio s'édifia. De même qu'au volcan de Naples la bouche nouvelle s'ouvrit en dehors de l'axe du massif. Les conduites profondes se déplacèrent vers le SO., avec plus d'écart, toutefois, au volcan de Melfi qu'au célèbre massif campanien. La grande arête, sur le bord méridional de laquelle la nouvelle cheminée débouchait, fut fortement entamée comme le montre la falaise qui la termine au S.; les versants du nouveau cône se confon-' dirent au S. et au SO. avec les flancs du grand massif de base et se dressèrent au N. au-dessus de la plaine formée par le cataclysme antérieur.
On ne sait si ce cône, de 2 ou 3 kilomètres de base, porta bien haut son cratère et l'on ne connaît pas autrement que par le relief ses produits, cachés sous de plus récents matériaux ou confondus avec ceux du volcan antérieur. La dépression relativement énorme qui lui sert actuellement de cratère et qui loge les deux Jacs, est peut-être due à un bouleversement considérable, dans lequel le cône disparut presque en entier. Mais il est plus probable que, vu le peu de matériaux rejetés, l'activité de cet appareil fut de courte durée et maintenue dans cette chaudière de près de 2 kilomètres de diamètre.
Les deux cuves jumelles de Monticchio, dont la forme indique nettement l'origine cratérique, témoignent d'une dernière et très courte période d'actîvité. La grande cuve se dédoubla; quelques explosions firent gicler vers le N. des produits meubles qui couvrirent toute la plaine de Monticchio jusqu'à la grande arête vulturienne ; blocs de lave et fragments du sous-sol proche des chaudières, puis lapilli abondants et scories.
Un des plus curieux accidents du massif vullurien est représenté
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par la plaque lavique qui supporte la ville de Melfi, sorte de table horizontale, de forme elliptique, avec i ooo à i 5oo mètres de long SE. -NO., sur un millier de large et s'élevant assez abruptement Je 5o à loo mètres au-dessus des terrains voisins. Cette masse, épaisse et divisée en prismes, de haûynophyre dont on ne voit nulle part le lieu desortie, surmonte des strates minces, et formant talus, de scories volcaniques qui s'étagent elles-mêmes sur des tufs peu distincts ; lapilli, ponces, cendres et scories, mi-lacustres, mi-aériens, sorte de mélange des produits meubles du grand cône vulturien, remaniés par les eaux et contenant des sédiments arrachés aux montagnes voisines. Le tout repose dans un petit synclinal de flysch éo-miocène dont on voit les assises affleurer au N., au NE., à TE. et au SE.de l'appareil, tandis qu'au SO. et à TO. s'étalent les produits vulturiens.
Sans conteste, il y eut en cette partie du volcan, pendant l'époque de pleine activité, un lac où les tufs rejetés par les orifices centraux venaient se mêler aux blocs sédimentaires ; puis des fumerolles apparurent, des projections de scories comblant le lac ou le forçant à se répandre ailleurs ; enfin, une masse lavique, visqueuse et plate que l'érosion postérieure isola peu à peu. La belle conservation des orifices de Monticchio fait penser que la venue de cette lave, postérieure au grand massif vulturien, fut toutefois antérieure aux dernières explosions centrales .
A deux ou trois kilomètres au S. de cet appareil et sur le bord du massif également, un autre gros filon s'est fait jour ; le Troppo di San Paolo, que Scacchi appelait volcan des Braidi. C'est une coupole phonolitique de 5 à 600 mètres de diamètre. Massive en certains points, divisée sur d'autres par de longues cassures, émergeant à peine des tufs de nature semblable qui forment la partie inférieure du Vulture et qui semblent aussi séparer le culot lavique du sous-sol. Par sa position et sa composition, ce noyau de lave doit avoir une origine à peine postérieure aux tufs qui l'englobent et, par suite, dater des premiers temps de l'activité vulturienne.
Hormis la plaque lavique de Melfi, la coupole de Paolo, et les accidents semblables que peut cacher le grand massif vulturien, les filons si abondants à la Somma, avec laquelle Vulture a de grandes analogies de structure, sont rares et peu intéressants au volcan de Melfi. Les cônes adventifs ne semblent pas non plus être nombreux ; on n'en a signalé aucun avec certitude : le Pizzo S. Agata «636 m.),
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qui s'élève à 2 kilomètres au S. de Melfi, considéré autrefois comme tel, n*est qu'une butte modelée par les eaux.
Quelques nappes de travertin, sept ou huit, dont quelques-unes atteignent ou même dépassent un kilomètre carré, jalonnent le bord méridional et surtout occidental du volcan.
Si ressemblant dans sa structure générale avec le Vésuve, le Vulture est bien distinct du volcan de Naples par la grande variété de ses produits. Sous ce rapport, ii a beaucoup plus d'analogies avec le Roccamonfina, le Cimino ou le Latera. On y trouve, en effet, la plupart des types de roches entre le trachyte et les basaltoïdes.
Parmi les grandes masses de lave, la plus acide est celle de San Paolo : c'est une phonolite anorthoclasique ; sur la pâte grise, composée de feldspath et de pyroxène, d'un peu de magnétite, d'apatite et de biotite, ressortent de grands cristaux de feldspath, mélanite, augite et haiiyne. Des téphrites viennent ensuite : téphrites haùyniques que quelques auteurs désignent sous le nom d'andésites haûyniques, formant quelques coulées de la partie supérieure ; roches grises, compactes, à pâte très feldspathique,avec en plus du pyroxène, de la haûyne, de l'amphibole, etc.; téphrites leuco-haiiyniques, composant la majeure partie des coulées et presque tous les bancs de la partie interne de la crête, riches en augite, avec un peu de haiiyne, accidentellement de l'olivine et du mica, rarement de la leucite. Toute une série de basaltes succède, plus variés que les téphrites, mais moins abondamment représentés : basaltes leuco-haiiyniques, disséminées aux environs du Pizzo S. Agata, gris ou noirs, compacts, à grains nombreux de leucite et de haiiyne, plus un peu d'augite et d'olivine; basaltes leucitiques, aux produits identiques, mais très variés d'aspect et de constitution, non seulement suivant les différentes coulées qu'ils forment, mais encore en divers points de certaines d'entre elles, de telle sorte qu'une même nappe peut être rapprochée de la téphrite, du basalte, de la leucitite et même de la limburgite. Puis viennent les basaltoïdes : leucitites grises, simples, avec augite et leucite comme éléments essentiels, et haiiyne, népheline et plagioclase rares, formant quelques coulées et un beau filon au sud du petit lac; néphélinites simples aussi, tenaces, avec augite surtout, népheline, un peu de haiiyne, et formant également un filon, dressé comme une obélisque au milieu des produits plus meubles de l'amphithéâtre
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de Monticchio ; enfin, haiiynophyres de Melfi, si particulières et locales, qu'on se demande si elles sont en relation avec le volcan ; elles ont, en plus de la haùyne caractéristique, de la leucite,de Taugite, de la néphéline de la mélilite et du feldspath; Rammelsberg leur donne 42,46 p. c. de silice.
Les produits meubles correspondent aux laves compactes. Des tufs ponceux sanidiniques, de nature phonolitique voisine de celle du Troppo di S. Paolo qu'ils englobent, et très semblables à ceux du Pausilippe, mêlés à des blocs sédimentaires et des fragments de roches consolidées en profondeur, affleurent sur tout le pourtour du massif sur une largeur d'environ i 000 mètres. Ils reposent directement sur les sédiments et occupent probablement toute la partie inférieure du volcan. Dans le voisinage de la coupole, quelques blocs pouvant atteindre un mètre cube — roches semblables à celles de Sanadoire en Auvergne, phonoliies haiiyniques compactes et peu altérées, essentiellement composées de sanidine, plagioclase, haûyne, accessoirement de pyroxène, biotite, magnétite, etc. — , se mêlent à ces tufs phonolitiqueset reposent aussi en certains points sur le sous-sol. Ils viennent probablement de l'orifice qui a donné passage au Troppo et appartiennent aux premières périodes d'activité vulturienne. Presque tous les autres produits meubles qui apparaissent en couches si considérables dans le reste du massif sont des lapilli, des cendres, des pouz- 2X)lanes, blocs, brèches, conglomérats, de même nature que les coulées de lave qu'ils contiennent. Enfin les produits des deux cuves de Monticchio sont des lapilli, des scories noires ou rouges de nature néphélinique et augitique.
La venue successive de ces produits vulturiens accuse une diminution graduelle et franche du degré d'acidité ; aux phonolites de base succèdent des téphrites et des basaltes, puis viennent des leucitites, des néphelinites, des haiiynophyres. Il est peu d'exemple connu sur la terre d'une telle régularité.
Les minéraux les plus caractéristique fournis par le Vulture sont donc la haiiyne et Taugite qu'on retrouve dans toutes les laves. A ces éléments s'associent ensuite les plagioclases et les feldspathoïdes autres que la haûyne, leucite et néphéline, puis les micas et l'olivine caractérisant les basaltes; enfin les sanidines et les anorthoclases.
Peu de volcans ont été aussi bien étudiés que le Vulture dans leurs
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relations- avec le sous-sol sédimentaire. Sans parler des roches archécnnes et primaires qui ne se montrent qu'en Basilicate, à loo kilomètres du volcan, une bonne partie des sédiments mésozoïques et la plupart des couches tertiaires et modernes affleurent dans le voisinage immédiat du volcan, dont elles indiquent nettement la position tectonique et l'âge.
Le trias, du moins la partie supérieure de Tétage moyen, se montre en trois ou quatre points de la chaîne qui s*étend à 1 5 kilomètres au SO. du volcan, de San-Fele à Avigliano; ce sont des calcaires et des schistes plastiques que les mouvements du trias supérieur ont bombés en petites coupoles ellipsoïdales, allongées du SE. au NO. comme dans les autres points de Tltalie méridionale où ces sédiments se rencontrent.
Le trias supérieur (représenté par les dolomies dans T Italie occidentale) et toute la série jurassique, dont on ne connaît que des lambeaux liasiques dans la Basilicate, font défaut dans le voisinage du volcan, mais en revanche le crétacé est magnifiquement représenté, essentiellement par le turonien. On ne le connaît pas aux versants NE. des coupoles triasiques, où il a probablement été enlevé par les érosions de Téocène inférieur, et au NO. du volcan il n'apparaît que dans quelques hautes croupes lointaines. Mais aux versants méridionaux des plis. du trias, les calcaires durs avec rares intercalations marneuses qui composent le crétacé se montrent en assises puissantes, épaisses en tout d'un millier de mètres, inclinées vers le N. et le NE., et coupées de longues fissures qui les disposent en gradins. La grande voussure que ces couches formaient en Basilicate devait s'incurver en synclinal vers la Murgie, pour aller se relever peut-être sur le promontoire de Gargano,
Non moins puissantes sont les assises de l'éocène, moyen et supérieur, et du miocène, qui forment en grande partie le socle immédiat du volcan; calcaires, schistes, marnes, argiles, arènes, avec quelques noyaux de roches volcaniques basiques, affleurent sur tout le pourtour, excepté au SO., et se montrent au milieu des produits même, près d'Atella. Plus plastiques que celles du crétacé, ces couches qui couvrent tous les flancs orientaux de la chaine apennine, suivent non seulement les allures des couches antérieures, mais prennent encore des allures indépendantes. Dans le voisinage du volcan, à l'est, elles plongent à l'OSO.; en quelques points de la partie occidentale, elles
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plongent au contraire à TENE.; de sorte que le volcan sfe trouve dans un synclinal, large d'une quinzaine de kilomètres. De plus, ces terrains ont des plissements plus petits et plus compliqués, comme par exemple le synclinal où se dresse la lave de Melfi, des renversements, des fractures, etc. ; dislocations minimes et multiples de quelques kilomètres, quelques hectomètres même, encore imparfaitement déterminées, mais qui semblent toutefois s'orienter de préférence du SE. au NO.
Toutes ces assises crétacées, éocènes et miocènes, qui représentent les plus importants dépôts de la fameuse Thalassa, Méditerranée des âges mésozoïques et cénozoïques, ont été plissées lors des grands mouvements généraux de la fin du miocène.
Le pliocène supérieur composé de strates non plissées, d'argile, de marnes, de sables, de conglomérats et en quelques lieux de tufs calcaires, atteignant ensemble environ 5oo mètres d'épaisseur, s'appuie au flanc de l'Apennin, plongeant légèrement au NE. et d'autant plus horizontal qu'on s'approche de la mer. Dans le voisinage du volcan on ne trouve que des lambeaux découpés par l'érosion; le plus grand affleure dans toute la partie sud-occidentale du massif et se relève bien haut sur les flancs des monts de San- Fêle; d'autres tout petits au NE., en dehors du volcan et à l'E. sous des amas de produits volcaniques isolés ; enfin six ou sept apparaissent dans les matériaux vulturiens mêmes, en une longue série depuis Barile jusqu'à Atella. Le mouvement de bascule survenu à la fin de la période les releva sans les plisser.
Enfin le pleistocène, qui est encore marin sur le rivage et dans toute la plaine de Murgie, est représenté dans le voisinage du volcan, comme dans la Basilicate d'ailleurs, par des dépôts lacustres importants : marnes, argiles, calcaires, arènes, conglomérats, avec mollusques terrestres et restes de grands pachydermes. C'est là sans doute le résultat de la fonte des glaces qui venaient de couvrir les monts de l'époque, des pluies diluviennes et un peu aussi du retrait de la mer. Un de ces lacs, celui de Vetralla, occupait la plaine qui s'étend au sud du volcan : les dépôts lacustres que viennent couvrir les produits volcaniques dans le voisinage d'Atella s'étalent encore sur une trentaine de kilomètres carrés autour du confluent de l'Arvino et du Stroppito. Un autre, plus grand du double au moins, celui de Venosa, est indiqué par les dépôts longuement étalés en dehors du
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volcan sur plus de 20 kilomètres de TO. à TE., sur 3 ou 4 du N. au S,, à quelques kilomètres au NE. Quelques autres lacs, plus petits, devaient également occuper la région, notamment le lieu où s'est épanchée la lave de Melfi,les plaines du NNE.et du SSE.du Vulture. Il est probable que lors de leur existence, ces nappes lacustres étaient réunies par un cours d'eau descendu des monts de San-Fele qui, après avoir traversé le lac de Vetralla, suivait le fond du synclinal où repose le volcan, traversait les lacs des plaines SSE. et NNE., puis celui de Melfi, tournait ensuite à Torient et gagnait la mer après s'être répandu dans celui de Venosa.
C'est alors que surgirent les produits volcaniques. Les dépôts supérieurs de ces lacs alternent en effet avec de petites strates volcaniques, des conglomérats et des blocs éruptifs. des tufs et des fragments de cristaux, tandis que les dépôts inférieurs en sont privés. Le volcan parut donc en pleine période pléistocène, et ce fut certes à l'accumulation de ses produits que l'on doit attribuer l'assèchement des lacs et la déviation du cours d'eau vers Touest, où le bord volcanique lui imposa une route d'un quart de cercle parfait. Toutefois quelques mouvements d'oscillation du sol ont dû coopérer à cette œuvre et peut-être avoir sur les manifestations volcaniques quelque influence. La mer s'est retirée sous leur effet et toute la partie méridionale de l'Italie a été soulevée à plusieurs centaines de mètres.
En résumé, le Vulture se forma en pleine période pléistocène, au flanc d'un anticlinal mésosoïque et au fond d'un synclinal éo-miocène, pendant des périodes d'élévation du sol, alors que la mer s'étendait encore dans le voisinage et que de grands lacs parsemaient la région. De même que le Vésuve, le Rocamofina, le Laziale, etc., le Vulture semble avoir eu plusieurs périodes d'activité d'importance décroissante, et a gardé dans sa position de sa cheminée principale une assez grande constance. D'abord presqu'exclusivement explosif, avec quelques effusions locales, il donna ensuite, à la fois, produits meubles et coulées de laves, édifiant un grand cône; puis après de grands bouleversements et un petit déplacement de la cheminée, il y eut de courtes phases, surtout explosives et accompagnées d'injonctions filonieiines.
A cette évolution de structure, indiquant une diminution d'activité par le volume des matières rejetées et la dimension des orifices, cor-
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respond'une diminution d'acidité dans la nature des produits successivement mis à jour.
EoUe, plus généralement désignée sous le nom d'Iles EoHennes ou A' Iles Lipari, est, grâce à la constance d'activité de quelques-uns de ses appareils pendant toute la période historique et à sa position au centre de la Méditerranée, qui la rendaient si intéressante et si facilement accessible, un des groupes volcaniques les moins imparfaitement connus de l'Italie et de la Terre. Deux de ses évents ont eu une influence considérable sur la science des volcans par leur mode d'activité, et leur structure a présenté également un grand intérêt ; d'autres, par la variété et la richesse de leurs produits, ont abondamment servi la minéralogie. Dans tous les domaines de la vulcanologie, les appareils éoliens ont apporté un grand tribut. Mais les propriétés d'Eolie, en tant que groupe volcanique, sont encore trop récemment connues pour qu'elles aient pu grandement influer sur la science, ou du moins pour qu'on ait pu juger de cette influence. Elles sont toutefois manifestes.
L'Eolie est en effet un des groupes volcaniques dont l'unité s'affirme le mieux, sinon par la similitude d'activité de ses évents, du moins par l'isolement, la position géographique et géologique personnelle de l'ensemble; par le voisinage et la disposition régulière des appareils; leurs dimensions à peu près semblables ; la similitude assez grande de leur structure et de leur composition ; la reproduction dans chacun d'eux des deux grandes variétés de produits communs; enfin l'âge et les relations tectoniques semblables, autant qu'on peut en juger. En somme par la grande régularité, la cohésion de l'ensemble et l'homogénéité des parties, pourtant variées, l'Eolic est un groupe volcanique bien plus entier que celui de la province romaine et surtout que celui de la Campanie.
Eolus, d'où dérive l'appellation actuelle du groupe, aurait été, d'après certains auteurs, le nom d'un chef grec, intelligent et populaire, établi dès une époque très reculée dans l'archipel, et que la tradition plus tard divinisa. Au dieu nouveau, ce peuple de matelots attribua la direction des phénomènes les plus importants du voisinage; Eole présidait aux changements de température et aux variations du
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vent, qui paraissaient précisément en relation avec les manifestations actives de Stromboli, la plus septentrionale des Eoliennes. D'ailleurs, des tempêtes soudaines et violentes éclatent souvent dans le voisinage de Tarchipel; dans le monde connu des Grecs, peu de régions pouvaient mieux représenter le domaine troublé du dieu qui préside aux perturbations atmosphériques. Le nom de Lipari, qu'on donne parfois au groupe insulaire, est emprunté à Tîle la plus vaste de Tarchipel.
Si la connaissance des îles d'Eolie qui eurent des éruptions historiques remonte à une lointaine antiquité, si déjà ces îles étaient citées comme volcans il y a 2 3oo ans, la connaissance du groupe éolien, dans ses propriétés générales, date d'une époque relativement très récente. Pour les anciens il s'agissait seulement d'un archipel, aux parties à peu près égales, aux populations de même origine, et les îles qui projetaient les flammes et les pierres fondues semblaient même avoir, par l'origine, plus de rapports avec des monts éloignés comme Vésuve et Etna qu'avec les rochers voisins émergés mais inactifs. Pendant tout le moyen âge, époque d'ignorance, l'étude de l'archipel est délaissée ; les éruptions de ses évents cessent même d'être signalées pendant près de dix siècles. Ce n'est que dans les quelques derniers siècles, avec le développement des sciences géologiques et minéralogiques, que la nature véritable de toutes les îles est reconnue et que les études d'ensemble sont amorcées. Hamilton, Dolomieu, Spallanzani, Ferrara, Abich, Poulett Scrope, Salino, fournissent sur la plupart des îles des documents précieux. Hoffmann, L. de Buch, Judd, tentent des essais d'histoire générale. Les sondages viennent dévoiler l'allure des parties immergées; le classement des modes érup. tifs, des structures, des matériaux facilitent de plus en plus les recherches. Le nombre des travaux s'accroît. En 1892 le Comité géologique italien charge Cortese et Sabatini d'une étude complète du groupe. Suess décrit des relations entre l'Eolie et les secousses sismiques des contrées noires. Vers 1900, Bergeat, résumant ses travaux personnels et ceux de ses prédécesseurs, publie l'ouvrage le plus complet, le plus riche en faits acquis et en hypothèses concernant l'Eolie. Toutes les îles eoliennes sont pourtant loin d'être connues dans toutes leurs particularités et il reste encore, sur la structure notamment, bien des points à éclaircir.
L'archipel éolien parsème la partie sud-orientale de la mer tyrrhé-
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nienne, au milieu de l'amphithéâtre gigantesque que tonnent la Calabre et la Sicile nord-orientale, plus près de la Sicile toutefois. Les sept grandes îles qui le composent, auxquelles se joignent quelques îlots peu importants, ont de 2,44 kms car. à 37,63 de surface et leur hauteur varie de 420 mètres à 962 au-dessus de la mer; elles sont en général nettement séparées les unes des autres par des distances variant de quelques milliers de mètres à 25 kilomètres.
Déjà L, de Buch, au début du XIX® siècle, comparait l'archipel à une étoile à trois branches, figure souvent indiquée par la suite. Salina, Tîle la plus haute, occupe le centre, à une cinquantaine de kilomètres au N. de la côte sicilienne; une branche s'élance, d'abord vers TENE. formée, par Panaria, distante de 25 kilomètres, puis vers le NE., par Stromboli, distante de 40 kilomètres; une autre vers rO., formée par Felicudi, distante de 25 kilomètres, puis l'OSO., par Alicudi, distante de 45 ; la troisième, perpendiculaire à la côte sicilienne, vers le SSE., formée par les îles les plus vastes et les plus rapprochées, Lipari, distante de i5 kilomètres et Vulcano de 25.
On peut aussi voir dans J 'archipel, deux branches d'inégales longueurs, réunies à Salina ; une branche, longue d'une centaine de kilomètres, ondulant de l'O. vers l'E. et le N.E., formée par cinq îles distantes en moyenne de 25 kilomètres; une autre, NNO.-SSE., longue d'une trentaine de kilomètres, formée par les trois massifs les plus considérables de l'archipel et les plus proches.
Ce n'est que tout récemment, dans les dernières années du siècle passé, que la sonde a donné un nombre suffisant de points de profondeur, pour qu'on ait pu prolonger sous les eaux le relief des massifs volcaniques et esquisser l'allure générale du socle.
En cette région du fond tyrrhénien, la régularité si grande des pentes qui s'inclinent des côtes calabraises et siciliennes vers les abîmes marins est fortement interrompue, entre 5oo et 2 5oo mètres. Le socle commun, sans nul doute formé par l'accumulation des premiers produits volcaniques, fait déjà saillie en dehors de la ligne générale des courbes de niveau à 2000 mètres, esquissant nettement la base nord-oriental du Stromboli, A i 5oo mètres, le socle est encore entier et largement relié à la Sicile, La partie NE. et la partie O., portant d'une part Stromboli, de l'autre Alicudi et Felicudi,s'avancent comme deux « cornes » parmi des fonds inférieurs, ourlets aux bords arrondis, larges en moyenne de 25 kilomètres. Plus haut, vers
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1 ooo mètres, le socle se subdivise. Stromboli se détache complètement; cône à base ovale, longue de 15 kilomètres SO.-NE., large de 10 kilomètres. Alicudi s'isole également; cône à base ovale de même direction; un peu plus régulier, un peu plus vaste, un peu moins abrupt que Stromboli. De même Felicudi, de dimensions semblables à Alicudi, mais allongée plutôt NO.-SE. Le reste du massif, formant un puissant bourrelet, englobe encore Panaria, Salina et les deux îles méridionales, et se relie à la Sicile par un pédoncule de 10 kilomètres. Ce n'est que 5oo mètres plus haut que de nouveaux morceaux se séparent ; Panaria et les ilôts voisins vers TE. forment un massif à peu près triangulaire de i5 kilomètres de côté s'élevant jusqu'au voisinage de la surface. Les trois îles centrales sont encore réunies et ce n'est qu'à des profondeurs de quelque cent mètres qu'elles s'individualisent, et l'on peut même voir entre elles, entre Lipari et Vulcano par exemple, de petits appareils, comme Vulcanello, d'allure à peu près indépendante.
En somme, le système éolien présente un relief d'une belle cohésion; puissante échine de 3o kilomètres NNO.-SSE., avec Vulcano, Lipari et Salina, rencontrant l'ourlet de saillie générale moindre, mais plus longuement étoile, qui porte Alicudi, Felicudi, Salina, Panaria et Stromboli.
Une petite butte conique, isolée entre Stromboli et Milazzo, s'élevant par des fonds de 1200 mètres jusqu'à 960 mètres de la surface, est peut-être un petit appareil volcanique, un reste de l'île de lave qui, d'après Strabon, aurait fait apparition dans le groupe et dont l'ancienne position n'est pas identifiée.
Durant l'époque historique, l'activité s'est localisée aux extrémités NE. et SSE. du groupe; à Stromboli et-à Vulcano. Lipari a peut-être eu des éruptions pendant le cours de cette période, mais elles sont très vaguement relatées par les légendes. Sans parler des apparitions douteuses, et d'ailleurs fort anciennes, d'îles de laves, signalées par Strabon, et des jets de vapeurs émis, entre Milazzo et Cefalu, par les roches de la côte sicilienne, manifestations peut-être en rapport avec le grand foyer éolien, les autres îles n'ont plus que des fumerolles et des sources minérales; Alicudi semble même complètement éteinte.
On a vainement cherché des relations entre les éruptions connues des deux appareils actifs, ainsi du reste qu'avec Vésuve et Etna; les
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seuls caractères communs que présente Tactivité de ces deux évents consistent en la grande constance historique de cette activité, sa vigueur moyenne et la reproduction chez chacun des volcans d'un dynamisme toujours le même. A part cela, ce sont, en effet, deux modes d'action tout différents, tout individuels ; on a toujours signalé à Stromboii Toscillation de la lave dans Tune ou l'autre bouche, sa descente dans la cheminée, puis sa montée, terminée par un bouillonnement de plus en plus intense et une projection de masses de laves basaltiques ; à Vulcano, les éruptions, beaucoup plus espacées, sont plus brutales, plus imprévues, alternent avec des longues périodes de repos presque complet et fournissent des matériaux de nature andésitique. De plus, les époques de paroxysmes ou de moindre activité ne concordent ni n'alternent de l'un à l'autre appareil.
L'étude de l'activité historique du groupe éolien semblerait conduire plutôt à la conception d'une pluralité des magmas originels qu'à celle d'un foyer commun.
On ne connaît pas la structure des parties inférieures des îles, mais la régularité de la forme extérieure semble révéler, chez la plupart d'entre elles, une charpente assez simple, et ce qu'on connaît de la constitution des parties exondées confirme cette façon de voir. Si quelques-unes de ces îles présentent une structure confuse comme Alicudi, complexe comme Panaria, toutes sont formées de produits meubles alternant avec des coulées de laves compactes, et, dans la plupart, ces matériaux se disposent régulièrement autour d'une cheminée à peu près constante, comme à Stromboii et Vulcano, de deux cheminées et même plus comme à Salina et Lipari. En général, chaque massif orographique, terminé par une des sept grandes îles, constitue un appareil distinct ou un petit groupe d'appareils. Et on peut compter une dizaine d'évents principaux, quelques-uns secondaires.
Plus isolés dans la branche qui s'étend d* Alicudi à Stromboii, ces appareils semblent former des massifs plus distincts. Entre Salina et Vulcano, au contraire, la série est moins nettement divisée ; les évents sont à la fois plus rapprochés et plus nombreux; tel appareil, comme Vulcanello par exemple, ne peut être relié de préférence à l'une ou l'autre des îles voisines, Lipari ou Vulcano.
Quelques auteurs, Hoffmann et Judd entre autres, se basant sur la structure et surtout sur l'aspect des îles Eoliennes, ont tenté une
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esquisse de l'histoire générale du groupe : Panaria et les îles voisines, si disséminées et morcelées, devaient former l'appareil le plus ancien; elles représentaient une première phase volcanique; Alicudi, Felicudi, Salina et les parties inférieures de Lipari et de Vulcano correspondaient à une seconde phase ; enfin, la partie supérieure de Lipari et de Vulcano, ainsi que Stromboli, la troisième phase, encore active. Mais les données sur lesquelles ces auteurs s'appuyaient étaient encore trop incertaines pour qu'un tel essai puisse être considéré comme l'expression de la vérité. C'est pourtant le meilleur qui soit encore actuellement.
Presque tous les grands types de roches volcaniques sont représentés au groupe éojien. Mais ce sont surtout les basaltes et les andésites qui se montrent. Toutes les îles, excepté Panaria, les contiennenî, et c'est là une des grandes caractéristiques du système. Elles composent exclusivement Stromboli, Alicudi et Felicudi; à Panaria le basalte est remplacé par la liparite; les autres îles, et surtout Lipari, contiennent en plus, des trachytes, des obsidiennes, des dacites, etc.
D'une façon générale Tétude des produits émergés témoigne donc d'une grande similitude de nature des magmas originels, partout basaltiques et andésitiques, mais d'une plus grande différenciation dans la partie centrale et méridionale, qui est en même temps la plus vigoureuse par le relief et la plus variée par la structure.
On a cru voir, dans la disposition des matériaux d'EoIie, une preuve de la décroissance générale d'acidité des produits. Mais outre que la majeure partie des massifs reste totalement cachée aux investigations, on connaît très vaguement l'histoire générale du groupe, et d'ailleurs la marche du degré d'acidité des produits a fortement varié d'un massif à l'autre. Si à Stromboli, et en quelques autres points, l'andésite a été rejetée la première des orifices, à Alicudi et à Vulcano c'est le basalte qui dégorgea d'abord ; en divers autres lieux il y eut même des venues de roches basiques succédant à des débordements de roches acides, eux-mêmes postérieurs à des sorties de produits basiques.
La position du groupe, par rapport à la structure de Técorce, est assez difficilement appréciable. Les roches étrangères ne paraissent en effet qu'en Calabre et surtout en Sicile nord-orientale, en moyenne à une cinquantaine de kilomètres du système. Sur les gneiss et les micaschistes du Pelores, qui prolongent les roches semblables de la
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Sila et de rAspromonte, s'appuient au SO., des phyllades d'âge imprécis, peut-être silurien, traversés en certains points par des roches granitoïdes, et, aux environs d'Ali, des quartzites, des schistes et des aragonites probablement permiens.
Contre ces terrains, restes supposés de l'ancienne Tyrrhénide, se moulent les grands plis secondaires et éocènes, presqu'en entiers calcaires, qui forment la charpente montagneuse de la Sicile ; lambeaux de trias moyen et supérieur reposant en discordance sur les phyllades; calcaires liasiques, jurassiques moyens, tithoniques, et crétacés ; conglomérats, grès et calcaires de Téocène moyen transgressif; argiles écailleuses de Téocène supérieur. Ces plis, qui doivent leur formation aux grandes pressions orogéniques de la fin de Téocène, s'alignent en général de TE. à TO.; quelques-uns toutefois, notamment entre Pelores et Netrodici et dans Madonie, prennent la direction ESE. — ONO. A moins de courbures vers le N. et le NE., peu probables, ou de rebroussements, plus incertains encore, ces plis n'ont pas dû se prolonger sur l'emplacement actuel d'Eolie. On sait que les recherches de Lugeon et Argand ont aussi conduit à considérer au moins une partie de ces terrains comme fragments d'une nappe de charriage, lambeaux triasiques et jurassiques entraînés par une énorme coulée d'argile dont la formation aurait eu pour cause également les pressions arogéniques de la fin de la période éocène.
L'oligocène fait défaut dans cette partie de l'arc [italien-sicilien et le miocène ne se montre qu'au sud de la dorsale plissée de l'île; la mer ne venait donc point jeter ses dépôts du côté nord, et l'on peut en conclure à l'existence du massif tyrrhénien à cette époque. Le pliocène couvre non seulement les couches miocènes méridionales, mais s'étale dans les petites plaines côtières du nord et couvre même, tant en Sicile qu'en Calabre, le flanc des montagnes jusqu'à plusieurs . centaines de mètres d'altitude. Une grande révolution s'est faite : la Tyrrhénide s'est effondrée, en même temps que s'ouvrait le détroit de Gibraltar et la mer a apporté sur les nouvelles plages les Cyprina islandica des régions boréales. Le quaternaire, de même que l'étage précédent, entoure la Sicile comme un ruban discontinu, prolongé en Calabre où il s'élève jusqu'à plus de looo mètres, montrant que l'effondrement tyrrhénien correspondit à des soulèvements pliocènes et quaternaires considérables en ce point de l'Italie. Le sol, d'ailleurs, s'afFaise encore.
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Le système éolien s*est donc élevé dans Tancien massif effondré, au voisinage des lignes de contact entre ses pentes et les plis secondaires éocènes, au contact aussi des fractures qui ont coupé la côte nord de Sicile; peut-être s'est-il développé également vers le lieu d'origine de la nappe de charriage. Il n'a très probablement pu apparaître que vers la fin du miocène, après le début de Tefiondrement tyrrhénien.
A vrai dire, on ne sait rien de précis sur ses premières manifestations. En tous cas, au pliocène supérieur, l'activité devait déjà avoir accumulé quantité de produits : en quelques îles, des travertins contiennent les derniers vestiges du palmier nain {Chamerops humilis) et datent évidemment du Sicilien. [A. DE Lapparent.] Au quaternaire, les volcans du groupe avaient probablement à peu près la forme qu'ils ont aujourd'hui et leur activité devait être à son maximum, comme pour la plupart des. autres volcans italiens ; les épais dépôts de ponces, alternant avec des argiles quaternaires, trouvés par Mercalli près de Monteleone en Calabre; les sédiments modernes mêlés aux couches du Saint Angelo de Lipari ; ceux appuyés aux flancs de quelques îles; l'aspect encore frais de tous les appareils, les fumerolles, les sources, les éruptions actuelles, le prouvent avec certitude. De plus, ces sédiments et vestiges divers, d'origine marine, attestent comme en Calabre et en Sicile nord-orientale, des oscillations du niveau de la mer, au pliocène d'abord, au quaternaire ensuite, soit que la mer s'avance, se retire, revienne pour régresser encore, soit que le sol s'élèv^e et s'abaisse par deux fois.
Nombreuses ont été les recherches et les hypothèses sur les relations intimes entre la position et l'activité de l'Eolie et la tectonique des régions voisines, dont les vibrations sismiques semblent indiquer la dislocation prolongée jusqu'à nos jours. Déjà en 1825, L. de Buch avait mis Tétoilement volcanique en rapport avec des fractures du sol ; conception reprise par Hotîmann, et magistralement développée par E. Suess Les études du savant autrichien l'avaient conduit à admettre une grande zone de centres sismiques, allant des Madonie en Sicile jusqu'au delà de la vallée du Crati, par l'Etna, Ali, Santa Cristina-d'Aspromonte, Oppido, Terranova-Sappo-Minulio, Soriano et Girifalco; zone circulaire dont les Lipari forment à peu près le centre et sur laquelle les épicentres se déplacent, comme ce fut le cas en 1873. En outre, des lignes jalonnées de centres de secousses, partant de cette zone, ou la coupant, convergent vers l'Archipel, et
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plus particulièrement vers Panaria, que Suess considère comme massif central du système éolîen. D'après E. Suess, cette zone périphérique, ces lignes radiales, indiquent des régions de fractures, ce qui est en partie le cas pour la région enveloppante, et pense que dans Taire limitée par les monts de Calabre et de Sicile nord-orientale « Técorce terrestre s'affaisse en forme de cuvette ». Dans le voisinage du centre, deux au moins des branches volcaniques correspondent aux fractures.
Il n'est certes pas douteux que les volcans éoliens soient en relation avec des fractures du sol, provenant elles-mêmes d'effondrements, mais les observations de Mercalli et Baratta et les recherches de Montessus de Ballore contredisent fortement le dessin des lignes d'ébranlement, par suite celui des fractures supposées par E. Suess. Si les secousses sismiques de Calabre et de Sicile sont parmi les plus fréquentes et les plus violentes de l'Europe, et si elles occupent des régions très faillées, ce n'est point sur une zone continue qu elles se disposent, et encore moins sur des lignes convergeant vers l'Eclie. Elles semblent bien plutôt former des groupes différents, qui se sont toujours montrés autonomes : un groupe dans les Madonie; un autre au détroit de Messine, le long des cassures récentes, qui se prolongent,, d'une part, vers l'Etna, del'autre dans la valléedu Mesima[CORTESEj, avec Ali, Reggio, Oppido, Palestrina, Girifalco, comme centres principaux ; d'autres encore dans la vallée du Crati ; aux environs de Catanzaro. etc. En outre, quoique de Naples à Messine, le littoral soit exposé à des vagues apparemment d'origine sismique, les nombreux tracés d'isoseistes donnés par Mercalli ne laissent pas supposer d'épicentres sous-marins [MONTESSUS DE Ballore]. Enfin, les vibrations qui affectent les îles éoliennes sont relativement très faibles et n'ont jamais été désastreuses pour Lipari, Stromboli et Vulcano; elles paraissent, pour la plupart, d'origine volcanique.
E. Suess allait plus loin. Non seulement il y aurait coïncidence de position entre lignes de sismes, régions de cassures et branches volcaniques, mais encore concordance entre vibrations sismiques actuelles, résultant de la « rupture des voussoirs » le long des fractures, et éruptions volcaniques. Mercalli, sans partager l'opinion du savant viennois sur les lignes d'épicentres et de fractures, admet pourtant également une concordance entre les phénomènes sismiques et les phénomènes éruptifs, et non seulement pour la région voisine du détroit de Messine, mais pour l'Italie tout entière.
ITALIE ET SICILE Stromboli*
Les tables comparatives que donne Mercalli (i) semblent, en effet, très probantes : la plupart des éruptions du Stromboli et du Vulcano surtout, coïncident avec des recrudescences d'activité sismique en Calabre et parfois avec des éruptions du Vésuve et de l'Etna. Mais ce n'est point là la règle absolue, et le nombre des alternances entre ces phénomènes, ne paraît pas moins grand, surtout en ce qui concerne les volcans de Naples et de Catane. D'ailleurs, il est très probable que les études de plus en plus précises indiqueront au Stromboli et au Vulcano, comme elles le font déjà pour le Vésuve et pour 1 Etna, en plus du mode éruptif particulier, un rythme de plus longue périodicité que l'éruption simple et dont l'éruption n'est qu'une petite phase ; rythme dont les rapports avec les phénomènes sismiques paraissent très faibles, du moins encore totalement inconnus.
Stromboli"'. — Rival de l'Etna, du Vésuve même, par la célébrité, le Stromboli n'a pourtant pas, comme les volcans illustres, l'avantage que donne le voisinage de plaines fertiles, de cités antiques et populeuses, à la vie desquelles il puisse se mêler intimement. Du moins il s'est toujours trouvé, depuis une haute antiquité, dans le cercle d'attraction des régions policées; non loin des côtes, sur la route d'Italie en Sicile, et au voisinage du passage de Messine. De plus et surtout, il a présenté, du moins durant les époques historiques où l'on s'occupait de ses phénomènes, une activité permanente, sinon violente, dont les apparentes relations avec les variations atmosphériques semblent avoir fortement impressionné les indigènes, les habitants des îles voisines et les marins qui voguaient dans ces parages.
Bien que la structure et les produits du massif strombolien présentent un grand intérêt pour les savants modernes, c'est surtout par les phénomènes de son activité que le volcan prit part au développement de la volcanologie. Les chercheurs, venus généralement des contrées éloignées, trouvaient ici, et trouvent encore, un champ d'études faciles et fécondes, des manifestations caractéristiques, un dynamisme explosif dont ils ont fait un type, auquel ils comparent les manifestations éruptives de certains volcans de la Terre.
(i) / Vulcani ed ifenomeni vidcanici in Italia, Milano. 1881. — Catalogo cronologico, ecc. dei fenomeni sismovulcanici italiani. — Natura.., dell'attivita sismovulcanica nelle Eolie. — Atti délia Soc. Ital. di scienje naturali, vol. XXIV.
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Les documents relatifs au Stromboli se sont accumulés depuis plus de 2 000 ans, de plus en plus complets, de plus en plus minutieux, mais avec de grandes interruptions.
Dès le début du in« siècle avant Tère vulgaire et jusque vers le Vie siècle de cette ère, les auteurs grecs et latins mentionnent la montagne : Callias, Didiore de Sicile, Strabon, Pline, P. Mêla, Pausanias, C. Severus, J. Solinus, M Capella. Notes par la plupart insignifiantes, il est vrai ; simples mentions de Tile. Les meilleures sont celles de Strabon et de Pline qui, au I^»" siècle, décrivent, en quelques lignes, la montagne comme étant active. I e moyen âge n'a rien produit, et du XV^ au XV^lIIc siècle, quelques relations pré cieuses mais très espacées, nous ont été laissées par Bondelmontv-, Bordome, Fazello, Cluverius, Kircher et Bartoli. En revanche, depuis i5o ans, les études sur le Stromboli, aidées de toutes les connaissances géologiques, chimiques et physiques nouvelles, se sont développées comme une floraison vigoureusii. Spallanzani donne l'impulsion : « Ce sont les observations faites par lui, sur Stromboli, qui ont, les premières, présenté l'action volcanique sous son vrai jour », dit Scrope. D'Orville, Hamilton, Houel, Brydone et Dolomieu dans la seconde moitié du XVI 11^ siècle; Ferrara, Smyth, Holî, Poulett Scrope, Daubeng, Hoffmann, L. Pilla, Bornemann, Abich, dans la première moitié du XI Xe siècle ; Sainte-Claire DeviUe, Salino et toute la pléiade des savants modernes, parmi lesquels Silvestri, Judd, Mallet, Cortese, Sabatini, Ricciardi, A. Lacroix, et surtout Johnston Lavis, Bergeat et Mercalli, ont concouru à préciser et augmenter nos connaissances sur le dynamisme, la structure et les produits du beau volcan éolien.
On peut considérer le Stromboli comme le promontoire nordoriental de TEolie. De tous les massifs du groupe, c'est le plus isolé. Avant tout autre, il s'élève des fonds marins et esquisse déjà sa base NO. et NE. vers 2 5oo et 2000 mètres de fond. A i 5oo mètres, il se détache du socle de la Sicile et n'est plus relié à TEolie que par un isthme large d'une dizaine de kilomètres. A i 000 mètres, complètement isolé, il compte 12 kilomètres de long sur 8 ou 9 de large. Cinq cents mètres plus haut, son flanc SSO. se renfle d'une bosse qui semble un accident secondaire. Vers 100 mètres sous le niveau des eaux, le massif s'étale en terrasse de 8 kilomètres sur 4 en moyenne, puis il se subdivise; la partie nord-orientale se relève insensiblement
ITALIE ET SICILE StromboU*
vers son centre, puis surgit jusqu'à 56 mètres hors des eaux, en un îlot aride et noir, Strombolicchio, Stroraboluzzo, Strombolino ou La Pietra. L'autre partie, plus importante, constitue le Stromboli proprement dit.
La m^sse de la grande île jaillit directement des flots sous la forme d'une pyramide à base trapézoïdale avec 4 1/2 kilomètres du SO. au NE., 3 12 au côté sud -occidental, 2 1/2 au côté nord-oriental. Ses flancs rigides, aux pentes d'environ 3o degrés, ont à peine la courbure de plus en plus accentuée générale aux monts volcaniques, et c'est péniblement que les habitations se sont installées sur les contreforts inférieurs, entre deux lignes de falaises.
L'armature de l'île est constituée par deux crêtes : au S., la Serra di Vancori ou Tempore de Bruciato dentelée, longue de 5 à 600 mètres, arrondie en croissant de 3 à 400 mètres de rayon, ayant son culmen à 926 mètres d'altitude, reste évident d'un ancien cratère; au N., une croupe, longue, ondulée, mais à peine incurvée, de près d'un kilomètre d'étendue, haute en moyenne de 85o mètres, de 912 à la Cima dello Stromboli, et dirigée à peu près selon la direction générale de nie. Cette échine qui, d'un côté, s'incline assez brusquement dans la fosse de 800 mètres d'altitude et de 3oo mètres de largeur, qui la sépare de la Serra di Vancori, descend de l'autre, c'est-à-dire le N., en trois ou quatre petites dépressions limitées par des crêtes transversales, sur une étroite terrasse d'environ 700 mètres d'altitude. Cest sur cette terrasse, à 3 ou 400 mètres au N. de la Cima dello Stromboli, que se trouvent, et que se sont probablement toujours trouvés dans la période historique, les cratères dii volcan et, notamment, la belle et large cuve, toujours bouillonnante depuis plus d'un siècle. La chaudière, à peu près circulaire, de 1 3o mètres de diamètre, est bordée au S. par un amphithéâtre rocheux semi-circulaire, terminé aux extrémités par deux rochers imposants, les « Torelle », généralement hors de l'atteinte des éruptions, mais, au nord, le bord cratérique s'abaisse fortement et se trouve presque au niveau du fond de la coupe qui, d'ordinaire, est à environ 20 ou 3o mètres plus bas que le bord méridional [TempesT ANDERSON].
De toute cette région supérieure, creusée et ridée, de la terrasse et du bord septentrional du cratère, s'affaisse directement à la mer la fameuse « Sciarra del Fuoco », dont le nom semble le méridional équivalent du septentrional Skar, Scar. Sguur, Sguïr, et doit
mi?:diterranee
avoir à peu près même signification, blessure, bagarre; c'est un talus formidable et uni, composé de cendres et de scories et nervure de laves; énorme avenue, large de 8 à 900 mètres, longue de plus d'un kilomètre, dont les 35 degrés d'inclinaison ne permettent pas aux produits rejetés de s'arrêter et les forcent à rouler en avalanche à la mer. De chaque côté, cette vaste pente est bordée par deux falaises abruptes : Filodi Sciarra à TEst, Filo di Barcuna à l'Ouest, nées sur les côtés de la terrasse, aux extrémités cahotiques des crêtes suprêmes et plongeant le long des pentes, s'espaçant peu à peu jusqu'à avoir près de i 000 mètres au niveau des flots. Nul doute qu'elles se prolongent encore longuement sous les eaux.
L'homme a pu, sans danger, s'établir à Slromboli. du moins dans la région basse et aux versants stables du mont. Les villages de pêcheurs et de cultivateurs se sont développés sans crainte; San Bartoloet San Vincenso au NE., Ginostra au SO., soit actuellement 2 ou 3 000 habitants, et l'on n'y connaît d'ordinaire les éruptions que par les trépidations du sol et la réverbération du ciel, rarement par une légère pluie de cendres. Des jardins, où croissent les figuiers et les palmiers, entourent les habitations; les vignobles et les plans d'oliviers et de cyprès montent jusqu'à 5oo mètres ; au delà poussent encore quelques hardis genêts, mais, à 600 mètres, toute végétation a disparu ; c'est le domaine des vents et du feu. Toujours, une nuée de vapeur entourant le sommet du mont, soit qu'elle résulte des condensations atmosphériques, soit, ce qui est le cas le plus général, qu'elle s'élève des cuves éruptives, se déroule en écharpe que le vent entraîne. Il y a, parfois, bouffées vigoureuses de cendres fines, explosions, rougeâtres le jour, embrasées la nuit, en tous cas, manifestations incessantes qui font du Stromboli le « Phare de la mer Tyrrhénienne ».
Tous les chercheurs qui ont visité Stromboli, tous les voyageurs qui ont vu sa silhouette se dresser comme une tente sur la mer, tous les auteurs qui d'après des sources diverses s'occupent du volcan, en parlent comme d'un volcan toujours actif, au moins toujours couronné par une écharpe vaporeuse. Malgré la lacune du moyen âge, dix siècles de silence, et celles toujours inférieures à 100 ans qui, avant et après, séparent deux relations quelconques, on peut être certain que, depuis plus de 2 3oo ans, le foyer sous-iacent du volcan n'a cessé d'être en relation avec l'extérieur. Les notes de Bylandt-
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Palstercamp qui, après le tremblement de terre de i832, dit le volcan t( endormi », celles de Hovey et Reid qui, au printemps de 1897, trouvèrent le Stromboli a en repos des plus parfaits », ne sont probablement que la constatation des courtes accalmies qui, d'après Mercalli et Arcidiacono, précèdent souvent les grandes éruptions ou les suivent immédiatement. En tous cas, on ne connaît au Stromboli aucun arrêt même comparable à ceux qui interrompent pendant quelques mois ou quelques ans, deux périodes vésuviennes. La jpermanence est le grand caractère de l'activité historique du Stromboli.
Mais si jamais Tarrèt n'est complet pendant une longue durée, jamais non plus on n'a signalé de paroxysme comparable à celui du Krakatoa en i883, ni même aux éruptions ordinaires du Vésuve. Et il n'est pas douteux qu'un événement quelque peu retentissant eût laissé de traces dans les écrits, les traditions ou les légendes, même à l'époque médiévale. L'activité strombolienne a donc gardé pendant le cours de l'Histoire une violence moyenne.
Nous ne savons pas quelles étaient la forme et la disposition des orifices volcaniques au temps de Rome; les Classiques ne parlant que du seul dynamisme et encore superficiellement. En 1770, Brydone place la grande cuve en sa position actuelle; Spallanzani fait de même en 1788 et rapporte, d'après le témoignage des habitants, que depuis un siècle au moins, la chaudière n'avait pas changé. Ainsi nous pouvons être certains que, depuis plus de 200 ans, les manifestations stromboliennes ont eu lieu dans cette ouverture principale. Bergeat considère les trois petits orifices alignés à l'Ouest comme plus récents que la grande cuve, et seuls les auteurs de ces quelques dernières décades parlent de leur activité, mais il est possible qu'ils existaient déjà au temps de Spallanzani, ou antérieurement même, et que ce soit leur petitesse, ou leur repos, qui les aient laissés passer inaperçus. En tous cas, pour la période connue assez sûrement, les changements d'activité paraissent n'avoir consisté que dans les variations des fumerolles et solfatares de la terrasse supérieure, le nombre, la disposition, le dynamisme des u apparato eruttivo », bouches qui s'ouvrent dans le grand cratère, parfois éruption des quatre bouches à la fois, ou encore rupture des flancs du grand massif avec explosion ou effusion latérale.
Les plus faibles manifestations de l'activité strombolienne se traduisent par les jets de vapeur de la terrasse et des crêtes supérieures,
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déposant au bord des hssures d'où elles s'élancent, du soufre, du salmiac, de Talun, etc., et dans le grand cratère, par des bouffées intermittentes de gaz et de vapeur cendreuse, dont les reflets rouges laissent deviner la masse incandescente sous-jacente.
Généralement, c'est du moins le cas le plus souvent observé, l'activité se manifeste par l'oscillation de la lave dans une cheminée du grand cratère, sa montée et son retrait consécutifs, avec explosion à son altitude maximum, en même temps que Tune ou l'autre bouche voisine du même cratère, parfois plusieurs à la fois, laisse fuser les fumerolles, lance des bouffées de vapeur, ou fontionne d'une façon à peu près semblable.
La masse brûlante, à l'aspect de bronze en fusion, monte vers l'ouverture, tantôt plus, tantôt moins rapidement, bouillonnant et ronronnant de plus en plus tumultueusement; puis arrivée au plus haut de la montée, une portion du magma, soulevée par d'énormes bulles, se détache avec un bref coup de tonnerre, explose, comme une gerbe aux rayons divergents, en mille fragments noyés d'une légère vapeur, qui retombent soit dans l'orifice, soit sur les talus extérieurs, quelques secondes après. La lave de la cheminée s'afiaissc cependant, avec un faible crépitement ou même sans bruit perceptible, mais elle revient bientôt bouillonner, exploser encore, retomber, puis remonter à nouveau en un rythme continu.
Cette masse de lave qui gicle, pulvérisée jusqu'à quelques dizaines ou quelques centaines de mètres au-dessus de l'orifice, prend surtout la forme de blocs pâteux qui s'applatissent sur le sol, de scories et de fragments de scories, de lapilli, qui sont surtout des cristaux d'augite, de bombes et d'arènes. Tous produits vitreux incandescents, provenant directement du bain lavique, très basiques, riches en aiguilles et filaments pareils aux cheveux de Pélc. La cendre n'apparaît pas toujours et la vapeur est blanchâtre et peu dense. Brun prétend qu'elle ne provient pas du magma et que la lave du volcan est absolument anhydre.
Le phénomène explosif de cette éruption, la seule projection de matériaux clastiques, fluides et incandescents, a depuis longtemps servi de type. On le considéra d'abord comme l'expression de l'explosion modérée, opposé au type plinien qui caractérisait les explosions violentes. Actuellement encore, il est resté un des 4 ou 5 modes éruptifs les plus importants, codifiés par les volcanologistes. Il est
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assez commun au Mauna-Loa, au Vésuve, où il atteignit parfois, comme en 1779 notamment, une ampleur majestueuse, et en général à la plupart des volcans à magma basaltoïde comme le Stromboli [Mercalli].
La lave qui oscille dans la cheminée, avec une amplitude que quelques savants ont pu évaluer à une dizaine de mètres, n'apparaît pas toujours à l'ouverture; soit qu'elle reste trop bas, soit que les vapeurs qui encombrent le cratère la cachent. Mais le rythme de l'explosion, le bruit répété que fait l'éclatement de la lave et surtout la lueur rougeàtre et momentanée de la partie projetée, prouvent l'oscillation du magma sous-jacent. Parfois, au contraire, la masse de lave projetée est si épaisse qu'elle semble former une coulée, et si la bouche se trouve au bord septentrional du cratère, une lave embrasée se répand sur la Sciarra.
La venue de la lave au dehors, assez rare d'ailleurs, n'indique pas toujours une plus grande violence dans le dynamisme; le contraire serait plutôt constaté. En général, les éruptions normales projettent les matériaux entre quelques mètres et quelques cents mètres de hauteur. La centaine est la moyenne.
Le rythme de telles éruptions du Stromboli varie beaucoup; l'intervalle après lequel l'explosion se reproduit peut être très constant pendant une certaine durée, comme en i836 par exemple, où, d'après Abich, toutes les 6 ou 7 minutes la lave venait lancer régulièrement sa gerbe embrasée, et comme en 1889, où, d'après Mercalli, les explosions se succédaient à des intervalles d'une seconde et formaient une véritable fontaine de feu. D'autres fois, c'est le cas le plus fréquent, l'intervalle est très irrégulier et peut varier, de 4 a 21 minutes, ainsi que Sainte-Claire Deville le constata en juin 1 85 5 ; de 2 à 40 minutes, selon la relation de Mallet en 1864. Constant ou variable, on peut fixer la moyenne de l'intervalle à 10 minutes.
Les variations, dans la force explosive et dans le rythme du dynamisme d'une bouche, se compliquent de celles des bouches voisines, dans le grand cratère strombolien.
Dans le tond cahoteux de lave plus ou moins solidiliée, des fissures s'ouvrent et se ferment, des bouches se forment, larges en général de quelques mètres, parfois i5 et même 20, des cônes de même importance s'édifient, tous orifices variant sans cesse, par le nombre, les .dimensions, l'emplacement et le dynamisme. Ils sont deux ou trois en
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moyenne, mais le nombre peut s'élever jusqu'à 7, comme le constata Donatis en i83o, sans compter les orifices de fumerolles qui peuvent être plus de 100.
Parmi les états les plus caractéristiques, observés, de cette activité complexe, il faut citer celui signalé par Spallanzani en 1788 :
« Au bord ouest du cratère, de nombreuses fumerolles déposent des auréoles de sels jaunâtres; au bord E. une bouche, large de 12 pieds, lance une colonne continue de vapeur; au centre une autre bouche fait des éruptions normales à quelques minutes d'intervalle. » Un autre état complexe fut observé par Hoffmann à la fin de i83i : « Le cratère avait 3 bouches; la plus large au centre donnait de la vapeur seulement; une autre, au bord de la Sciarra projetait, faiblement mais constamment, de la lave; la troisième au SO, dans laquelle la lave oscillait de 5 à 6 mètres, avait des éruptions normales à intervalles d'une seconde. »
En 1844, de Q.uatrefages vit 6 bouches distinctes dans le grand cratère et de dynamisme à peu près indépendant : deux donnent exclusivement de la vapeur; une troisième, à l'E., ont de petites explosions de blocs ardents ; des trois autres, situées au SE., deux ont des éruptions normales simultanées, à intervalles de 5 à 6 minutes et lancent les projectiles à 100 mètres, l'autre a des éruptions plus violentes, projette les matériaux deux fois plus haut, à des intervalles de 10 à 12 minutes. Le i«r mars 1899, Mercalli aperçut 3 petits cônes actifs ; celui du centre formait une vraie fontaine de feu par ses explosions à intervalles de peu de secondes; celui du couchant explosait à des intervalles variant entre 3 minutes et une demi-heure ; celui du levant fit deux seules explosions en une heure et demie d'observation.
Telle est l'activité ordinaire du Stromboli.
De loin en loin, à des époques irrégulièrement espacées, en général de peu de mois, comme on a pu le constater dans ces dernières années d'études assez minutieuses, le Stromboli accentue son activité par une phase explosive, plus violente, brève et imprévue, que les insulaires appellent les scatti du volcan et que Mercalli considère comme type explosif particulier, et qu'il nomme mixte. Ces éruptions sont toujours accompagnées de secousses du sol sensibles dans toute l'île et de détonations qu'on entend jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres de distance. Aux blocs et scories brûlants des éruptions normales se
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joint une grande quantité de blocs, de cendres et d'arène laviques, c'est-à-dire provenant d'anciennes laves, et c'est là ce qui leur donne leur caractère particulier. La nuée qui s'élance pendant telle éruption plus riche en cendre, paraît plus noire et dense que les autres; les lapilli et la cendre tombent sur toute l'île, détériorant quelque peu les cultuTes mais causant rarement des accidents.
Dans la période antérieure aux recherches de Ricco, Arcidiacco, Johnston-Lavis et surtout Mercalli, on ne signale que rarement des éruptions de ce genre, évidemment à cause des rares observations faites. Farzelloen i558 parle d'une éruption qui détruisit les plantes.
En 1788,1e lerouJe 2»^ jour de mars, toute l'île trembla, l'air vibra, la cendre tomba à 2 milles du cratère, dit Spallanzani. D'autres furent signalées en octobre 1822, en i83r, en i85o, en octobre i855 et juillet i856, en t865 durant l'éruption de l'Etna, en juin 1874, en 1879, le 5 février, où la montagne rugit et fut entendue de Vulcano, lança une fumée extraordinaire; la pluie de cendre fut telle que la mer, au pied de Sciarra, disparut sous une sorte de tapis uniforme [Mercalli, a. Pjcone].
La phase la plus violente de l'activité strombolienne, est l'éruption latérale. Très commune au Vésuve, elle est ici exceptionnelle. Dans ce cas, en même temps que le dynamisme s'accentue dans la grande cuve, les 3 petits cratères alignés à l'ouest de cette chaudière principale entrent en éruptions, ou bien le flanc de Sciarra crève et donne passage aux éjections ou à la lave. En 1894, par exemple, le 1 1 octobre, Bergeat a vu le spectacle admirable des quatre bouches lançant simultanément leurs produits jusqu'à au moins 25o mètres de hauteur. En 1887, le 18 novembre, Johnston-Lavis, constata que cinq bouches latérales s'étaient ouvertes dans la Sciarra, à une centaine de mètres au dessous de l'ourlet du cratère, mais sans éjection de lave [Nature, 1889].
Les habitants de l'île assurèrent à Scrope, qu'en hiver les éruptions sont quelquefois plus violentes et que le flanc de la montagne immédiatement plus bas que le cratère est alors occasionnellement déchiré par une fissure qui décharge de la lave.
II faut joindre à ce mode éruptif, peut-être même placer en un mode plus violent, l'explosion excentrique semblable à celle de 1760 au Vésuve, qui survint d'après quelques notes vagues de Spallanzani en 1744 : Une secca, banc sous-marin, se forma dans la mer au pied
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de la Sciarra, qui s'éleva peu à peu, même au-dessus des eaux, pendant quelques mois, puis graduellement disparut. En 1768, Hamilton rapporte que des laves descendaient le long de la Sciarra et, par des gravures, indique que non seulement le cratère et la région NO. de Stromboli étaient en activité violente, mais encore que deux orifices du flanc SO. de la montagne, non loin de Ginostra, lançaient de la fumée avec abondance. Brydone relate qu'en ryyo, le volcan était plus actif qu'ordinairement et qu'une éruption sous-marine eut lieu dans les environs, mais il ne précise pas l'endroit [JUDD].
Trop de lacunes interrompent la période d'observation du Stromboli, et, par suite, trop de phases sont inconnues pour qu'on puisse essayer de découvrir, comme au Vésuve, dans la succession des divers états du volcan, dans la revenue de ses époques de grandes éruptions, une périodicité quelconque. Encore moins connaît-on un développement général de cette activité durant la période historique et une augmentation perceptible de volume. Il semble toutefois que, plus que le Vésuve, le Stromboli garda un même dynamisme. « Ses éruptions, très inférieures à celles de Vulcano en intensité, l'emportent beaucoup par l'éclat et la splendeur des feux. » Ces notes de Strabon sont encore parfaitement exacts aujourd'hui.
Comment expliquer ce dynamisme strombolien? Mallet, un des premiers, tenta de répondre. Mais les mesures sur lesquelles il se basait et le peu d'observations, ne pouvaient permettre une solution; il considérait le volcan comme un geyser.
D'après Mercalli, la permanence d'activité du Stromboli serait due à la grande fusibilité du magma, basalte doléritique de 5o p. c. de silice, à la facile pénétration de l'eau dans le conduit volcanique qui est en grande partie submergé, et au peu d'élévation de la colonne lavique sur le niveau de la mer. D'après le même auteur, la violence des explosions mixtes, généralement précédées d'une petite accalmie, est due à l'obstruction des conduits, qui retarde les éruptions ordinaires et en augmente la force. Mais comment expliquer le rythme et comment surtout les rythmes si différents de deux ouvertures ou plus, distantes de quelques mètres?
Une affirmation courante nous dit que le Stromboli est un infaillible indicateur « pour les marins », grâce à l'abondance et la direction de ses vapeurs et de ses flammes. Sous une autre forme, la
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légende d*Eole, le dieu des Vents, établissant son trône au milieu des flammes du Strongyle, présente la même signification (Odyssée X).
Quelques observateurs, notamment Dolomieu, admettent jusqu'à un certain point la valeur de la légende en disant que V « inflammation )> du volcan est plus grande en hiver qu'en été et à l'approche des orages que pendant les calmes. Scrape et Judd rapportent, d'après le dire des habitants de l'île, que le volcan reste parfois deux heures sans donner explosions Vété, alors que, V hiver, les explosions sont très violentes et très nombreuses et projettent les pierres jusque dans les régions cultivées.
W. Meyer croit aussi ou, du moins, affirme que le volcan est un baromètre, qu'il lance ses cendres et ses bombes d'autant plus violemment que la pression de l'air est moindre et vice versa. Toutefois, les observations plus fréquentes et poursuivies pendant une plus longue durée établissent que l'énergie du Stromboli ne s'accroît nullement en proportion de la baisse barométrique et que le phénomène contraire serait plutôt à attendre [A. BergEAT, Zeits. Deuts, Geod. Gers, Berlin, XLVIII, Band, 1896, p. i53-i68]. Du moins, le volcan peut-il être considéré, jusqu'à un certain point, comme un hygromètre, puisque « les vapeurs sont plus ou moins visibles en proportion de l'humidité de l'atmosphère ». [J. Johnston-Lavis Nature, 1889; BERGEAT.] En outre, le Stromboli sert aussi de girouette, en sorte que les marins peuvent utiliser les indications du volcan en une certaine mesure, sans y voir, comme autrefois, le siège des vents et des tempêtes.
Pendant les journées tranquilles, le Stromboli pousse fréquemment des nuelles en un ruban d'une « longueur incroyable ». On les voit parfois du détroit de Messine. Les marins considèrent ce phénomène comme un signe de beau temps [LUDWIG SALVADOR, Die Liparischen Insein].
Pris dans son ensemble orographique, le massif strombolien forme un volcan double comme l'Ararat, Stromboli et Strombolicchio. Mais on ne connaît pas la structure de Strombolicchio, ni surtout celle de son socle, et ce n'est que tout récemment qu'on a pénétré, avec quelque précision, la composition du massif pyramidal qui termine, au-dessus des eaux, la masse sud-occidentale du système. La disposition des couches et des coulées, les accidents qui les boule-
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versent et la nature des produits ont révélé, pour cette partie du Stromboli, une histoire assez mouvementée, de grandes phases régulières, interrompues par plusieurs époques, de grands bouleversements.
La majeure partie de l'île révèle un grand volcan régulier, la Somma du Stromboli, formé de coulées de laves et d'assises de produits meubles (sables, cendres, lapilli, bombes) alternant en bancs de plusieurs mètres et se disposant radialement autour de la Serra di Vancori. partie méridionale d'un ancien cratère. G est^ un ancien massif, à la fois explosif et effusif, ayant peut-être eu des éruptions latérales, comme semblent le prouver les nombreuses indications d'orifices aux flancs [JUDD]. Tous ses nftatériaux sont des andésites à pyroxène, où se montrent aussi l'hyperstène, la biotite, la hornblende, quelquefois Tolivine. Abich leur donne 61,78 p. c. de silice.
Un bouleversement considérable a dû clôturer la grande phase d'activité qui édifia ce premier massif, ou commencer une seconde, comme l'indique l'écroulement de la partie septentrionale du cratère. Des laves et des tufs, de nature basaltique, basalte normal, de 5o à 52 p. c. de silice, tranchant sur l'andésite, parla couleur plus sombre, noire même, les coulées plus minces, l'aspect plus frais, se disposent aux flancs de la face NO. de l'île, sur quelques cents mètres de chaque côté de la Sciarra dont elles forment les falaises, et le long des rivages marins du NE. et du SO. pouvant, en certains endroits, atteindre une épaisseur de 5o mètres. On retrouve les tufs au pied de la crête que domine la Cima délie Stromboli sous les produits plus récents. Il s'agit là, évidemment, d'une seconde période éruptive. Après l'écroulement du bord cratérique, la cheminée se déplaça légèrement vers le N. et des flots de laves et de scories dégorgèrent de la nouvelle bouche. Arrêtés dans la partie méridionale par la haute crête de Vancori, ils ne peuvent se répandre que du côté tourné vers la mer Tyrrhénienne et couvrirent de leurs couches superposées ce flanc de la montagne. Probablement un cône s'est-il bâti durant cette période, comme un Vesuvio dans la grande enceinte, mais les indices en sont aujourd'hui trop cachés pour qu'on puisse le reconstruire, même par la pensée.
C'est peut-être à cette époque que se formèrent les basaltes qui composent le rocher de Strombolicchio; basaltes un peu plus voisins de l'andésite augitique, riche en olivine, augite, plagioclase, magné-
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tite, biotite et hornblende, auxquels Abich a trouvé 58,88 p. c. de silice, 9,25 d*oxyde de fer. Bergeat, toutefois, y voit les plus anciens produits du massif strombolien.
La Sciarra témoigne d'un autre bouleversement formidable, survenu après cette seconde phase strombolienne. Non seulement le cône supérieur fut disloqué, mais tout le flanc NO. s'effondra entre les deux bords rectilignes des Filo, et Bergeat suppose probable la formation, à cette époque, des quatre bouches actuelles du Stromboli. Il y a donc encore un petit déplacement des cheminées vers le nord.
Tous les matériaux volcaniques du Stromboli, autres que les andésites primitives et les basaltes de la seconde période, ressemblent aux produits actuellement rejetés par le volcan. Ce sont également des basaltes, plus basiques toutefois que les précédents ; ils ont 5o,25 p. c. de silice, io,55 d'oxyde de fer, i i,i6 de chaux, d'après Abich ; d'après Ricciardi, une lave de 1891, qu'il appela dolérite, avait 5o p. c. de silice, Q,iod'o.xyde de fer, 10,81 de chaux. Ces produits durent être rejetés par les bouches actuelles ou par des orifices voisins et de dynamisme pareillement modéré, car on ne les trouve que sur la pente du Sciarra, sur la crête et jusqu'à mi-flanc des autres versantb du massif.
Les dépôts quaternaires récents, petites couches de produits volcaniques remaniés, n'occupent que les parties inférieures du volcan, un peu à l'angle NE. et un peu au pied SO.
En résumé, le Strombolicchio mis à part, la partie connue du massif strombolien présente une grande simplicité d'allure, une grande constance dans la position de sa cheminée, à peine déplacée pendant le cours de son histoire, une expansion régulière de laves et de produits meubles autour de cet axe. Il y eut trois phases principales d'activité, séparées par de grands bouleversements. Parlant avec la réserve qu'il convient d'un volcan qui n'a pas dit son dernier mot, ces trois phases diminuent en importance, par le rendement des produits rejetés, probablement par la dimension des orifices, et l'ampleur des phénomènes. De plus, à chacune d'elle correspond un petit changement dans la nature des produits, une diminution graduelle du degré d'acidité. On ne peut dire avec certitude l'origine du Stromboli, ni ses relations avec les phénomènes tectoniques et volcaniques du voisinage. En tous cas, le volcan avait déjà, au quaternaire récent, à
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peu près sa forme actuelle, puisque des dépôts de cet âge couvrent ses produits; il se souleva d'environ loo mètres depuis cette époque.
Panaria est le nom de l'île principale du groupe qui couronne le second massif éolien. La grande île et la poussinière d'îlots qui lui font cortège ne donnaient pas suffisamment l'idée d'ensemble, jusqu'à présent, pour qu'on les désignât sous un terme collectif.
Ni par la forme, vaguement connue, ni par la structure, moins connue encore, ni par l'activité, presque nulle, le groupe de Panaria n'eut grande influence en volcanologie; à peine était-il cité pour la grande acidité de ses produits. Mais les sondages et les recherches modernes ont révélé une belle cohésion orographique du socle sousmarin, une grande variété de structure des parties émergées. En revanche, la grande importance que lui donnaient les géologues depuis Dolomieu, en le considérant comme le massif le plus ancien de l'Eolie et le plus central s'atténue, disparaît même devant les découvertes des savants actuels. Les Classiques citent à peine la grande île, si c'est, en effet, à Panaria qu'il faut attribuer leur appelation d'Evonyme. Ce n'est que depuis la fin du dix-huitième siècle que quelques chercheurs ont sérieusement traité du petit archipel ; les meilleures relations nous viennent de Dolomieu, Spallanzani, Ferrare, Hoffman, Abich, Salino, Cortese, Sabatini et surtout Bergeat.
Le massif de Panaria est situé à distance égale de Stromboli, Salina et Lipari. C'est l'individualité éolienne qui, malgré son grand nombre de petites îles, montre la moindre surface de terres émergées, mais, par son soubassement, c'est aussi le massif le plus largement étalé; on peut lui donner 25 kilomètres de diamètre à la base.
Il commence à s'élever par i 5oo mètres de fond, mais, tandis qu'au NE. une couche d'eau de i 3oo mètres d'épaisseur sépare Panaria de Stromboli, au SO, vers le groupe central de Salina, le seuil est à 800 mètres sous la surface de l'eau. A cette profondeur, le massif est vaguement triangulaire, un angle pointant vers Stromboli, un autre vers Salina, le troisième au SSE. La courbe de 100 mètres de profondeur a la même disposition générale et cerne la terrasse de 10 kilomètres de côté qui termine le grand socle; plus haut, viennent les systèmes secondaires.
A l'angle SSE. une butte de 2 kilomètres de diamètre s'isole et forme le Secca dei Pesci dont la pointe se termine à 3i mètres sous les
ITALIE ET SICILE Panarla
eaux. A Tangle NE. émerge une île, Basiluzzo, de forme elliptique, de 7 à 800 mètres E-0. sur 5oo mètres N-S., et à 100 mètres plus à l'ouest, le petit récif de Spinazzola. Basiluzzo s'élève de toutes parts en falaises, assez basses à TE., de plus de 100 mètres à TO., où le culmen de Tîle atteint i65 mètres. Le plateau, de pente assez régulière, porte quelques habitations et de maigres cultures de céréales et de légumes.
A près de 2 kilomètres à TOSO. de Basiluzzo, on trouve un ba.sfond de 35 mètres, sommet d'un bombement ovalaire assez régulier.
A mi-chemin entre Basiluzzo et le Secca dei Pesci, une série d'îlots et de bas-fonds dessinent une enceinte de 2 kilomètres de diamètre, reste évident d'un cratère submergé dont la muraille S. est la mieux conservée : Lisca Bîanca à l'E., 25o mètres de largeur et 29 mètres de surrection; Bottaro; Lisca Nera au SE.; Dattilo au SO., grand comme Lisca Bianca, mais haut de 108 mètres; les quatre rochers de Panarelli au NO., forment le cercle de pointes émergées.
Les Lisca ne sont séparés de Panaria proprement dit que par des fonds de moins de 5o mètres, et encore un groupe de 4 ou 5 îlots, les Formiche se trouvent-ils à mi-chemin.
Panaria forme un parallélogramme de 2 5oo mètres sur i 800, allongé NNE.-SSO. ; une forte échine dont le point culminant est à 420 mètres d'altitude, au Pizzo del Corvo, se développe dans le sens de la longueur, à proximité de la côte ONO. sauvage et abrupte, tandis que le versant opposé tombe en pente douce, divisée en deux zones par une ligne de falaises : la Regione Soldata, surtout plantée de vignes, et la bande littorale portant quelques habitations parmi des cultures de céréales et des jardins d'oliviers.
Les savants des deux derniers siècles, jusqu'à Judd et même Suess, considéraient Panaria et les îlots voisins, d'après leur disposition plus ou moins circulaire, comme une vaste chaudière volcanique de 4 ou 5 kilomètres de diamètre et Abich en parle même comme d'un cratère de soulèvement. La connaissance de l'orographie sous-marine et celle de la structure et des produits, plus précises depuis les explorations de Bergeat, permettent de regarder plutôt le massif de Panaria comme formé par plusieurs appareils, bien distincts à maints égards, greffés sur le même socle.
Il n'est pas douteux que le Secca dei Pesci constitue un appareil à
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part; son isolement et sa forme conique régulière suffisent à le prouver.
De même, le cratère de Lisca est parfaitement distinct. Toutes les petites îles qui le composent, laves ou tufs altérés, sont d'ailleurs à peu près de même nature : andésites à hornblende, plagioclase, augite, sanidine, hyperstène et biotite, auxquelles Abich donne Sy, 67 p. c. de silice.
Basiluzzo est un fragment de volcan dont le cratère devait se trouver légèrement à Touest de l'île actuelle. Le massif est très distinctement formé par deux zones de matériaux s'inclinant vers l'orient selon la pente générale du sol : en bas des masses peu distinctes et incohérentes qui semblent des laves tourmentées, au-dessus une couche massive de roche, où se voient quelques indices de colonnade. De même qu'à la Spinazzola, la roche est une liparite magnifique; C'est une rhyolite passant à l'obsidienne, rougeâtre, riche en feldspath triclinique avec biotite, sanidine et pyroxène. Abich lui a trouvé 67,09 p. c. de silice, et 69,87, d'autres 70,10, Bergeat enfin 72,19; donc une des roches les plus acides connues. Vers le haut, cette obsidienne cède la place à une ponce, dont Bergeat dit n'avoir trouvé d'analogue qu'au Cerro Quemado de Guatemala.
Les Formiche sont une pustule secondaire — à moins qu'ils ne soient un filon dénudé — ; ils sont composés d'andésite à hornblende et à augite.
Panaria est, dans sa partie visible, une masse de lave compacte et homogène, ne montrant aucune structure, si ce n'est en quelques endroits des apparences de colonnade. La roche est d'après Bergeat une andésite à hornblende avec plagioclase, parfois orthoclase, augite claire et hyperstène, en certains endroits de l'olivine même; elle aurait 66,1 1 p. c. de silice; Abich lui aurait trouvé 64,37 p. c. et 61,39 P- ^• de silice. Cette masse homogène est très rare aux Lipari et on n'en retrouve des exemples qu'au Capo Graziano et à la Montagnola de Felicudi, le second massif de la branche occidentale d'Eolie. Elle dut probablement sortir d'une fissure à l'état pâteux, effusion colossale dont on ne retrouve pas l'orifice.
Des produits meubles s'appuient sur cette masse principale dans les plaines orientales de Panaria, vers 5o à 100 mètres d'altitude, couches épaisses de quelques mètres parfois, horizontales, et composées de blocs, de lapilli, de ponces, de tufs, etc., tous matériaux
ITALIE ET SICILE Panarla, Salina
de nature voisine à celle du bloc de lave sous-jacent, mais que Taspect clastique, indiquant l'origine explosive, permet de faire attribuer à la bouche que formait le petit archipel oriental des Lisca aux produits d'ailleurs identiques. Certaines couches de ponce de la plaine septentrionale de Panaria proviendraient, d'une manière analogue, de la bouche de Basiluzzo.
La disposition de ces couches indiquent assez sûrement que les deux orifices de l'E. et du NE. furent postérieurs à la formation de Panaria, et que Basiluzzo est lui-même plus jeune que le groupe des Lisca.
Ces tufs des basses terrasses de Panaria se sont déposés sous les eaux à l'époque quaternaire inférieur, comme le prouvent leur disposition, les calcaires et certains vestiges d'organisme qu'ils contiennent. A cette époque le volcan était donc encore en pleine activité, du moins les appareils de l'E. et du NE.. Mais il subit par la suite de grandes dislocations. De plus, les lignes d'abrasion, ainsi que les couches marines, témoignent de soulèvements qui élevèrent la côte de plusieurs dizaines de mètres.
De nos jours les seuls restes d'activité de Panaria consistent en de nombreuses fumerolles et sources diverses, thermales, sulfureuses, carboniques, autour de l'île et sur ses flancs.
Il est probable que l'homme n'a jamais connu les éruptions de ce massif; on a trouvé, d'ailleurs, dans la grande île des flèches taillées.
En somme, le massif de Panaria semble résulter de l'action combinée de nombreux appareils, dont quatre bien indiqués et sur lesquels trois sont connus par leurs produits et en partie par leur structure. Il est particulièrement intéressant de noter que la masse homogène de Panaria soit de même nature que les produits de la bouche orientale des Lisca, dont le fonctionnement semble surtout avoir été explosif. Pour les trois appareils émergés, l'activité s'est déplacée vers l'E., puis le NE., c'est-à-dire du centre de l'Eolie vers l'extérieur. L'oscillation de l'acidité est faible, elle diminue d'abord et se termine par une brusque augmentation.
Salina, l'île des Salines, doit son nom actuel aux dépôts de sel marin que l'on recueille dans les marécages de sa partie sud-orientale. Les Classiques l'appelaient Didyma, la Jumelle, à cause de sa double charpente qui, de loin, la fait prendre pour deux îles sœurs. Quoique
MÉDITERR.\NÉE
seconde des Eoliennes par ses dimensions, et même première par la hauteur, elle le cède de beaucoup en importance à la plupart des autres îles de Tarchipel ; son activité est nulle, ses produits sont peu variés ; sa structure offre toutefois quelque complexité, et ses tufs de base ont été disposés par la mer en vastes terrasses.
Moins encore que le groupe de Panaria, l'île des Salines a été étudiée par les savants. Ce sont, d*ailleurs, toujours les explorations de Dolomieu, Spallanzani, Ferrara, Hoffmann, Salino, Cortese, Sabatini, et, toujours plus que tout autre, Bergeat, qui nous Font fait connaître.
Le massif de Salina occupe le centre des îles Eoliennes, quels que soient les alignements que l'on admette entre les bouches volcaniques de Tarchipel. C'est vers la profondeur marine de 800 mètres environ que la masse générale du système est le plus nettement indiquée; cette ligne de niveau se développe en une courbe de i5 kilomètres de diamètre, se rattachant au massif de Lipari par un pédoncule dont le seuil est à 327 mètres de fonds. Ce socle porte au N. deux buttes sous-marines, une, légèrement ovalaire, dont le sommet se trouve à 25o mètres de profondeur, l'autre de dimensions plus vastes, formant à sa base un cercle de 5 kilomètres de diamètre et s'élevant jusqu'à 10 mètres de la surface de l'eau; c'est la Secca dei Capo, ainsi nommée Je son voisinage du cap NE. de Salina.
Au sortir des eaux, la grande île forme un trapèze de 6 à 7 kilomètres E.-O., sur 3 au côté O. et 5 au côté E., bordée de plages et de falaises. Deux massifs s'élèvent, séparés par une selle de 285 mètres, le Valdichiesa, d'où fuient, vers le N., le Valle dei Giovi, devenant plus bas la belle plaine de Malfa, vers le S., le Vallonazzo et la plaine d'Arenella.
Le massif oriental est de beaucoup le plus puissant des deux « Jumeaux » ; il est lui-même terminé par un double sommet, la pyramide triangulaire de Monte Rivi, 847 mètres, au NE.; le cône régulier de Monte Fossa délie Felci, au SE, plus haut point de l'île et de TEolie tout entière, 961 mètres. D'un sommet à l'autre, la distance est d'un kilomètre et la selle intermédiaire descend un peu plus bas que 800 mètres.
Le massif occidental de Salina est plus régulier que celui de l'orient. C'est un cône isolé, admirablement dessiné avec 3 kilomètres de diamètre à la base et terminé au Monte dei Porri ou Monte
ITALIE ET SICILE Sallna
Vergine, à SSg mètres, par une arête concave, arquée au NO., de 3oo mètres de largeur. Deux fortes arêtes toutefois interrompent la régularité des flancs du massif; Tune au N., le Serro di Pollara, sorte de toit à faîte incliné qui aboutit à la côte septentrionale, où il domine les flots en un pignon de 25o mètres de haut, Tautre arête, d'allure semblable, vers rONO., dont la falaise terminale n'est que de 5o mètres moins haute que la précédente. Entre ces deux arêtes du Monte, le flanc se creuse et forme un merveilleux amphithéâtre qui, vers la mi-hauteur, a près de deux kilomètres de largeur et au bas de la pente s'étale en une plaine, large de moitié, où se dressent les habitations de Pollara.
Les pluies ont fortement attaqué les flancs du massif notamment dans la partie orientale du Fossa délie Felci, et entre ce cône et le flanc SE. de la pyramide de Rivi, où s'ouvrent profondément les ravins du Valle Castagnia. Tout autour de l'île, dans les plaines fertiles formées par les couches alluviales ou remaniées par les eaux marines, quelques cités déjà actives au temps des Grecs se sont élevées, où vivent les 7 ou 8 mille habitants actuels : Malfa au N., à l'embouchure du Valle dei Giovi, Salina au milieu de la côte orien-taie, Lingua à l'angle SE, près des salines, Arenella au S., d'autres, moins importantes, éparses sur les basses pentes des monts. Riches sont les récoltes de céréales -dans les plaines, les « Regione » inférieures; les vignobles sont assez nombreux, ainsi que les arbres fruitiers qu'on ne rencontre en aucune autre Eolienne, sauf Lipari. Des châtaigniers, des noyers et des noisetiers couvrent les pentes. D'après Ludwig Salvator, quelques bancs de coraux sont situés au N. de l'île. Les salines de Lingua, déjà au temps de Spallanzani, approvisionnaient en sel toutes les Eoliennes.
Salina, sans tenir compte des protubérances sous-marines, considérée d'abord comme formée de 2 ou 3 appareils, en possède en réalité 4.
Le seul aspect du Fossa dclle Felci indique sa nature volcanique. C'est bien là un cône éruptif, et la crête supérieure est le reste nord oriental du cratère. Très semblable au vieux massif de Stromboli par la structure et les produits, c'est un amoncellement de couches, épaisses de quelques mètres, et composées de lave, de produits meubles rés^ulièrement superposés; Spallanzani, en 1788, concevait comme les savants modernes la probabilité d'une disposition semblable des
MEDITERRANEE
matériaux jusqu'au cœur du massif. Le versant oriental est presqu'entier couvert d'éjections clastiques, bombes, scories, cendres, lapilli, formant parfois une sorte de peperino ou de pouzzolane, tandis que le versant méridional et occidental est plutôt couvert de lave nue, probablement venue après l'écroulement SO. du cratère. Ce sont des andésites brunes, rouges ou blanchâtres, andésites à pyroxène à 60,29 p. c. de silice, d'après Bergeat; andésite à enstatite ou labradorites augitiques, d'après Sabatini.
Au flanc SE. du massif, près de Lingua, une petite masse de basalte sur laquelle s'appuient les andésites est tout à fait anormale parmi ces produits plus acides; Bergeat l'attribue d'ailleurs au massif de Rivi.
Le cône de Porri est un autre volcan facilement reconnaissable, par sa forme d'abord, par sa structure ensuite; comme au volcan voisin, les produits fragmentés s'étalent surtout aux versants orientaux, les laves de préférence aux flancs tournés vers l'ouest et le sud. Au flanc nord, elles ne descendent qu'à mi-hauteur, en effet plus bas elles ont été recouvertes par un produit ultérieur. Une coulée • s'est avancée en plein Valle dei Giovi jusqu'à deux kilomètres du cratère. Tous ces produits sont, d'après Bergeat, des basaltes à 54 p. c. de silice.
Dolomieu pensait que le Monte dei Porri avait donné seulement des matériaux clastiques par le cratère terminal et que les laves étaient issues de ses flancs, à cause de l'absence de coulées dans la partie supérieure. Mais il est probable que la lave glissant sur des pentes raides n'a pu s'arrêter et a dû laisser à nu les environs du cratère.
La demi-vasque qui s'ouvre au flanc NO. du Monte dei Porri et dont la plaine de Pollara forme le fond, est également un orifice de laves et de cendres. Appareil à l'ouverture relativement énorme, au cône peu saillant, etfrondé à l'ouest, distinct par la forme, la structure et les matériaux rejetés. Toute la partie extrême de l'arête qui clôt la grande cuve au midi, ainsi que le bord de l'île à l'angle NO. sont formés de masses d'andésites à 65,5 p. c. de silice émergeant de dessous les produits du Porri. Le fond de la coupe et toute l'arête Serro di Pollara sont couverts par des tufs blanchâtres, agglomérats de ponce de cette même roche, dont Cortese, n'ayant pu découvrir la coupe volcanique ne pouvait s'expliquer l'origine.
Les derniers matériaux du Porri recouvrent donc toute la partie
ITALIE ET SICILE Salina
méridionale et sud-occidentale du cône de Pollara, sauf à Tangle SO. de Tîle où une petite masse d'andésite émerge des laves basaltiques. De plus, c'est dans la vasque même, au NO. que d'autres coulées du Porri sont descendues. Les manifestations du cône méridional sont donc, en grande partie, postérieures à celles du cratère du nord. Mais, à son tour, par ses tufs ponceux, le Pollara recouvre dans sa partie orientale les produits du Porri et interrompt entre la mi-hauteur du cône et le bord de l'eau la continuité des laves. Si la masse générale du Porri s'éleva sur le bord du cône NO. apaisé, en revanche une dernière explosion de celui-ci succéda aux éruptions qui avaient édifié l'autre.
Bergeat considère enfin le Monte Rivi comme un quatrième appareil très vieux, très découpé, très raclé par les agents externes, mais encore reconnaissable en partie par la structure et les produits. Il est formé de couches de lave et de tufs inclinés plus ou moins régulièrement. Dans la partie supérieure et le long de la crête Serro del Piano qui forme l'angle nord-oriental de la pyramide, ainsi qu'en quelques points dans le fond des vallées, ce sont les laves qui se montrent. Les tufs couvrent surtout le versant sud-oriental jusqu'à la plaine de Salina. Au flanc septentrional, les couches volcaniques sont imbriquées et montrent que la montagne s'élevait autrefois plus haut et qu'elle subit au moins de ce côté d'énormes dénudations. Nul doute que lors de son activité, le Rivi fut en entier sous les eaux.
Tous ces produits sont, d'après Sabatini, des labradorites brunes, rouges, compactes ou poreuses, à augite ou à augite et enstatite, anorthite et labrador, passant à la dolérite par la belle cristallisation ou au basalte par la présence de l'olivine. Ce sont des basaltes à 5 1,5 p. c. de silice, pour Bergeat.
Le petit lambeau basaltien que Bergeat signale près de Lingura, en pleines roches andésitiques du Fossa, fait très probablement partie du versant méridional du Rivi.
Le massif du Rivi est donc à moitié caché sous le cône de Fossa délie Felci; l'activité du volcan méridional se manifesta donc longtemps après l'extinction du volcan du nord. De plus, Cortese signale à la base nord du Rivi, le long de la côte, parmi les tufs et les lapilli de ce volcan, des couches entièrement formées de fragments anguleux de ponces assez pareilles à celles du Pollara. Si ces ponces appartiennent réellement au Pollara, du moins à la partie ancienne, les
MÉDITERRANÉE
deux volcans septentrionaux de Salina sont contemporains, et leur démantèlement prouve leur vieillesse. Les deux massifs du sud, dernières éruptions de l'île, n'ont pas assez de points de contact connus pour qu'on en ait pu déduire leur âge relatif. Mais, quoi qu'en dise Bergeat, l'union plus intime entre Pollara et Monte dei Porri qu'entre Rivi et Fossa délie Felci semble indiquer une plus lointaine existence au massif sud-occidental qu'à celui du sud-est.
Sans parler des produits meubles cimentés par les eaux de pluie dans les cratères du Fossa et du Monte Porri et sur tous les flancs du Rivi, Salina est spécialement intéressante par les formations subacqueuses anciennes et récentes et les terrasses marines. Ces formations entourent presqu'entièrement l'île et s'étalent surtout dans les plaines inférieures.
Dans la partie méridionale de la plaine de Malfa et dans toute le Valdichiesa, entre i5o et 32o mètres, sur les premières pentes du terrain, des tufs sombres et très sableux représentent peut-être une période sous-marine où l'île était de 3oo mètres moins haute qu'aujourd hui ; période d'arrêt, succédant au soulèvement qui exonda le Rivi, assez incertaine, probablement pliocène, où l'allure générale du relief était déjà indiquée.
Plus bas, dans la plaine de Malfa, et de la pointe NE. de l'île, à Mona, au N. du massif de Porri, une terrasse s'étend à environ i3o mètres d'altitude, formée de tufs gris et jaune-brun, identiques à ceux de Lipari et des autres Eoliennes, plus sableux toutefois que ceux de ces îles et moins sableux que ceux du Valdichiesa et surmontant en certains endroits une couche de cailloux arrondis, reposant eux-mêmes sur les produits inclinés des volcans. Quelques auteurs y ont signalé des fossiles : patelles, trochus, etc., qui tous semblent à Cortese appartenir aux espèces vivant encore dans les mers voisines. D'autres terrasses semblables, quoique beaucoup moins vastes et moins élevées, se rencontrent à Salina, à Lingua et un peu à Arinella.
Enfin, des sédiments récents, cordons marins alignés le long des côtes orientales et méridionales, convergent vers la pointe SE. de l'île. Ils ont isolé la lagune, profonde de 8 mètres, très salée et alimentée par l'infiltration de la mer à travers les débris sableux, qui fournisse de sel les autres îles de l'Eolie. Ces cordons représentent une autre étape dans le mouvement d'élévation de l'île.
ITALIE ET SICILE Salina, Liparl
Salina n'a plus d'indices d'activité, si ce n'est par quelques sources minérales près d'Arinella, et non loin de là, dans la mer, à 60 mètres de profondeur, une source- dont les bulles d'hydrogène sulfuré viennent crever à la surface de l'eau et amènent, avec la fange, des algues et des poissons morts [Sabatini].
En résumé, les appareils de Salina sont d'une grande simplicité. On y voit des cônes à cratère régulier, avec cheminée centrale constante, ayant répandu laves et tufs ; produits les uns de nature andésitique, les autres basaltique; mais chacun des cônes ayant épandu une seule espèce de roche. Il semble que le Rivi est le plus ancien; le Pollara succède, finalement le Fossa délie Felci et le Monte dei Porri s'édifient. D'abord basique, la roche vomie devient acide, puis retourne à la basicité primitive. Les basaltes occupent les deux angles NE. et SO., les andésites se dispersent transversalement. En même temps que les produits étaient ainsi dégorgés^ le massif s'élevait peu à p)eu, non sçulement par accumulation, mais par soulèvement général du sol. D'abord, en entier sous les eaux, il surgit progressivement, morcelé et dénudé, tandis que les volcans du sud s'édifient, puis une première étape d'arrêt laisse la mer étaler ses premiers produits remaniés. Deux autres soulèvements succèdent et deux autres périodes de terrasses. Enfin, le volcan s'éteint sans que l'homme ait gardé connaissance des manifestations volcaniques.
Liipari, massif central d'Eolie est, sinon le plus élevé ou le plus volumineux des massifs du système, du moins celui qui présente la partie émergée la plus vaste, la plus variée en relief, la plus fertile et la plus populeuse. Si l'activité y est presque nulle et n'a fourni que peu d'apport au volcanisme, en revanche le nombre des appareils est relativement considérable, leur structure et leurs produits plus variés qu'en aucune autre Éolienne. De plus, les fossiles trouvés dans ses tufs et les terrasses marines étagées sur ses flancs ont permis de retracer en grande partie son histoire et son âge et, par comparaison, celle des massifs insulaires voisins. Enfin, elle prend une importance capitale par les rapports qu'il y eut entre sa position centrale et la complexité de sa structure et de ses produits.
Plus riche en plaines généreuses que les îles voisines, par suite en population, Lipari fut évidemment une des Éoliennes les mieux
MEDITERRANEE
connues et les plus souvent mentionnées. Homère ne parle que de la grande île; c'est là qu'aborda Ulysse en rentrant dans ses États, accueilli par le roi Eole, dont les sujets avaient fondé une colonie florissante et une grande cité. Ce fut le successeur du roi divinisé qui donna son nom au massif; l'île désignée autrefois sous le nom de Melogonis ou Meligunis prit l'appellation de Liparis ou Lipara, sous laquelle les classiques la connurent et qui s'est conservée jusqu'à nous. Strabon, Pline et les quelques auteurs des premiers siècles ne répètent probablement que les dires d'Aristote à propos de l'activité de Lipari.
Parmi les auteurs récents, en plus des principaux explorateurs comme Spallanzani, Hoffmann, Bergeat, etc., il faut citer spécialement pour Lipari : C. Gemmellaro, R. Allan, G. Alexander, D. Galvani, F. Casoria. F. Mina, P. Calcara, A. Prestandrea, C. Gaudin. G. vom Rath, L. Bacot, P. Joso, L. Baldacci, L. Bucca, A. Streng. Iddings, etc.,.
Le massif sous-marin de Lipari forme le renflement médian de cette chaîne Salina-Vulcano dont la largeur moyenne est de i5 à 20 kilomètres et qui s'appuie sur un fond incliné, entre 1 000 mètres au S. et 2 000 mètres au N.
Resserré entre Salina et Vulcano, dont les centres sont à peine distants de 22 kilomètres et les bords de moins de 14, le groupe volcanique n'a pu s'étaler beaucoup et l'on peut fixer à 1 1 kilomètres et demi sa largeur propre; au delà, ses produits se mêlent au NO. avec ceux de Salina, au SSE. avec ceux de Vulcano. Les courbures des flancs sous-marins à 1*0. et à i'E. indiquent pourtant un massif personnel. N'étaient les volcans du NO. et du SSE., le système liparien aurait la forme générale d'un dôme assez régulièrement circulaire, d'un peu plus de 1 5 kilomètres à la base, un peu plus abrupt vers l'orient et terminé dans sa partie sud-orientale par la masse insulaire au relief accidenté. Il naît vers 1 200 mètres de fond des étendues uniformes situées immédiatement au nord de la côte sicilienne. A 5oo mètres il a encore 12 kilomètres d'OSO. à TENE., tandis qoe la largeur des selles intermédiaires est de 7 kilomètres et demi au N., 6 kilomètres et demi au S.
Un peu plus haut, à 327 mètres, Salina s'individualise et le flanc du massif s'aplanit fortement dans toute sa partie nord-occidentale, pour se relever avec plus de vigueur dans l'autre partie. Vers 200 mètres
ITALIE ET SICILE Llpari
sous les eaux, une petite protubérance de quelque cent mètres de largeur au flanc OSO. semble un appareil immergé. Ce n'est qu'à lo mètres de la surface que Lipari se sépare de Vulcanello, promontoire avancé de Vulcano.
Au sortir des eaux, le massif a la forme d'un rectangle de 6 à 7 kilomètres N-S., de 5 à 6 transversalement, arrondi aux angles NO. et SO. A l'angle SF^ il se prolonge par une sorte d'appendice, long de 2 kilomètres et demi, large de 2. Un autre pédoncule, plus petit, se détache du corps de l'île un peu au sud du milieu de sa côte orientale et s'avance sur 2 kilomètres dans la direction de l'E., avec près de la moitié de largeur. Telle est la surface de Lipari avec 37,63 kilomètres carrés, de beaucoup la plus étendue des îles.
La hauteur de Lipari au-dessus de la mer ne correspond pas à l'ampleur de sa surface; de loin, l'île ressemble à une immense tortue, massive et ondulée. D'ailleurs, elle forme, orographiquement, une masse très compacte, à peine subdivisée en massifs distincts par des seuils ou les découpures des cours d'eau; mais que de détails pittoresques! pointes élégantes, petites plaines en terrasses, bordées de précipices, ravins profondément encaissés où sautent les eaux, fines arêtes, roches surplombantes, grottes creusées par le choc de la mer, fissures d'où jaillit la vapeur, etc., œuvres des agents naturels auxquels se joignent celles de l'homme.
Presque partout sur le pourtour, l'île s'élève assez soudainement. Ce n'est qu'en de rares endroits que de petites plages précèdent la pente du mont.
Quelques îlots entourent le grand corps vers l'ouest et le sud-ouest, récifs plus ou moins volumineux, éloignés de 5oo mètres au plus des côtes, dont quelques-uns, comme la Pietralunga au SSO., s'élance comme un obélisque jusqu'à 60 mètres de hauteur.
Un des massifs les plus distincts de Lipari est le Monte Pelato qui occupe l'angle NE de l'île, appareil volcanique reconnaissable rien qu'à la forme, quoique Dolomieu et Spallanzani n'en aient pas découvert exactement la structure et l'aient prise pour une montagne double. Des vallées encaissées, une à l'ouest, l'autre au sud-ouest et au sud séparent nettement le massif du reste de l'île et lui délimitent, avec le bord marin, une base à peu près rectangulaire de 2 kilom. 1/2 à 3 kilomètres du NNO. au SSK. et de i kilom. j5 transversalement.
La masse du mont s'élance en forme de cône irrégulier, abrupt
MEDITERRANEE
dans toute la partie sud-occidentale, plus adouci, mais encore très incliné dans la région du N. et de TE. Une énorme cuve, dite Fessa délie Rocche Rosse, occupe la partie supérieure, large de près d'un kilomètre; haute de 480 mètres au bord méridional, la falaise s'abaisse fortement de tous autres côtés, s'ouvre même complètement vers le NE. et se continue par une allée bordée de hautes parois; chaudières et dépressions sont presqu'en entier occupées par une énorme masse de pierre vitreuse, la Rocche Rosse, que Spallanzani appelait la Montagna Castagna et qui se prolonge au loin dans les flots par la Punta délia Castagna, angle NE. de l'Ile.
Sur tout le pourtour du Monte Pelato, les eaux de pluie, affouiUant les ponces, ont creusé une quantité considérable de ravins.
De loin, le Monte Pelato semble en entier couvert de neige, grâce à la couleur des ponces qui le composent, et c'est pour cette raison qu'on a donné à son flanc oriental le nom de Campo Bianco. Quelques cactus à peine se logent dans les interstices des roches. L'accès est extrêmement difficile, la pierre meuble s'écroule sous les pas, son éclat éblouit et le vent la soulève parfois en tourbillons de poussière. La mer arrache sans cesse les matériaux, en battant les falaises, creuse les cavernes, arrache les ponces et les entraîne en nappes flottantes. On les retrouve jusque sur les plages de Calabre et de Sicile. L'homme aussi attaque la montagne par carrières et galeries qui fournissent presque en entier l'Europe, presque autant que Santorin.
A l'ouest du Pelato, les ravins, la côte septentrionale et nord-occidentale et la vallée encaissée et sinueuse, mais dirigée en général E-0. du Vaile di Pera, limitent un autre massif, également rectangulaire, long de 3 25o mètres E-0., large de 2 5oo mètres N-S., mais moins personnel que le Pelato, dans la forme de son relief : c'est le Chirica. La crête qui domine ce massif n'occupe pas le milieu de la base, elle s'étend davantage dans la partie sud-orientale ; elle s'allonge toutefois de l'E. à l'O. sur près de i 5oo mètres. Dans sa partie orientale, c'est un haut cône ou pyramide régulière dont la pointe, culmen de l'île, atteint 602 à 6o3 mètres d'altitude; dans sa partie occidentale, une bosse arrondie d'un peu plus de 5oo mètres d'altitude, le Serro del Fico ; au centre, une légère dépression circulaire à 5o8 mètres au-dessus des eaux et de 2 à 3oo mètres de diamètre, la Fossa délie tre Pécore.
ITALIE ET SICILE Llparl
Vers l'orient, cette crête s'affaisse en une muraille abrupte de 400 mètres de hauteur sur moins d'un kilomètre de long. Au NO., Tarête suprême se prolonge en s'élargissant en un puissant contrefort incliné, qui, vers 3oo mètres, s'étale en terrasse, et enfin plonge à la mer en pentes très raides, à peine découpées de ravins. Vers le SE., un chaînon se détache de la haute pointe, le Piano de Punghi, et, gardant une hauteur de 430 mètres environ, va se rattacher 9u sud au massif central de Tîle.
Toute la partie restante de l'île, hormis les deux appendices, garde assez de cohésion pour qu'on puisse la considérer comme un système orographique particulier, limité au N. par le Valle di Pera et la vallée qui borde le Pelato au sud ; à l'O. et au SO. par la mer ; à l'E. par la plage de Caqneto; au SE. par la plaine de Lipari et la plage arrondie qui lui sert de port; c'est un rectangle de 5 kilomètres 1/2 E-0., 4 kilomètres N-S. Vers le centre du massif. Monte Sant'Angelo, forme un cône tronqué et terminé par une plaine circulaire de 400 mètres de large entourée vers le bord N. d'un petit ourlet dont le plus haut point atteint SgS mètres.
Au NO., les versants du massif viennent s'étaler à 400 et 3oo mètres d'altitude en une terrasse de plus d'un kilomètre carré de surface ; la Contrada Castellaro, de laquelle les contreforts abrupts tombent à la mer, distante de 1000 mètres environ. Ce sont les Timponi, « monts au profil puissant, âpre et sévère », à peu près semblables aux flancs occidentaux du Chiricà. Au SSO. du Sant'Angelo, une autre terrasse, mais plus basse, 25o mètres, et un peu plus éloignée, garde une largeur semblable et se borde par des Timponi également, c'est la Piano Conte; entre ces deux terrasses, le profond et complexe Valle dei Lacci entame fortement le grand corps.
Tout l'appendice oriental est formé parle Monte Rosa, qu'un seuil de quelques mètres sépare des derniers contreforts orientaux de Sant* Ângelo. Il se compose de deux cônes accolés, admirablement réguliers tous deux, larges de 700 mètres à la base et dont celui de l'est, le Pizzo Mazzone, est terminé en pointe à 239 mètres; celui de l'ouest, le Pizzo Campana, un peu plus aplati est haut de 228 mètres. La selle intermédiaire n'arrive qu'à 168 mètres.
Enfin, l'appendice méridional est très découpé quoique peu étendu. Le premier et le plus considérable de ses massifs est le Monte Giardina ou Gallina, racine de la péninsule. Dôme assez régulière-
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ment circulaire d'un peu plus d'un kilomètre à la base; abrupt dans sa partie occidentale, ses flancs NE. et E. viennent mourir à la plaine de Lipari en pente douce. La partie supérieure s'aplanit un peu vers 200 mètres et se termine par deux pointes dont la plus haute atteint 283 mètres d'altitude.
Au sud le Monte Giardina est intimement uni avec un arutre dôme, le Mont* Guardia, plus régulier et se dressant à 86 mètres plus haut.
Un ravin profond sépare au sud le Monte Guardia d'un chaos de buttes formant la partie méridionale de l'île; on distingue le Lazzaro, la Pinta del Perciato à l'extrême S., enfin le massif cahotique des Capistrelli, long de 1 5 00 mètres N-S., large d'environ 5 00 E-O., hachuré, découpé, prolongé en mer par des promontoires et des récifs, et dont la cime dentelée atteint i32 mètres. Le vieux château et l'église de Lipari couronnent les derniers contreforts des Capistrelli.
Les alluvions apportées parles torrents dans les plaines inférieures et les terrasses de tufs remaniés, laissées aux flancs des monts par la mer en retrait, sont bien cultivées. Plus de la moitié de l'île est ainsi utilisée. Le reste est occupé par des bois ou, plus souvent, par des régions stériles reculant toutefois devant les emprises de l'agriculture.
L'île fournit du Malvoisie et des raisins de Corinthe. Mais la production en froment, en olives, en coton est également importante. Les fruits du Cactus opuntia, figuier d'Inde qui atteint jusqu'à 3 et 4 mètres de haut sont utilisés par les habitants:
En plus, le travail des carrières et quelques petites pêcheries, parmi lesquelles le corail au flanc N. du massif occupent les i 000 habitants de l'île qui sont presque tous massés dans la ville de Lipari.
Par le nombre et les petites dimensions de ses nombreux volcans, par leur superposition et leur disposition en groupes qui paraissent avoir diminué de volume des plus vieux aux plus récents, et par les mouvements généraux d'élévation qu'il subit, le massif de Lipari ressemble un peu au massif des Campi Flegrei. Mais, parla structure et les produits, il est autrement complexe et révèle une plus grande variété de phénomènes éruptifs. Sous ce rapport, il a plus de relations avec le massif des Vulsini.
Des appareils lipariens, les uns sont bien distincts, d'autres paraissent plus rudimentaires, d'autres encore sont si dégradés qu'on
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les reconnaît à peine. Leur largeur de base varie de 5 kilomètres à 800 mètres. Presque tous sont des cônes à cratère, simples et réguliers, avec cheminée centrale constante et produits mixtes régulièrement accumulés, ou des fragments de tels appareils. Quelques-uns appartiennent plutôt au type explosif, d'autres ont surtout répandu de la pierre en coulées ou en amas et se rapprochent davantage des cumulo-volcans ; un autre encore est formé d'une petite masse lavique étalée au-dessous d'un vague orifice. De plus, si dans l'ensemble la nature des produits rejetés est très variée et pa^se des types les plus acides aux plus basiques, chaque appareil a donné des matériaux d'une seule famille, avec, pour quelques-uns seulement, de faibles indices de transitions vers les familles voisines.
Un des appareils les plus caractéristiques est le massif nordoriental de l'île, le Monte Pelato. C'est aussi un des plus grands et il n'est pas douteux qu'il ne se prolonge encore plus bas sous les eaux. La partie la plus ancienne encore visible semble formée par la lave de Sparanello, que quelques auteurs rattachaient à une autre bouche volcanique. C'est une énorme plaque qui borde le Pelato au S. et au SE. sur près de 2 kilomètres et atteint parfois plusieurs centaines de mètres de large. C'est le « gros filon horizontal » que vit Spallanzani et au bord duquel vient battre la mer. Cette lave est une rhyolite à obsidienne et ponce, semblable à celle de la Montagna Castagna.
Les ponces constituent probablement presqu'en entier le reste du cône volcanique. On ne voit dans les coupes des ravins et sur la face des parois cratériques que leurs couches superposées ; dans le Campo Bianco, elles s'étagent en une multitude de strates, presque horizontales, au dessus de la lave de Sparanello. Ces ponces rhyolitiques ou trachytiques [Sabatini] sont généralement blanches, parfois grises ou jaunâtres; elles atteignent jusqu'à rS centimètres de diamètres ou longueur. Il en est de si compactes qu'on y voit à peine les pores. C'est dans ces ponces surtout que sont creusées les 200 galeries d'exploitations qui font du Pelato le rival de Santorin, et livrent aux industriels européens 5 à 6000 tonnes de produits par an, soit pour une valeur d'environ i million de francs. La partie supérieure du volcan est couverte en entier par un tuf ponceux blanc, composé d'éléments extrêmement ténus, poussiéreux même; ce tuf recouvre également tout le flanc oriental et le sommet du Monte Chirica, les
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versants septentrionaux et orientaux du Sant'Angelo et même le sommet des deux cônes du Monte Rosa.
Les roches qui de la bouche du Pelato s'étendent vers le NE. et forment la Rocche Rosse sont de vraies coulées de pierres ponces, chose unique en volcanologie [SABATINI]. Cete coulée a près de I kilomètre de largeur sur 2 de long, sans compter la partie immergée, et 3o mètres d'épaisseur. Les strates superposés indiquent les hoquets successifs de la bouche éruptive [MERCAfXI], Cette ponce est huileuse et filamenteuse, grise à cause du bitume qu'elle contient, mais elle passe quelquefois à un verre compact, rhyolite, ou plutôt obsidienne rhyolitique, gris, à la structure fluidale et riche en filaments capillaires (verres et émaux de Spallanzani). Ces masses apparaissent, çà et là, sur le sommet ei les flancs du Pelato, luisantes et ondoyantes, entrouvertes en mille endroits. La Rocche Rosse doit son nom à un enduit vitroïde de couleur rouge.
En plus de ces masses de ponces, dans la partie N. du cratère, au pieds du Serro dell'Arena, de petites masses de lapilli indiquent un dernier effort du volcan.
En somme, le Pelato fut surtout explosif; ses laves répandues par deux fois sont à la fois des plus poreuses et des plus vitreuses. Tous ces produits, de nature rhyolitique, peut-être aussi trachytique, furent rejetés à l'air libre ; aucun débris marin ne s'y mêle et aucune trace d'action marine ne s'y rencontre ; d'ailleurs, des ma ériaux aussi légers que les ponces eussent probablement été entraînés par les courants.
Le Monte Chirica est un autre volcan. La Fossa délie tre Pécore, remarquablement circulaire, est, malgré son faible rebord, la plus belle fosse cratérique de Lipari. La pointe qui s'élance à TE. est peutêtre un cône adventif. Sous un manteau de tuf ponceux, rejeté par le Pelato, qui cache la partie supérieure et orientale, et d'un tuf brun dont nous aurons à reparler, qui couvre le reste du Chirica, les matériaux propres au volcan apparaissent çà et là : des brèches rouges, basiques, affleurent près de la haute pointe orientale, de même au Sangue Rosso, au SO. de la Fossa; dans les ravins orientaux, puis au versant N., des roches sombres apparaissent; enfin, au flanc sud-occidental du Serro del Fico, une nappe assez considérable de lave se montre à nu. Tous ces produits, tufs et laves, sont des roches à environ 53 p. c. de silice. Leur pauvreté en olivine les fait considérer par Sabatini comme une labradorite à àugites, compacte, brune
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OU verdâtres; par Bergeat, comme un terme de passage entre basaltes à olivine et andésites à augite.
Entre le Chirica et la mer occidentale s'étend une région indistincte quoique assez dégagée des tufs superficiels ; on y voit des laves, semblables à celles du Chirica, dit Bergeat, des andésites augitiques vacuolaires à cavités pleines de calcite, dit Sabatini. S'il faut en croire Spallanzani, les coulées sont nombreuses, tantôt séparées, tantôt entrecroisées. On ne peut attribuer ces laves à la Fossa délie Tre Pécore, ni au massif d*Angelo : il est plus probable que ce sont des restes d'appareils très anciens et qu'il faille les rattacher à la chaîne des Timponi, volcans démolis qui les prolongent vers le sud.
Parmi les fragments de volcans de cette région du SO., une demidouzaine sont assez reconnaissables, ainsi les Timponi : Valle di Pera, dell'Ospedale, Potasso, Mazzacaruso (322 m.), Purfadoli, del Carubo, etc. Ils forment tous une longue et haute muraille côtière où poussent à peine, dans le creux des vallées, quelques oliviers et de maigres céréales. Ce sont là les vestiges d'une ancienne chaîne volcanique, groupe de petits appareils, extrêmement démantelés par les agents externes, altérés par des fumerolles et des sources thermales, qui ont donné aux roches des couleurs variées où dominent le blanc €t le rouge et ont formé des dépôts divers, surtout gypseux. En quelques endroits, on aperçoit vaguement des couches alternantes de laves et de produits meubles : le Mazzacaruso montre, sur son sommet, des strates plongeant au SO., et l'amphithéâtre de Bagnosecco offre quelques indices de structure cratérique.
Les Timponi sont formés de produits basaltiques, de 53 à 55 p. c. de silice. D'après Sabatini, ce sont des labradorites augitiques, compactes ou vacuolaires avec concrétions de calcite, limonite et trydimite. On trouve aussi, spécialement au N., des roches grises ou verdâtres aux multiples micrôlithes de feldspath et d'augite qui sont des termes de passage entre le basalte et l'andésite.
Les Timponi sont certainement les plus anciens massifs émergés de l'île. Leurs éruptions furent sous-marines car ils sont en maints endroits recouverts par des matériaux que la mer remania. Cortese les croit contemporains des basaltes éocènes et miocènes inférieurs de la Sicile; il leur trouve également des analogues en Sardaigne et en Calabre. L'effondrement tyrrhénien n'ayant eu lieu qu'à la fin du
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miocène, il est probable que les Timponi ne se formèrent qu'au pliocène et même à une période avancée de cette ère, puisque déjà un grand socle s'était édifié.
Le Mont Sant'Angelo est de beaucoup le plus vaste appareil de l'île, et pourtant il touche à peine à la mer ; ■ il est presqu'en entier drapé par les tufs bruns superficiels et les tufs blancs du Pelalo, mais la structure apparaît en quelques points. L'Angelo est un volcan régulier, effusif et explosif, avec laves et produits meubles rayonnant autour d'un axe central; la mer, toutefois, a largement participé à sa structure.
Au sommet, une petite plaine entourée d'un faible ourlet représente le cratère, démoli au SO. Les falaises font face à l'intérieur et les bancs de matériaux plongent vers l'extérieur. Des tufs bruns, des ponces du Pelato, un peu de terre végétale tapissent le fond de ce cratère.
Les laves et les tufs attribués à l'Angelo s'inclinent au NE. sous les produits du Pelato; au N., on les confond avec les matériaux du Chirica; à l'O. et SO., ils recouvrent les Timponi; à TE. et au SE. enfin, ils s'enfoncent dans les alluvions de la plaine de Lipari et buttent contre le Monte Rosa et le Giardina. En général, le pendage des couches est faible, allant de iS® à l'horizontal, detns les parties inférieures.
Exceptionnellement pour Lipari, les produits de l'Angelo sont de nature variée, mais appartiennent surtout aux basaltes et andésites. Les plus anciens matériaux apparents sont des tufs assez résistants, colorés et fortement modifiés par des fumerolles et contenant des masses de lave basaltique riche en olivine; ils occupent, sur une longueur de looo mètres et une épaisseur maxima de 5o mètres, la côte à l'ouest du Monte Giardina, puis plongent fortement au sud ; ils sont couronnés par une épaisse couche de basalte morcelée dont les fragments se retrouvent au bord de la mer. Tout ce massif est probablement contemporain des Timponi et appartient à une période très ancienne de l'Angelo ou même à un appareil inconnu, précurseur du grand volcan central.
Des tufs de nature à peu près semblable, étalés sur presque toute la base du pourtour du volcan semblent les premiers produits d'Angelo. Ils forment des couches puissantes, fortement colorées,
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d'agglomérats, lapilli et cendres, fragments de plagioclase, augite, hyperstène avec nappes de basalte à hyperstène intercalées; couches tantôt sableuses, tantôt argileuses et contenant des détritus de plantes, riches en gypse qui les rend incultes, en silicates divers, opales, chalcédoines, quartz et en sulfates de fer, d'alumine, de magnésie, de potasse, évidemment dus à la circulation d'eaux souterraines et de gaz. Ces tufs sont surtout fortement représentés le long des falaises occidentale et méridionale de la Contrada Castellaro où, au-dessus de Bagnosecco, par exemple, ils ont jusqu'à 200 mètres de puissance.
De ces tufs décrits par Bergeat doivent être rapprochés les argiles si variées que Cortese signale partout dans les mêmes régions, et les sables gris, régulièrement stratifiés, dans lesquels sont intercalées de petites couches de gypse et d'argile très fine contenant des restes végétaux où on a reconnu des plantes récentes ou du pliocène supérieur; Laurus, Smilax. Chamerops, Quercus, etc. Ces tufs inférieurs de l'Angelo ont dû se répandre sous les eaux. Les Timponi, aux flancs orientaux desquels le volcan se dressait, formaient vraisemblablement une sorte de barre contre laquelle la mer accumulait les produits meubles, mais la présence des débris de plantes prouve qu'une partie de l'île émergeait déjà.
Sur le flanc oriental, à mi-hauteur et jusqu'au voisinage du cratère, on retrouve des tufs identiques, mais beaucoup moins altérés. Ils représentent peut-être la partie émergée de ces produits, peut-être aussi des éruptions postérieures.
La lave principale de l'Angelo est l'andésite. Toute la partie du cône qui s'étend du bord méridional du cratère jusqu'à mi-flanc est formée de coulées nombreuses d'une roche andésitique, à 56 ou 58 p. c. de silice, pauvre en pyroxène, à microlithes d'augite et de plagioclase, avec ça et là de l'hypersthène toutefois. Cette roche est assez caractéristique et de composition assez constante pour qu'on puisse rapporter au Monte Sant'Angelo tous les exemplaires semblables de l'île, n'affleurant qu'en petites masses isolées et restant d'ailleurs sur le pourtour du volcan. Une nappe, épaisse de 6 à 8 mètres, de lave à peu près semblable, plus riche en hornblende et pyroxène toutefois, étalée au pied du Timpone Quattrocchi, appartient soit à l'Angelo, soit plutôt à un massif inconnu.
Une autre andésite indique les dernières manifestations de l'Angelo; elle forme des coulées nombreuses sur le pourtour du Piano Conte,
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et descend de la Contrada Varesana, au SO. du cône supérieur pour aboutir à quelque cent mètres du rivage. Cette lave qui atteint parfois 12 mètres d'épaisseur, contient 59,3 1 p. c. à 60,57 p. c. de silice; elle est jaunâtre, brune, rouge, même noire, d'aspect trachytique ou basaltique; elle est riche en microlithes de feldspath, avec cristaux de pyroxène et de plagioclase, et contient, comme constituants tout à fait caractéristiques de la cordiérite, du grenat et du rubis vert. Cette andésite dut sortir des orifices longtemps après les dépôts de tufs qu'elle surmonte, car ceux-ci avaient déjà été fortement découpés par la vague.
De beaucoup postérieur aux Timponi, l'Angelo débuta vers le pliocène supérieur comme l'indiquent les plantes intercalées dans ses produits. Son activité se prolongea probablement jusque dans le quaternaire. Pendant toute la durée de son histoire, il fut presqu'en entier, couvert par les eaux, car l'andésite à cordiérite elle-même est sous-jacente à des assises de tufs ponceux certainement lagunaires, sinon sous-marins. Surtout explosif au début, très expansif et plutôt basique, il devint graduellement plus effusif en même temps que diminuait le volume des produits rejetés et qu'augmentait leur acidité.
Au flanc ENE. de l'Angelo, un orifice ayant donné une large coulée, la Forgia Vecchia, semble une bouche adventive du grand volcan, mais l'aspect et la nature des matériaux ainsi que leur âge en font un appareil bien à part. Le cratère est à environ 3oo mètres d'altitude et à 1000 mètres de la plage de Canneto; la coulée, large de 5oo mètres qui remplit l'espace intermédiaire, est couverte de broussailles; c'est une masse sans continuité, rompue, relevée çà et là en bosses, crevassées de longs sillons profonds et irréguliers. Au fond des fissures, la roche est une obsidienne sphérolithique, rhyolitique, à 74,37 p. c. de silice, tandis que vers le haut, elle passe à une ponce grise, à grain fin, à structure fluidale, contenant quelques cristaux de fayalite et de rares fragments de feldspath. L'émission de cette lave fut probablement contemporaine de celle de la Roccherosse du Pelato; nulle part, il n'y a recouvrement des produits, les ponces du massif septentrional entourant complètement la coulée. Mais il semble que Forgia Vecchia ait eu des éruptions antérieures ; des lapilli, verre amorphe mêlé à de petits morceaux
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anguleux d'obsidienne, et un peu de lave liparitique s'étendent au N. de la grande coulée et sous les ponces du Pelato, et on trouve également une petite masse de rhyolite, à la fois ponce et obsidienne, à 74,36 p. c. de silice, à loo mètres au S. de la Forgia, également sous les pontes du Pelato, Il y eut donc au moins deux efforts, séparés par la période d'éjections des ponces septentrionales.
Les deux cônes du Monte Rosa sont des appareils volcaniques réguliers, à cheminée centrale, autour de laquelle se sont accumulés laves et tufs ; on voit nettement la structure à la falaise de Sciarra qu'a formée le choc continuel des vagues. Les tufs ponceux du Pelato couvrent les sommets du massif gemellé; d'autres tufs plus anciens cachent les flancs et sont tellement abondants entre Rosa et Angelo que les relations des deux volcans sont inconnues. On ne voit aux sommets du Monte Rosa aucune trace de cratère, mais le pendage des couches rend leur existence certaine. Les laves ont, presque toutes, l'aspect columnaire; ce sont, d'après Bergeat, de vrais basaltes dont un exemplaire riche en olivine avait 55, 20 p. c. de silice; Sabatini les décrit comme des labradorites avec augites abondantes et fins microlithes de plagioclase.
La plupart des géologues rapprochent de l'appendice méridional de l'île les deux petites masses rocheuses à relief très découpé qui séparent la plaine de Lipari de la mer. D'après Bergeat, les caractères pétrographiques — obsidienne rhyolitique — rattacheraient ces appareils au Pelato et à la Forgia Vecchia, mais il pense que ce sont les restes d'un volcan dont la masse principale se dressait à l'orient. Il est très difficile d'admettre toutefois qu'un tel travail destructif ait pu s'accomplir sur une montagne contemporaine des volcans du NE.
Toutes les autres bosses éruptives du sud de l'île offrent des caractères assez ressemblants qui sont la faible dimension, la similitude de structure et, surtout, la composition des produits. Deux de ces massifs, un peu plus grands que les autres, montrent mieux la disposition des matériaux que l'on peut supposer identique dans l'ensemble de la péninsule.
Ce ne sont ni des volcans régulièrement stratifiés, ni des cumulovolcans. Ils offrent plutôt l'aspect de grands amas de gros blocs, entre lesquels s'enfoncent des blocs plus petits, le tout écrasé par son propre
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poids. Il y a, parfois, quelque tendance à la coulée; des masses s'agglutinent en forme rubannée, mais on ne reconnaît pas de véritables nappes. Ces matériaux, englobés les uns dans les autres, ont dû sortir lentement des ouvertures, chaque émission poussant les roches à l'état pâteux dans des masses non encore complètement refroidies des émissions précédentes. Le refroidissement devait toutefois se faire assez rapidement, car les épanchements ont eu lieu sous l'eau, comme l'attestent des restes de couverture tufacée sous-marine. Joignant à cela la viscosité de la roche acide, on comprend l'aspect abrupt de ces massifs. Bergeat désigne ces formations sous le nom de Schollen Krater, appareils en forme de « mottes » .
Au Giardina, on voit par 323 mètres d'altitude une dépression, à moitié remplie de ponces et de tufs, et bordée de brèches volcaniques; on l'a considère comme un cratère. Au Guardia, il y a aussi tout près du sommet un reste de cuve. Au Gapistrello, le flanc occidental s'affaisse en cuvette de 3oo mètres de largeur, haute seulement de 23 mètres au-dessus de la mer et présentant, comme le Giardina, des brèches aux parois orientales.
La roche qui compose la grande masse de ces monts est une rhyolite, felsoliparite de Rosenbuch, liparite de Roth, à laquelle les géologues donnent 71,68, 73, o5 ou encore 74,23 p. c. de silice; elle rappelle en plusieurs endroits les coulées du NE. Elle est assez variée, en général, et on en distingue plusieurs variétés; elle est grise, brune ou noirâtre, poreuse ou compacte; la pâte, plus ou moins amorphe, riche en sphérolithes, est parfois perlitique et de structure fluidale, d'autres fois microlithique, et contient des aiguilles de feldspath, d'amphibole, de pyroxène, etc. En certains points, le magma est imprégné de quartz. Ces rhyolites tendent en certains endroits à l'obsidienne, en d'autres points à la ponce. Aux deux massifs principaux, on a aussi signalé le passage à une trachyte augitique, gris-rosé ou gris-verdàtre, sans grands cristaux apparents, mais contenant des microlithes de sanidine, de petits grains de magnétite, des pyroxènes de i à 2 millimètres et, comme caractère essentiel, des grains, rares il est vrai, et petits, d'olivine.
Comparés au reste de l'île, les monts éruptifs de la partie méridionale sont dépourvus de couvertures meublée. Il en existe toutefois. La plaine de Lipari se prolonge au sud par des produits incohérents qui se relèvent de part et d'autre vers les monts dont ils foi*ment les
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talus inférieurs; aux deux angles de l'extrême sud, ils recouvrent mêmes les deux croupes ; puis encore, entre Guardia et Giardina et en quelques autres endroits : Cortese, les rencontrant à l'ouest des deux grands appareils, les a nommé tufi intercalati. Ces produits sont surtout formés d'assises de pierres ponces auxquelles se mêlent des tufs formés de cendres, de sables volcaniques, de lapilli ponceux, de lapilli à grains d'obsidiennes, de bombes plus ou moins grosses. Alors que les ponces du Pelato paraissent vierges de cristaux, celles-ci contiennent, visibles à l'œil nu, des feldspath, des augites, des olivines,etc. La grande affinité de ces matériaux avec ceux rejetés par les volcans sous-jacents ne peut être mise en doute. Il est même parfois très difficile de fixer la limite entre le massif homogène et les couches meubles. On peut conclure que ces produits clastiques représentent les dernières manifestations des volcans de la péninsule méridionale, qui furent donc des éruptions explosives.
Ces couches de ponces se trouvent aussi, en plusieurs endroits, en dehors de la péninsule, généralement recouvertes par le tuf brun dont nous parlerons plus loin. Il semble probable que ces ponces furent rejetées alors que l'île était encore en grande partie submergée; elles prennent la place de sédiments lagunaires ou de mer peu profondes. Bergeat. les considère comme des dépôts quaternaires de rivages et il a fait une étude toute spéciale des assises de ponces qui sont restées dans la position primitive et de celles que la vague a remaniées et mélangées à des produits volcaniques plus anciens.
Rien ne permet de fixer l'âge des volcans rhyolitiques du SE. En tous cas, il est probable que le Guardia et les massifs voisins sont plus récents que Monte Rosa. Angelo et Chirica, et évidemment que les Timponi. Si, dans les régions de contact, comme les vallées du NO. de Giardina, on ne peut saisir la position réciproque des basaltes, des andésites et des rhyolites, la grande couverture de ponces que l'on admet venir des volcans méridionaux, indique qu'à l'époque quaternaire ces appareils étaient encore actifs, alors que les volcans andésitiques et basaltiques étaient éteints depuis longtemps déjà. De plus, aucun élément rhyolitique ou ponceux n*a été signalé parmi les produits des volcans du nord, tandis qu'au Capistrello, on a retrouvé un fragment de basalte.
Le tuf brun, si répandu à Lipari, est encore imparfaitement connu
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et les savants ne s'accordent pas sur son origine. Il couvre presque en entier la surface de Tîle, excepté au NE., où il est caché par les ponces du Pelato, et, au midi, où il ne montre qu'un petit lambeau dans la dépression du Giardina. Le tuf brun est la terre productive par excellence, son épaisseur est généralement faible, mais il peut atteindre, entre l'Angelo et le Monte Rosa, par exemple, 20 mètres de puissance. Sa couleur varie du jaune au brun-marroa. Les couches qu'il forme se moulent- sur le sol; il est friable, argileux ou sableux et contient des éléments de roches andésitiques, des pyroxènes, plagioclase et est riche en fer. En général, ce tuf surmonte la ponce des volcans du sud, du moins en dehors de la péninsule méridionale ; il s'y mêle même ou en contient des fragments. Certains considèrent ce tuf comme provenant d'éruptions de cendres succédant aux éruptions des ponces méridionales sous-marines, mais on n'a trouvé aucun vestige marin dans ses dépôts. Bergeat voit dans le tuf brun un produit qui n'est point en place ; c'est un tuf-lôss provenant de la dispersion, par le vent des parties légères des anciens tufs ameublis dans le cours des siècles. Partout où la végétation couvrait le sol, elle fixait ce tuf; là où elle manquait, il ne se déposait que passagèrement. Ainsi se comprend la répartition actuelle de ce tuf, et le même phénomène expliquerait, d'après Bergeat, bien des points douteux dans les îles voisines depuis longtemps inactives.
Tels sont les appareils de Lipari et leurs diverses caractéristiques. Il reste à- étudier leur développement commun et l'histoire du massif.
Cortese considérait le tuf brun comme un dépôt sous-marin et y rattachait une bonne partie des produits meubles antérieurs. D'après lui, la ponce contenue dans le cratère d'Angelo, re jetée par les monts rhyolitiques du S. et apportée par la mer, serait identique et de même âge que celle que l'on retrouve dans les sédiments pliocènes supérieurs de la côte septentrionale de Sicile. La conséquence de cette conception est que la mer devait atteindre au niveau de la cuve du volcan central, les volcans méridionaux étant en activité et ceux du centre et de l'O. éteints. Cortese pensait que durant le long arrêt d'activité qui s'étendit entre les dernières éruptions du S. et les premières éruptions du Pelato, un mouvement d'élévation se produisit qui n'aurait pas été moindre de 5oo mètres, coupé en trois étapes reconnaissables par des terrasses ; durant cette période, les tufs bruns
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se déposaient et d'importants phénomènes d'abrasion avaient lieu. Le fond du cratère d'Angelo, 52o mètres d'altitude actuelle, représenterait le premier arrêt; les petits plateaux de Quattro Pani, de Contrada Castellaro, Piano Conte, la dépression centrale de la péninsule du S., tous situés entre 200 et 400 mètres d'altitude, le second arrêt; enfin, le long de la côte occidentale, entre 20 et 200 mètres, sept ou huit petites 'terrasses seraient les indices du troisième arrêt.
En considérant avec Bergeat la distribution du tuf brun comme d'origine aérienne (éolienne devrait-on dire, s'il n'y avait ici collusion verbalej, il n'est pas besoin de supposer que la surrection du massif ait été si considérable. La ponce de l'Angelo provient du Pelato et rien n'indique que le cratère du premier volcan ait été une terrasse sousmarine. Si la seconde ligne de plaine est l'œuvre de la mer, ce n'est pas par abrasion qu'elle se forma, mais par le dépôt horizontal des tufs basaltiques entre les Timponi et l'Angelo et à la solide couverture des laves à cordiérite postérieures. La troisième ligne de terrasses paraît seule réelle ; on y retrouve des amas de calcaires compacts analogues à ceux de la péninsule silicienne de Milazzo et riches en restes de Lithodomes, Retopera, Pecten, Chama, Turbo, Triton Vermutus, etc., du quaternaire récent et moderne.
Quoi qu'il en soit de ces divergences de vue, les géologues sont d'accord sur le développement général du massif.
Après l'édification des Timponi et leur démantèlement se dressent le Chirica, le Monte Rosa et une bonne partie d' Angelo. A cette époque, probablement le pliocène supérieur, le niveau de la mer était de 3oo à 400 mètres plus élevé que de nos jours. Les sommets des plus hautes montagnes émergeaient et étaient couverts de végétation. Pendant un court repos postérieur, la mer travaille les tufs, coupe des falaises. L'Angelo rentre en action et répand ses laves andésitiques sur le sol modifié. La mer s'abaisse — ou le sol s'élève. Les massifs du S. expulsent leurs laves rhyolitiques, puis leurs ponces qui s'étalent dans des eaux peu profondes. La terre émerge de plus en plus, le tuf-lôss se répand en même temps que se forme la ligne des petites terrasses occidentales. Enfin, tandis que l'île prend son assiette actuelle, que les alluvions récentes tapissent les vallées et les plages, le Pelato, la Forgia Vecchia, peut-être le Castello émettent leurs ponces et leurs obsidiennes.
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Il n'est pas probable que Lipari ait eu des manifestations ignées depuis le début de l'histoire. Pourtant Strabon dit textuellement qu'il se trouve un volcan en activité à Lipari et la plupart des Classiques assurent avec lui que les flammes de Stromboli sont plus claires que celles de Lipari. D'après une légende lipariote, San Calogero aurait chassé les diables de l'île pour les enfermer dans les fournaises de Vulcano, et on a voulu en inférer qu'un arrêt d'activité aurait coïncidé avec l'établissement du christianisme. Il s'agit peut-être tout simplement de fumerolles locales.
Actuellement, il y a cinq ou six sources thermales au N. et l'E., et les autres émanations sont localisées dans les vieux tufs de la région occidentale : un groupe de fumerolles s'aligne du Timpone Valle di Pera à la Valle dei Lacci, parmi lesquelles les fameux Bagnosecco, sources sulfurées à 6io; plus au, S., de petits soffioni colorent les tufs en jaune et augmentèrent, paraît-il, d'intensité lors de l'éruption du Vulcano en i88i ; plus au S, encore se trouvent les sources sulfurées de San-Calogero, plus abondantes et plus chaudes que celles de Bagnosecco.
Dans plusieurs parties de l'île, on trouve la trace d'actions considérables dues à des sources thermales, des solfatares, des fumerolles et des mofettes. Çà et là, l'altération des roches est profonde : kaolinisation des feldspaths ; transformation du péridot et des pyroxènes en argile; formation de résinite, de gypse et de produits analogues aux geyserites ; en certains endroits la lave a même pris l'aspect d'une marne. Mais on ne trouve pas trace de dépôts de soufre, d'acide borique, ni de sels ammoniacaux si importants à Stromboli et à Vulcano. Encore à l'époque de Dolomieu, aux « Étuves », au S. de Piano Conte, tout le terrain laissait passer des jets brûlants et des nuages de vapeurs. Il y a donc une extinction rapide du massif.
En résumé, on peut conclure que durant les soulèvements qui suivirent l'effondrement tyrrhénien et jusque vers la période historique, un amoncellement de matériaux volcaniques, relativement peu considérable — de volume à peine plus grand que celui du Vésuve, — se produisit en ce point de l'écorce terrestre, amoncellement caractérisé par un grand nombre d'appareils distincts — plus de quinze en quatre séries — édifiés successivement ou par petits groupes ayant certaines affinités. D'une façon générale, il y eut déplacement des cheminées
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de rO. vers l'E., la formation des unes semblant suivre Textinction des autres après un certain laps de temps et un soulèvement : les Timponi bâtissent une chaîne occidentale alignée NS., puis le Chirica, le Rosa, TAngelo s'élèvent plus à TE., enfin les deux derniers groupes se forment suivant une traînée NS. En même temps, aux strato-volcans, surtout basaltiques, succèdent des appareils de même type, mais de plus en plus andésitiques ; puis vient la période des volcans en « mottes » du SE., aux roches trachy tiques et liparitiques plus acides encore, enfin les volcans du NE., strato- volcans aux produits rhyolitiques présentant les deux termes si opposés des ponces et des obsidiennes souvent intimement mêlés.
Une telle concordance dans la marche des différentes propriétés d'un massif volcanique est presqu*unique sur la terre.
Vuloanello* est un des plus petits appareils de la Terre et Ton sait peu de chose sur le mécanisme de ses éruptions, mais il est remarquable à divers autres titres. Il s'est édifié, probablement vers 2 ou 3ooo ans avant nous, au milieu de cette rangée, rigoureusement alignée, des appareils les plus récents, en grande partie historique même, des deux grands massifs entre lesquels il s'élève; Pelato, Forgia Vecchia, Castello et même Giardina, Guardia et Capistrello, à Lipari; Faraglioni, Forgia Vecchia et Fossa à Vulcano. Sa structure révèle deux phases distinctes d'activité. Et ses produits appartiennent à des types relativement basiques, alors que ceux des petits folcans voisins et presque contemporains du N. et du S., derniers venus d'une série de moins en moins basiques, appartiennent à des types de la plus grande acidité.
Quelques descriptions de phénomènes éruptifs survenus dans les parages de Lipari et de Vulcano, dues à Aristote, Polybe, Livius, Strabon, Pline, Obsequens et Orosius et commentées par les savants modernes, semblent se rapporter à l'origine de Vulcanello. Parmi les auteurs qui, par la suite, se sont le plus occupés du petit volcan, il faut signaler Fazello, d'Orville, Brydone et Houel, qui nous donnent, au XVIe et au XVII I® siècle, quelques notes sur son activité et sa forme, puis la plupart de ceux qui visitèrent Vulcano : Spallanzani, Ferrara, HofF, Hoffmann, Sainte-Claire Deville, Fouqué, etc. et surtout Mercalli, Cortese et Bergeat dont les travaux nous en ont révélé les principaux caractères.
MEDITERRANEE
Sur la selle sous-marine qui unit Lipari à Vulcano, longue de 2 à 3 kilomètres, large de 2 et profonde de 54 mètres au point le plus bas, Vulcanello s'élève par 25 mètres de fond environ, un peu plus près du massif méricrt)nal que de celui du nord. Au sortir des eaux, sa base, assez régulièrement circulaire, compte environ i3oo mètres de diamètre et le pourtour est indiqué par des falaises rocheuses hautes en moyenne de 25 mètres. Au SSO., toutefois, un isthme de cendres, de 450 mètres de largeur, formé, paraît-il, lors de l'éruption de 1444 survenue à Vulcano, unit le petit volcan au Vulcano, dont la plupart des géologues le considère comme appareil adventif. Mais la mince selle de terre n'a que 70 centimètres de hauteur et pendant les temps orageux la mer y porte ses vagues, rendant ainsi, momentanément, au massif la forme insulaire d'autrefois, La masse générale de Vulcanello a l'allure d'un plateau rocheux et inculte de 3o à 40 mètres d'altitude. La partie saillante un peu allongée OSO.-ENE , se dresse au NE., au bord de la grande terrasse; ses pentes sont assez rapides, surtout du côté de la mer; elle se termine en cavités et en pointes dont la plus haute, vers le centre, a une altitude de 123 mètres.
Spallanzani avait reconnu un seul cratère à Vulcanello et des coulées de lave; Ferrara signale deux orifices. En réalité, il y en a trois, et l'on ne peut attribuer à de récentes éruptions les cuves nouvelles ; c'est leur structure peu distincte qui les a laissé passer jusqu'à présent inaperçues. Le socle du volcan, jusqu'à la partie saillante, est formé de coulées superposées, ayant en moyenne quelques pieds d'épaisseur, dont les sections se voient sur les falaises du pourtour et qui semblent provenir de la région surélevée. Ce sont des masses de pierres tordues, laves cordées ayant dû couler avec une grande fluidité. Sabatini les considérait comme des trachytes augitiques passant parfois à l'andésite. Pour Mercalli ce sont des trachytes à sanidines disséminées, à augite et grains d'olivine. D'après les études plus récentes de Bâckstrom et de Bergeat, ce sont des basanites leucitiques, à 5i,38 p. c. de silice, roches poreuses à pâte sombre, à microlithes de feldspath et d'augite, à cristaux d'augite, de plagioclase, d'orthoclase, un peu d'olivine et de leucite. Au pied de la falaise nordorientale de l'île, une masse de lave distincte, pareille à celle de la partie ancienne de la Fossa de Vulcano est encastrée dans ces pro-
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duits basiques; c*est une andésite trachytique à 58,2 1 p. c. de silice, sans leucite mais à grosses augites et un peu d'olivine.
La partie saillante de Vulcanello est formée de tufs, lapilli, scories et cendres dans lesquels sont disséminées des leucites, constituant trois petits appareils vaguement coniques, enchevêtrés et plus ou moins bien conservés. Celui de TOSO., qui semble le plus récent par la fraîcheur de son allure, le seul d'ailleurs qui ait gardé quelque reste d'activité, n'a donné aucune lave; ses tufs jaunes, rouges et gris se retrouvent à la surface des autres cônes; son cratère bien indiqué, que Spallanzani prenait pour Tunique orifice du Vulcanello, a un pourtour de 200 mètres environ, une profondeur de 5o, des parois ravinées par la pluie. Ce cône s'est édifié sur le flanc du massif central, apparemment le plus important : c'est, en effet, de la base de cet appareil que semblent être sorties les coulées du socle, du moins les dernières venues. Au flanc NO., on reconnaît clairement leur point d'origine vers 60 mètres d'altitude, et de même au flanc S., vers 5o mètres. Le cratère de ce cône central, égeulé à l'ouest, irrégulier et peu profond, enveloppe en partie et domine celui de son voisin ; c'est dans la partie méridionale de son arête que se trouve le culmen du volcan. Le troisième cône dressé au bord de la terrasse est séparé des deux autres par une petite plaine, longue de 60 mètres, large de 3o. Il est à moitié démoli par le choc des vagues, et sa face d'éboulement, où la structure interne de l'appareil est remarquablement bien dévoilée, se confond avec la falaise du pourtour. Non seulement les couches superposées de tufs et de scories apparaissent clairement sur cette coupe, comme les enveloppes d'un oignon tranché, mais on peut voir encore dans l'intérieur du volcan les masses scoriacées du noyau traversées par une sorte de filon de lave, qui occupe sans doute l'emplacement de la cheminée. Du côté OSO., on distingue également le prolongement normal des strates volcaniques. Au sommet, un reste de cuve tient le milieu entre celles des deux autres cônes et par la profondeur et par la régularité de sa forme.
Ainsi, sans parler de la lave andésitique du NE., qui fut sans doute rejetée lors des premières éruptions et qui laisse supposer une phase assez acide, Vulcanello eut deux phases distinctes d'activité; des émissions répétées de laves fluides, basiques, presque horizontalement répandues ; des explosions terminales bâtissant trois petits cônes de produits meubles.
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Vulcanello est certes parmi les plus jeunes édifices d'Eolie. Le plateau de base ne semble avoir jamais été couvert par la mer. Il est d'ailleurs assez probable que le petit volcan s'est formé durant la période historique. La plupart des savants s'acccorde pour placer son origine en Tan 126 avant l'ère vulgaire. D'après Posidonius, Strabon, Pline, Obsequens et Orosius, une éruption sous-marine se produisit, en effet, à cette époque en Eolie; la mer gonfla, s'échauffa et répandit des odeurs infectes, tuant les poissons et mettant en péril les habitants de Lipari que la curiosité attirait vers le lieu du conflit ; des efflorescences boueuses parurent ensuite à la surface des eaux avec dégagement de flammes et de vapeurs ; la boue durcit et se changea en « pierre meulière ». Mais aucun de ces auteurs ne signale l'emplacement exact du phénomène et l'application à Vulcanello reste douteuse. Pour Mercalli et Cortese, qui prennent Polybe et Livius pour base, c'est en i83 avant J.-C. que le volcan se forma. Enfin, Bergeat croit voir, dans la description donnée par Aristote d'une éruption survenue dans le voisinage de Vulcano, éruption où la terre se gonfla en vessie, en colline même, et où un violent courant d'air entraîna les cendres jusqu'à la ville de Lipari et même vers des cités de la côte italienne méridionale, l'explosion originelle de Vulcanello. Du moins, s'il est probable que cette explosion eut lieu au petit volcan, existant par conséquent déjà vers 35o avant rère vulgaire, ce n'est pas l'éruption originelle, qui dut être sousmarine.
Un autre fait sur l'importance duquel les savants ne s'accordent pas est la couleur de rouille qu'ont pris les laves de Vulcanello. Pour certains, ce serait là une preuve d'âge avancé relativement à notre période historique ; suivant d'autres, A. Heim par exemple, des laves encore chaudes peuvent prendre cet aspect.
Quoi qu'il en soit de ces récits vagues et de ces hypothèses, nous indiquant seulement qu'il y eut dans le voisinage de Lipari et de Vulcano, des éruptions sous-marines ou subaériennes qui furent peutêtre des éruptions de Vulcanello déjà formé en partie, ou en état de formation, par la suite, du moins aux XVIII^ et XI X® siècles, le volcan fut presque toujours trouvé à l'état de solfatare par les visiteurs. D'après Sabatini l'éruption qui, en 1444, combla le détroit qui servait de port entre Vulcanello et Vulcano aurait eu lieu au petit volcan. Mais la nature des cendres qui composent l'isthme et d'ailleurs leur
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éloignement du cratère de Vulcanello les relient plutôt au volcan du sud. La seule éruption assez sûrement connue est celle que vit d'Orville lors de son voyage à Vulcano en 1727. Le voyageur signale en efitet à la grande île, dont Vulcanello fait partie puisque Tisthme est formé, deux cratères actifs distincts s'ouvrant « chacun à la sommité d*un monticule », l'un au S., l'autre au N. Le premier, d'un mille et demi de circonférence et 200 pieds de profondeur, jetait avec fracas, flammes, fumées, pierres embrasées; c'est évidemment la Fossa dont il a les dimensions et le mécanisme éruptif. Le second ne peut pas être Forgia Vecchia qui est creusée dans le flanc de la Fossa et moins encore Faraglioni. Au contraire, rien ne s'oppose à ce qu'on le considère comme le cratère le plus jeune de Vulcanello. Les incendies de cette bouche, ajoute le voyageur, plus fréquents, plus actifs que ceux du cratère méridional, lançaient presque sans interruption une grêle de pierres mêlée d'étincelles et de noires fumées.
En 1770, Brydone signale des vapeurs au cratère de Vulcanello ; Houel vit des fumerolles au fond en 1776. Douze ans après, Spallanzani remarqua des « filets de fumée blanche très chaude s'échappant des parois » et il ajoute qu'en remuant la terre avec le pied, on peut en faire sortir d'autres et qu'on voit même, pendant la nuit, à certaines d'entre elles, sortir de légères flammes. En 1878, Mercalli trouva encore quelques fumerolles à l'intérieur de la coupe, toutes entourées de belles croûtes jaunes de soufre.
Si l'éruption signalée par d'Orville semble indiquer un certain synchronisme entre éruptions du Vulcano et augmentation d'activité du Vulcanello, en revanche, on a pu constater parfois un manque absolu de concordance entre le temps de recrudescence d'activité des deux appareils, notamment durant l'éruption vulcanienne de 1873, où Vulcanello ne donna, d'après A. Picone a aucun signe de vie ».
Vulcano* ou Volcano, le u Volcan » par excellence, nom actuel de la plus méridionale des îles éoliennes, indique bien qu'elle est le siège de phénomènes éruptifs. De tous temps, l'île fut désignée par une appellation invoquant plus ou moins son caractère volcanique. Pour les Grecs et les Romains, c'était la Thermessa, la « Chaude », ou la Hiera, la « Sainte », car son feu était dédié à Hephaïstos et aux Cyclôpes, puis ce fut la Vulcani insula, l'île de Vulcain, qui, après diverses modifications (Bulcano, Burcano), devint au temps
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de'Cluvers (XVI I^ siècle) le nom qu'elle garde encore et qui s'est étendu à tous les appareils similaires du globe terrestre.
Ce qui a manqué à Vulcano pour être aussi célèbre que le Vésuve et l'Etna, c'est d'être moins éloigné des centres populeux; Tîle resta même toujours presque complètement inhabitée; de plus, ses dimensions sont assez faibles et ses éruptions peu violentes. Mais son activité remonte à la plus haute antiquité et a quelquefois ravagé les environs, depuis sa voisine Lipari jusqu'aux côtes de Sicile d'où le volcan est bien visible et même aux cités du rivage italien. La stérilité et l'abandon même de Tile, contrastant avec Lipari, verdoyante et animée, en augmentaient la sauvagerie et en faisaient par excellence le séjour redouté du dieu qui forge les foudres de Zeus. D'autre part, Vulcano a de bonne heure constitué une mine inépuisable de métaux précieux, d'alun, de soufre, d'acide borique, de salmiac, etc. ; on y trouve actuellement des a terres rares », caesium et rhubidium. Pour les savants, l'intérêt de Vulcano réside dans son type éruptif, renouvelant à des intervalles éloignés des manifestations assez similaires pour caractériser un mode spécial dans la série des phénomènes connus et classés; c'est encore un laboratoire où s'élaborent de beaux produits; c'est enfin, depuis les études de Bergeat, un massif à la structure complexe et aux produits variés, révélant une histoire géologique mouvementée et des oscillations magmatiques considérables.
Les documents que l'on possède sur Vulcano remontent à près de vingt-quatre siècles, mais les écrits des auteurs grecs depuis le début du Ve siècle avant l'ère vulgaire jusqu'au V® siècle après J.-C, et ceux des auteurs latins, souvent séparés par des lacunes pouvant atteindre cent cinquante ans, ne sont que de brèves notes souvent très vagues. Thucydide est le plus lointain auteur qui mentionne Vulcano; Apollonius, Gallimachus, Virgile ont surtout en vue le berceau de nombreux mythes; il s'agit du dieu forgeron, des Cyclopes, du trône d'Eole, et des fumées qu'emporte le vent. Les quelques notes scientifiques que renferment ces récits ne peuvent pas toujours s'appliquer avec précision au Vulcano. Les rapports de Livius, d'Obsequens et d'Orosius ont plutôt trait au Vulcanello ou à des éruptions sous-marines du voisinage. Mais les relations anciennes acquièrent toutefois une grande valeur à la lumière des
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travaux récents. Aristote, Callias, Polybe, Diodore de Sicile, puis Strabon, Pline, Silius Italicus, Pomponius Mêla, Pausanias, Cornélius Severus, Solinus et Claudianus parlent de feux, de flammes, de jets de pierres embrasées ; quelques-uns indiquent des orifices et leurs dimensions
Ainsi Polybe rapporte que de son temps ivers i5o , Vulcano avait trois cratères actifs, deux bien conservés, l'autre en partie affaissé sur lui-même. La description qu'il donne du plus grand, où se passaient aussi les phénomènes les plus violents, correspond sans aucun doute à celle de la Fossa. Vulcanello est hors de cause par suite de son élévation beaucoup plus faible, les deux autres cratères sont probablement les deux orifices que nous voyons encore à Forgia Vecchia. Le tableau de Diodore nous apprend que Vulcano était généralement dans rétat que nous appelons solfatarien, avec des éruptions espacées. Strabon confirme le récit de Polybe et y ajoute une remarque très importante, à savoir que Stromboli est moins violent, mais plus lumineux que Vulcano. Cela est encore vrai de nos jours. Pausanias rapporte entre autres choses que la mer est si chaude qu'on ne peut y entrer; c'est évidemment du Porto di Levante dont il est question. Quant aux dates des éruptions anciennes, la seule dont on puisse parler avec quelque sûreté est celle de l'an 43 avant Jésus-Christ, citée par un manuscrit lipariote.
Un seul document, encore plus vague que les précédents, provient du moyen âge, c'est la relation de voyage du père Willibald en 729. Il faut arriver à Fazello au XVI© siècle, à Cluvers, Kircher, Bartoli, au XVII«, pour avoir des indications un peu plus nettes sur le mécanisme de l'activité volcanique. Avec le voyage de D'Orville en 1727, avec ceux de G. de Luc, Hamilton, Brydone et Houel dans le courant du siècle, les observations se précisent. Et en 1781, 1786 et 1788, toutes les propriétés du volcan sont enfin analysées par Dolomieu, Trovatini et Spallanzani : relief, activité, histoire (par la compilation des travaux de leurs prédécesseurs), structure et produits.
Depuis lors, les visiteurs abondent à Vulcano et l'on peut dire que ce volcan est presqu'annuellement observé. En plus des savants qui se sont occupés du volcanisme en général ou de l'Eolie et qui tous citent Vulcano, d'autres savants étudièrent spécialement cette île en tel ou tel de ses aspects : Lucas, Von HofF, Stromeyer, A. de
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Bylandt-Palstercamp, Sainte-Claire Deville, Bornemann, De Luca, Fouqué, vom Rath, Silvestri, Baltzer, Palmieri, Picone, A. Cossa, Scacchi, A. Streng, C. Chaix, etc. D'ailleurs, depuis le début du XIX« siècle, un Ecossais entreprenant est venu s'installer dans le N. de Tîle pour en exploiter les produits; Taccès du volcan en est facilité, les matériaux sont mieux étudiés, les éruptions elles-mêmes, menace perpétuelle, sont plus attentivement suivies. Une commission spéciale, composée de vulcanologues, parmi lesquels Mercalli, fut chargée de Tétude de Téruption de 1888- 1890. Vers la même époque le relief sous-marin fut investigué. Pourtant Tétude de la structure n'avait pas fait beaucoup de progrès depuis Dolomieu, jusqu'à ce que Mercalli et surtout Bergeat aient totit récemment révélé la complexité de l'édifice.
Le relief et l'aspect de Vulcano sont maintenant bien connus et de nombreux indices — par exemple les restes de travaux romains ayant servi à l'exploitation des produits — permettent de croire que l'île était il y a 2000 ou 3ooo ans assez semblable à ce qu'elle est aujourd'hui. Les seules variations ont dû consister dans le dynamisme de^ orifices, la venue de quelques coulées et, si l'on prend Vulcanello comme un cône adventif, dans l'émergence de celui-ci. Depuis D'Orville, il est certain que les dimensions mêmes du cratère principal ont à peine subi de variations. A travers le cours de l'histoire, l'île « nue, déserte et rocheuse », dont parle Strabon, a présenté ce même aspect désolé.
Par la surface émergée, Vulcano vient après Lipari et Salina, mais probablement par le volume (sauf Vulcanello) et certainement par l'altitude, il est moindre que tous les autres massifs éoliens, Panaria et Vulcanello exceptés. C'est un des volcans les plus réguliers de l'Eolie, dôme ovalaire ressemblant à Stromboli, mais proportionnellement plus large et moins abrupt; il est allongé du SSE. au NNO., sans grands accidents aux flancs, mais assez découpé dans sa partie supérieure. Les pentes orientales sont un peu plus raides que les autres, de sorte que la partie supérieure est reportée vers l'E. Vulcano naît vers 1000 mètres de fond avec 1 5 ou 20 kil. de long et 10 à 12 de large et se sépare du socle sicilien vers 800 mètres, tandis qu'au N. il est rattaché à Vulcanello par un isthme et que
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cette dépendance n'est elle-même séparée de Lipari, à la péninsule de Guardia, que par 800 mètres de mer sur 54 mètres de fond.
Au sortir des eaux, il a environ 7 kilomètres de longeur sur 3 1/2 de large, soit une superficie de 21, 23 kilomètres carrés; mais à une altitude de quelques mètres, Vulcano se morcelle fortement. Toute la partie méridionale, plus de la moitié de Tîle, s'élève brusquement, par des falaises presqu'inaccessibles, en un plateau aux formes massives, dont la surface, le « Piano », un peu inclinée du sud au nord, a une altitude moyenne de 35o à 400 mètres ; il est bordé sur tout son pourtour, excepté au NO,, de petites collines dont la plus haute, le Monte Aria, culmen de Tîle — 499, 3o mètres — se trouve au SE. Au SO., le massif est taillé par une muraille cotière de 3oo mètres de haut en une énorme échancrure de 3 kilomètres de long et, au N., par une autre paroi presqu'aussi haute, rigidement alignée du SO. au NE. Grâce à la raideur des pentes, la partie méridionale de l'île, vue de la mer, semble un vaste cône largement tronqué.
Le Monte Saraceno, large et bizarre pyramide (480 m.), foniie l'angle occidental de ce massif compact; il se continue par une échine où quelques massifs accidentés, le Pozzo Cavone (210 mètres) et le Monte Lentia (164 mètres), sont séparés par des seuils bas. Vers l'O., cette arête, arquée, pénètre dans la mer en promontoires déchiquetés; à TE., elle présente des formes plus adoucies.
C'est dans l'enceinte formée par les falaises et les talus septentrionaux du Piano, ceux du Monte Saraceno et de l'arête du Lentia, amphithéâtre de 3 kilomètres de diamètre, aux deux tiers fermé, que s'élève le cône actuellement encore actif de Vulcano; il occupe la partie SSE. de la grande dépression et laisse vers l'O. et le NO. une plaine de cendres, la Contrada Aconto, grande d'un kil. carré, de quelques mètres d'altitude, à laquelle se rattache l'isthme de Vulcanello. Le cône de Vulcano, large de 2 kilomètres à la base, est partout isolé de son enceinte; à l'ESE. par la vallée étroite, aux hautes parois de tuf, du Rio Grande; au S., au SO., à 1*0., par un autre Rio dont la vallée s'élargit de plus en plus en s'abaissant dans la Contrada Aconto. Le culmen de cette gorge mi-circulaire est à i65 mètres. Vers le NE., et jusqu'au milieu de son pied septentrional, la mer baigne le cône que les masses de laves de Pietra Nere prolongent en petits promontoires.
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Les flancs du cône ont environ 35° d'inclinaison et s'élèvent assez régulièrement; à 25o mètres le massif a encore près d'un kilomètre de diamètre, légèrement allongé pourtant OSO-ENE. Plus haut, les contours se diversifient; toute la partie E., SE. et S. prolonge le versant extérieur en une croupe mi-circulaire dont le point le plus haut, vers le milieu, est à 38o m. d'altitude. L'extrémité orientale de cette arête descend en deux môles, deux sortes de moraines dit Mercalli, sur une terrasse de 275 mètres de moyenne altitude que la nature des émanations du sol a fait appeler le « Piano délie Fumajolle ». A l'occident, la croupe suprême et le Piano enserrent et dominent l'admirable chaudière éruptive du volcan, la merveilleuse Fossa, dont la régularité est célèbre à juste titre. La coupe, presque toujours encombrée de vapeurs, est circulaire et compte actuellement environ 5oo mètres de diamètre à la bouche et 200 au fond. Les parois, abruptes, plaquées de croûtes et de rubans aux vives couleurs formés par les dépôts, ont environ i3o mètres de hauteur.
Les plus grands accidents aux flancs du cône sont occasionnés par la lave de Pietra Cotte, probablement émise en 1771 et par la fosse de Forgia Vecchia que Dolomieu signala le premier en 1781. Celle-ci forme au flanc nord du cône, vers i5o mètres, un entonnoir de 200 mètres de circuit à la partie supérieure, dont le fond se trouve à 3o mètres au-dessous du bord S. et que les pluies colmatent peu à peu, en laissant toutefois deviner deux orifices. La Pietra Cotte est une coulée bien apparente de 4 à 5oo mètres de long, large de moitié, dont l'origine est à l'ouest de la Forgia. A ces accidents, il faut ajouter quelques fumerolles qui du Piano s'étagent le long du flanc N. du cône à l'E. de Forgia Vecchia, et les deux petits rochers de Faraglioni dont les sommets, couronnés d'édifices et percés de galeries datant de l'époque romaine, émergent des cendres de la partie orientale de la Contrado Aconto à quelques mètres de la plage rectiligne du Porto di Levante qui relie le pied du cône actif à celui du Vulcanello.
Les pluies ne donnent à Vulcano que des torrents temporaires, minces filets d'eau qui rayent k peine la surface du massif. Les plus longs sont ceux qui entourent le cône actif. Dans ce domaine que ravagent les cendres, la végétation a peine à se développer et le vert tache rarement les rochers de toutes couleurs qui se montrent à nu. Les genêts ont gravi la crête de Lentia et les flancs du cône actif;
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sur le versant sud-oriental du plateau du sud, les quelques arbres que signale Spallanzani ont fait place à de maigres pâturages. Les 25o habitants de Tîle, la moins jpeupléc des Eoliennes, sont, pour la plupart, des ouvriers mineurs groupés aux environs des Faraglioni et quelques paysans de la Contrado Aconto. Lors de la grande activité minière, en 1873, le nombre des travailleurs a pu s'élever à 460, en majorité des condamnés que Ton cédait aux exploitants des richesses minières. Leur nourriture devait leur être apportée de Lipari.
Durant la période des quelques derniers siècles, tous les documents, confirmés par les traditions des insulaires voisins, disent que le volcan fut toujours actif, soit qu'on le visitât jusque dans son cratère, soit qu'on l'observât de loin. Toujours Vulcano garde au moins un nuage de vap)eur au-dessus de son cratère ou du Piano délie FumajoUe, révélant une activité plus intense qu'à la Solfatare de Pouzzoles.
Si l'on ne peut avec certitude rapporter aux cratères et fumerolles qui jalonnent le flanc nord du cône de Fossa les orifices dont parlent les auteurs des XV!» et XVII« siècles, il est probable que le domaine des manifestations volcaniques n'a pas beaucoup varié. La profonde bouche « fumante et enflammée » que vit Bartoli, en 1646, doit être cette Fossa suprême En tous cas, D'Orville décrit déjà le volcan en termes qui s'y appliquent encore bien. Suivant les évaluations des voyageurs qui suivirent, le diamètre du cratère varie entre 5oo et 1000 mètres au bord, entre 5o et 25o au fond; sauf deux évaluations beaucoup plus élevées, la profondeur oscille entre 70 et 200; enfin, l'altitude de l'ourlet cratérique et celle du fond sont limitées par les deux valeurs 280 et 5o. Le dessin de Houel, en 1782, est très semblable à celui de Ludwig Salvador, en 1893. La plupart des voyageurs font aussi mention de la cuve de Forgia Vecchia, des fumerolles du Piano, et de la surélévation de température de la mer au Porto di Levante. Ainsi donc, depuis une couple de siècles, le domaine de l'activité vulcanienne comprend la Fossa et une fracture probable jalonnée de fumerolles qui s'étend vers Vulcanello.
Le dynamisme de Vulcano, durant cette période, présente deux aspects principaux : un état solfatarien qui est l'état ordinaire du volcan ; le régime explosif qui surgit à d'assez longs intervalles et présente des phénomènes peu variés.
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L'état solfatarien est étudié à Vulcano depuis plus d'une centaine d'années. Les évents qui avoisinent les Faraglioni varient généralement peu. Quatre ou cinq eaux thermo-minérales sourdent des roches voisines. L*eau de la mer est toujours signalée comme chaude; mention est faite aussi de fumerolles, de dépôts de soufre et, à diverses reprises, d'hécatombes de poissons tués par des bouffées méphitiques. Spallanzani parle d'une grotte située à l'ouest de l'isthme vulcanellien, au fond de laquelle un dégagement d'acide carbonique sortait d'une cuve d'eau chaude. N'y aurait-il pas erreur, et ne serait-ce pas la même cavité, la « grotta délia acqua bollente » visitée par Deville, Fouqué et Judd à l'orient de l'isthme et qui se prolongeait jusqu'en mer par une ligne de fumerolles? D'autres voyageurs n'ont pu retrouver cette grotte ni d'un côté, ni de l'autre.
Au Piano délie Fumajolle, l'activité est plus violente qu'au bord de la mer et, d'une description à la suivante, la liste des phénomènes est différente. Les jets de gaz varient par le nombre, l'emplacement et la violence; ils s'entourent d'auréoles minérales aux vives couleurs, édifient des monticules pouvant atteindre un mètre de hauteur, composés de soufre et de matériaux sableux rappelant les amas de geyserite; ayant obstrué leur cheminée, ces jets se déplacent, s'élancent de fissures nouvelles. La chaleur peut devenir assez forte pour que leur exploitation en soit impossible.
Mais, sauf exception, c'est au cratère même que les phénomènes solfatariens ont le plus d'importance et que leur aspect est le plus changeant, bien que parfois on ait vu des orifices servir pendant plusieurs années consécutives. Dans la vaste cuve, nue et grise, et presqu'exclusivement dans la moitié septentrionale des parois et du fond, les gaz, parfois invisibles, parfois donnant une flamme colorée, les vapeurs et fumées montent lentement ou le plus souvent s'élancent sous une forte pression et forment, en se réunissant au-dessus de la bouche, une écharpe blanche, visible de loin surtout par temps humide, et que le vent entraîne. On entend du bord cratérique des sifflements aigus ou des grondements sonores. Les orifices sont généralement invisibles ou de faible dimension ; ils peuvent être aussi des crevasses et quelquefois des bouches de plusieurs mètres de diamètre. A quelques années, à quelques mois d'intervalle, le nombre des fumerolles peut passer d'une centaine à trois ou quatre petits jets.
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Spallanzani rapporte qu'en 1788, a le fond du cratère se soulevait en tumeur impossible à traverser; une vapeur en montait et se sublimait par tous les pores ». Quand Salino visita le cratère en 1870, une multitude de soffioni s'élançaient du fond, entourés de croûtes de soufre et de détritus de tufs qui avaient en quelques endroits une forme conique ; à la paroi N, on voyait des grottes contenant des stalactites et des stalagmites de soufre. Deville mesura la température de quelques fumerolles et trouva qu'elle dépassait 400° centigrade.
La composition de ces fumerolles est peu connue. Deville, Fouqué, Silvestri et Mercalli ont le plus étudié cet aspect des phénomènes. Aux Faraglioni, c'est l'acide carbonique qui prédomine avec l'acide sulfhydrique. Dans la ligne de la grotta délia acqua bollente, Deville trouva, en i856, 89,6 p. c. de SH, et 2,5 p. c. de CO^, tandis que Fouqué, neuf ans plus tard, analysa à la même place un gaz contenant 77,02 p. c. de CO, pour 17,55 p. c. de SH,, mais il constata que l'acide carbonique augmentait au fur et à mesure qu'on se rapprochait de la mer et que SH,, diminuait. Au Piano, des fumerolles donnent, d'après Deville, de 60 à 90 p. c. d'anhydride sulfureux, de l'oxygène et de l'azote. Fouqué ne trouva que CO, et SH,, mais Mercalli, en 1 878, constata à nouveau SO,. A la Fossa, presque tous les voyageurs signalent les produits sulfureux. Deville trouve 68 p. c. de SO,, Fouqué, 27 à 74 p. c. d'acide chlorhydrique et d'acide sulfureux et 22 à 60 p. c. d'acide carbonique. Silvestri note 63,59 P- c. de CO, avec oxygène et azote, puis une autre analyse : 68,8 p. c, de CO,, 10,7 p. c. de SH,, 7,3 p. c. de HCl, puis de l'oxygène et de l'azote.
Les produits de sublimation sont surtout intéressants par leur multiplicité : Vulcano constitue à ce point de vue un véritable musée. En plus du soufre, de l'alun et du gypse connus et exploités depuis longtemps, en plus du sel ammoniac et de l'acide borique plus récemment découverts et également exploités, une foule d'autres corps chimiques ont été signalés : chlorure de sodium, sulfure de sélénium (Stromeyer); de l'iode, des phosphates, du sulfure d'arsenic (Deville), trois corps qui, jusqu'ici, n'avaient été trouvés dans aucun volcan ; du thallium (Crookes, 1862 — Cossa, 1873), constituant une impureté du soufre et de l'alun; du chlorure de fer (Fouqué) ; un sel de cuivre (Judd) trouvé à côté de beaux cristaux de voltaïte; du rubidium et du caesium (Cossa, 1877); du sulfate de lithine; du potassium; puis
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cobalt, zinc, plomb, étain, bismuth, tellure, glauberite, mirabilice et hiératite. De i8i3 à 1860, c'est surtout l'alun qui fut exploité; de 1873 à 1876, le travail donnait mensuellement environ 3 tonnes d'acide borique, 20 tonnes de soufre et autant de sel ammoniac.
Tel est l'état solfatarien du Vulcano, considéré comme phase de repos. On peut y rattacher quelques manifestations plus intenses qui, à proprement parler, ne font point partie des éruptions ; ainsi, les violentes rumeurs qu'on entendit en 1881, les jets de pierres qui, à diverses époques, accompagnèrent les fumerolles ; par exemple aussi le monticule qu'Hoffmann aperçut, en i832, au fond du cratère, petit cône d'éruption émettant bruyamment une grande quantité de vapeur.
On ne connaît pas toutes les éruptions qui éclatèrent depuis celle de 1444 décrite par Fazello; et celles qui ont été citées en i55o, 1626, 1727, 1731, 1739, 1771, 1775 (?), 1786, quoique précieuses par telle ou telle particularité éruptive, ne sont que très imparfaitement analysées. Ce n'est que durant le XIX« siècle que les études deviennent assez complètes et peuvent servir de base à une synthèse. Hàtonsnous de dire qu'elles ne permettent de découvrir aucune loi dans l'apparition du phénomène éruptif, aucun rythme qui groupe les jets explosifs du Vulcano. Du reste, les éruptions n'ont pas été très nombreuses depuis cent ans. On en a observé plusieurs petites entre 1812 et i83i, une en 1873, puis une ou deux en chacune des années 1875, 1876, 1877, 1878 et 1879, puis une en 1886, enfin, la plus longue de celles que l'on connaît, et la plus violente aussi, du 4 août 1888 au printemps 1890. Il faut d'ailleurs remarquer que la division en éruptions distinctes est tout à fait arbitraire ; on pourrait très logiquement ne considérer que trois périodes éruptives durant le XIX« siècle, i8i2-i83i, 1875- 1879, 1886-1890. On admet en général comme séparation entre deux éruptions une période de calme qui excède quelques mois.
Les phénomènes précurseurs des éruptions du Vulcano ne présentent aucune particularité remarquable. En général, les bruits souterrains augmentent graduellement de violence; l'activité et la température des fumerolles grandissent; il se forme des bouches nouvelles; des pierres se mêlent aux jets de gaz; quelquefois, mais pas toujours,
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de fortes secousses se font sentir dans toute TEolie et même la Sicile. Puis, le plus souvent, Téruption éclate assez brusquement après cette période annonciatrice, mais il peut arriver aussi que cette dernière s'apaise et constitue une simple phase violente de l'état solfa- Tarien.
Les éruptions du Vulcano se distinguent par deux caractères principaux : c'est le jet explosif, court et brusque, et la répétition de ce jet, suivant une série de phénomènes presque toujours la même.
De Tune ou l'autre bouche du cratère, brutalement agrandie, et avec un bruit qu'on entend à lo, 20,40 kil. à la ronde, une masse en forme caractéristique de choufleur de fumée dense, chargée de matériaux, de couleur gris sombre ou noirâtre même, sillonnée d'éclairs et parfois de véritables flammes, s'élance jusqu'à une grande hauteur au-dessus de la bouche du cratère, perdant successivement ses matériaux et restant suspendue jusqu'à ce que le vent la balaie. La vapeur d'eau prédomine, accompagnée de cendres abondantes, de menus débris (arènes et lapilli), de blocs de lave arrachés aux conduits, de bombes en croûtes de pain, fluides à l'intérieur et déjà durcies à la surface, tous matériaux trachy tiques ou andésitiques qui, en général, sont beaucoup moins lumineux que les produits basaltiques du Stromboli restant incandescents pendant leur trajet aérien. Ici manquent le plus souvent les scories pâteuses, les lapilli filiformes, la cendre vitreuse et autres matériaux rejetés communément par le Stromboli. Les produits lourds, en général de la grosseur du poing, mais allant jusqu'à plusieurs mètres cubes, retombent rarement en dehors du rayon du cône; la cendre de Vulcano peut, suivant la force du jet et l'état de l'atmosphère, être rejetée bien en dehors de l'île et atteindre les côtes d'Italie les moins distantes. Lors de l'éruption de 1873, A. Picone put rester à 5o mètres des orifices, tandis qu'en 1888, des blocs énormes furent lancés jusqu'aux Faraglioni.
Mercalli a tenté de classifier les jets éruptifs du Vulcano. Il distingue des explosions vulcaniennes^ caractérisées par une plus grande abondance de matériaux trachy-andésitiques de récente élaboration (par exemple, de septembre 1888 à mars 1890), puis des explosions ultra-pulcaniennes, caractérisées par une plus grande abondance de matériaux anciens, arrachés aux cheminées, et l'absence de matériaux
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neufs; ce sont alors surtout des andésites contenant beaucoup de quartz et des trachytes avec inclusions diverses. Les jets des éruptions de 1812 à i83i, de 1873 à 1886 et celles du début de 1888 rentrent dans cette catégorie.
Le rythme de Téruption vulcanienne, la répétition du jet explosif, hormis les rares éruptions qui semblent n'avoir consisté qu'en un jet unique, se produit en général selon un certain ordre. Ainsi la plupart des éruptions connues se composent d'une série plus ou moins étendue de jets ultra-vulcaniens de faible ou moyenne violence. Tels i8i2-3i, 1873, 1875, 1876, 1877, '^7^ ^^ 1SS6. Et si, dans l'éruption de 1888-90 il y eut des jets appartenant aux deux catégories, c'est par une série de jets ultra-vulcaniens que cette éruption commença, pour se prolonger par une suite de jets vulcaniens et se terminer par une série nouvelle de jets ultra-vulcaniens.
La durée des repos séparant ces jets dans une éruption peut varier plus considérablement que la violence même de ces jets. Les explosions se succèdent parfois à intervalles si pressés que, pendant une certaine durée, il y a continuité dans l'éruption ; d'autres fois, le volcan retombe à l'état solfatarien pendant plusieurs heures, tandis que le nuage de vapeur se dissipe. Ainsi, au début de l'éruption de 1873, le 7 septembre, les jets s'em boitèrent les uns dans les autres pendant deux heures et demie, puis ils s'espacèrent et. jusqu'à la fin du paroxysme, le 20 octobre, se produisirent toutes les vingt ou trente minutes. Au début de l'éruption de 1888, le 4 août, l'intervalle entre les jets consécutifs était d'une heure et demie: le 5 et le 6, les explosions se produisaient régulièrement toutes les cinq minutes et chaque septième était plus forte, du 11 au 23 février 1889, on observa des intervalles de 5 minutes durant plusieurs heures; vers le i«r mars, la période était de 80 minutes. Ces irrégularités n'empêchent donc pas qu'un même rythme puisse durer pendant une période assez longue, se nombrant même par mois.
Quelques éruptions de Vulcano sont accompagnées de phénomènes extérieurs à la Fossa, ainsi en 1888-90, Cortese constata que la Forgia Vecchia laissait fuir de ses orifices, depuis longtemps éteints, une boue chaude et fine ; d'après Platania, le câble qui réunit Lipari et Milazzo fut endommagé au NO. de Vulcanello; une recrudescence de l'activité des fumerolles de la région occidentale de Lipari aurait
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même été en rapport avec cette explosion de Vulcano. C'est ici le cas de rappeler les éruptions de 1727 rapportées par De Luc qui auraient été simultanées à Vulcano et Vulcanello.
Il y eut aussi à Vulcano des éruptions eftusives pendant la période historique bien qu'on ne soit même pas d'accord pour fixer la date à laquelle sortit la Pietra Cotte, la plus récente des laves vulcaniennes. Dolomieu visitant Vulcano en 178 1 , attribua cette lave à une éruption qui aurait eu lieu en 1775; quelques années plus tard, Spallanzani, Trovatini, Ferrara assurèrent que c'est en février-mai 1771 qu'avait eu lieu la dernière éruption et n'émettaient pas d'avis sur la Pietra ; bref, les récits des indigènes lipariotes, seuls témoins de l'activité vulcanienne à cette époque, ne permirent pas de tirer au clair ce point de l'histoire du volcan. Mercalli étudiant spécialement cette question, aidé par un manuscrit lipariote découvert par Picone, conclut que la Pietra Cotte sortit en 1771, obstruant une sorte couloir étroit traversant l'arête du cratère vers le nord que De Luc avait décrit en 1757. Cette roche est, suivant Sabatini une obsidienne rhyolitique à 73,64 p. c. de silice formée d'un verre gris noir avec d'abondantes petites cavités allongées. On y signale la présence de feldspath triclinique, de quelques pyroxènes et aussi de microlithes d'oligoclase. Bergeat trouve que cette lave rappelle la roche de Capistrelloà Lipari.
Telles sont les caractéristiques des éruptions vulcaniennes; elles se bornent presque toujours à ce type explosif de courte durée, qui intéresse un domaine très faible et donne des produits très acides à intervalles assez rapprochés, depuis quelques mois jusqu'à plus de 40 ans. Nous n'avons rien ici de comparable à l'activité du Vésuve ou de l'Etna, mais la netteté du phénomène est assez remarquable pour créer en vulcanologie un type vulcanien que l'on retrouve dans les phases éruptives de certains volcans, par exemple, au Vésuve (1906), au Calbuco (Chili, en 1893), au Purace (Ecuador, en 1849 et 1869^ au Te Matri (Nouvelle-Zélande, 1892 et 1896), au Gountour (Java, en i836et 1843), etc.
Vulcano n'a donné lieu à aucune observation réellement intéressante sur les rapports du volcanisme aux autres phénomènes naturels ; les travaux ne manquent certes pas, mais le seul lien qui rattache le volcan à la météorologie se borne, en fin de compte, à l'aspect plus
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ou moins dense des vapeurs qui montent du cratère suivant que Tétat hygrométrique de l'atmosphère est plus ou moins élevé.
Ce n'est qu'avec Dolomieu que la charpente de Vulcano subit une première analyse quelque peu sérieuse. Le savant français voyait dans la partie méridionale et occidentale l'arête démantelée d'un immense cratère dans lequel le cône de Fossa s'élevait comme un Vesuvio dans une Somma. Sans parler de L. de Buch et de ses disciples, pour lesquels cette partie de l'île était un cratère de soulèvement, tous les savants qui, par la suite, jusque dans la seconde moitié du XIX« siècle, s'occupèrent de Vulcano, gardèrent la même opinion sur sa structure, en reconnaissant en général que le vieux massif était basaltique, alors que le plus jeune était trachytique. Pourtant Hoffmann distingue déjà dans ce vieux massif des roches de natures différentes : celles de Lentia plus acides que celles du plateau. Judd admet encore le grand cratère autour du cône récent, mais considère en outre le Piano et son enceinte comme une autre grande bouche éruptive. Pour Cortese et Sabatini, l'arête de Lentia aux roches trachytiques est un reste d'appareil distinct et le Piano est un cratère typique, très ancien, effondré au bord septentrional, presqu'entièrement aplani et comblé. D'après Mercalli, le plateau méridional serait encore un cône basaltique, à vaste cratère démantelé, mais il voit en plus dans le Saraceno un appareil adventif et il croit pouvoir assurer que l'arête trachytique de Lentia, si dégradée, est plus ancienne que le massif méridional. En somme, l'esquisse de Vulcano est déjà assez avancée, mais c'est surtout Bergeat qui l'a le mieux développée.
Sans parler du socle sous-marin, Bergeat admet aussi trois grands appareils principaux, distincts par la structure, les produits et l'histoire : Partie méridionale, Lentia et cône de Fossa; mais il révèle une complexité plus grande du détail, des accidents intéressant tout le massif et des mouvements du sol ayant eu lieu pendant l'édification.
Le vieux massif méridional est formé d'un appareil principal fortement disloqué sur lequel se sont édifiés, en même temps que le sol s'élevait, cinq ou six appareils secondaires, plus ou moins reconnaissablés, comme lui effusifs et explosifs, et presque tous basaltiques. Ce vieux volcan est encore représenté par la partie E.et SE., si régu-
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lièrement convexe de cette région du sud. Sur tout le versant, entre la Punta Luccia et le bord de la falaise sud-occidentale, les bancs épais de lave alternent avec des couches de tufs rouges, bruns ou jaunâtres et plongent vers la côte avec 35® de pendage moyen. En quelques endroits, des filons percent ces couches. Vers le Piano, sur les falaises qui regardent Tintérieur, ces assises se montrent nettement superposées et fuyant vers l'extérieur. Nous avons bien là un fragment de cône volcanique pareil à celui de la Fossa délie Felci de Salina ou celui du vieux Stromboli. Il devait se prolonger autrefois autour du Piano, mais les effondrements et les produits plus récents des cônes adventifs en ont fait disparaître la majeure partie.
Le Piano ne fut jamais le vrai cratère de ce massif. Tout au plus la cheminée centrale le traversa-t-elle pour aboutir plus haut. La structure du Piano apparaît dans les canons que le Rio Grande a creusé au NE. et sur la paroi de la falaise qui fait face au cône de Fossa; de ce côté, en effet, au-dessus des talus inférieurs formés par les produits meubles du cône récent, les épaisses couches de tufs, plus ou moins horizontales, alternent avec de larges nappes de lave. Cette plaine forme une sorte de champ d'affaissement le long de l'arête SE., une sciarra énorme, qui plus tard se combla. L'horizontalité des couches montre qu'elles furent étalées par la mer, tandis que des éruptions, sans doute venues par les fractures du fond bouleversé, formaient à diverses hauteurs les quelques couches discordantes et les nappes de laves que l'on retrouve entre ces bancs horizontaux. Toutefois la partie supérieure de la plaine fut formée à l'air libre ; en certains endroits, en effet, comme à la Conigliara, par exemple, on a trouvé dans ces tufs des restes charbonneux de plantes. Et quelques laves encore débordèrent sur le sol asséché. En plein Piano notamment, dans l'axe même du vieux massif, une bosse à peine visible, la Sommata, est tout environnée de bombes basaltiques remarquables et de lapilli; de plus, les couches de tufs voisines du NE. et del'E., fortement modifiées par l'action des fumerolles, se relèvent vers elle avec 23** de pendage. En un autre point, vers le milieu de l'arc oriental, à 6 mètres de la falaise interne, une coulée de lave scoriacée, d'environ i mètre d'épaisseur, descend vers l'intérieur et s'enfonce sous le tuf récent pour reparaître plus loin à la Chiappa Liscie, région orientale du Piano ; cette lave dut sortir de
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quelque faille bordière, non retrouvée, de cette région effondrée.
D'où vinrent les tufs qui comblèrent la dépression du Piano? Peut-être un édifice aujourd'hui disparu se dressait-il alors au N. du Piano et par ses émissions concourait-il à remplir la cavité? Il est probable que c'est surtout aux grosses pustules adventives de l'O. et du SO. qu'est dû ce comblement.
Le mieux reconnaissable des appareils secondaires est le bizarre Saraceno. Sa structure est mise à nu sur les falaises que les grandes cavités régulières du SO. et du NE. de l'île ont occasionnées dans ses flancs ; elle est aussi visible sur sa vaste face occidentale uniformément étalée vers la mer. Il est formé de couches alternatives de laves très scoriacées et de lapilli, couches minces et presque horizontales, coupées en quelques points de filons et fuyant de tous côtés autour du sommet. Une de ces coulées de lave se poursuit comme un ruban sur une distance de 2 kilomètres, le long de la falaise de Spiagia lunga qui prolonge le flanc occidental du cône adventif, s'abaissant graduellement vers le NO., selon le mouvement de la falaise, et constituant encore le récif de Pietra Quaglietta. Le cratère du Saraceno devait se trouver un peu à l'E. du sommet actuel, comme l'indiquent le pendage des couches et les modifications de couleur des pierres du sommet apparemment dues à l'action de gaz cratériques.
Les relations de ce strato-volcan avec le vieux volcan et le Piano ne sont pas connues sûrement. Au N., les jeunes produits delà Fossa laissent à l'E. les épaisses couches du Piano et à l'O. celles, beaucoup plus minces, du Saraceno. Il est probable, toutefois, que la formation de ce volcan suivit l'effondrement du Piano et que son activité en accompagna le comblement, peut-être jusqu'à la période subaérienne.
Un autre appareil, bien moins dégagé que le Saraceno, au S. duquel il se trouve, est désigné par Bergeat sous le nom de Timpone del Corvo, du nom d'une petite éminence du bord SSO. du Piano. La structure apparaît le long de la falaise du SO. de l'île et en quelques points du plateau. On voit une magnifique coupe d'assises de tuf alternant avec des couches de lave sombre, dont l'une peut se suivre sur plus de deux kilomètres. Pour Bergeat, ce versant rappelle entièrement le flanc N. du Monte Rivi de Salina; d'ailleurs, il vit dans une petite vallée ces couches plonger vers l'intérieur, soit à
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l'ENE. ; puis, à la surface du plateau, le pendage N. et NE. est encore visible; quelques petites coulées, mêlées au tuf superficiel, se dirigent vers la Sommata. Ainsi, le gisement entier du Timpone del Corvo représente un fragment de strato- volcan, dont plus de la moitié occidentale, comprenant cheminées et orifices, a disparu dans Téchancrure maritime.
Les relations du Timpone avec le Saraceno sont indistinctes, ainsi, d'ailleurs, qu'avec le Piano. Il est probable que cet appareil se forma à la suite de l'effondrement du vieux massif et que ses derniers produits furent émis alors que le Piano supérieur était émergé. Le grand cataclysme, explosion, ou plus probablement effondrement, qui fit disparaître plus de la moitié du Corvo et portion du Saraceno, dut survenir après la période d'assèchement du Piano et après la sortie des derniers produits de Son\mata et de Chiappa Liscie. En tous cas, il est aussi antérieur au quaternaire, car, dit Bergeat, un petit lambeau de dépôt de cette époque couvre le voisinage du rivage, au S. du Saraceno, en plein champ d'affaissement.
La Felicicchie, petit dôme gemellé qui s'élève à 439 mètres, soit à 70 mètres au-dessus de la plaine, un peu à TE. du Timpone del Corvo, est un troisième appareil, mais il est beaucoup plus récent, sinon en entier, du moins en presque totalité. Les petites coulées de laves qui le composent s'écartent du sommet dans toutes les diroctions. Cette pustule volcanique fut surtout active pendant la formation des tufs superficiels du Piano et, plus tard, durant la période quaternaire; une coulée s'enfonce, en effet, au NNO., sous les couches de la Casa Ferlazzi et reparaît plus loin, entre la Sommata et le Corvo; une autre, vers le S., atteint la mer sous un angle de 25** à 3oo, et couvre en partie une assise de pierres ponces quaternaires ; elle est à son tour recouverte d'un petit lambeau de tuf brun semblable au tuflôss de I ipari.
Il faut peut-être aussi considérer comme appareil adventif distinct la pointe NE. du plateau méridional, la Punta Luccia, à la forme allongée en proue de navire renversée, aux minces couches de laves et de scories plongeant à la mer.
Enfin, il est probable qu'un massif volcanique, distinct de ce groupe méridional s'est dressé, à l'époque quaternaire vers le midi de l'île. On s'explique ainsi certains produits que l'on trouve sur le flanc S.
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du Piano. Du bord de la mer, jusqu'à l'altitude de 25o mètres, la pente méridionale de l'île est recouverte de dépôts quaternaires marins étages sur une épaisseur moyenne de un mètre, à travers lesquels on aperçoit çà et là l'ancien massif. Ces dépôts, régulièrement déposés, que recouvrent en partie les coulées de Felicicchie, sont constitués par des ponces andésitiques mêlées à des débris.
Hormis ces ponces andésitiques méridionales, tous les autres produits du vieux massif méridional, et ses appareils adventifs, tufs et laves, appartiennent à la famille des basaltes. Mercalli distinguait un basalte franc et une andésite à olivines caractéristiques. Sabatini les considère comme des basaltes-andésites à magnétite, olivine, augite, anorthite, labrador et oligoclase. Deux analyses de Ricciardi donnent 55,75 p. c. et 53,04 p- c. de silice. La moyenne de vingt-cinq exemplaires de Bergeat donne 54 p. c de silice. Au Saraceno, dont les matériaux sont riches en inclusions de quartzite, on a trouvé des spécimens où les augites avaient jusqu'à 6 centimètres. Les tufs du Piano sont presqu'en entier composés d'augites. A la Chiappa Lisce, ils sont riches en matières gypseuses et en peroxyde de manganèse. L'arêie de Lentia, déjà si distincte par sa forme et son isolement, a aussi une composition différant de celle du Piano. Elle est formée d'épaisses couches de lave, à stratification peu visible, mais ayant un pendage vers la convexité, c'est-à-dire vers la mer; à l'extrême pointe septentrionale seulement, au Monte Minico, on a trouvé un banc épais de produits meubles intercalé. D'après Sabatini, la roche est un trachyte gris, compact, à innombrables et très petits feldspaths à gros grains d'augites dans la région nord; brun, riche en augite et feldspath au Monte Lentia. Bergeat les considère comme des obsidiennes liparitiques; les unes ont des microlithes de sanidine et d'augite dans la pâte, quelques aiguilles de magnétite, des phénocristaux de sanidine, de plagioclase, d'augite et çà et là d'olivine; les autres en diffèrent par le recul de la sanidine et l'apparition de la biotite. Glaser à donné à quelques-unes de ces obsidiennes 70,38 p. c. de silice. L'arête de Lentia est un fragment d'appareil quelque peu semblable au Guardiade Lipari; surtout eff*usif, semble-t-il, sa masse principale et l'orifice devaient se trouver à l'est.
Les éruptions et le démantèlement du Lentia ont évidemment précédé la formation du cône de Fossa. D'autre part, les produits trachy-
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tiques reposent assez clairement sur la nappe basaltique qui se dirige du Saraceno vers le récif de Pietra Quaglietta; le Lentia fut donc, au moins en partie, postérieur au Saraceno, sinon à tout le vieux massif méridional. Il vint après l'effondrement du Piano, mais on ignore s'il débuta avant la période d'assèchement du Piano, avant l'affaissement du Corvo, avant les dernières manifestations des appareils adventifs du sud, ou s'il ne se forma qu'après le soulèvement qui porta jusqu'à 2 5o mètres les dépôts quaternaires du sud. On ignore également à quelle époque, même approximative, disparut la moitié du Lentia en même temps que portion du Saraceno et bordure septentrionale du massif du sud, car l'amphithéâtre est trop homogène, trop régulièrement coupé de falaises pour qu'un seul et même cataclysme ne l'ait pas produit. Il est admissible que Lentia et Corvo aient été engloutis en même temps, c'est-à-dire avant le quaternaire. L'édification de Lentia serait alors contemporaine des derniers épanchements du Corvo.
A une époque relativement très récente, l'activité volcanique reparaît dans cet énorme domaine eflondré du NE. Alors s'édifient Fossa, Faraglioni, Vulcanello. Cette surrection peut être en rapport avec l'affaissement précédent, mais un autre accident géologique est certainement aussi à considérer : c'est la longue faille prolongeant les fractures orientales de Lipari. Non seulement les trois volcans précités et les plus jeunes appareils de Lipari y sont parfaitement alignés, mais on constate que, durant l'époque historique, l'activité persista le long de cette direction, des tufs altérés la jalonnant sur le fianc de Fossa.
Antérieurs à Fossa ou contemporains de ses premières phases, les Faraglioni sont bien un petit appareil à part qu'on ne peut que difficilement rattacher à son grand voisin au milieu des produits duquel il émerge. Ces deux buttes sont fortement altérées par d'intenses fumerolles qui y ont détruit toute cohésion. Le plus gros des Faraglioni, en même temps le plus distinct, celui du S., est formé de couches de tufs plongeant vers le sud et, au nord, d'une masse de lave qui pourrait être le culot cratérique mis à nu. La roche des Faraglioni est une trachy-andésite contenant de l'alun, du gypse et d'autres sulfates et qui ressemble aux plus anciens produits de Fossa. Des refuges contre les éruptions de Fossa ont été excavés dans la masse du rocher méridional.
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Tous les géologues, depuis Dolomieu, s'accordent à voir dans le cône de Fossa l'appareil le plus jeune de Vulcano ; sa structure apparaît dans les ravins divergents, dans les saillies des laves et dans rintérieur de la cuve en temps de calme. Il est probable confime le pense Cortese que tous les produits sont subaériens ; le cône serait donc entièrement postérieur au soulèvement quaternaire.
Sa régularité n'est point parfaite ; la base est légèrement allongée dans le sens EO., de plus le cratère actuel n'est point au sommet du cône. Déjà en 1875, Baltzer insiste sur la forme de l'arête qui termine la Fossaàl'E., au SE. et au S.. Mercalli, en i89i,attribue la disposition de cette crête arquée à des restes d'anciennes cuves cratériques. En 1 894, Bergeat remarque, en outre, une discordance dans les couche» qui se montrent aux parois du cratère actuel, au pied du piton suprême. De même qu'à la Cima délie Stromboli, il est probable qu'une sciarra s'est formée dans un cratère plus élevé que celui d'aujourd'hui, enlevant toute la partie nord-orientale de cette ancienne cuve, puis une nouvelle bouche, plus petite, s'est ouverte dans la région effondrée, et une troisième, constituant la cuve actuelle à 1*0. des précédentes. Il y aurait là une transformation toute récente par rapport à l'âge de la Fossa.
C'est la lave qui est le plus important constituant du massif, du moins dans la partie inférieure. Elle forme une épaisse coulée au SE. et tranche fortement avec les bancs basaltiques de Luccia contre lesquels elle butte. On la voit à l'ENE., au bord de la mer et au fond d'un ravin qui la découvre jusqu'à 25o m. d'altitude; puis au NE., au cap de Punto Nere. Il faut peut-être' relier aussi à ces laves de base le petit plateau trachy tique qui se dresse isolément à 10 mètres au dessus des sables de la plaine NO. Au S. encore, les produits inférieurs sont des laves qui remontent de la vallée jusqu'à 275 mètres, près du bord du cratère. Donc, si la période historique fut essentiellement explosive avec quelques coulées, Vulcano eut antérieurement de très importantes périodes d'effusion.
Le domaine du massif récent ne se limite pas au cône. Une couche de cendres plus ou moins horizontale recouvre les environs des Faraglioni et remonte même sur Vulcanello. On retrouve ses produits sur les talus inférieurs de l'amphithéâtre et jusque sur la crête du Lentia, puis à l'E. du Saraceno à 3oo ou 400 mètres d'altitude, et au revers extérieur de Punta Luccia.
ITALIE ET SICILE VulCanO*
Les matériaux visibles de Fossa sont tous de nature acide ; on remarque pourtant deux catégories. Les plus anciennes laves, celles de base, et certains tufs, ont de 58 à 60 p. c. de silice; ce sont des andésites basaltiques ou des trachytes assez variés mais contenant tous de Tolivine. Les produits plus jeunes sont plus acides ; ce sont des sables gris-sombre et rougeâtres, des cendres et lapilli ponceux, puis des coulées d'obsidienne, rhyolite ou liparite très singulière, dont la Pietra Cotte est le plus bel exemple.
Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne peut encore rattacher les laves du cône de Fossa à l'un ou l'autre des orifices supérieurs; on pense pourtant pouvoir attribuer à l'ancien cratère les laves anciennes, et à la cuve actuelle, ainsi qu'à Forgia Vecchia, les produits récents.
Bien que les relations entre tous ces massifs de Vulcano soient encore très peu précises, on peut esquisser une histoire du massif.
Au pliocène, après l'effondrement de la Tyrrhénide et l'édification du socle, encore immergé et inconnu, s'élevait le massif alors sousmarin, effusif et explosif, basaltique, dont la partie SE. est un fragment. Puis ce massif se disloqua par* explosion, ou s'affaissa dans toute la région centrale et nord-occidentale. Un nouveau cycle d'éruption bâtit trois ou quatre cônes effusifs et explosifs sur les bords et dans l'intérieur de la région effondrée, remplissant l'intérieur de produits basaltiques. Le Piano, peu à peu comblé, se soulève, émerge même un peu, ainsi que quelques-unes des pustules adventives ; le Timpone del Corvo, la Sommata et le Chippa Liscie continuent à émettre des laves. Survient alors le grand effondrement qui fait disparaître le SO., et peut être le N. par le même coup. Des dépôts quaternaires andésitiques s'étagent au S. provenant d'un volcan inconnu; puis un soulèvement de plusieurs centaines de mètres' exonde l'île entière pendant que Felicicchie émet. ses produits. Mais où placer, dans ce récit, le début et l'extinction du Lentia et la formation de l'amphithéâtre du NE.? On peut dire seulement que le Lentia fut postérieur au Saraceno, que ses produits, de nature toute différente de ceux des appareils que nous avons cités, puisqu'ils furent très acides, se répandirent peut-être durant les dernières éruptions du Corvo, de la Sommata, et même, dans le cas où le cataclysme du NE. ne serait pas contemporain de celui du SO., pendant ou
MEDITERRANEE
après le soulèvement quaternaire et Tegusion de Felicicchie. Enfin, les Faraglioni et la Fossa, effusifs puis explosifs, acides mais à moindre degré que le Lentia, entrèrent en action après le soulèvement quaternaire et l'effondrement du NE. ; le dernier venu, Vulcanello, appartient, pour ainsi dire, à la période historique.
Ce qui frappe dans l'évolution générale de Vulcano, c'est le grand nombre et la petitesse des appareils successifs. Le caractère effusif et explosif semble avoir été persistant ; dans l'ensemble, les bouches se sont graduellement déplacées du sud vers le nord; les produits, d'abord basiques, sont devenus particulièrement très acides, puis retournent, surtout avec Vulcanello, vers le type basique. Il faut remarquer aussi qu'à Teftondrement du Piano succède une ceinture de bouches périphériques, tandis que' c'est au milieu d'un amphithéâtre d'affaissement et en un alignement assez nettement jalonné que s'élèvent les Faraglioni et la Fossa, puis, ensuite, Vulcanello.
Felicudi, Filicudi ou Filicuri est la Phœnicussa des Classiques ainsi nommée, dit Strabon, à cause de ses plantations de palmes. D'après Cortese le nom proviendrait defenicusa^ en mémoire des soldats phéniciens qui y périrent durant les guerres puniques.
Felicudi, de même que sa voisine Alicudi, n'eut guère d'importance ni pour l'homme ni pour le géologue; elle n'est pas particulièrement fertile et l'étude de ses volcans n'a jusque Bergeat ajouté grandement à notre savoir. Du reste, les Classiques la signalent à peine et le moyen âge n'en dit rien. Spallanzani fut le premier explorateur moderne; après lui Ferrara, Hoffmann, Judd, Salina, Cortese, Sabatini, Ludwig Salvator, Mercalli, et surtout Bergeat, abordèrent l'île ou en parlèrent dans leurs descriptions d'Eolie.
Felicudi et Alicudi forment, sur un fond marin de i 5oo à 2 ooo mètres, la branche occidentale de l'étoile éolienne, longue de près de 5o kilomètres, large de moitié; Felicudi en occupe à peu près le milieu, i8 kilomètres séparant sa pointe orientale des falaises de Salina. C'est par i 3oo mètres de fond que le massif de Felicudi commence à s'individualiser en se séparant de Salina à TE. et d' Alicudi à rO. A ce niveau le massif prend la forme d'un dôme allongé de l'ESE. à l'ONO.; sa base ovale compte une vingtaine de kilomètres de grand axe, une douzaine de petit. Les pentes sous-marines sont assez régulières; pourtant, à 5oo mètres sous le niveau des eaux, une
ITALIE ET SICILE Felicudi
bosse apparaît au flanc méridional, et 200 ou 3oo mètres plus haut le morcellement supérieur s'annonce; une butte, Secca di Felicudi, s'isole au centre de la partie nord-occidentale, entre les courbes de 200 et îoo mètres de profondeur et s'élève jusqu'à 3g mètres en dessous de la surface; puis, à 1 kilomètre des côtes, par 5o mètres de fond, d'autres collines sous-marines se séparent, dont quelques-unes se dressent en petits récifs au-dessus des vagues. La masse principale de Felicudi prend, au sortir des eaux, l'aspect d'une coupole de 4,5 kilomètres NO. -SE. sur 2,5 à la base; elle est haute de 778 mètres et reliée au SE. à un petit massif conique, sauvage et nu, le Capo di Graziano, long de moins de i 000 mètres dans la direction SO.-NE., large de moitié et atteignant 174 mètres d'altitude; la selle du pédoncule, le Piano del Porto, long de quelques centaines de mètres et large de quelques dizaines, est à l'altitude de 21.
Le massif principal s'élève en falaises, surtout vers le N. et l'O.; il y a aussi quelques petites . plages dans la partie sud-orientale. Ses flancs sont ravinés et aboutissent à une crête d'environ i kilomètre de long, orientée dans le sens ESE.-ONO., comme l'île. Le point culminant, la Fossa délie Felci, est situé un peu au NO. La régularité générale des formes est interrompue par la Montagnola, bosse conique accolée au flanc méiidional, dont la base semi-circulaire a 900 mètres de diamètre à la rencontre des eaux, la hauteur 333 mètres et qui se rattache au massif central jusqu'à 3oo mètres d'altitude. Un autre accident, beaucoup moins apparent, est le Terrione, contrefort sud-oriental, haut de 280 mètres, assez plat, bien limité au N. et à l'O. par des vallées ei aboutissant à la mer et au Piano del Porto.
L'île est peu cultivée et peu habitée (i 200 habitants), car elle manque d'eau, et, si ce n'est Terrione et Piano del Porto, de plaines mêmes étroites.
Spallanzani avait déjà signalé l'alternance, sur le pourtour de la montagne, des couches de laves et de produits meubles, et reconnu deux appareils, à produits divergents et cratère supérieur; Fossa délie Felci et Montagnola. Cortese et Sabatini distinguent en outre le Capa di Graziano et classent la plupart des produits parmi les labradorites. Mais la description de Bergeat est beaucoup plus complète. Il reconnaît quatre appareils : Fossa délie Felci, Terrione, Montagnola, Capo di Graziano, non seulement variés par la struc-
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turc mais aussi par les produits, abstraction faite des édifices volcaniques que l'étude du socle sous-marin pourra révéler.
La Fossa délie Felci est le volcan le plus ancien et le plus important par la masse. Toute la partie NO., O. et SO. est composée de bancs de laves et d'agglomérats scoriacés, superposés, épais de quelques mètres, plongeant vers la côte et traversés çà et là par des filons. Les récifs, en général basaltiques, qui parsèment la mer à TO., sont des fragments de filons ou de coulées, isolés par le choc des vagues, mais les plus éloignés représentent peut-être les restes d'un appareil plus ancien que la Fossa, et dont il ne resterait que ces débris. Le Scoglio délia Fortuna, situé tout près de la Punta Perciato, à TO. de la Fossa, et cette pointe elle-même sont deux petits filons d'andésite à pyroxènes, sans doute apparus en même temps que le culot central. De même dans la partie orientale, on voit laves et agglomérats alterner et plonger du sommet à la base sous un angle de 25" à 35<». Le type du volcan est donc effusif et explosif, à cheminée centrale, autour de laquelle rayonnent les produits. Ce sont des basaltes à 5 1 p. c. de silice, dolérites noires à augites, plagioclases et olivines, et parfois, comme dans la région NO. et dans le récif qui lui fait face, des cristaux d'aragonite de plusieurs centimètres.
Bergeat n'a découvert que de vagues indices de cratère, le sommet est plutôt formé par un culot d'injection, par un filon qui, là comme à la montagne Pelée, aurait bouché la cheminée; c'est une masse d'andésite à 57,38 p. c. de silice, à augites, hypersthènes et un peu de hornblende.
Les produits des autres appareils sont plutôt andésitiques. L'orifice du Terrione est aujourd'hui totalement invisible, mais ses épaisses coulées de laves, nettement apparentes, et qui, en certains endroits, recouvrent visiblement les basaltes, semblent provenir de la partie la plus haute pour se répandre vers le SE. et le S. jusqu'au Piano et à la mer. Ce sont des andésites à hypcrsthène caractéristique, ressemblant à celles de TAngelo de Lipari ; roches à pâte grise ou noire, à 57,52 p. c. de silice, à cristaux de plagioclase de i à 2 millimètres de long, à augites vertes, avec parfois de rares olivines. On n'a trouvé aucune ponce au Terrione et ce n'est qu'avec hésitation qu'on regarde le petit lambeau de tufs horizontaux, marins et quaternaires, qui couvre sa partie supérieure et les bombes géantes disséminées dans les environs comme résultat de ses explosions.
ITALIE ET SICILE Felioudi
La Montagnola, dont le domaine correspond à celui du cône accolé à la Fossa, a donné des andésites à hornblende, à 60,64 p. ^* ^^ silice, à augite et hypersthène, contenant dans la partie supérieure du massif des inclusions de roches porphyriques. Aucune structure ne se laisse voir dans ce volcan et, contrairement à plusieurs de ses devanciers, Bergeat n'a pas trouvé de cratère au sommet. C'est une masse de laves, compacte, homogène, formant avec celles de Panaria et du Capo di Graziano (voir plus loin), les seuls exemples de TEolie en édifices compacts, sans cheminée ni structure apparentes. Toutefois, un filon de roche de même nature affleure au sommet, et au SO., près du rivage, on voit des bancs de blocs arrondis reposant sur les basaltes de la Fossa. Ces blocs témoignent d'une première période explosive de la Montagnola à laquelle il faut sans doute rattacher les bombes andésitiques éparses autour du volcan. Leur aspect de cailloux roulés et quelques autres indices font penser à Bergeat que ce sont des dépôts quaternaires de rivages; l'horizontalité des couches proviendrait de leur position sur une terrasse d'abration.
Les produits du Capo di Graziano sont des andésites à hornblendes à 62,20 p. c. de silice, à pyroxènes, apatites nombreuses et olivines rares; ils contiennent, en outre, en certains endroits, des inclusions qui sont probablement des fragments de gneiss ou de schistes. Quoique la division columnaire soit assez fréquente et qu'au NE. des couches de matériaux plongent vers le N., la masse du Capo apparaît encore plus homogène que celle de la Montagnola, car on n'y a trouvé aucun produit meuble ; les ponces et blocs du voisinage pouvant plus probablement se rapporter au petit appareil occidental ; il n'y a pas non plus de cratère. Le Piano est une terrasse d'abrasion formée dans la partie O. de ce massif; il est couvert de tufs quaternaires, ponces riches en hordblende, sous lesquels on voit encore les andésites du Capo reposant elles-mêmes sur le basalte.
Les dépôts de rivage que Bergeat considère comme quaternaires, les couches de ponces du Piano et du voisinage; le lambeau de tufs andésitiques à la partie supérieure du Terrione; puis un autre entre Terrione et Montagnola ; les blocs andésitiques de la base du Montagnola; une petite couche de cailloux roulés de nature basaltique à l'O. de la Fossa, au bord de la mer; tous ces dépôts, généralement situés sur de petites terrasses d'abrasion, entre le niveau marin et 3oo mètres d'altitude, envisagés avec la position relative des appareils, permettent
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d'esquisser l'évolution et Tâge des volcans visibles de Felicudi. Sans parler de la Secca occidentale et de l'ancien édifice basaltique que l'on soupçonne de ce côté, il y eut d'abord, au pliocène, formation du grand volcan basaltique de Fossa, efîusif et explosif, à cheminée centrale et filons, probablement en entier sous-marin ; puis obstruction de la cheminée par un culot andésitique. provoquant au SO. du massif des épanchements andésitiques,avec coulées et amoncellements homogènes de roches un peu plus acides au SE., le Terrione et le Capo di Graziano. Il y eut ensuite abrasion marine et dépôts quaternaires, pendant qu'éclataient les premières explosions de Montagnola, puis édification sur ces produits d'explosion de la masse compacte de Montagnola. Le soulèvement qui fit émerger l'île jusqu'à son niveau actuel doit avoir été postérieur aux dernières éruptions et coïncidé avec le soulèvement de quelques centaines de mètres que subitVulcano au quaternaire avec la plupart des Eoliennes. En somme, en même temps que l'activité se déplaçait vers le SE. et le S., il y eut, à Felicudi, légère et à peu prés graduelle augmentation d'acidité des produits, mais changement de structure assez considérable.
De nos jours, on signale à peine dans l'île quelques fumerolles, quelques sources thermales et sulfureuses et il n'existe aucune tradition locale quant à une activité préhistorique.
Alicudi, Alicuri, autrefois Ericusa, « bruyères », Ericolles, Alicunm, etc., est la moins importante des Eoliennes; son éloignement, sa petitesse, la raideur de ses flancs, son aridité relative et son inactivité volcanique l'ont fait négliger par l'homme et les géologues. Aussi a-t-elle été fort peu étudiée par la plupart des savants qui visitèrent sa voisine de l'est. Et, pourtant, elle est au moins intéressante par la régularité admirable de sa forme et un peu par la structure.
Pilier occidental de l'Eolie, complètement isolé vers i 200 mètres de fond comme on sait, Alicudi est la plus régulière d'entre toutes les îles Lipari. Cône presque parfait, à la pente de plus en plus accentuée, d'environ 36° dans la partie supérieure, sa forme a pu le faire considérer comme un volcan typique. Toutefois, la base, qui naît vers I 5oo mètres sous le niveau marin, est un peu elliptique, avec 25 kilomètres NE.-SO., i5 transversalement, et, en s'élevant, la plus grande largeur du massif tourne légèrement pour prendre au sortir des eaux, oli le volcan a 2 5oo mètres de long sur 2 100 de large, une
ITALIE ET SICILE AllCUdi
direction à peu près NS. De plus, la masse générale ne s*élance pas verticalement; die penche sur sa base et le sommet est légèrement décentré vers le NE. Il est formé de quelques buttes, disposées comme l'arête septentrionale d'une dépression ouverte au S., large^ de i5o mètres, profonde de 20 où 3o; la plus haute de ces buttes est à 666 mètres d'altitude.
Les côtes ne sont pas hospitalières, formées de falaises sur presque tout le pourtour de l'île. Le versant O. et NO., expcsé aux pluies dominantes, otîre des pentes plus âpres et plus inégales. Les maisons des 3oo habitants, entourées de vignes, d'oliviers ei de châtaigniers, sont dispersées çà et là, profitant des terrasses occasionnelles, des coins abrités et des croupes les plus fertiles.
Dans l'unité de sa forme, la plupart des géologues ont cru reconnaître un volcan simple et régulier, efifusif et explosif, à cheminée centrale et cratère supérieur, autour desquels rayonnent les produits. Sabatini considérait tous ces produits comme des basaltes et des labradorites ; il avait cru trouver, en outre, au flanc N., deux petits orifices adventifs. Bergeat n'admet pas l'existence des cuves et il a reconnu une certaine diversité de structure et de produits. Toute la moitié nordoccidentale du volcan, du moins dans la région émergée, et en partie, la partie inférieure du S. et du NE., est formée découches de produits meubles plongeant vers la côte, agglomérats, scories et cendres, avec quelques rares nappes de laves et quelques filons ; produits de nature basaltique, en général doléritique, auxquels Glaser donne 5 1 ,24 p. c. de contenance en silice et dans lesquels on a trouvé des fragments de quartzites et de quartz. L'autre moitié de l'île, y compris le sommet, consiste en andésites à pyroxènes à 5y ou 58 p. c. de silice, formées d'une pâte brune avec cristaux de plagioclase, aiguilles d'augite et, en certains endroits, olivine et hornblende. Dans la partie supérieure, ce sont des blocs grossièrement brisés, sans disposition régulière, ressemblant un peu aux masses enchevêtrées du Guardia de Lipari. Aux flancs, ce sont des couches d'agglomérats et des coulées de lave, souvent divisées en blocs, fuyant du sommet vers la côte. En plusieurs endroits ces roches andésitiques sont visiblement superposées aux basaltes.
Certes il n'est pas douteux qu'une telle régularité de forme générale résulte d'une accumulation régulière, mais pour la partie émergée, il s'agit ici d'un massif ayant subi une évolution assez semblable à
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celle du Stromboli, quoique la succession des produits amenés soit justement renversée. Toute la partie basaltique représenterait une Alicudi primitive dont le flanc sud-oriental se démantela; il se forma une sorte de Sciarra dans laquelle s'épanchèrent les andésites que nous y voyons aujourd'hui. Les gros blocs désordonnés du sommet seraient le culot d'injection de la cheminée. L'arête basaltique qui devait empêcher les masses de pierre fondue de se répandre vers le NO. a probablement été nivelée par la mer.
Bergeat indique trois petites couches de dépôts quaternaires de rivage, au flanc E., vers loo à i5o mètres d'altitude. Le volcan était sans doute déjà éteint lors de leur formation, et en grande partie émergé.
L'activité volcanique ne s'est fait plus sentir à Alicudi, mais on y sent parfois de faibles secousses sismiques; le volcan n'a que des traces de fumerolles et Sabatini conclut de cette pauvreté en manifestations qu'Alicudi fut, de toutes les Eoliennes, la première à s'éteindre.
Ustica. Ce nom est peut-être dérivé d'Osteodes qui fut donné au petit îlot de Medico. à TO. d'Ustica, à cause des ossements de 600 mercenaires carthaginois qui y moururent de faim.
Quoique ses relations avec les peuples divers qui se disputèrent la Sicile aient été presque continues, et quoique ses plaines soient très fertiles et relativement étendues, Ustica est restée en dehors du mouvement général de civilisation er surtout du mouvement scientifique qui nous occupe à cause de son inactivité complète. Elle est à ce point de vue, moins connue encore que les dernières Eoliennes et pourtant elle semble déjà bien importante. Les Classiques la citent à peine et les quelques auteurs qui en parlent après Fazello, ne le font qu'accidentellement en traitant d'Eolie ou de Sicile. D'ailleurs leurs indications ont surtout rapport à la topographie, au relief, à la flore, la faune, l'homme et ses cultures. La description géologique de Pietro Calcara, avec carte (i) est encore élémentaire et date de 1842; Mercalli s'est surtout basé sur le relief de l'île pour en indiquer la structure. La meilleure relation est celle de Cortese et Sabatini, dans leur ouvrage sur TEolie. Bergeat n'a pas visité l'île et
(0 Giortiale letterario^ n» 229, Palermo, 1842.
ITALIE ET SICILE Ustica
Ludwig Salvator dont la monographie est méticuleuse à tous autres points de vue, n'a fait que reproduire les opinions de Cortese.
Si, géographiquement, Ustica est assez distincte des îles Lipari, ses caractères géologiques, si peu connus qu'ils soient encore, permettent toutefois de la ranger, sous ce rapport, parmi les individualités qui composent TEolie : son petit volume; sa forme générale; ses appareils visibles, petits et surtout laviques ; ses matériaux, basaltes et andésites; sa position, dans le prolongement de la branche occidentale de TEolie et à la limite entre massif tyrrhénien effondré et plis secondaires et tertiaires de Sicile ; son âge et les mouvements d'oscillation qu'elle subit; enfin, son extinction complète, dernière étape dans la marche décroissante de l'activité de la région orientale de TEolie vers l'Ouest.
Ustica se dresse hors des eaux tyrrhéniennes à 67 kilomètres au NO. de Païenne et gS à TONO. d'Alicudi. Au Sémaphore qui en occupe à peu près le centre, les coordonnées sont : 38°42'24" pour la latitude N., i3»io'43" pour la longitude E. de Greenwich. On connaît à peine le socle immergé. La moindre profondeur environnante, au S., atteint 2000 mètres. Lemassifd'allureplusou moins conique doit avoir 20 à 25 kilomètres de largeur à la base.
L'île, au sortir des eaux, a un pourtour irrégulièrement ovale, de 3 1/2 kilomètres de grand axe SO.-NE., de 2 1/2 transversalement; pourtour formé presque partout de falaises de ^quelques dizaines de mètres, de promontoires noueux, et de rares petites baies ou plages comme à TE., où une anse arrondie se prolonge dans l'intérieur en amphithéâtre, la Conca di Ustica, abritant la marine et les édifices de la ville. L'île est peu élevée pour son étendue et d'ailleurs bizarrement élancée. Au-dessus des falaises du pourtour s'étalent de larges terrasses; directement comme la Contrada di Tramontana, haute en moyenne de 5o mètres, dans la partie NNE.; indirectement comme la Contrada lastrelle, haute de 100 à i5o mètres, dans la partie centrale, à laquelle on accède par les talus de la Contrada Spalmadore, au NO. et par les gradins de la Contrada S. Paolo au SSE. La partie saillante est formée par une succession de collines, disposées de l'O. à l'E., en arc de i5oo mètres de rayon, convexe vers le S. Cette crête qui sépare les deux terrasses principales de l'île, est constituée d'abord par le Monte Guardia di Turco, haut de 23o mètres, allongé du N. au S. sur 3 à 400 mètres et dominant presqu'abrup-
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temcnt la mer au milieu de la côte NO. Puis au delà d'une selle de 176 mètres, la crête continue par une colline allongée sur plus de 1000 mètres de TO. à l'E., dominant en haute falaise de 100 mètres la Contrada di Tramontana. et descend en contreforts roides mais moins raboteux dans la Contrada Jastrelle; le sommet de la crête enfin s'arrondit en deux bosses distantes de 400 mètres et à peine séparées d'une faible selle; Monte Guardia di M.ezzo, ou Punta Maggiore, à rO., culmen de l'île, couronné à 239 mètres par le Sémaphore; Colunnedda. à TO., un peu moins élevée. Enfin, au delà de la dépression, plus large et plus basse qui fait communiquer la ville et la Contrada di Tramontana, la chaîne se termine par la butte allongée de Falconara, vraie citadelle naturelle projetée dans les flots presque partout environnée de falaises et dont le sommet aplati est à i56 mètres d'altitude.
L'îlot de Medico, 3o décamètres carrés, se détache du socle par 40 mètres du fond, à 5 ou 600 mètres de la côte nord-occidentale de l'île. La sonde a révélé, à 3 ou 4 kilomètres à l'O., un banc sousmarin, la Secca di Apollo, qui s'élève jusqu'à 40 mètres en dessous du niveau marin, et, à i kilomètre au N. de l'île, un autre, la Secca di Columbara, plateau triangulaire de 35o mètres de côté, dont le sommet au SO. est formé par une petite échine allongée arrondie aux deux extrémités, à peine inférieure de 2 ou 3 mètres au niveau marin.
L'île n'a qu'une petite vallée vers le SO., isolant de petits plateaux, et dans laquelle les vents violents et fréquents déversent l'eau apportée des mers. Pas une source ne jaillit du sol. La végétation est pourtant magnifique; en plus des forêts, de vastes cultures de blé, vignes, oliviers, cotons, melons et citrouilles couvrent le lehm fécond. Quelques bancs de coraux entourent l'île. Depuis un siècle la population a quintuplé; elle était en i883 de 2016 personnes. Il est vrai que la moitié habite la ville et 'que pour beaucoup, Ustica constitue une résidence judiciaire forcée.
D'après Mercalli, Ustica serait formée de plusieurs cônes volcaniques juxtaposés; Guardia di Turco; Guardia di Mezzo et Falconara, autour desquels les coulées de lave trachytique (à feldspaths microscopiques, augites, petites olivines et écailles de mica, dit Ferrara) et quelques couches de tufs bruns variés, et de ponces, rayonneraient vers la mer. Près de la ville, un tuf remarquable, sous-jacent à la lave, contiendrait à la fois des coquilles marines
ITALIE ET SICILE Ustica
(Pectunculus i et d'eau douce (Hélix) et prouverait qu'avant les dernières émissions de pierre fondue une partie de Tile émergeait déjà.
Un autre tuf, arène à ciment calcaire riche en coquilles marines {Jrochus, Cerithiumy Lima, Mytilus, Peciunculus. etc., espèces probablement encore toutes existantes) se trouverait en divers points de la côte de l'île au-dessus de la lave et dans ses anfractuosités, et s'élèverait jusqu'à plus de loo mètres; il prouverait une récente émersion d'Uâtica.
Pour Cortese et Sabatini, le volcan principal, le seul appareil dont ils parlent avec quelque détail d'ailleurs , se serait trouvé dans la région septentrionale de l'île; sa partie orientale aurait disparu et il n'en resterait plus qu'un fragment, le Guardia di Turco. Presque tous les produits de l'île auraient été rejetés par cet appareil. Ces matériaux, des coulées de lave en général, appartiendraient à la famille des basaltes : les uns andésitiques, d'autres intermédiaires entre les andésites et les labradorites, d'autres encore franchement labradoritiques ; roches noirâtres ou grises, compactes ou buUeuses, à microlithes et grains d'augite, magnétite ou olivine, à cristaux abondants de labrador, généralement d'olivine, parfois d'anorthite et d'augite et parfois, dans les cavités, limonite et calcite. En plus des coulées, quelques bancs de produits meubles intercalés se rattacheraient à cet appareil : lapilli, scories, bombes, fragments de lave. Parmi les autres collines, il en est probablement qui constituent des appareils à part, mais Cortese n'en dit rien. Il signale seulement au sommet du Guardia di Mezzo, une masse andésitique presque entièrement cristalline, à pâte gris-violacée, à microlithes de magnétite et cristaux de feldspath, qui forme peut-être un culot d'injection.
En plus de ces appareils, les deux savants italiens signalent des tufs jaunâtres subacqueux, où dominent les scories, à la partie orientale de l'île, qui sont peut-être les mêmes que les tufs à Peciunculus et Hélix de Mercalli. Du même côté se trouverait un lambeau de tuf blanc, ponceux, avec petits morceaux de scories vitreuses, dépendant probablement des éruptions andésitiques du Guardia di Mezzo. Et le long de la côte sud-orientale, s'étendraient des couches de scories, cimeniées d'un calcaire sableux, trèsfossillifère, contenant des espèces peut-être identiques à celles qu'on a trouvées en divers points de la côte insulaire, et à celles de Mercalli.
Pour Cortese, la Contrada di Tramontana serait une véritable
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terrasse d'abrasion marine, avec tufs et cailloux roulés parfois très volumineux; de même la Contrada de Spalmadore, à TO., plus étroite, et celle de Jastrelle, au centre, plus élevée et sur laquelle de petits plateaux témoigneraient de points ayant résisté à l'érosion. Ces terrasses, semblables à celles qu'il a trouvées aux Eoliennes indiqueraient selon leur altitude les étapes successives du soulèvement de l'île.
Les divergences d'opinions entre Bergeat et Sabatini sur la nature des roches de l'Eolie, se seraient sans doute également produites à propos des produits d'Ustica si le savant allemand avait visité cette île, et ces roches se classeraient parmi les andésites à 60 p. c. de silice et les basaltes à 52 p. c. de silice.
D'autre part, une bonne partie du tuf subacqueux recouvrant les terrasses, signalé par Cortese, aurait été considérée par Bergeat comme tuf-lôss, ou comme dépôt quaternaire marin de rivage, ainsi qu'il l'a fait pour les îles Lipari, et, dans ce cas, la géo- tectonique de l'île aurait été quelque peu modifiée.
Quoi qu'il en soit, on peut conclure qu'Ustica s'est formée, comme les îles Eoliennes, au voisinage des lignes de contact entre la vieille Tyrrhénide et les glissements secondaires et tertiaires du nord de la Sicile et sur la ligne de fractures d'Eolie occidentale ; qu'elle a dû commencer son action vers le pliocène, édifier ses petits appareils supérieurs au quaternaire, puis après extinction, alors qu'une faible partie émergeait, subir un mouvement d'élévation, de plus de 100 mètres, sans doute contemporain de celui des Eoliennes.
Aujourd'hui elle est complètement éteinte ; elle n'a même, plus de mofettes et l'histoire ne parle que de secousses sismiques modérées, rarement violentes comme celle du 29 mars 1906. Quelques auteurs présument de cette extinction et de l'aspect dégradé du relief qu'Ustica fût éteinte même avant Alicudi.
Etna*, Ettena des indigènes, fut de tous temps le nom sous lequel on désigna ordinairement le grand volcan sicilien. Que la provenance en soit phénicienne ou indo-européenne, selon les différents étymologistes, il impliquerait toujours une idée de feu ; « fournaise, brûleur, etc. », et confirmerait déjà la lointaine activité du volcan et sa constance historique. Les Grecs l'appelaient Aixva ou aitvri, et les Romains Aetna^ comme actuellement les Allemands. Au temps des Arabes on désigna la montagne sous le nom de Gibel Utlamat,
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a Mont brûlant » ou simplement Gibel^ « Mont » par excellence, qui, combiné avec le mot italien Monte, est devenu Mongibello. Quelquefois le massif superbe est appelé Volcan de Sicile ou Volcan de Catane ; mais Catane n'est en réalité que Kaxa aitva, « sous Etna » des premiers Grecs qui fondèrent la cité brillante 2700 ans avant nous, sur les ruines d'une acropole plus antique.
L'Etna occupe dans l'histoire de l'homme et de la vulcanologie une place aussi considérable que le Vésuve, quoique pour des raisons quelquefois un peu différentes. Dès l'aurore de l'Histoire, alors que ritalie est encore barbare, de grandes cités actives et savantes s'élèvent dans son voisinage et sur ses pentes inférieures : le monde grec l'entoure; il en est à peu près le centre. Pendant le moyen âge encore, période de troubles et d'ignorance générale, plusieurs fois des civilisations remarquables, arabes et normandes, florissent en Sicile, à sa base. Et quoique durant les quelques derniers siècles, le mouvement de civilisation s'étant déplacé vers le N. et le NO., l'Etna ait un peu perdu de sa priorité et cédé au volcan de Naples la première place, il n'en reste pas moins un des volcans de la terre les mieux étudiés et connus. A cette particularité de la position géographique historique, l'Etna joint la grande fertilité de ses tufs et de ses cendres, l'abondance et la pureté des sources de sa base, la douceur du climat des régions inférieures, la variété, la richesse de sa végétation, tous avantages capables de retenir fortement les hommes dans le domaine de la montagne. De plus^ la majesté imposante de sa masse, énorme, régulière, bien isolée, avec ses zones concentriques de climat, de végétation et d'aridité ; les changements d'aspect qu'occasionne le cycle continu des saisons, des jours et des heures mêmes; ets urtout la constance et la grande envergure de ses terrifiants phénomènes éruptifs, devaient profondément impressionner les populations qu'il nourrissait ou celles que les vicissitudes amenaient dans son voisinage. De là, le respect, la terreur, l'admiration que l'Etna suscita et qu'on retrouve dans les mythologies et les légendes. De là aussi l'attrait qu'il présente pour les artistes et les savants. Il est vrai que cette énormité de relief et cette grande envergure des phénomènes, auxquelles il faut ajouter la violence des vents et l'acuité du froid dans les régions supérieures, ont rendu pénibles l'exploration du massif et l'étude complète de ses manifestations éruptives. Pour les vulcanologues, l'Etna est devenu important par la constance, lam-
pleur et la périodicité de ses éruptions, excentriques en général; par la complexité de sa structure qui révèle une évolution régulière dans la position successive des axes éruptifs, ainsi que plusieurs phases d'amoncellements énormes et de cataclysmes destructeurs, et qui sembla momentanément confirmer la théorie de L. de Buch ; par Ja grande homogénéité de ses produits essentiellement basiques; enfin, par la position tectonique qu'il occupe isolément dans les terrains plissés et failles de la Sicile orientale.
Bien que ce soit dans le dernier siècle seulement que des descriptions complètes de la forme générale et de l'aspect du massif volcanique aient été données, dans les belles pages d'Elie de Beaumont notamment, et que des mesures très précises aient été prises, les écrits des Classiques et des auteurs qui suivirent jusqu'au XIX^ siècle, simples notes, récits d'itinéraires, aperçus de l'une ou l'autre particularité du relief, sont toutefois suffisants pour que nous soyons certains que la forme et la physionomie du volcan sont restées à peu près les mêmes depuis les débuts de l'histoire écrite en ces régions, c'est-à-dire depuis 2 ou Soooans. D'ailleurs, aucune éruption enregistrée n*a présenté de phénomènes assez violents pour changer considérablement le relief. Mais si les descriptions anciennes nous attestent la grande altitude du mont, ses régions étagées de cultures, de forêts, de sauvage et froide aridité, elles nous laissent toutefois deviner que les quelques derniers cents mètres ont changé d'aspect; d'autre part, les calculs de Sciuto Patti montrent que, si l'activité a gardé pendant ces 2 ou 3ooo années la même intensité que durant les deux ou trois derniers siècles, ce qui semble probable, plus du sixième du volume total du massif a été rejeté par les cratères et les fissures. Il est vrai que c'est surtout vers le milieu des flancs que les matériaux s'accumulent, et même en certaines régions du pourtour seulement; en outre la végétation, plus ou moins aidée par l'homme, a vite regagné le terrain envahi par les flots de pierre fondue ou les pluies de cendres corosives.
Depuis Homère et Pindare, le volcan a donc présenté aux hommes la même forme générale et le même aspect que ceux qu'il offre encore aujourd'hui.
L'Etna s'élève par 3yo^'3" de latitude N. et 2o33'8" de longitude E. de Rome ; du moins telles sont les coordonnées de l'Observa-
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toire, situé à 2942 mètres d'altitude, un peu au S. et un peu au-dessous du bord du cratère suprême. La masse fait légèrement saillie sur la ligne générale des rivages de la côte au milieu de laquelle elle s'élance. Sa personnalité est déjà nettement distincte au seul aspect de sa forme, si différent de- celui du paysage environnant, et son pourtour est d'ailleurs bien indiqué.
Au N. et NO., s'allonge la croupe déchirée et boisée du Pelore et des NebroJes, haute d'environ i 5oo mètres, tandis qu'à l'O. s'élèvent, comme des avant-monts de cette grande échine, les quelques chaînes plus basses, plus petites, plus déjetées de Nicosie. Au SO. et S., le pied du volcan se perd dans les petites collines des Terre forti et la belle plaine de Catane, élevée de quelque dix mètres, et toute couverte de cultures. A l'E. s'étend la nappe immense de la mer. Le Simeto, Simetho de Strabon, qui descend des Nebrodes et gagne le mer au S. de Catane, limite le volcan du côté occidental et méridional ; l'Alcantara qui coule plus directement à la mer le sépare de la chaîne septentrionale, et le seuil entre les deux vallées, au NO. du massif, est à peine large de 5 kilomètres et haut de 860 mètres. Toutefois la limite n'est pas rigoureuse. Dans la partie moyenne de sa vallée, le Simeto a été légèrement dépassé par quelques flots de lave, et le petit fleuve a dû se creuser dans la roche un nouveau lit coupé de rapides et de cascades, tandis que vers l'amont, aux environs de Malelto, et vers l'aval, d'Aderno à Paterno, les laves restent à une distance moyenne de 3 kilomètres du fil de l'eau, distance qui s'agrandit encore entre Paterno et Catane au sud du volcan. Au NNO., la haute vallée de l'Alcantara est une limite précise, mais plus bas elle devient singulièrement incertaine; tandis que les petits cônes d'éruption de Mojo, au N. du grand volcan, s'élèvent dans une petite plaine au delà du torrent et que les produits volcaniques s'allongent en une bande étroite dans toute la basse vallée jusque près de Taormina,au NE. du volcan, au contraire, une crête de sédiments allongée NO. -SE. sur 12 kilomètres, large de 8 kilomètres, haute en moyenne de 600 mètres et dominée par le Monte Rizzo (822 mètres) s'interpose entre l'Alcantara et l'Etna. Il est vrai qu'un petit torrent, passant à Linguaglossa et à Piedimonte, borde aussi cette crête au SE., du côté du grand massif.
Quoi qu'il en soit, ces limites largement dessinées donnent avec la mer à la base du volcan, un périmètre d'environ i5o kilomètres, en
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forme d'ovale allongé, un peu effilé au SSE., une longueur N.-S. de 60 kilomètres, une largeur E.-O. de 40 kilomètres et une surface de 1600 kilomètres carrés.
Le sous-sol sédimentaire qui se montre sur tout le pourtour volcanique,! excepté à TE. toutefois, et qui affleure en trois ou quatre points (fenêtres) au NE. de Catane, vers Aci-Castello, fait attribuer au socle du massif une faible pente générale du NO. au SE. La ligne de contact entre la roche éruptive et les sédiments qui composent les collines, hautes de 900, 1000, 1 139 mètres même, d'entre Maletto et Bronte, est à 800 mètres environ. Elle tombe successivement à 700, 5oo et 200 dans la région occidentale, et conserve cette dernière altitude au midi, sur les collines des Terre forti et les affleurements d'Aci-Castello. De même au N., elle n'est plus qu'à 5oo mètres à la plaine de Mojo et descend successivement à 100 mètres et moins à la base sud-orientale de la crête de Rizzo. Toutefois, les collines qui accidentent ce pourtour, la chute plus rapide du niveau de contact au N., et l'absence complète de sédiments sousjacents dans la partie orientale, entre Aci-Reale et Fiumefreddo, montrent que ce socle n'est pas uniforme, et qu'une grande dépression s'étend probablement sous toute la partie nord-orientale du massif. Sciuto Patti donne au sol sur lequel s'est édifié l'Etna une hauteur moyenne de 210 mètres.
En ces limites, l'Etna développe sa masse, la plus élevée et la plus volumineuse parmi les volcans d'Europe. Sa forme générale est celle d'un cône. D'où qu'on le voit, ses flancs bosselés ou crevassés s'élèvent d'une pente en général de plus en plus accentuée vers la pointe terminale, noyée dans les vapeurs ou finement découpée sur le ciel, et d'où s'élancç le gracieux panache de fumée. Mais, quoique sa hauteur soit considérable, puisqu'elle dépasse 3ooo mètres, elle n'est pas proportionnelle à l'étendue de la base, et l'Etna « frappe moins par son élévation que par l'ampleur de sa masse » [FOUQUÉ]. D'ailleurs le cône est loin d'être régulier. En plus de cette base elliptique, ovoïde même, la position du sommet est excentrique et se trouve vers le foyer septentrional de l'ellipse En outre, les génératrices, de longueur et d'inclinaison variable, sont loin d'être rectilignes; cela découle en partie de la position du sommet, de la forme de la base et de l'inégalité de niveau du socle; en partie aussi des accumulations locales de laves et de cendres, des crevasses d'explosions, ou des terrasses
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formées par les chocs de la mer. D'une façon générale, le cône est très régulier dans la partie O., NO. et N., du côté où le socle est le plus élevé, et il garde cette régularité dans les parties supérieures du flanc méridional. Mais vers 800 mètres et jusqu'à 3 ou 400 mètres plus bas, ce flanc sud s'étale largement dans la direction du SSE. en une terrasse peu inclinée, renflement probablement dû à l'abondance des produits émis par les nombreuses fractures qui sont survenues en ce lieu durant la période historique, et qui plus bas, vient se confondre avec les basses régions de Misterbianco, Catane et Aci- Reale. Tout le flanc oriental de l'Etna, au contraire, depuis le voisinage du sommet jusqu'au rivage marin compris entre TAlcantara et Aci- Reale, semble avoir été raclé et légèrement évidé : on dirait une face de pyramide plutôt qu'une portion de cône : les laves, qui sont issues de fentes au NE. et au SE., au lieu de suivre une génératrice, se sont déversées à TE. Non seulement cette face latérale est moins saillante que le reste du massif, mais de vastes coupures et cavités l'échancrent encore en divers points.
Comme l'avait déjà montré E. de Beaumont, l'Etna se divise en trois régions principales et distinctes selon l'altitude. En bas, du moins du côté oriental et méridional, des bords marins et des Terre forti jusqu'à une dizaine de kilomètres à l'intérieur du massif et 3oo mètres d'altitude, la pente est presque nulle, à peine 3°. Ce sont les talus latéraux de E. de Beaumont.
Au-dessus de 5oo mètres la pente s'accentue, mais ce n'est qu'audelà du bombement sud-sud-oriental, et lorsque le volcan s'est dégagé de son socle au NO., qu'elle- atteint une inclinaison moyenne de 100, pour arrivera iS®, 20°, 25^ et plus, vers le haut. Cette partie moyenne, forme ce que E. de Beaumont, a appelé, assez improprement semble-t-il, la gibbosité centrale. Elle se termine, vers 2900 mètres, par une troncature circulaire, un peu allongée N.-S., d'environ 3 à 4 kilomètres de largeur et nettement visible lorsqu'on regarde le volcan du côté occidental.
Enfin, le cône terminal, édifié durant la période historique, se dresse sur cette terrasse supérieure dans sa partie sud-occidentale. Sa base circulaire, de 2000 mètres de diamètre,, laisse deux plateformes, une au NE. et une autre plus petite au SE., celle-ci bien connue sous le nom de Piano del Lago, à cause de quelques flaques d'eau temporaires. Le cône, aussi grand que la Fossa de Vulcano mais
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plus petit que le cône supérieur du Vésuve, est très régulier; sa plus haute pointe est depuis plusieurs années à l'altitude 3274 mètres, près de 400 mètres plus haut que le Piano; ses flancs ravinés par les eaux ont une pente de 32° environ; le cratère ofire actuellement l'aspect d*un entonnoir, au bord circulaire déchiqueté de 5oo à 55o mètres de diamètre, de près de 3oo mètres de profondeur et d'où fusent quelques vapeurs.
L'accident orographique le plus caractéristique de l'Etna est rénorme échancrure du Fia/ ^e/ ^o)»^ qui entame tout le flanc ESE. de la montagne en contrebas du Piano ; c'est un évidement de plus de 10 kilomètres de long dans le sens ONO.-ESE., de 5 de large, découpé comme à l'emporte- pièce jusqu'en plein cœur du massif et dont les escarpements sont d'autant plus formidables qu'on s'éloigne plus des basses pentes orientales de l'Etna avec lesquelles le fond vient se confondre. Le Val est fermé au N. par la Serra délie Concazze et son prolongement oriental, arête rigidement dirigée du bord NE. de la terrasse supérieure vers Milo; les parois ont jusqu'à I 000 mètres de hauteur. A l'occident, l'enceinte supérieure consiste en gradins escarpés, alignés NS., d'une hauteur totale pouvant dépasser I 200 mètres, puis au SO. et au S., la muraille s'incurve en un double amphithéâtre : Schiena dell'Asino. Serra del Solfizio, Monte Zaccolaro pour celui d'amont; Monte Sciuri Casino, pour celui, plus petit, d'aval. Le Val del Bove, ouvert à son extrémité E., vers Milo et Zaffarana, a 2 ou 3 kilomètres de largeur. En réalité, dans l'encemte commune il y a deux cuvettes tangentes indiquées par les incurvations de la paroi méridionale et séparées par un gradin énorme coupant le fond du val; talus de 100 mètres de haut, dirigé N.-S., dont la partie supérieure est à l'altitude 400 environ. Les rochers les plus saillants en sont : au N. Rocca Musarra, au milieu Monte Finocchio, au S. Monte Colanna. Le Val del Bove supérieur forme la plus grande cuvette des deux et la plus sauvage, avec ses sombres •parois, son fond parsemé de cônes et cratères secondaires, de cheires noires, « abîme de désolation, silence et mort », dit Stoppani, où pas un ruisseau ne bruit, pas une cabane ne s'élève. Le Val del Bove inférieur est quelque peu envahi par la végétation.
Un autre trait des plus caractéristiques du relief etnéen est le nombre extraordinaire et la position des cônes secondaires. Sartorius en indiquait 200 sur sa carte en 1845. Sa liste était incomplète et avec
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ceux qui se sont formés depuis, certains géographes en comptent aujourd'hui 700 ! C'est entre les altitudes 700 et 2 000 qu'ils se dressent surtout, bien qu'on en trouve dès la courbe de niveau 200 et jusque sur les flancs du cône terminal. Ils se pressent davantage selon certaines directions; vers le S. et le SE. sur le bombement qui s'approche de Catane; vers TO., entre Aderno et Bronte; vers le NO. du côté de Randazzo; vers le NE. et dans le Val del Bove. La plupart se groupent sur des lignes radiales, au nombre de 3, 5, 10, et même plus de 20, en petites chaînes qui ont de quelques centaines à quelques milliers de mètres d'étendue». Ces pustules, pour la plupart coniques, en majeure partie formées durant la période historique, sont en général entièrement composées de cendres. Le plus grand nombre de ces buttes nont que quelques dizaines de mètres de surrection, mais il en est de plus élevées comme les Monti Rossi, cônes gemellés qui dépassent 137 mètres et comme le Monte Minardo, près de Bronte, qui atteint 2i3 mètres. Les cônes les plus récents ont encore la forme normale, avec des cratères béants au sommet de flancs noirs et nus ; d'autres, plus vieux, ont des pentes adoucies, des cuves égueu" lées ou nivellées; d'autres encore ne sont que de simples bosses à moitié ou au trois quarts noyées dans des coulées de laves plus jeunes. Combien d'appareils adventifs ont ainsi disparus? Dans les hautes régions du massif, les cônes sont nus, plus bas on les voit se couvrir de sapins, de hêtres, de chênes, de châtaigniers, de vignes ou d'oliviers. Tel cratère de la région inférieure est un merveilleux jardin où de blanches villas brillent dans la verdure.
La partie inférieure du flanc NE., E. et SE. de l'Etna fournit encore un autre accident caractéristique de relief. Jusque vers 5oo mètres d'altitude, plusieurs terrasses régulières sont étagées sur une longueur de 40 kilomètres, depuis le pied SO. du Monte Rizzo jusqu'aux environ de Catane : on dirait un escalier de Titans. Entre Catane et Aci-Reale, les gradins sont proches de la mer et s'y terminent même en falaises et promontoires, qu'accompagnent à quelque distance les sept îles des Cydopes, en face d'Asi-Castello D'Aci-Reale à l'embouchure de rAlcantar£,les alluvions de quelques ruisseaux ont formé une plage basse, large de 2 à 3 kilomètres qui borde le pied de la dernière marche.
Le volume de la masse éruptive de l'Etna dont nous n'avons relevé que les principales irrégularités ne serait pas moins de 625 kilomètres cubes, d'après Sciuto Patti.
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L'Etna constitue une personnalité géographique bien distincte. Toute une gamme de climats, équivalente à celle qui se déroule sur l'étendue de l'Europe entière, s'étage sur ses versants, depuis la plaine de Catane et le bord marin, que suit l'isotherme de iS®, jusqu'au sommet dont la moyenne thermométrique est inférieure à zéro. Les vents d'hiver amènent des pluies qui donnent 5oo millimètres d'eau sur les basses pentes et environ looo sur la cime. D'octobre à fin mai, la neige recouvre le sommet, descendant parfois jusqu'à l'altitude i ooo, et persiste souvent l'été durant en certaines dépressions du cône terminal exposées au nord. Les eaux superficielles s'écoulent au SO. vers le Simeto, à l'E. vers la mer par quelques fiumavi ou torrenti alternativement tumultueux et desséchés, mais une grande partie de l'eau de pluie et de la neige fondue pénètre dans les cendres et les roches poreuses pour reparaître, surtout au contact des argiles du sous-sol, en fontaines nombreuses. Entre 5oo mètres d'altitude et le bord de la plaine et de la mer, et spécialement au SO., au SSE., et à l'E. du volcan, elles forment des alignements jalonnés de villes et d'habitations. D'ailleurs, dit Vidal de la Blache, « l'Etna est un grand filtre dont les bords, surtout au S. et à l'E., regorgent d'eaux pures et abondantes d.
Le cône terminal est dépourvu de toute végétation, sauf celle de quelques courageux senecio aetnensis qui s'aventurent jusqu'aux abords du cratère; plus bas poussent des genêts et des astragales chétifs parmi les coulées de laves et les amas de cendres qui forment une ^one désolée se rattachant au Val del Bove. La ^one forestière s'étend — s'étendait plutôt — de l'altitude 2 ooo à celle de ïooo; des coulées de lave récentes y ont fait de larges trouées et l'homme a dévasté de grands espaces. Au-dessous d'une frange de bouleaux nains, la principale essence est celle du pin ; dans certaines parties abritées et humides du NE., du N. et de l'O., des lambeaux c|<î forêts de hêtres et quelques beaux bois de chênes se conservent encore, mais au SO., au S. et à l'E., la forêt a presque complètement disparu et est à peine remplacée par des châtaigneraies. Sur la lisière inférieure des bois, commence la merveilleuse ^one des cultures et des habitations; au N. et à l'O., elle présente encore le même aspect qu'au temps de Pindare et d'Ovide ; de ce côté, la zone est étroite et ce sont principalement des blés et des oliviers qui dominent. Aux flancs opposés, favorisés par le climat, l'industrieuse
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population a aménagé le sol en le pulvérisant, en Tétageant en gradins, en l'irriguant avec les eaux du Simeto qui n'est jamais à sec. La vigne commence dans les châtaigneraies et devient vers 800 mètres le produit principal; puis lui succèdent oliviers et amandiers et, audessous de 3oo mètres, les fameux agrumi (oranges, citrons, mandarines). En quelques coins, autour des cités, apparaît même la végétation subtropicale, palmiers, cotonniers, etc.
Cette région fertile est une des plus peuplées du globe, et cela en dépit des dangers d'éruptions. La Sicile compte 120 habitants au kilomètre carré, mais l'Etna groupe sur ses flancs plus de 32oooo habitants, soit 25o au kilomètre carré. Si l'on ne considère que le croissant orienté vers le SE. au-dessous de l'altitude de 800, on arrive à une population spécifique de plus de 600 habitants, qu'atteignent, par ailleurs, bien peu de districts agricoles. Les centres du NO et N. sont peu nombreux : Bronte, la ville la plus proche du cratère ( 1 5 km.), Maletto, Randazzo, jamais ravagée, Mojo; mais les agglomérations se pressent par douzaine sur les autres flancs ; citons seulement Catane (120000 habitants», Aci-Reale, Aci-Castello, Misterbianco au SO. de laquelle s'élèvent les culots volcaniques de Motta, Patemo à 5oo mètres au N. de laquelle sourd la Salinelle, salse active environnée de sources acidulées, au pied des derniers escarpements de lave; Aderno, l'ancienne Hadranum de Denys le Tyran.
L'Etna est cerclé par une voie ferrée, mais n'a pas de funiculaire: un sentier et le télégraphe aboutissent au Piano del Lago où se trouvent l'Observatoire du Sommet, la Casa Inglese bâtie par des officiers anglais en 181 1 et la Tour du Philosophe, petite construction romaine ou normande en ruines. L'ascension est extrêmement pénible à cause de la longueur du trajet et de la nature rugueuse ou croulante du sol. On s'arrange généralement pour coucher, soit à la lisière inférieure des bois, soit plus haut à la Casa Inglese mais, pour peu que le temps soit propice, quel spectacle attend au sommet le courageux voyageur! Depuis la vaste chaudière ouverte à ses pieds jusqu'aux linéaments de l'Afrique, à 35o kilomètres de distance, un immense panorama se déroule, comprenant toute la Sicile, les îles des mers Tyrrhénienne et de Sicile, puis la Calabrc et la mer Ionienne. La beauté de l'horizon risque de faire oublier l'intérêt scientifique de la montagne elle-même !
Le volcan est toujours actif; pour le moins est-il surmonté d'un
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panache de vapeur; mais souvent des phénomènes plus importants se font jour. Ce sont des explosions de vapeurs noires, avec secousses et fracas, des rejets de cendres et de blocs, des coulées de laves. Mais tant que le point de dégagement reste situé au cône terminal, le volcan est plutôt magnifique que terrible. Les éruptions qui se ponent aux flancs sont plus dangereuses; c'est alors la zone forestière qui est entamée, que la lave sourde en un point isolé ou suivant un alignement de petits cratères sur une génératrice du cône. Le désastre est à son maximum lorsqu'une fissure s'ouvre dans la région où l'homme s'est fixé; c'est alors la destruction des vergers, des jardins, des villes elles mêmes. Mais quoi qu'il arrive, « le vif reprend le mort », la végétation revient et une nouvelle génération d'hommes prospère là où périt la précédente.
Les multiples influences que le massif volcanique exerça sur l'homme à travers le cours de l'histoire ont fourni matière à une documentation considérable, en grande partie classée aujourd'hui.
Laissant de côté les mythes dus peut-être aux Sicules et qui nous sont parvenus sous la formeque leur donnèrent Grecs et Romains, nous possédons des documents précieux de Pythagore, Thucydide, Aristotc, Elien, Lucrèce; puis du l<^^ au VI^ siècle, Diodore, Corn Severus, Strabon, Pline, Sénèque, Suétone, Lucilius Junior, Pomp. Mêla, Appien, Claudien, Solin, J. Obsequens, Orosius, Procope donnent au moins des notes sur l'aspect de certaines parties du massif, sur la disposition des zones de végétation et d'aridité, sur les explosions de cendres au sommet et les éruptions aux flancs. Ils ajoutent quelques dates de paroxysme et tentent des explications sur la cause des phénomènes; à cet égard, le seul livre de Lucilius Junior qui nous soit parvenu, est un essai plutôt curieux. Strabon laisse clairement entendre que l'ascension de l'Etna se faisait communément à son époque; une ville, Aetna, se serait trouvée vers la limite supérieure de la région boisée et aurait éié le point de ralliement naturel des voyageurs.
Les renseignements s'espacent durant le moyen âge : ce sont les désastres provoqués par les éruptions qui seuls attirent l'attention des Arabes et Normands, des Allemands, Angevins et Aragonnais. Malgré de grandes lacunes, la chronologie des éruptions est plus complète toutefois que du temps des Classiques; la date et la durée des paroxysmes sont souvent indiquées, ainsi que les surfaces et régions
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dévastées. Falcandus, Abu-Hamid de Grenade, Arnold de Lûbeck, M. Salvaggio, P. Bembo, Philotheo, Alberti Leandro, Sébastian Munster sont les rares auteurs scientifiques que Ton puisse citer. Les documents consistent surtout en chroniques et archives compilées dans les monastères.
Mais avec leXVI I^siècle réapparaissent les chercheurs ; c'est, du reste, un siècle terrible pour les habitants des pentes de TEtna. Les récits deviennent plus exacts et plusieurs éruptions sont décrites d'après observation directe. Les ouvrages de Baronio, Cluvers, Fazello, Coronelli, Bollandus {Acta Sanctorum), Luza, Th. Campanella, P. Carrera, A. Azour, Gemma, Borelli, Mancini, Tedeschi, Bacconi, sont les meilleurs de l'époque. Puis, au siècle suivant et au début du XIXe,ce sont Massa, d'Orville qui se fait descendre dans le cratère, Recupero, Aretii, Barbagallo, Riedesel, Hamilton, Brydone, Borch, Houel, Dolomieu, Faujas de Saint-Fonds, Gioenni, Mirone, Spallanzani, Maravigna, De Luc, Ferrara, Amari, Brocchi, Davy et Alessi. Avec Elie de Beaumont et Lyell, le massif est attaqué dans toutes ses propriétés. L'Etna sert de principal champ de discussion au.v partisans et adversaires de la théorie imaginée par L. de Buch. La plupart des géologues prirent part à cette lutte d'opinions : Luca, Dommando, Hofif, Byland-Palsterscamp, Palgrave, L. Pilla, H. Abich, Hoffmann, Calcara, Daubeny, Bornemann. P. Scrope, Deville, Grossi, Mantovani, Fuchs, Roth, Th. Bergk, Sciuto Patti, Baltzer, Falb, vom Rath, Saussure, Rpdwcll, Stoppani, les Gemmellaro dont l'un, Carlo, ne cessa d'étudier la montagne pendant un demi-siècle. Mais l'œuvre capitale fut celle de Sartorius von Waltershausen, monumental ouvrage paru en 1880, fruit de trente années d'observations personnelles et résumé de tous les travaux précédents. Depuis la publication de cette monographie, qui marque la fin de la théorie des cratères de soulèvement, peu de choses ont été ajoutées à nos connaissances sur l'Etna ; ce sont quelques analyses plus précises des produits, quelques détails sur les relations tectoniques, des idées générales sur la périodicité des éruptions et leurs caractéristiques, notes dues à Baldazzi, Cossa, Fouqué et surtout à O. Silvestri, Ricco et Mercalli. En même temps des commissions ont été chargées de l'étude de certaines éruptions et du relevé exact de l'orographie; l'Observatoire enfin s'élève dans le voisinage du cratère.
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Si rares et peu précises que soient les notes des auteurs antérieurs à ce dernier siècle, elles sont suffisantes pour nous convaincre que les variations subies par le volcan depuis 2000 ans ne sont pas très considérables. Les modifications ne sont importantes que dans les 400 derniers mètres de la montagne et quelques régions des flancs.
Sartorius, le premier, a établi assez nettement révolution du sommet en se basant surtout sur la structure des parties supérieures en même temps que sur les documents. Le cône terminal s'est principalement élevé durant le XYIII® siècle, mais la terrasse qui lui sert de base, assez régulière en apparence, est en réalité très accidentée, et le savant allemand y a retrouvé les indices de deux vastes cratères, l'un très ancien, l'autre de formation historique, qui servent de points de repère pour comprendre les descriptions données par les auteurs.
La plus ancienne et la plus grande de ces cuves, le cratère elliptique de Sartorius, a laissé des fragments visibles en trois points : toute la partie NNO. et NE. en deux morceaux d'une longueur totale de 2 à 2 1/2 kilomètres, et la partie SSO. longue de 490 mètres entre le cône terminal actuel et le Val del Bove. Cette chaudière avait un grand axe probable de SgSo mètres dans la direction NO. -SE. et un petit axe de 2 85o; l'altitude moyenne du rebord est de 2925 mètres. Toute la partie sud-occidentale est cachée par le cône terminal actuel ; toute la partie sud-orientale a disparu dans l'effondrement du Val del Bove, à une époque qui n'a laissé que des souvenirs confus à nos lointains ancêtres ; l'arête septentrionale, est interrompue par les coulées de 1809 et i838, descendues du cône récent. Les couches de laves et de scories qui composent ces fragments de cratère dominent par des falaises d'une dizaine de mètres de hauteur la troncature de l'Etna. En outre, dans la partie supérieure du Val del Bove, une petite terrasse horizontale, couverte de cendres et de lapilli différents des produits voisins, interrompt brusquement les parois abruptes qui s'inclinent vers le Val: Sartorius considère ce fragment appelé Piano-Leone, comme un reste du fond du cratère elliptique ; son altitude est d'une centaine de mètres au-dessous de l'arête du cratère elliptique.
L'autre cuve, à peu près circulaire, est presqu'exactement recouverte par le cône terminal actuel. Le rebord du cratère ne se voit plus qu'en deux fragments, au SSE. L'un d'eux est une échine de 540 mètres de longueur PI.-O., à l'altitude de 2925 mètres, formant vers le N. un escarpement d'une dizaine de mètres contre lequel sont venues butter
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les laves de 1787, i832 et i838; elle touche à l'orient l'extrémité N. de Tarète SSO. du cratère elliptique et porte à l'occident la Casa Inglese. L'autre fragment de cette cuve, encore beaucoup plus petit, affleure un peu à l'ouest. Le cratère du Piano del Lago, ainsi que l'appelle Sartorius, a environ 2600 mètres de diamètre; ses produits ont, d'une part, contribué à combler le cratère elliptique, et, d'autre part, à augmenter le relief extérieur des hauts versants occidentaux de l'Etna. En plus des fragments de rebords cratériques,son existence est prouvée par le palier circulaire qui existe à la base du cône terminal; une inclinaison, à peine sensible, 2 à 3^, succède à la forte pente du cône, suivie à son tour par des pentes de 250. Le palier est moins sensible au N.et au NE., mais il existe pourtant et, de ce côté, le versant du cratère va se perdre dans la plateforme du cratère elliptique. Le cratère du Piano del Lago a donc son centre sur le bord sud-occidental du cratère elliptique et ce même centre paraît être aussi celui du cône terminal actuel.
Quelles qu'aient été les transformations de passage entre les deux anciens cratères, avant, pendant ou après, peut-être, avant, pendant et après la formation du Val del Bove, on peut affirmer que jamais les vicissitudes n'intéressèrent un niveau inférieur à celui du cratère elliptique, qu'elles ne bâtirent jamais d'appareil plus volumineux que celui dont on voit la partie inférieure sous le bord du cractère de Piano, qu'elles ne formèrent jamais orifice plus vaste que le cratère de Piano. On peut conjecturer que, après la formation du Val, le grand cratère elliptique, vidé, s'éteignit, que la cheminée se déplaça au bord SO. et y édifia un cône régulier. En tous cas, durant la période historique, c'est sur ce point sud-occidental que l'activité se manifesta.
Certes, la description de Strabon ne f)eut guère s'appliquer au cratère du Piano, deux fois plus grand. Le «< plateau tout uni, de 20 stades de circuit environ, et bordé circulairement d'une sorte de bourrelet de cendres... », plateau au sol peu solide et brûlant, au milieu duquel on apercevait une butte conique fumante, devait surmonter d'après Sartorius, à 3oo mètres plus haut, les flancs prolongés du cône sud-occidental; c'est dans cette cuve ou sur ses bords que, « par suite de la nature capricieuse des éruptions volcaniques », — c'est toujours Strabon qui parle — devaient se former les « nouveaux cratères qu'il n'était pas rare de voir s'ouvrir sur tout le pourtour du
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sommet ». Les écrits, vagues et espacés, des auteurs suivants indiquent, d'une part, des démolitions successives qui réduisirent ce sommet jusqu'au niveau de la grande cuve de Piano, et, d'autre part, l'existence d'une ou plusieurs cuves supérieures, variant d'aspect et de dimension, mais dont l'une garde en général les mesures du cratère de Strabon, de plus en plus élargi. Solin, dans la première moitié du V« siècle, dit seulement que « sur le mont Etna, il y a deux ouvertures à travers lesquelles la fumée est projetée »'. D'après Falcandus, lors de l'éruption de 1 169 et du formidable tremble-terre qui secoua la Sicile orientale et la Calabre, « une partie du sommet de l'Etna sembla avoir été considérablement brisée », vers le NE. Et de même, d'après Fazello, le sommet se serait encore écroulé, vers le S. cette fois, lors de l'éruption et du tremble-terre de Î444. ^^ Bembo, quelques années plus tard, signale l'existence, au sommet, de deux cuves distantes de la portée d'une fronde, dont l'une, la plus élevée, entourée d'une étroite saillie, avait trois milles de circonférence (1) et laissait voir, au fond, un large trou qui lançait des pierres brûlantes. Cette cuve était sans doute le grand cratère de Strabon. agrandi parles écroulements de 116.7 et 1^4^, tandis que l'autre, puits immense environné d'une plaine étroite et chaude, était probablement un orifice latéral, ouvert peut-être dans la plaine nord-orientale de la troncature supérieure et aujourd'hui caché par des produits plus récents. En i533 et 1540, Philotheo vit deux cratères, l'un à TE., d'environ 100 pas de diamètre, l'autre à l'O. En 1541, Fazello ne vit qu'un seul orifice, vaste chaudière de quatre milles (7136 mètres ?) de circonférence et très active, plus grande donc que les cuves de Strabon et Bembo, mais moindre que le Piano del Lago actuel. Enfin, d'après quelques auteurs qui parlent de l'éruption de 1669, notamment Borelli et Papallardo, toute la partie supérieure du volcan se serait écroulée et le circuit du cra ère aurait doublé durant ce formidable paroxysme. La gravure de Borelli, faite du S., montre clairement la diminution de la montagne jusqu'un peu audessus du Monte Frumento méridional, soit au niveau du cratère de Piano.
Ainsi, on connaît, dans ses grandes lignes, l'évolution du sommet
(1) D*après Spallanzani. Cestsans doute le mille lombard, 1784 mètres. Du reste, les autres milles italiens ne diffèrent guère de celui-ci. 3 milles =• 5352 mètres.
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depuis Strabon jusqu'en 1669. où le cratère devint réellement cette vaste bouche de 2600 mètres de diamètre que nous retrouvons encore. Sans tenir compte des transformations de moindre importance, il est certain qu'il y eut diminution générale de hauteur en même temps qu'élargissement progressif du débouché principal des produits. Par ta suite, dans la période relativement si courte qui s'est écoulée depuis 1669, ce grand cratère s'éteignit comme s'était éteint le cratère elliptique. Ses vastes dimensions ne furent point utilisées par les éruptions, moins brutales, des siècles suivants. La cheminée centrale déboucha toujours en son centre, mais l'orifice 3'isola, s'entoura d'accumulations grandissantes qui, peu à peu, comblèrent l'énorme chaudière et finirent même par en cacher la plus grande partie des bords. La formation, en deux siècles, de cet édifice interne, montre que dans les périodes sur lesquelles les documents font défaut, périodes jusqu'à cinq fois séculaires, soit deux fois plus longues que celle qui vit s'édifier le cône terminal actuel, il a pu se produire, puis disparaître, de pareilles constructions terminales, dans les cuves de Strabon, de Bembo ou de Fazello. Mais aussi la destruction du haut sommet du Piano, présage peut-être aussi celle du cône actuel.
D'Orville, en 1721, vit encore ce cratère énorme formé en 1669 auquel il donne « peut-être plus de 4 milles de tour (8000 mètres?) », mais à travers les tourbillons de fumée et de flammes rougeàtres, il aperçut, au centre, un monticule conique, composé de laves, dont il estima le sommet à soixante pieds au-dessous du bord cratérique et dont la base pouvait avoir de six à huit cents pieds de circonférence. C'était le cône actuel qui s'édifiait. Et déjà en lySo, Vicenzo Chiusi dit avoir trouvé au sommet de l'Etna une montagne de forme conique, dont le pied avait environ trois milles de tour et le flanc
1 000 mètres, dimensions un peu moindres que celles du cône terminal actuel. Une plaine de 100 perches (120 mètres?) de tour, au centre de laquelle une ouverture lançait, de temps en temps, une fumée puante, terminait cette colline. Depuis cent cinquante ans, le cône terminal s'est développé et le cratère s'est modifié. D'une façon générale, il semble que l'accumulation de matériaux augmente la hauteur et le volume du cône, sans que de grands paroxysmes viennent détruire ou fortement retarder cette oeuvre, et qu'en même temps les dimensions du cratère diminuent. En 1769, Hamilton donne au cratère
2 1/2 milles de tour (4500 mètres?) et l'année suivante, Brydone
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lui en attribue 3 12 (65oo mètres?); en 1788, Spallanzani donne au cône une hauteur qui correspond à celle qu'il a aujourd'hui ; dcb deux cratères actifs qui s'ouvraient alors au sommet, le plus grand situé au SO., profond de 3oo mètres, au fond plat perce de nombreuses bouches, n'avait que i 1/2 mille de tour (2700 mètres). Durant les trois premières décades du XIX^ siècle, une même grande cuve circulaire de 400 mètres de diamètre et d'environ 25o de profondeur subsista, sans même modifier les dentelures de son bord, telle la Dent, culmen situé au NE., auquel Smyth en 181 5 et John Herschell en 1824, attribuent 3314,4 et 3319,9 mètres d'altitude; à peine, au fond du cratère, deux ouvertures donnaient-elles lieu à de petites accumulations de produits. Vers i83o, en plein bord ESE., s'ouvrit le Pozzo di Fuoco; en i855, Bornemann trouva vers l'orient un troisième cratère, mais par la suite et jusqu'en 1879, les voyageurs ne signalent plus que la grande cuve occidentale, toujours surmontée au NE. parla Dent. Toutefois, c'est sur l'arête opposée, au SO., qui avait continué à s'élever par l'apport de produits meubles que se trouvait le véritable sommet par 3 369 mètres. L'éruption de 1879 fit crouler en partie les bords ; le sommet s'abaissa d'une centaine de mètres (3274 actuellement) et le diamètre s'élargit de i5o mètres.
Les modifications de relief aux flancs de l'Etna durant la période historique ont un caractère différent de celles qui survinrent au-dessus du cratère elliptique. Celles-ci furent aussi bien destructives que constructives, tandis que celles-là se bornèrent, par une répétition du même phénomène, à grossir dans de grandes proportions le volume du volcan. Une fente radiale, s'ou^'rant à mi-flanc en un ou plusieurs points, rejette des produits meubles qui s'accumulent dans un rayon plus ou moins étendu et dégorge généralement par les parties basses une ou plusieurs coulées de lave qui emplissent les dépressions les plus accessibles. Puis, sur le flanc opposé ou en un lieu voisin, ou même sur la même fracture, la série des phénomènes se répète, ajoutant de nouveaux apports, couvrant en tout ou en partie les amoncellements antérieurs, qui peu à peu, disparaissent dans l'édification.
D'après les calculs de Sciuto Patti et de Mercalli, l'Etna a rejeté de ses flânes depuis 1669, jusqu'en i865 pour le premier, jusqu'en 1879 pour le second, environ 3 1/2 kilomètres cubes de lave; et il est probable que le volume des matériaux meubles a été deux fois plus considérable, soit donc en tout, pour un travail de deux siècles, une
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accumulation de lo kilomètres cubes. En supposant — et cela est très probable — que l'activité de ces deux cents années donne un bon étalon de ce qu'elle fut durant les vingt-cinq siècles de période historique, c'est loo à i5o kilomètres cubes de matériaux qui auraient été ajoutés à la masse de l'Etna, soit environ la sixième partie de ce qu'elle est aujourd'hui. Comme la troncature du sommet a conservé la même altitude et que la base s'est peu modifiée c'est par le bombement des flancs que ce résultat a pu être obtenu. Les masses épanchées se sont surtout solidifiées entre les altitudes 200 et 2 000, et plus dans de certaines directions que dans d'autres, notamment vers l'O., le NNO., l'E. et le SSE. Nicolosi occupe le centre d'une région particulièrement visitée par les laves. Au contraire, les laves de quelques génératrices du cône ont une apparence préhistorique et aucune éruption n'a jamais été signalée dans leur direction, par exemple vers le SO.
Le travail volcanique associé à l'incurie de l'homme a modifié l'aspect des flancs en dégarnissant en partie la montagne de la zone forestière; le suffixe in Bosco resté à certains villages, aujourd'hui situés en des régions déboisées, témoigne suffisamment du recul des arbres [ViDAL DE LA BLACHE.]
Nous avons dit que l'Etna était toujours actif; du moins a-t-il été signalé tel par ceux qui en ont parlé dans le cours des âges. Même, grâce aux traditions rapportées par les Classiques, pouvons-nous faire remonter cette activité constante à trois à quatre mille années avant nous et la prolonger parla pensée à travers les périodes intermédiaires qui constituent des lacunes plusieurs fois séculaires dans l'histoire du volcan. Depuis deux cents ans, en particulier, on peut dire qu il n'y eut jamais de calme complet.
D'autre part, il paraît certain que la cheminée centrale actuelle fut le siège de cette irritation continue. Que l'orifice terminal ait été le cratère elliptique, le cratère du Piano ou celui de notre époque, l'axe de cette cheminée semble avoir peu varié de position. C'est par le sommet de l'Etna que se dégagent sans cesse des vapeurs, alors que le reste du massif est au' repos. Elles y persistent même quand les phénomènes principaux ont lieu en d'autres points.
Les différentes manières d'être de l'activité etnéenne se classifient aisément. On distingue les manifestations terminales (au cratère supé-
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rieur), subterminales (sur les flancs du cône terminal — autant qu'il y en existe un), latérales ou excentriques (en contre-bas du Piano). Parmi les premières, il y a le typesous-solfatarien ou de moindre activité, le type sol fata rien, le type strombolien. enfin, le type effusif. Mais il est évident que les caractéristiques posées pour ces typ)es sont imprécises et que les phases passent fréquemment de Tune à l'autre par une suite de degrés insensibles. Quant au terme « éruption m, on ne remploie guère que lorsque les habitants du flanc de la montagne sont pris d'inquiétude en voyant un torrent de lave descendre plus bas que le Piano del Lago.
L'état de calme relatif auquel le volcan revient plus ou moins vite après chaque exaspération comporte au moins la sortie de gaz volcaniques par un ou plusieurs évents dans l'unique cratère, et parfois quelques fumerolles sur les flancs extérieurs du cône terminal. Il se dépose çà et là du soufre, du salmiac ou d'autres sels. Les périodes de ce type sont rares. On signale, par exemple, les années 1759 à 1763', et un laps de quatorze mois de 1880 à 1882.
Dans le type solfatarien proprement dit, le volume des gaz, vapeurs ou fumées est plus considérable ; les jets remplissent le cratère, de sorte qu'on n'en voit plus le fond, et un immense panache gris ou blanc surmonte le volcan. Ces émissions sont continues ou intermittentes, enflammées ou relativement froides, silencieuses ou bruyantes. Les matières sublimées augmentent en quantité. L'Etna répond alors aux descriptions de Strabon, de Solin, de Fazello (ï54i), à celle de la période 1656-1669. A leur tour, D'Orville, V.Chiusi, Brydone, Borch, puis Hamilton en 1769, Spallanzani en 1788 (période 1787-1791) constatèrent les mêmes phénomènes. De i855 à i863, en 1880, en 1882 et actuellement (1908), c'est la phase solfatarienne.
Que l'activité augmente, c'est le type strombolien. Les orifices du fond cratérique rejettent des cendres, des lapilli, même de la lave et s'entourent de cônes de débris. Ces jets de matières solides ou pâteuses sont en général intermittents, mais ils peuvent se répéter à intervalles réguliers pendant des mois ou des années, avec des variations de violence et d'emplacement. Bembo vit l'Etna en période strombolienne; c'était aussi l'état du volcan de i6o3 à 1607, en i638, de 1669 à 1682, de 1727 à 1754, mais cette dernière période fut coupée par des phases plus violentes ; puis de 1755 à 1759, de 1800 à i83o,
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de i863 à i865, de 1873 à 1880, de 1882 à i883, on observera encore ce type explosif. Une description précise est celle du 8 août 1864 : O. Silvestri vit que du cratère terminal s'élançait une gerbe incandescente; par intervalles de cinq à six minutes, on sentait une secousse du sol et on entendait une détonation ; une bouffée 'de vapeurs très acides jaillissait et des paquets de scories incandescentes, peu volumineux, montaient jusqu'à l'altitude du bord cratérique pour retomber au fond.
Dans toutes ces phases, l'Etna est considéré comme en période de calme, la poussée volcanique ne suffisant pas à rejeter les matériaux en dehors du cratère. Ces périodes remplissent les intervalles — des mois, des années, des décades même — entre les éruptions, et la faible activité cratérique persiste généralement si celles-ci ont leur siège aux flancs du volcan.
Les classiques n'énuméraient que cinq ou six éruptions. A la fin du XVIIIe siècle, Spallanzani en comptait une trentaine, dont dix éruptions cratériques et vingt latérales. Aujourd'hui plus de cent cinquante, dont les descriptions sont d'une valeur très inégale, en sont classées. Sur ces cent cinquante éruptions, plus des trois cinquièmes ont eu lieu depuis 1400 — et nous sommes loin de connaître toutes celles des XV^, XVI^ et XVIJe siècles — (soit près de vingt par siècle en moyenne), et les autres avant 1400 (trois par siècle depuis Tan 1000 avant Jésus-Christ). Ceci prouve simplement notre ignorance de ce qui s'est passé avant la Renaissance.
En i32i, i323, i328, i333, i35o, plusieurs fois entre 1494 et i533, «en 1541, 1554, i633, 1693, 1694, 1781, 1798, 1799, i8o5, 1809, 1899, la cheminée centrale fut soumise à des poussées stromboliennes assez puissantes pour lancer le pin de fumée et de cendres jusqu'à plusieurs milliers de mètres et faire retomber les lapilli, scories et bombes sur les flancs du cône. Ces éruptions terminales sont les manifestations les plus simples qu'on fasse entrer dans la liste des éruptions de l'Etna.
Un paroxysme de nature différente provoque V éruption terminale effusive\ la lave remplit le cratère et fait déborder une coulée basaltique par l'une ou l'autre échancrure, mais ces coulées descendent rarement plus bas que le niveau du Piano. D'ailleurs ces effusions 5ont courtes, peu volumineuses et rares. En 1732, 1735, 1736, 1744, 1745, 1752, 1753 ce furent probablement des phénomènes de ce
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genre qui interrompirent une longue période d'activité strombolienne; en 1787, la lave descendit vers l'OSO.; en i83i, nouvelle coulée délave; puis, en i838, débordement suivant deux directions opposées, vers le NO., ce qui recouvrit un fragment du mur du cratère elliptique, et vers le SE. jusque dans le Val del Bove. En 1842, i863, 1864, 1868 eurent lieu de nouvelles coulées issues du cratère terminal.
Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que l'énorme pression de la colonne de lave (d'après Mercalli, elle atteindrait 826 atmosphères au niveau de la mer, 82 tonnes par décimètre carré), puisse provoquer des fissures dans le cône terminal par lesquelles la lave s'épanche. Ces effusions subterminales sont généralement beaucoup plus abondantes que celles issues du cratère suprême ; le flot de lave descend le plus souvent bien au delà da Piano, et dévaste même parfois la région boisée; on n'en compte, du reste, qu'un petit nombre. En 1682, la lave s'écoula vers le Val del Bove, en 1688 (?), nouvelles effusions subterminales dans la même direction, suivies d'une éruption latérale. En 1809, ^^^^ bouches éruptives s'ouvrirent à la base du cône vers le NE., et, quelque temps après, la fissure se prolongeant en contre-bas du Piano, treize nouvelles bouches versèrent la lave qui atteignit la route de Randazzo à Linguaglossa. D'autres éruptions subterminales eurent lieu en i83i, i838, 1842 et i863. En 1869, c'est le versant E. du cône qui se fissura et laissa couler la lave en cascade de feu dans le Val del Bove.
Mais de toutes les éruptions, ce sont celles dont le siège est aux flancs, éruptions latérales ou excentriques, qui sont spécialement caractéristiques du volcan. Ces éruptions, d'une courte durée relative, se déplacent fréquemment, durant le travail des forces internes, de l'amont vers l'aval. La fissure, toujours orientée suivant une génératrice du cône, ainsi que Borelli le fit remarquer à propos du cataclysme de 1669, s'ouvre entre les altitudes 2000 et 700, soit donc à au moins deux kilomètres du sommet, et semble intéresser de tous autres foyers que la cheminée centrale. Aussi, ces manifestations excentriques, ne semblent que peu affecter l'état momentané du grand cratère. Tandis que le siège du paroxysme se déplace vers le bas, le long de la fente radiale, le cratère terminal reste peu actif, ou du moins son activité est faible relativement aux phénomènes qui se font jour ailleurs.
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On s'est souvent demandé lesquelles des éruptions représentaient le plus grand effort. Suivant Spallanzani, les effusions cratériques correspondraient à un synergisme maximum parce que la montée de la lave a lieu à une altitude plus considérable, tandis que les autres, par leur plus forte violence, témoigneraient d'une proximité plus grande des foyers internes, provenant peut-être même de sources qui ne seraient point en contact avec les magmas centraux, mais ces discussions semblent un peu futiles en face de l'ignorance profonde où nous sommes encore du dynamisme volcanique interne.
Les éruptions latérales sont généralement précédées de tremble-terre qui se font surtout sentir vers le lieu où le déchirement du sol se prépare, puis les secousses cessent avec la venue des produits à la surface, mais elles reprennent quand les effusions sont terminées et se répètent pendant quelque temps. Ces phénomènes furent très nets en i865, 1874 et 1879.
Voici une énumération succincte des éruptions excentriques et de leurs caractéristiques. Entre crochets sont mises les éruptions terminales et subterminales. Le point d'interrogation précédant la date indique l'ignorance où Ton est de la nature de l'éruption ; le point d'interrogation mis après la date indique une éruption excentrique dont le lieu d'émission n'est pas connu.
Avant l'ère vulgaire, nous trouvons, principalement d'après les recherches d'Alessi : (?) i5oo. — (?) 1470. — (?) 735. — 693, vers Catane. — (?) 565, — 475, vers Gatane. — 426 ou 425, vers Catane.
— 394 (?) - (?) 141. — (?) i35. — (?) 126. — 122 ou 121, vers Catane. — (?) 61. — (?) 56. — (?) 49. — (?i 44. — (?) 42. — (?) 36. — (?) 3 !.-(?) 10.
Années de notre ère : (?) 38. - (?) 5o. — (?) 72. — (?) i65. — 252, vers Nicolosi et Catane. — (?) 400. — (?) 410. — (?) 420. — (?) 5oo. — (?) 56o. - (?) 604. - (?) 644. - (?) 814. - (?) 859. - (?) 9M. - (?) 1004. — (?) 1044. — 1064 (?). — (?) 1 157. — (?) 1 160. — (?) 1 164. -r- 1 169, 4 févr., éruption très violente au flanc SE.; il y aurait eu i5ooo morts. — 1175 (? — (?) 1194. — (?) 1197. — (?) 1222. — (?) i25o. — 1284 ou 1285, éruption dans le Val del Bove. — [i32i].
i329, 28 juin. — D'une fente formée au-dessus de Rocca Musarra, dans le Val, sortirent des produits qui édifièrent le Monte Lèpre; le
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mois suivant, une nouvelle fente s'ouvre dans le voisinage de Fleri, la lave forme le Monte Rosso et coule jusqu'en mer au N. d'Aci- Reale. — [i333]. — i333 ou ï334, éruption effusive abondante au SE. -[.35o].
i38i, 6 août. — La lave surgit d'une fissure située à une altitude très basse, près de Mascaluccia (SSE., 1/4 S.), forme les Monti Arsi et se déverse en mer en comblant le port d'Udine, au N. de Catane.
1408, 9-20 novembre. — Au flanc S. du volcan, au NE. de Nicolosi s'édifient des bouches éruptives, d'où sort une grande quantité de lave.
1444. — Eruption dans la région de Nicolosi comme les deux précédentes ; la lave est très abondante. En même temps, de fortes explosions abaissent notablement le sommet du cratère terminal. — 1446, sortie délave à la base de Rocca Musarra. — 1447 W-
1470. — Éruption qui suivit le même chemin que celle de i38i, le lieu d'émission se trouvant au pied des Monti Arsi.
1494. — Bembo assiste à cette éruption qui édifie le Monte Frumento méridional, à 2844 mètres d'altitude, au SSE. du volcan.
Éruptions terminales répétées de dates imprécises entre 1494 et i533.
i533 (?). — i535. — A quelque distance en amont de Nicolosi, s'éleva, selon Gemmellaro, le Monte Nero de Zappini. — i536, en mars. Une violente éruption terminale, avec effondrement d'une partie du bord cratérique, donna naissance à des torrents de lave qui descendirent vers Randazzo, Bronte et Aderno (NNO., O. et SO.), puis le flanc S. s'ouvrit dans la région boisée, au-dessus de Nicolosi; une abondante coulée forma un second Monte Nero au SE. de celui de i535. — 1537, 12 mai. Le flanc SE. se fend à une haute altitude; en quatre jours, la lave parcourt 10 kilomètres et envahit Nicolosi et Monpiliere. — 1640 (?). — [1541].
i55o. — Centre de l'activité au Monte Frumento méridional (SSE). — [1554]. — i566, novembre. Coulée de lave vers Linguaglossa (NE.). — 1578 (?); 1579 (?) — i58o. Une nappe de lave menace Aci- Reale (SE.). — 1595. Selon Waltershausen, des laves situées au NE. d* Aderno (SO. du volcan) datent de cette époque. — i6o3 (?).
1607. — D'importantes coulées provenant d'une haute altitude descendent à l'OSO., jusque près d* Aderno, et d'autres, au flanc opposé, surgissent à une hauteur moindre. — 1608. Effusion abondante vers le S. — 1609, juillet. Éruption dirigée au NNO., vers Ran-
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dazzo. — i6io. L'efïusion suit, à deux reprises, le même chemin OSO. qu'en 1607.
1614, juillet. — Éruption lavique au flanc N., remarquable par la lenteur de la coulée et de son refroidissement. Olivieri atteste que la lave avança pendant neuf années au bout desquelles la tête était à 10 milles du point d'émission. D'après Borelli,elle n'aurait avancé que de deux milles en dix ans. — 1624. Les bouches de 1614 donnent une nouvelle quantité de laves qui, pour ainsi dire, se superposent aux précédentes.
[i633, 21 février]. — 1634 vers le SSE. et le SE., des éruptions répétées émettent des laves qui coulent vers Fleri et Nicolosi. — i635 (?). — i636 (?).
T640, 1643, 1646. — A plusieurs reprises, les effusions laviques se dirigent vers Linguaglossa et Mojo ; lors de la dernière de ces éruptions, s'édifie le Monte Nero septentrional à l'altitude 1930. —
i65i, 16 janvier. — Eruption sur deux flancs opposés; la lave descend vers Bronte (O.) et dépasse cette ville; à l'E., la lave menace Mascali. — i633 (?). — 1654 (?). — i656 (?).
T669. — C'est la plus violente éruption dont nous ayons l'histoire. Après un violent tremble-terre qui remua les environs de Nicolosi, une fente s'ouvrit le 1 1 mars sur une longueur de plusieurs milles, puis, le soir du même jour, se prolongea à l'aval jusqu'à Monpiliere sous Nicolosi, atteignant ainsi une longueur de 18 kilomètres. Plus de vingt bouches éruptives s'alignèrent, dont les deux plus actives, vers le bas, devinrent le double Monte Rossi de 25 1 m. de haut. On voit encore dans la Grotta délia Palomba une portion de la fente ouverte en 1669. La période explosive fut suivie d'une abondante effusion. La lave dégorgea du pied du Monte Rossi et se divisa en trois branches ; la nappe la plus longue se dirigea vers Catane, atteignit le 28 mars un petit lac, le Guarna di Niuto, puis le 1 1 avril les murs de Catane et la mer le 23 avril. La lave cessa de couler fin mai, mais de nouvelles effusions reprirent en juin. La poussée lavique fut accompagnée d'une telle activité au sommet que, le 25 mars, les murs du cône terminal furent dispersés jusqu'au niveau du Piano. On a calculé que cette éruption de 1669 produisit 760 millions de mètres cubes de lave et au moins autant de produits meubles, soit plus d'un kilomètre cube de matériaux. La lave mit plus de huit ans à refroidir.
[1682]. — [1688]. — 1688; Éruption très élevée, à l'ESE. — 1689, en mars, éruption dans la partie N. du Val ; prolongement de celle de Tannée précédente. — [1693]. — [1694]. — 1702. Coulée vers Trifoglietto.
1723, 1724. Courant de lave à l'O. vers Bronte. — 1727 (?!, [1732]; 1733 (?/; [1735]; [1736]; [1744]; [1745.] Effusions assez copieuses, sur lesquelles on manque des détails. — 1747. S'ouvre dans le Val. — 1748 (?.. — [1752]. — [1753].
1755, en mars. — Eruption effusive au cratère terminal. En même temps, une fissure située à l'amont de Rocca Musarra, un peu plus bas que celle de 1747, rejeta une quantité prodigieuse d'eau chaude qui produisit de grands dégâts dans les cultures de l'aval. — 1759. 19 avril. Eruption au S. vers Nicolosi et au NNO. vers Randazzo.
1763, en février. — Coulée de lave vers Bronte (O.), puis en juin, au S., s'édifia la Montagnola en matériaux meubles, près de la Schiena dell'Asino. — 1764. Coulée vers Randazzo, au NNO. — 1766, avril. Coulée vers Nicolosi. Ces trois éruptions donnèrent plus de 400 millions de mètres cubes de lave. — 1776 (?).
1780. — Une fissure se produit dans la région boisée, au S., et la lave se déverse à TO. et au SO. — [1781]. — 1783. Nouvelle éruption peu abondante. — [1787].
1792, mai. — Effusion au cratère terminal ; puis par effrondrement d une partie du Piano del Lago se forme une grande bouche Cisiema; puis une seconde sur le versant méridional de la Serra del Solfizio, d*OLi descendirent vers Zaffarana 450 millions de mètres cubes de lave. — [1798]. — [1799].
1802. — Coulée de lave issue de Rocca Musarra. — [i8o5]. — 1809. — Eruption subterminale, puis latérale, décrite à la page 458. — 181 1. Une dizaine de cônes secondaires s'édifièrent dans le fond du Val et, de la bouche la plus basse en altitude sortit une abondante effusion qui forma le Monte Saint-Simone.
18 19. — Eruption effusive dans la partie inférieure du Val.
[i83i]. — i832. — Eruption intéressant trois génératrices; au SE., en octobre, très haut, peu de lave; à TO., en octobre, à l'emplacement de l'éruption de i55i, effusive très abondante; au NNO., le i«r novembre, au-dessus du bois de Randazzo, presqu'à l'opposé de la première des trois fissures. — [i838]. — [1842]. — 1843. Vers le
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NO., cette éruption eut son siège à un kilomètre de celle de novembre i832, mais elle fut plus abondante.
i852. — Une fissure dans le fond du Val, près de la Serra di Giani- •cola amène la formation de plusieurs bouches dont deux édifient en matériaux meubles les Monti Centenari (un d'eux a 170 mètres de hauteur); puis de l'extrémité aval de la fissure jaillit un torrent de lave qui se dirige vers Zaffarana et Milo. Ce fut l'éruption la plus copieuse du siècle. — [i863].
i865. — Le 3o janvier, à 10 heures du soir, le monte Frumento se fissure de haut en bas et la lave jaillit immédiatement, puis la fente se prolonge de plusieurs kilomètres vers le bas. Huit cônes s'élèvent successivement le long de la fissure, de l'amont à l'aval, au fur et à mesure que celle-ci s'allongeait; puis la lave sort à nouveau et, ïe 2 février, formait une nappe de 2 kilomètres sur 6 de long et 10 mètres d'épaisseur. Au début de mars, il y eut recrudescence d'effusion, puis les cônes adventifs reprirent une phase explosive jusqu'en mai et cessèrent d'agir de haut en bas. Le paroxisme avait duré 200 jours. Les cônes cratériques forment une échine encore existante appelée monte Sartorio. — [1868]. — [1869].
1874. — 11 y eut tout d'abord redoublement d'activité au cratère terminal, puis, le 28 août, au flanc N. se déclara une fente de près de 3 000 mètres de longueur dont le point haut est à l'altitude 2450. Plus de trente cônes s'édifièrent le long de la ligne, dont un de 5o mètres de hauteur et de 25oooo mètres cubes se trouva construit en sept heures de temps. Il y eut très peu de lave. L'éruption latérale, surtout explosive, n'avait duré qu'un jour.
1879, 26 mai. — Simultanément, à 2 65o au S. et entre les altitudes 2100 et 1950 au N., se produisent deux fissures. La première n'émet qu'une faible coulée; tandis que sur l'autre s'élèvent 14 cônes en matières meubles et que la lave s'écoule en aval de la base du Monte Nero édifié en 1646. Le courant se jeta dans un ravin à sec et parcourut 9 kilomètres en onze jours jusqu'à 800 mètres de l'Alcantara. Un des cônes de matières détritiques représente à lui seul 25 millions de mètres cubes.
i883, du 22 au 25 mars. — Pendant un paroxysme d'une phase strombolienne au cratère terminal qui envoyait des cendres jusqu'à Catane et Messine, une fissure s'ouvrit au S. vers l'altitude iioo, à 6 kilomètres au N. de Nicolosi. dans le prolongement de la fente
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de 1879. Elle se continua vers Ta val dans une direction nettement radiale, avec quelques petites fissures mineures dé droite et de gauche- Sur les deux kilomètres d'ouverture, plus de vingt bouches lancent des produits, mais les treize supérieures n'émettent guère que des gaz tandis que les huit autres édifient en deux jours de petits cônes d'une trentaine de mètres de haut en scories et paquets de laves.
1886. — S'ouvre au S. encore, vers 1000 mètres d'altitude. Pendant cette éruption, l'observatoire du sommet fut détruit.
1892, le 9 juillet. — Le flanc de l'Etna se fissure au S. au-dessus de 2000 mètres et donne une petite coulée; quelques heures après, une seconde fente apparaît un peu plus bas et à 25oo mètres vers TE., donnant lieu à une effusion plus importante. — [1899].
Cette longue énumération permet certaines constatations :
10 On peut admettre une certaine périodicité dans le retour des éruptions. Il est vrai que, depuis le XlVe siècle, il s'est plusieurs fois écoulé des périodes de plus de vingt ans sans éruption d'aucune sorte; le repos aux flancs aurait même été de trente-neuf ans au début du XVI® siècle, mais en groupant toutes les éruptions terminales, subterminales et latérales, il y en a eu quatre-vingt-cinq depuis i535, dont vingt à vingt-cinq durant chacun des XVIl% XVIIIc et XIX<î siècles, soit en moyenne une éruption tous les quatre ou cinq ans. En se bornant aux éruptions excentriques, l'intervalle moyen est de huit à neuf ans avec un maximum de vingt-trois ans (1724- 1747) et un minimum d'un an (1763- 1764) en deux points tout à fait différents.
11 y a là une répétition fréquente de paroxysmes à intervalles assez, régulier, comme c'est le cas d'ailleurs pour les volcans à magma basaltique. Certes, le rythme est plus constant au Stromboli, à la fois plus complexe et plus régulier au Vésuve; mais tout n'a pas encore été dit et l'on peut prévoir la découverte à l'Etna d'un cycle d'activité de plus longue période. Il y a, en effet, un certain balancement entre la durée des intervalles : les éruptions se pressent de i53J à 1554, de i6o3 à 1624, de i633 à i656, de 1682 a 1694, de 1732 a 1766, de 1776 a 1811, de i832 à 1843, de i863 à 1886, de sorte que ces huit périodes, comprenant 181 années, ont assisté à soixante-treize éruptions, alors que les temps intermédiaires jusqu'en 1908, soit 184 années, n'en ont vues que quatorze.
2° On peut se demander si chacune des éruptions citées se sépare
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nettement des autres. Lorsque deux éruptions chronologiquement voisines ont leur siège au même point de l'écorce, il semble qu'on puisse admettre que la première en date prépare la seconde ou que la seconde continue la première; ainsi 1329-1 333, i535-i537, 1614- 1624, 1688-1689, 1747-1755, 1759- 1764- 1766, 1802-1811- 1819, 1832-1843, 1874-1879, 1 879- 1 883-1 886- ï 892. En attendant de connaître le mécanisme des forces internes, il est au moins loisible de poser la question et de considérer jusqu'à un certain point les deux, ou trois, ou quatre époques de paroxysme comme faisant partie d'une même éruption prolongée plus longtemps que d'ordinaire.
30 II y a inégale fréquence de fissures dirigées vers les différents azimuths. Tout en remarquant qu'il est parfois difficile de décider de l'orientation de la fente lorsqu'elle se produit à une haute altitude, que la direction d'anciennes éruptions sont simplement données par le nom de la plus forte bourgade voisine de sorte qu'il règne une assez grande incertitude sur leur emplacement réel, tout en remarquant enfin que la lave ne coule pas toujours suivant une génératrice du cône, on peut constater que Nicolosi et le Val del Bove sont plus souvent visités par les laves que d'autres districts. Sur une soixantaine d'éruptions excentriques et assez nettement localisées, signalées depuis 1329, on relève les directions suivantes : S. et SSE. (Paterno, Nicolosi et Mascaluccia), vingt fois; SE. (Fleri), cinq fois; ESE., par le Val del Bove, douze fois; E. (Mascali), une fois; ENE. et NE. (Piedimonte et Linguaglossa), quatre fois; N. (Mojo), sept fois; NNO. (Randazzo), cinq fois; O. (Bronte), quatre fois; SO. (Aderno), trois fois. Le quadrant, SE. à lui seul, aurait été visité trente-sept fois par les laves et les trois autres quadrants ensemble vingt-quatre fois seulement.
Certains secteurs semblent être restés indemnes de lave durant la période historique; ainsi celui du SO. au S., entre Aderno et Paterno, puis celui de l'ONO., entre Randazzo et Bronte. Il faut aussi remarquer, d'après Gemmellaro, qu'un seul orifice, celui de i65i, se rouvrit par la suite, en ï832.
40 II y a de véritables plans de fractures qui se signalent par l'apparition simultanée de laves aux deux extrémités d'un même diamètre, ainsi en 1607, i65i, 1759, i832, 1879. D'autres fois, à une émission de lave en succède une autre sur la génératrice opposée, ainsi les
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séries lySg et 1763, 1764 et 1766, 1874 et 1879. Il y a pourtant des éruptions où les génératrices intéressées à la même époque sont situées obliquement Tune par rapport à l'autre : 1329, 1763, i832.
50 Le prolongement fréquent vers l'aval d'une fissure durant une même éruption; citons au moins 1669, 1809, i865 et i883. Mais, citons aussi l'exception de 1634 où ^® phénomène fut inverse. Constatons aussi que très souvent des éruptions se succédant dans une même direction ou aux extrémités d'un diamètre eurent lieu à altitudes de plus en plus basses : i535 et i536; 1614 et 1624; 1682, subterminalc à l'ESE.. 1688 et 1689; 1759, 1763, 1764 et 1766; Ï874, 1879, i883 et 1886. Par contre, en 1892, le point d'émission est plus élevé qu'en 1886.
6° Il paraît exister une corrélation entre l'abondance des laves et la basse altitude du point d'émission, sauf l'éruption de i883 qui, à cet égard, constitue une exception. 11 est naturel que lors d'une effusion lavique, elle se produise par le point le plus bas de la fissure ; mais il ne s'ensuit pas qu'il doive y avoir proportionnalité entre la quantité de lave et la distance au sommet du mont; c'est pourtant la règle générale.
Les effusions terminales donnent peu de lave ; les eff'usions subterminales n'en donnent guère non plus; celles des régions boisées en fournissent de 5o à 100 millions de mètres cubes (1689, 1780, i865, 1886). En 1702, 1763, 1766, 1819, i852, le centre d'émission est plus bas, le volume sorti de la montagne oscille entre 100 et 25o millions de mètres cubes. L'effusion de 1792, survenue près de Fleri, en donna le double. Enfin, le cataclysme de 1669, ^^^^ ^ f^i^ exceptionnel par sa faible altitude, fut accompagné d'un flot de lave qui est de beaucoup le plus abondant que nous connaissions à l'Etna.
Les laves de l'Etna ont une composition assez constante et remarquablement basique. Ce sont des basaltes plagioclasiqucs essentiellement formés de feldspath labradorique et d'augite. 11 y a en plus un peu d'olivine, de magnétitc, d'apctite et d'isérine (titanate de fer), mais aucune leucite, si abondante au Vésuve.
Selon Abich, la lave de 1669 consistait en 54,80 p. c. de labradorite et 34,16 p. c. d'augite. et l'analyse centésimale ne donnait que 48,83 o/'* de Sioi. Pour la lave de i865, O. Silvestri a obtenu 49,83 de 5/o«, 18,20 d'alumine, 12,06 de protoxyde de fer, 11, 35 de
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chaux, 4,00 de magnésie, 3,39 ^^ soude, puis des traces de potasse, manganèse, etc.
En plus des gaz et des dépôts divers (chlorures, sulfates, carbonates) que Ton rencontre autour de tous les volcans actifs, l'Etna émet par ses fumerolles des sels de cuivre caractéristiques qui le différencie des autres appareils actifs du globe. Selon Fouqué, la cuprite est parfois si abondante qu'elle forme un tapis verdoyant sur certaines parties de ses coulées.
L'œuvre des éruptions historiques de l'Etna a été d'augmenter son volume d'après un mode assez simple, mais il s'en faut que nous puissions remonter du présent au passé et reconstituer la formation du massif en quelques mots. Le temps n'est plus où l'on pouvait attribuer 125 siècles à l'Etna, comme résultat d'une simple règle de trois, ou toute autre période qui tiendrait compte des produits volcaniques entraînés par les eaux pluviales .
On le sait maintenant, ce n'est pas à un simple cône volcaoique que nous avons à faire, c'est à un organisme complet. Au fur et à mesure que l'observation devient plus rigoureuse, un certain nombre de faits se dégagent, mais aussi de nouveaux problèmes surgissent, et, ayant de plus en plus conscience de notre ignorance, nous nous éloignons, pour ainsi dire, de simples affirmations.
Après les premières constatations scientifiques de Dolomieu et Spallanzani, l'Etna — et plus particulièrement le Val del Bove — servit à étayer la théorie que Léopold de Buch venait d'émettre à son retour des Canaries (i832), et qui fut surtout appuyée sur les observations que fit Eliede Beaumont en 1834.
L'idée était que l'accumulation des produits éjectés ne pouvait suffire à former un massif tellement volumineux et que véritablement le sol avait dû se soulever à cet endroit pour former un vaste anticlinal aux pentes raides sur lequel les laves et tufs du cratère terminal et des cônes secondaires formaient comme un léger manteau. La forte inclinaison de certaines couches que l'on voit en coupe sur les parois du Val furent un argument important, car, à cette époque, on ne pensait pas que les coulées de lave puissent se figer sur de telles pentes.
Cette théorie, acceptée en France et en Allemagne, fut vivement combattue en Angleterre et ce fut encore l'Etna qui fournit contre la théorie le faisceau de preuves réunies par Lyell, puis par Gemmellaro,
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Sartorius et autres. Tout d'abord, Targunient tiré du volume considérable de l'Etna n'avait aucune base sérieuse : on sait aujourd'hui que depuis la période géologique où nous ramènent les débuts de l'Etna, un nombre de siècles se sont écoulés suffisant pour l'édification d'un volcan aussi volumineux que celui qui nous occupe. De plus, si les matériaux des parois du Val sont en grande partie disposés en couches inclinées vers l'extérieur, ces couches ne sont ni épaisses, ni continues, ni concordantes, comme on le pensait après une première étude superficielle. Vus de près apparaissent les enchevêtrements de coulées et de bancs de matériaux meubles ; les coulées sont étroites et d'aspect scoriacé, analogues à celles qu'on a vu descendre de fortes pentes ; les produits se sont écoulés et étalés dans une diversité extrême et sans aucune cohésion. En outre, des observations directes ont montré dans le cours du XIX^ siècle que certaines laves pouvaient se solidifier sur des pentes aussi fortes que celles de l'Etna et plus forte que celles qu'Elie de Beaumont posait comme limite extrême. Enfirw, les filons qui apparaissent en si grand nombre sur les parois du Val ne présentent ni failles ni rejets et sont pour la plupart verticaux. Il n'y a eu ni dislocation, ni déplacement, donc pas de soulèvement depuis que les fentes, qui étaient aux emplacements de ces filons, ont été remplies de lave fluide. La théorie des cratères de soulèvement est aujourd'hui totalement abandonnée, mais elle a été féconde par les études qu'il a fallu faire pour la combattre. C'est encore l'anciene conception de Spallanzani, édification par simple accumulation qui sert de base à la vulcanologie.
Sans parler des milliers de pustules latérales, d'évents accessoires qui, durant les siècles de la préhistoire, se sont édifiés sur les flancs de l'Etna comme pendant les siècles récents, et que les pluies ont nivelés ou que de nouvelles laves ont submergés sous leurs coulées, sans compter les petits appareils périphériques, il y a dans l'édification du massif etnéen au moins deux grands volcans.
L'un d'eux est celui qui a sa cheminée au cratère terminal actuel et dont l'histoire décrite plus haut comporte des phases se rattachant au cratère elliptique, à celui du Piano del Lago, et, depuis 1669, au cône terminal. C'est la montagne à laquelle a été réservé le nom de Gibello; c'est à elle qu'appartiennent les éruptions mentionnées, avec le magnifique filon nord-sud qui a été si fréquemment le siège de l'activité.
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Du côté oriental, le Gibello se mêle intimement aux restes découpés de l'autre grand appareil, mais les éruptions qui, durant la période historique, ont éclaté de ce côté, doivent néanmoins lui être rattachées, car elles sont venues sur des fentes radiales par rapport au cratère actuel et elles ont donné des produits de même nature (doléritique) que les éruptions des autres directions. Le Gibello est donc un grand volcan aux trois quarts complet. Très régulier, à cheminée axiale constante, et à filons rayonnants, il est formé de produits meubles et de laves, ceux-là environ deux fois plus abondants que celles-ci, étalés régulièrement autour de la cheminée et des filons. Tous ces produits, anciens comme modernes, ont une composition et une structure remarquablement constantes.
D'autre part, Tétude détaillée du Val del Bove a révélé plusieurs faits dont la conclusion est que cette dépression est une véritable et immense Ca/^efr^, c'est-à-dire une cavité provenant de Teffondrement ou de l'explosion d'un volcan qui occupait cet emplacement. Ce volcan disparu a reçu de Lyell le nom de Trifoglietto.
Tout d'abord, on avait remarqué que les bancs de produits qui apparaissent en coupe sur les parois du Val étaient notablement inclinés, comme s'ils étaient issus d'un cratère dominant le Piano di Trifoglietto, partie méridionale du Val del Bove supérieur. On voit ces couches au Monte Zaccalara (SE.), à la Serra del Solfizio (S.); à la Schiena dell' Asino (SO.), puis à la Serra Gianicola (NO.); enfin à la Rocca Capra (NE.). Ensuite, on constata que les filons, assez rares sur le pourtour de l'Etna, sont extrêmement nombreux aux environs du Val, comme si on était au voisinage d'une puissante cheminée cratérique, et, ayant appris à distinguer les produits des deux volcans, on trouva un nouvel argument dans la disposition de ces filons; Sartorius indiqua que ceux que leur caractère pétrographique rattachait au Trifoglietto convergeaient vers le centre du Val. Enfin, il fut découvert que les filons provenant du Gibello recoupaient fréquemment ceux du Trifoglietto, tandis que la réciproque ne se voit jamais.
On a donc prouvé l'existence d'un volcan maintenant bouleversé. D'après Gemmellaro, certaines roches isolées entre les deux amphithéâtres du Val, Rocca Musarra, Monte Finocchio, Monte Colanna peuvent être considérées, tant par leur position que par leur structure, comme des fragments restés en place de la paroi orientale du cratère du Trifoglietto.
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Ce volcan n'est point un cône adventif sur celui du NO. Tout d*abord, on a lieu de le croire antérieur au Gibello, et ensuite les produits sont différents. Le Trifoglietto a émis des matériaux plus acides et plus clairs que l'autre, ils sont constitués par une trachydolérite, dite aussi diabasiqueou feldspathique; tandis que le Gibello a rejeté des produits plus foncés et de nature plus doléritique, pyroxénique même. Au monte Curiazzo, sur le bord du cratère elliptique, c'est une dolérite à caractère porphyrique et à cristaux de plagioclase. Ces différences, faibles mais constantes, ont permis à Gemmellaro d'appeler le Trifoglietto Taxe feldspathique et le Gibello l'axe pyroxénique du massif etnéen.
Le domaine du Trifoglietto est assez difficile à délimiter, car en dehors du Val ses produits sont recouverts par ceux plus récents du Gibello. Entre les deux bouches éruptives, les masses des volcans se limitaient étroitement, et en certains endroits on voit leurs produits s'abutter réciproquement, mais au SE. et à l'E., le domaine du Trifoglietto devait s'étendre jusqu'à la mer et au NO. jusqu'aux environs de Linguaglossa. D'après le pendagedes couches, le Trifoglietto a dû atteindre 3ooo mètres d'altitude.
L'antériorité du Trifoglietto n'est point absolument démontrée; elle ressort en partie de la position relative des filons issus des deux volcans. Puis, ayant trouvé que les plus anciens lambeaux du massif sont acides, et que le Trifoglietto a émis des produits plus acides que le Gibello, il en suit une déduction naturelle, mais non forcée. Quoi qu'il en soit, il est certain que les cheminées furent simultanément actives pendant une longue période et que le Gibello continua à émettre des produits après l'extinction de l'autre.
Quelle a été la fin du Trifoglietto, qui coïncide évidemment avec l'origine du Val de! Bovc? Est-ce une succession prolongée de phénomènes d'intensité ordinaire ou médiocre qui aurait amené un effondrement? Ne serait-ce pas plutôt le résultat d'une gigantesque catastrophe analogue à celles du Krakatoa, du Timboro, du Papandayan? Lyell, Gemmellaro, Sartorius von Waltershausen penchent pour la première hypothèse; Stoppani, Mercalli, Fouqué et la plupart des savants modernes pour la seconde. L'apparence nette des parois du Val appuie cette manière de voir, de même que le fait suivant : on a trouvé un peu partout au pied des escarpements extérieurs, mais principalement sur les talus de faible inclinaison entre
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le Val del Bove et la mer — et ici en grands amas — des produits vitreux. Ce sont des matériaux qui, portés à une haute température^ ont été refroidis brusquement et n'ont pu prendre la structure cristalline. Ces lapilli, tufs denses de couleur foncée, possédant tous la vitrosité caractéristique, formaient le bain fondu lors de l'explosion du Trifoglietto et furent figés dans leur trajet dans les airs.
L'inclinaison du Val s'explique aisément par la résistance qu'offrait le massif de Gibello à la poussée explosive, qui pourtant fut assez forte pour emporter le tiers sud-oriental du cratère elliptique. La direction de moindre résistance fut le SE., et c'est par là que se vida l'immense cuvette. La formation du Val mit fin à l'activité du Trifoglietto, et Ton peut présumer qu'elle termina le rôle actif du cratère elliptique au Gibello. La cheminée pyroxénique se déplaça légèrement et édifia autour de sa bouche le cratère du Piano del Lago. Cette extinction conséquente à une explosion paraît avoir pour Fouqué la valeur d'une loi générale : « L'affaiblissement momentané ou définitif du foyer éruptif, en une localité déterminée, . peut être attribué à la mise à découvert du bain fondu aux points correspondants et à la perte abondante de matières volatiles qui sont l'agent direct des explosions. »
En plus de ces deux massifs principaux, il y a d'autres appareils périphériques, certes moins volumineux et complexes, mais importants toutefois en ce qu'ils représentent probablement les plus anciennes formations du domaine etnéen.
Aci-Castello : aux environs de cette ville, il y a le rocher d'Aci- Castello même, puis ceux de Catanzaro, de Val-Corrente, de Rose Trezza et les sept îlots des Cyclopes. Tous ces blocs sont de petites masses irrégulières de basalte, remarquables par leur clivage prismatique (Isola Trezza surtout); aux Cyclopes, ce basalte est riche en beaux cristaux d'analcine et en une variété d'anorthite, dite cyclopite. Ces basaltes sont, en certains endroits, entourés de formations quaternaires marines qui ne montrent aucune trace de métamorphisme ; ils sont donc antérieurs à cette période. Ailleurs, au contraire, aux Cyclopes notamment, les surfaces de contact prouvent que ces îlots sont postérieurs ou du moins contemporains des dépôts quaternaires marins.
Monte-Mojo : c'est un petit système de collines de tufs et de lave
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basaltiques, situé au delà de TAlcantara, aligné vers Taxe doléritique du Gibello ; l'éminence centrale a 200 mètres de diamètre avec un cratère ouvert au nord. Le système de Mojo est plus récent que celui d'Aci-Castello. La Rupe de Paterno, la Motta S. Anastasia, au S. de Misterbianco, sont formées de laves basaltiques venues à la lumière par de vrais appareils à cratère subaérien, mais dont les traces sont plus ou moins effacées.
Dans un autre ordre d'idées, il faut aussi citer la falaise d'Aci-Reale, qui permet d'embrasser d'un coup d'oeil une longue période de la'vie du volcan, sans qu'on sache si c'est auTrifoglietto ou au Gibello que ces produits se rapportent. Sept coulées de lave, formant un plateau de 100 mètres d'élévation, sont superposées, chacune séparée des autres par une couche de tuf, ou même de terre végétale due à l'action de l'atmosphère pendant la série des siècles où chacune s'est trouvée l'assise supérieure qu'avait envahi la végétation. On a aussi constaté le phénomène curieux que, tout en s'accroissant par le haut, la falaise émerge de plus en plus par le soulèvement de la côte ; des lignes d'érosion distinctement tracées par la mer mesurent, par leur altitude audessus de la nappe méditerranéenne, la poussée que subissent de bas en haut ces roches ctnéennes.
Si les débuts de l'Etna sont actuellement fixés à la fin du pliocène, les hypothèses diverses sur la formation des plis montagneux, surtout en Sicile, sont encore trop discutées pour qu'on puisse décrire les phénomènes tectoniques qui précédèrent l'édification de ce volcan. Mais les mouvements du sol et les dépôts marins et fluviatiles sont assez bien connus pour la période qui s'est écoulée depuis le miocène.
L'Etna est situé dans une dépression de l'écorce, à la fois grand synclinal avec petits plis secondaires et champ d'aftaissement fissuré et plus ou moins colmaté. A cet égard, la situation rappelle celle du Vulture ou mieux encore celle des volcans romains et ceux de la Campanie; mais en Sicile un plus grand nombre de terrains de la série géologique participent à la formation du socle.
Le fragment sicilien de la Tyrrhénide, gneiss, schistes et calcaires cristallins des Monts Pelores et lambeaux de roches primaires qui s'y appuient au sud, apparaît à quelques kilomètres au N. du bord volcanique et s'enfonce probablement vers le SO.
Les grands plis de la série secondaire éocène, qui constituent
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l'épine dorsale de la Trinacrie comme celle de l'Italie, viennent butter en discordance contre les pentes méridionales du vieux noyau des Pelores. Le plissement de ces rides date de la fin de Téocène et de Toligocène. Elles consistent, dans le voisinage du volcan, en une série assez complète et assez concordante des étages : trias moyen, lias, tithonique, néocomien, cénomanien, éocène moyen et supérieur; mais il y a des lacunes assez fréquentes et quelques petites discordances indiquant des exondations, transgressions et régressions ; on trouve même des traces de plissements anté-tertiaires. Ces couches sont surtout formées de calcaires variés, puis de matériaux d'autre nature : marnes, grès, dolomies, conglomérats, arènes, brèches, schistes et, à Téocène supérieur notamment, d'épaisses argiles écailleuses caractéristiques. Ces plis s'alignent de l'ESE. à l'WNW. et forment la bordure N. et NW. du volcan qui n'entre en contact qu'avec les assises éocènes ; ils s'esquissent dans les environs de Taormina et au Monte Rizzo, qui est un petit anticlinal éocène, et se développeilt largement dans la direction des Nebrodes. L'élévation des plis va en décroissant du N. au S. et au SSW.
Au S. du volcan se trouvent des plis composés des mêmes assises, mais plus petits, plus isolés. On les voit aux monts Judica, à l'VV. de Paterno, dans les monts Hybléens au SE. de la Sicile, et dans les environs de Syracuse. Ils forment une rangée parallèle à celle du N., et dans la dépression synclinale qui les sépare s'est élevé l'Etna, probablement sur des lignes parallèles et des plis plus petits.
Mais il faut tenir compte de l'opinion de plus en plus affirmative de certains géologues qui voient dans les plis de Sicile, comme en Tunisie, en Italie, dans les Alpes, dans les Carpathes, non des anticlinaux et synclinaux simples et autochtones, mais des plis secondaires formés à travers une immense nappe de charriage préexistante. D'après Lugeon et Argent, ce transport daterait de la fin de l 'éocène «t proviendrait de la mer Tyrrhénienne.
Une autre question se pose : N'y eut-il pas, à l'Est de la Sicile, une lonide comme il y eut une Tyrrhénide au Nord? On incline à le croire, mais le problème esc encore obscur.
Quoi qu'il en soit, toutes les apparences indiquent qu'au début du miocène, une dépression synclinale existait à l'endroit où se trouvent maintenant l'Etna et la plaine de Catane.
Postérieurement à l'oligocène, il n'y eut plus de grands mouvements
MÉDITERRANÉE
de récorce; on n'a constaté que des oscillations verticales, souvent locales, mais qui produisirent des dislocations importantes.
Les assises miocènes presque horizontales remplissent encore les synclinaux des terrains plissés antérieurement. Les trois étages du miocène sontlargement représentés à TW. et au NW., mais ils n'arrivent qu'en quatre ou cinq points au contact du volcan. Les assises inférieures furent déposées en des mers profondes, mais vers la fin elles deviennent lagunaires ; les matériaux sont des arènes, des molasses, des calcaires et surtout des argiles remarquables par leurs inclusions de soufre, de sel gemme et de gypse. En certains points, on trouve des poches de gypse qui atteignent jusqu'à loo mètres d'épaisseur.
La situation des dépôts des âges pliocènes et quaternaires prouvent que l'île ne fut jamais complètement immergée depuis le miocène. Mais la Sicile subissait des mouvements qui la détachaient des massifs et chaînes du N. et de l'W. et lui donnaient sa configuration actuelle^ surtout au N. et à l'E., puis, plus tard, au NE., au SW. et au S.; enfin, elle s'élevait par un mouvement de bascule, tandis que la Tyrrhénide — et peut-être l'Ionide — s'affaissait. Le pliocène et le quaternaire ne forment que des bordures côtières ; on n'en rencontre guère que de faibles lambeaux à l'intérieur des terres. Les couches les plus âgées sont en concordance avec celle du miocène, en retrait le plus souvent, exceptionnellement en transgression (aux environs de Messine, le pliocène est porté jusque sur le terrain cristallo-phyllien). Les assises pliocènes et quaternaires sont parfois légèrement ondulées ou inclinées ; elles sont généralement en retrait les unes sur les autres et de faciès de moins en moins profond ; le dernier étage pliocène est même formé de dépôts littoraux remarquables par les associations d'espèces qui ne vivent plus que dans les mers boréales et d'autres restées méditerranéennes. Le morceau pliocène le plus proche de l'Etna se trouve à l'embouchure de l'Alcantara.
Il est probable que, durant la période pliocène, un golfe marin occupait la place de l'Etna. C'est sous les eaux qu'eurent lieu les premières éruptions. Recupero a signalé sous les argiles quaternaires de Catira des ponces mises à découvert par le creusement d'un puits -^ elles sont blanchâtres, acides, en morceaux de la grosseur d'une noisette et forment un produit « semblable à la pouzzolane de Naples ».
Le quaternaire est plus richement représenté que le pliocène aux
ITALIE ET SICILE Etna*
environs de TEtna; il débute, nous Tavons vu, par une transgression. Ce sont d'abord des argiles compactes, bleues, verdâtres, des sables jaunes à Spondylus, Murex hrandaHs^ Buccinum, et des sables ferrugineux, assises marines que Lyell rangeait dans le pliocène supérieur, mais qui, d'après Stoppani, Meyer et les géologues actuels sont quaternaires inférieurs, contemporains du glaciaire : presque toutes les 206 espèces de mollusques et d'échinodermes que renferment ces couches sont encore vivantes actuellement. Ces assises se montrent dans les Terre forti centrales, près de Nizzeti et de Catane, au N. de Catane, dans la vallée du Simeto, puis à Fiumifreddo, encore à la base des Cyclopes, etc..
Peut-être qu'un grand massif s'élevait déjà dans la partie orientale du domaine etnéen, un Trifoglietto ou un Pré-trifoglietto, car, d'après Gemmellaro, l'absence de produits quaternaires d'Aci-Catena à Piedimonte prouverait qu'une grande masse mettait obstacle en cette région aux apports des rivières occidentales.
Après le dépôt de ces couches quaternaires, un soulèvement lent et intermittent est indiqué par des conglomérats, des cailloux, des sables, des alluvions de nature littorale, fluviatile ou même subaérienne, puis aussi par des terrasses bordières successives étagées le long de certains rivages, notamment au flanc oriental du volcan. Dans les Pelores, ce soulèvement, plus violent qu'ailleurs, a porté les dépôts pléistocènes jusqu'à plus de 1 000 mètres d'altitude.
Pendant ce soulèvement, le Simeto et l'Alcantara prennent leur cours actuel. Certains dépôts en contact avec la lave prouvent que leur courant et leur delta buttaient contre le volcan ; on le voit près de Fiumifreddo, de même à gauche de la moyenne et basse vallée du Simeto, puis dans la plaine de Catane. C'est problablement à cette époque du soulèvement, pendant que se formaient les terrasses à l'E. du Trifoglietto déjà existant, que surgissent les petits volcans subaériens de San Anastasio, de Paterno, peut-être de Mojo, et que vont émerger les Cyclopes; puis c'est le Mont Gibello qui s'édifie; la Sicile se fixant à son niveau actuel.
Les alluvions récentes sont des sables marins et fluviaux ; on les trouve sur la plage de Riposto, à l'embouchure de l'Alcantara, puis ça et là dans les vallées des rivières et dans la plaine de Catane.
Quelques auteurs placent, avec Lyell, les débuts de l'activité etnéenne au quaternaire ; ils se basent sur la position recouvrante
que prennent sur le conglomérat quaternaire des Terre forti, les Tufs volcaniques subaériens dans lesquels Lyeil a trouvé des feuilles de Laurus nobilis, de Myrtus communes et de Pistacea lentiscus. tufs qu'il considérait comme les plus anciens produits du volcan, mais Gemmellaro, Mercalli et la plupart des autorités actuelles reportent cette origine à une époque bien antérieure.
Il paraît certain en tous cas que les produits volcaniques les plus anciens sont ceux que trouva Recupero et qui prouvent qu'au pliocène il y avait dans le voisinage un volcan acide en activité.
Un autre argument de l'ancienneté etnéenne est l'existence, signalée par Boute, de VElephas antiquus sur le massif du volcan ; celui-ci était donc déjà bien formé durant la période quaternaire inférieure. Enfin les terrasses orientales et méridionales de l'Etna sontérodées non seulement dans le tertiaire, mais aussi dans le quaternaire; le massif existait donc antérieurement à l'époque de cette érosion qui commença au plus tard à la fin du tertiaire.
Les Monts HyblÉENS, Monti Iblei des Siciliens, ou Monts Héréens, Monti Erei, ou encore Monts de Licodia-Eubea, forment le relief de la Sicile sud-orientale, mais le sommet et le flanc septentrional seuls sont d'origine volcanique. On désigne aussi par Volcans du Val di Noto (du nom de la province), ces amas de produits éruptifs.
La faible importance orographique de ce domaine explique la pauvreté des recherches particulières dont il a été l'objet; pourtant, récemment, Sartorius von Waltershausen, Baldacci, Schneiden, Smylh lui ont consacré de brèves études; les trouvailles préhistoriques que Paolo Orsi vient de faire dans le district ne manqueront d'avoir leur répercussion favorable sur nos connaissances scientifiques des monts Hybléens.
Le massif Hybléen, prolongé au SE. par le Cap Passer©, est limité au S. et à l'E. par la mer, au N. par la plaine de Catane et à l'W. par les vallées qui descendent de part et d'autre du seuil de Caltagirone (609 mètres). Le sommet (Monte Lauro, 985 mètres) est situé un peu à l'W. du centre et les rivières s'écoulent de toutes parts vers la périphérie. Toutefois, vers le SW., une sorte de gradin énorme domine la région occidentale, tandis qu'au flanc nord-oriental du massif s'ouvre la dépression de Lentini, longue de 10 à i5 kilomètres
ITALIE ET SICILE Monts Hybléens
WSW.-ENE., large de 6 à 8 kilomètres, contenant au NE. le Biviere de Lentini, le plus grand lac de la Sicile.
Le domaine volcanique est difficile à délimiter exactement, car les produits éruptifs se mêlent aux sédiments et n*afHeurent pas toujours. Le courant du Caltagirone, continué par celui du Goma-lunga, au NW. et au N.; la mer à TE.; les bourgs de Syracuse, Floridia, Sortino, Giarratana, au S.; de Monterosso, Licodia, Grammichele et Mineo, à TW., cernent ce district qui a 5o à 60 kilomètres de TE. à rW. et 3o à 35 kilomètres du N. au S. La moitié de cet espace est, il est vrai, superficiellement couverte de sédiments, notamment toute la dépression de Lentini qui en occupe le centre, mais on peut vraisemblablement admettre que les roches volcaniques se relient en dessous des dépôts exogènes et qu'elles s'étendent même en dehors des limites indiquées.
Ces masses volcaniques disposées autour de la cuvette de Lentini se divisent en trois régions principales : le SW., le SE. etleN. Le Monte Lauro est le pilier oriental d'une chaîne volcanique (Monte Contessa, 920 mètres. Monte San Venere, 869 mètres, etc.) contre laquelle s'appuie au N. une vaste nappe de lave avec des sommets de 600, 700 mètres et plus. Elle couvre une quarantaine de kilomètres carrés et est à peine recouverte en deux ou trois points par de petits lambeaux pliocènes. Un îlot de calcaires miocènes apparaît aussi entre la nappe lavique et les sommets du SW. Des couches de tuf basaltique entourent la base du Lauro; d'autres s'étendent à la suite du champ de lave.
La partie SE. du domaine volcanique, comprise entre la plaine de Lentini et la plaine de Syracuse, est aussi étendue, mais moins élevée que celle de l'occident. Les laves atteignent 3 à 400 mètres d'altitude (415 m. au Monte Malfidano) et arrivent en un point au contact de la mer, mais elles sont recouvertes en de nombreux points par des lambeaux allongés de pliocène et, au bord de la mer, par le quaternaire. Du tuf basaltique se voit au N. sous le calcaire pliocène, puis çà et là intercalé dans les sédiments pliocènes et même miocènes.
Enfin, au N. du Lentini, une chaîne de collines de 3o kilomètres de long sur 6 à 7 kilomètres de large s'élève à 200 et 25o mètres d'altitude; les tufs sont ici plus abondants que les laves et se mêlent au pliocène et au quaternaire. '
MÉDITERRANÉE
Aucun appareil bien distinct n'a été signalé parmi les collines Hybléennes; ce sont des coulées de lave superposées, des tufs et couches de produits meubles, des filons nombreux, tous matériaux de nature basaltique. Les tufs palagonitiques (de Palagonia, au nordoue.st) sont typiques, d'après A. de Lapparent; ils sont constitués par des fragments d'un verre basaltique, d'origine sous-marine et renferment des fossiles du pliocène supérieur.
La coupole sédimentaire des monts Hybléens est un anticlinal secondaire éocène avec petits plis éocènes dont l'alignement est de FESE. à rWNW. Des terrains néogènes et quaternaires à peine ondulés la recouvrent en partie, avec accompagnement de quelques failles. Ces plis sont de même âge, composition et alignement que ceux de la Sicile septentrionale.
Les plus anciens terrains mis à nu dans les monts Hybléens appartiennent au crétacé inférieur, au néocomien. Ce sont, en deux petits affleurements près du "sommet, des calcaires marneux supportant des calcaires blancs compacts, crétacé supérieur ou éocène inférieur. Le miocène est le terrain le plus largement représenté. Toute la partie, méridionale du domaine basaltique est en contact avec les formations du miocène moyen et, en certains points, les calcaires tortoniens reposent clairement sur les tufs basaltiques si répandus de ce côté, i s qui, par leur imperméabilité, constituent un important niveau d'eau. Le plus grand lambeau pliocène de la région s'étend vers l'W.; il est formé d'argiles azurées et de sables jaunes, puis, plus loin, de marnes à foraminifères, de brèches à coquilles et de tufjs calcaires qui alternent avec des tufs volcaniques. Tout le pourtour du bassin de Lentini est formé de calcaires et brèches pliocènes reposant sur les matériaux volcaniques. Le quaternaire, au S. et à TE., est représenté par des tufs calcaires et des alluvions fluviatiles de peu d'épaisseur; il repose sur le miocène, sur le pliocène ou sur les produits éruptifs, et nulle part on n'a signalé que ces dernières les recouvrent. La ligne de collines du N. est en grande partie constituée par des roches volcaniques retravaillées par des alluvions pléistocènes des rivières du N., alluvions que l'on retrouve dans les plaines de Lentini et de Catanc.
Le gradin du SW.. qui s'allonge entre le Monte Lauro et la mer, est le résultat d'une faille datant probablement du tertiaire supérieur. Elle fait dominer le pliocène qui s'étend à l'WNW. par le miocène
ITALIE ET SICILE Monts Hybléens, etc.
du SE. On pense pouvoir rattacher cette faille à celle de même alignement du détroit de Messine. Entre Spaccaforma et Noto, une autre faille met en contact deux couches miocènes : helvétien et tortonien.
En somme, au flanc NE. du voussoir secondaire-éocène de Licodia- Eubea et sur une faille puissante, alors que les oscillations du miocène moyen et supérieur et du pliocène faisaient de la région tantôt un fond marin, tantôt un district lacustre, il y eut injection de filons basaltiques, épanchement de lave et explosion de produits meubles. L'activité commença au miocène et cessa probablement avant le -quaternaire. Si on excepte les émanations méphitiques du lac de Palagonia et lieux voisins, qui peuvent ne pas être en relation avec des phénomènes volcaniques, aucune activité n'a été signalée aux volcans Hybléens durant la période historique. Toutefois, les trembleterre assez fréquents dans la région sont peut-être d'origine volcanique.
Pachino {Volcan dé) ou du Cap Passera. — Il emprunte son nom à la ville qui le domine ou au cap voisin. Ce n'est qu'une masse de laves basaltiques, vaguement circulaire, de 3 kilomètres de diamètre, atteignant 145 mètres au point le plus élevé et presque partout isolée de la mer par les sédiments divers, qui forment, avec le volcan de Pachino, au delà de la ville Spaccaforno-Noto, l'extrême péninsule âud-orientale de la Sicile.
On n'a signalé aucun appareil en ce domaine ; les matériaux sont formés d'un basalte noir, compacte, avec cristaux d'olivine décomposés et cristaux d'augite; un peu de tuf s'associe aux masses rocheuses du côté oriental, au bord de la mer.
Il semblerait que ces laves soient les plus anciens matériaux de la péninsule; elles seraient antérieures au crétacé supérieur. Un banc de calcaires turoniens de 4 kilomètres de l'E. à l'W. et de deux du S. au N., qui forme au large le petit îlot du cap Passero, semble, en «ffet, s'appuyer, avec beaucoup de régularité, dans le voisinage de Porto-Palo, sur les masses volcaniques [TravagliA, Baldacci]. Quelques auteurs, il est vrai, supposent qu'il y eut plutôt ici soulèvement du banc crétacé à l'époque tertiaire. Les autres sédiments ne peuvent servir à éclairer la question : lambeaux de calcaire éocène sur le crétacé; miocène helvétien à l'W. et au N.; brèches à coquille du pliocène au NE.; minces strates quaternaires vers le SW.
MÉDITERRANÉE
Les recherches géologiques récentes ont révélé dans la partie .centrale et occidentale de la Sicile un grand nombre de petits noyaux volcaniques ayant de grandes analogies avec ceux des monts Hybléens. Une dizaine de ces culots percent les sédiments de plis secondaires-éocènes entre Palerme et Sciacca ; on en voit aussi un près de Caltanisetta, au centre de l'île, dans des collines éocènes; un autre jaillit des terrains jurassiques au NE. du Monte San Giuliano» près du rivage NW. de Sicile; plusieurs autres apparaissent au milieu des assises miocènes, près de Girgenti. Et, probablement, en existe-t-il d'autres encore.
Tous ces noyaux sont des masses basaltiques ou doléritiques ayant quelques dizaines de mètres ou quelques centaines de mètres de dimension moyenne, dépassant même le kilomètre. Quelques-uns d'entre eux sont presque méconnaissables, comme celui de Caltanisetta ; près de Campofiorito, le tuf alterne avec l'argile éocène; le groupe de Girgenti est environné de coulées laviques, de blocs et de tuf stratifié. Tous ces massifs volcaniques sont probablement d*âge tertiaire, mais paraissent plus dénudés et plus anciens que ceux des monts Hybléens.
Mer de Sicile. — Les trois ou quatre volcans de la mer de Sicile, ses récifs sous-marins certainement volcaniques, les fumerolles qui jaillissent des côtes voisines, les phénomènes d'origine volcanique qui se sont manifestés à diverses reprises dans son domaine, tous ces indices de foyers éruptifs assemblés en une même région, n'ont pas
-reçu, comme l'Eolie, par exemple, une appellation générale définitive, et les documents qui traitent de cette région de façon quelque peu synthétique ne sont que des notes dispersées çà et là en quelques ouvrages. Le nom de Campi Flegrei dei vulcani soiiomarini, que Mercalli donna assez judicieusement à ce domaine, n'est pas encore
. couramment employé.
Il est vrai que deux de ses appareils seulement, et distants de plus de loo kilomètres, percent en îles au-dessus des flots; et ce n'est que
. par des sondages récents que leurs socles sous-marins ont été révélés ainsi que la forme des bancs et récifs immergés d'apparence volcanique du voisinage. En outre, les éruptions connues qui éclatèrent dans la région, et les petits phénomènes — bouillonnements de Ja mer, marées momentanées — qui semblent se rapporter à des éruptions, furent très rares, cinq ou six à peine, et imparfaitement
ITALIE ET SICILE Mep de Slcilo
connus. Enfin, les études récentes sur la structure et les produits des appareils visibles font presqu'entièrement défaut.
Et, pourtant, l'homogénéité du groupe est frappante : il semble que ces volcans et récifs volcaniques sont tous en phase solfatarienne intense ou qu'ils ont des éruptions à longs intervalles ; pour les deux îles, on retrouve un même groupement de petits appareils, surtout laviques; et un certain parallélisme se montre dans l'évolution des produits, d abord trachytiques et très particuliers, ensuite basaltiques. Mais c'est surtout la forme générale du* domaine et sa disposition tectonique, la position régulière que prennent les appareils dans ce domaine et leur âge à peu près semblable qui attestent les relations intimes existant entre tous ces évents de la mer de Sicile.
La pente générale de la Sicile et celle de la Tunisie, assez régulièrement prolongées par le fond marin, s'inclinent en sens opposés, l'une au SW., l'autre à l'ENE., pour former la cuvette marine; puis des péninsules, des îles et des plateaux sous-marins se détachent des parties extrêmes de ces contrées bordières, s'avancent au-devant les unes des autres, entourant une plus profonde dépression centrale : la Sicile occidentale projette ainsi, en face de la presqu'île tunisienne de Dakhetat-el-Mahouin, le large banc de l'Aventure, à peine recouvert de loo mètres d'eau, tandis que la Sicile sud-orientale s'avance, par le socle qui supporte Malte et Gozzo, au-devant du socle tunisien dont Lampione et Lampedusa marquent la dernière saillie émergée. Entre ces môles avancés, la dépression médiane semble un véritable fond de bateau dont la plus grandejprofondeur se creuse entre Pantellaria et Malte jusqu'à plus de t ooo mètres sous le niveau marin.
D'autre part, on sait que cette dépression correspond à la bissectrice de l'angle de reboussement supposé que forment au SE. de la. Sardaigne les plis secondai res-éocènes de la Sicile septentrionale et de la Tunisie du Nord. Malgré les divergences de vue des géologues sur ces plissements, autochtones pour les uns, formés dans une nappe de charriage pour les autres, en tous cas constitués au tertiaire moyen, il est certain que la vallée marine occupe entre eux une région géologique faible de l'écorce; région que colmatèrent les dépôts à peine ondulés du miocène, du pliocène et du quaternaire. Il est probable que, durant le néogène et le quaternaire, alors que la Tyrrhénide finissait de s'effondrer — peut-être aussi l'Ionide — la Sicile et la Tunisie turent alternativement réunies et séparées, selon les régres-
MEDITERRANEE
sions et les transgressions marines qui toutefois ramenaient la nappe liquide à peu près dans les limites actuelles. En tous cas, au quaternaire, les deux régions étaient reliées : les restes de grands mammifères trouvés dans les anfractuosités des roches de Malte l'attestent. Et c'est sans doute à une période déjà avancée de cet âge que les grandes fractures se produisirent, prolongation des efTondremenis voisins ou contre-coups des soulèvements pléistocènes des terres des alentours; Malte, composée d*assises quaternaires, resta, probablement aussi Lampedusa, comme un horst morcelé au-dessus de la grande fosse médiane.
Plus encore que leurs éruptions ou leurs phénomènes d'activité solfatarienne, ces dislocations récentes du sol de la mer sicilienne prouvent la jeunesse des volcans d'entre Tunisie et Sicile. C'est très probablement pendant ces effondrements quaternaires que surgirent, par les fractures, les gaz et les produits incandescents. Dans les tufs de Linosa, d'ailleurs, on a trouvé des fossiles pléistocènes. Et la disposition si régulière du sol semble avoir déterminé la disposition des appareils. Sans parler des récifs que de vagues indices seuls permettent de considérer comme volcans et qui jalonnent la côte sicilienne méridionale à une cinquantaine de kilomètres, ni de la fissure volcanique qui, d'après Mercalli, s'étendrait des fumerolles de Sciacca à Pantellaria, les trois principaux appareils de la mer sicilienne occupent par rapport à la dépression des emplacements symétriques : Giulia et son socle immergé s'élève du flanc nord de la vallée marine, dans l'amphithéâtre que forme la côte sicilienne et le banc de l'Aventure; Linosa se dresse au flanc méridional, au versant nord du môle que couronne Lampedusa; Pantellaria, le massif principal, s'est édifiée sur la fracture même, au SE. du seuil resserré entre le banc de l'Aventure et la péninsule tunisienne.
Quelques-unes des secousses nombreuses qui se produisent au voisinage de la côte occidentale et méridionale de Sicile ont été attribuées à des éruptions sous-marines survenues au large. En i858, entre autres, le câble de Cagliari (Sardaigne) à Malte fut rompu à deux reprises aux environs de Marittimo, une des îles Egades. En janvier 1822, une vague de fond, ressentie à Marsala, fut attribuée aussi à une éruption sous-marine.
Le 4 ou 5 octobre 1846, un capitaine de navire, passant à une
ITALIE ET SICILE Mer de Sicile
quinzaine de kilomètres du rivage de Girgenti, observa au loin une immense gerbe de flammes et de fumées de 5oo mètres de diamètre qui s'élançait de la mer et des globes incandescents qui retombaient à grande distance. La mer bouillonnait sur une grande étendue et on entendait le bruit à plusieurs milles de distance [Mercalli]. C'était évidemment une éruption sous-marine. Ne faut-il pas voir dans le Banco délie Pinne Marine l'appareil qui produisit cette éruption ? C'est un cône à base ovale, allongée EW. sur 7 à 8 kilomètres, large d'un peu plus de moitié, naissant par 3 à 400 mètres de fond et pointant à — 48 mètres du niveau marin, à 45 kilomètres WSW. de Girgenti.
Le 18 juin 1845, vers 9 heures 3o du soir, le navire anglais Victory subit par 36040*56" lat. N. et 1 3044*36" long. E. de Greenwich, soit 45 à 5o kilomètres au SSW. de Licata, une violente secousse pendant que dans l'air calme des émanations sulfureuses s'élevaient, si fortes, que l'équipage avait peine à respirer [MERCALLI]. Là encore il s'agit d'une éruption sous-marine. Et dans le voisinage immédiat du lieu, la sonde a révélé le Banco di Madrépore de mêmes dimensions, même forme, même orientation et même piédestal que le Banco délie Pinne Marine, mais arrivant à — 92 mètres seulement.
Et combien d'autres phénomènes semblables qui n'ont pas été enregistrés ?
GlULIA ou JULIA, l'île éphémère, à qui les Napolitains donnèrent aussi les noms de Nerita, Sciacca, Corao, Ferdinandea et que les Anglais appelèrent Graham et Hotham, est le plus important appareil de cette chaîne qui longe la côte de Sicile méridionale. Elle doit surtout son importance à l'éruption qu'elle eut en i83i; éruption décrite par C. Prévost, Hoffmann, Marzolla, C. Gemmellaro, etc., et qui en firent un des plus curieux types de volcan sous-marin.
A vrai dire, Giulia ne semble qu'un orifice adventif d'un groupe plus étendu révélé par la sonde. Bosse naissant par 25o à 3oo mètres de fond, irrégulièrement circulaire, avec ses 25 kilomètres de diamètre, à peine saillante de quelque dix mètres, cent au plus, dont la partie supérieure se hérisse de nombreuses pustules d'allure conique, le socle sous-marin porte divers noms ; le Banco Terrible en occupe presque toute la partie orientale et arrive jusqu'à 33 mètres au-dessous du niveau marin; le Banco di Nerita, plus élancé, pointe dans la partie méridionale jusqu'à 34 mètres au-dessous de la mer. Giulia
MÉDITERRANÉE
occupa la partie W de ce banc, à 40 kilomètres SSW. de Sciacca.
Le volcan sous -marin qui, d'après de vagues notes, se serait ouvert en i632 près du banc de Nerita [MERCALLI] fut peut-être Giulia. La mémo île serait encore apparue en 1801, ma^ le fait n'est pas sûr.
L'éruption de i83i, la mieux connue, survint en un lieu où la sonde indiquait auparavant plus de too mètres d'eau. Elle débuta en juin par une agitation insolite de la mer; puis des tremblements du sol à Sciacca et jusqu'à Palerme. Au début de juillet les secousses cessèrent; la mer bouillonnait répandant, à grande distance une fétide odeur sulfureuse et se couvrant de matière gélatineuse et de cadavres de poissons.
La bouche volcanique était déjà certainement ouverte, mais l'eau empêchait la libre projection des matériaux et ne pennettait pas au pin volcanique de se développer. Le 8 juillet seulement, on commença à voir des soulèvements et des projections d'eau, fangeuse et noire, jusqu'à 20 ou 3o mètres de hauteur ; puis des nuages de fumées jaillirent à des intervalles de quinze, vingt ou trente minutes; et le 10, une colonne presque continue de fumée, blancgris le jour, rougeoyante la nuit, chargée de cendres, d'arènes et de pierres incandescentes, s'élança librement au-dessus des ondes; quelques jets secondaires s'y joignirent les jours suivants; le vent chassa les gaz méphitiques jusqu'en Sicile et de petites scories se répandirent sur la mer et vinrent s'accumuler sur la plage de Sciacca en une épaisseur d'un décimètre [HOFFMANN].
Ce n'est que le 16 juillet, toutefois, que le capitaine Carao observa, le premier, à la base de la colonne vaporeuse, un anneau de matériaux, haut de 3-4 mètres, entourant un orifice d'où s'épanchait une coulée de scories agglomérées qu'il prit pour de la lave ardente. L'éruption atteignit sa plus grande violence du 18 au 22 de ce mois qui donna son nom à la nouvelle terre. La colonne de vapeur, presque blanche, s'élançait continuellement de trois points différents du cratère; à intervalles de deux à trois minutes, des masses de scories, dessables et de cendres s'y mêlaient en quantités • considérables, l'accompagnaient jusqu'à 100 ou 200 mètres, laissant la blanche vapeur monter plus haut; le cône s'éleva rapidement au-dessus des eaux; le 22, il présentait autour du large cratère la forme d'un croissant presque fermé, de 25o mètres de diamètre, élevé de 25 mètres au-dessus des eaux dans sa partie NW., descendant graduellement
ITALIE ET SICILE Glulla*
vers le SE, où Touverture laissait alternativement entrer et sortir la mer tumultueuse, selon les repos momentanés et les hoquets des explosions. L'activité se maintint assez violente pendant un mois encore et Tîle continua de grandir; il y eut même dans le cours du mois d'août, au SW. de Tile, un point d'agitation secondaire. Le 2 août, le capitaine Senhouse débarqua le premier et planta le drapeau britannique sur la terre en feu qu'il appela Graham. Le II et le 12, G. Gemmellaro trouva à Tîle 29 mètres de hauteur et environ ySo mètres de tour ; la forme de croissant s'était maintenue, mais à ce moment la partie la plus élevée était à Test, tandis que l'ouverture se trouvait au Sud. Le 25 août, Giulia avait sa plus grande étendue, environ i 100 mètres de circuit (3 700 pieds, mètres?) et 20 mètres de hauteur (65 pieds, mètres?).
A la fin du mois d'aoiit l'activité décrut et la mer commença son œuvre destructrice. A mesure que les explosions s'espaçaient, devenaient de simples jets de vapeur accompagnés de détonations, les matériaux incohérents dont l'île était composée se dispersaient de plus en plus sous le choc des vagues.
Le 3 septembre, G. Prévost la trouva presque circulaire, et à pic de tous côtés vers la mer, excepté au SSE., où un faible seuil, à peine plus élevé que le niveau marin, donnait accès dans la dépression intérieure aux flancs adoucis qui avait été le cratère. Un mois après, Giulia n'était plus qu'une terre basse de quelques décimètres de surrection, au milieu de laquelle se dressait une colline isolée et le cratère était à peine reconnaissable. Au début de l'amée suivante, l'île disparut entièrement; trois ans après, la sonde révélait un banc dangereux formé de roches noires, à 3 mètres sous Teau.
D'après les voyageurs (Hoffmann et Prévost notamment), la nouvelle île était formée exclusivement de cendres, arènes, scories et autres matériaux détritiques dans lesquels apparaissaient quelques fragments de calcaires dolomitiques, mais pas de lave. Gemmellaro considérait ces produits comme trachytiques et Montessus dit même qu'ils étaient formés de rhyolite avec petits cristaux d'amphibole et d'augite. D'après Mercalli, ce sont des roches basaltiques. Ges matériaux avaient une disposition assez distincte et régulière; les strates qu'ils formaient inclinaient à environ 3o degrés des deux côtés.
Giulia eut une autre éruption en i863, mais plus courte et moins connue; le 12 août, le cratère se reforma, une petite île apparut de
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nouveau, mais elle disparut rapidement et, en 1887, la sonde ne trouvait plus le sol qu'à 100 mètres de profondeur.
Il semble donc que Giulia, comme Vulcano ou Ischia,est un volcan à éruptions espacées, surtout explosives et de courte durée. Et, de plus, il doit se produire en ce point du globe un phénomène comparable à celui qui a formé les monts Hybléens : les matériaux incohérents sont étalés par la mer et les éruptions sont peut-être assez espacées pour que celle-ci ait le temps de déposer ses sédiments sur les couches volcaniques étalées.
Pantellaria ou Panielleria, l'antique Cossura ou Cossyra, est la plus grande des îles volcaniques de la mer de Sicile. Des vestiges divers ont montré qu'elle eut, sous les Phéniciens, puis les Carthaginois, plus d'importance qu'aujourd'hui. Au temps de Rome, elle servit de lieu de relégation et c'est là que fut internée Julie, fille d'Auguste. Le manque d'eaux douces et de ports abrités lui fait perdre les avantages que fourniraient son sol fertile et sa position maîtresse entre les deux grands bassins méditerranéens. Pour le géologue, c'est un massif complexe aux produits très particuliers et dont l'activité semble à son déclin. Elle fut décrite, dans la première moitié du XIX» siècle, par F. Ferrara, Befla et Gemmellaro, Hoffmann et P. Calcara, qui en donna l'étude la plus détaillée et la meilleure, quoique imbue des idées de L. de Buch. Des études plus récentes sur quelques-unes de ses roches particulières ont été fournies par Foerstner, Washington, T. Crook, etc.
^ Pantellaria s'élève par 36045' de lat. N. et ii^SS' de long. E. de Greenw., à une centaine de kilomètres de la côte sicilienne la plus proche, près Sciacca, et à 70 kilomètres à l'E. du cap Mustapha, en Tunisie. Elle s'est édifiée par 800 mètres de fond en moyenne, 5 à 600 au NW., 1000 et plus au SE. Cône assez régulier dans son ensemble, à base ovoïde, de 3o à 33 kilomètres de plus grand axe SE -NW., de 20 à 25 de plus petit, Pantellaria s'élance jusqu'à plus de 800 mètres au-dessus des eaux. Au sortir de la mer, le massif garde la forme et l'orientation qu'il avait plus bas, avec une douzaine de kilomètres de grand axe, 8 à 9 de plus petit, une surface d'environ 83 kilomètres carrés. Le relief est accidenté et pittoresque et présente toutefois une certaine régularité. Au centre, un peu vers le SE., s'élève la « Montagna Grande », massif principal dont le cône culmine à
ITALIE ET SICILE Pantellarla
836 mètres au-dessus des mers, et que surmonte, comme une bosse, au tiers de sa hauteur, le Cuddia di Mida. Les autres protubérances entourent de tous côtés ce mont central et bordent le littoral pour la plupart : Monte Gelfî Khamar (262 mètres), au SSW.; Cuddia di Scauri collocata, au S.; Monte Sciuvechi et Monte Gelfiser, à TE.; Monte Gibele, à la forme conique, au NE.; Cuddia di Gadir, au N. et les trois petites collines coniques, les Cuddie di Terli, qui lui font suite régulièrement dans la direction du NW.; Monte Sant'Elmo (204 mètres), au milieu de la partie NW. de Tîle, avec le Cuddia Brucciata à son pied septentrional, et trois petits Monti coniques à son pied occidental ; enfin, Cuddia Rossa, à l'WNW. de la Montagna Grande et, à TW., Cuddia Nera, au pied oriental duquel s'étend un lac de 5oo mètres de diamètre, à Teau chaude et alcaline.
Pantellaria produit des vignes, des oliviers, des arbres fruitiers, des céréales, du coton, etc. Les 7 ou 8000 habitants qui y vivent, au patois arabe mêlé de mots italiens, séjournent pour une moitié dans la ville, Pantellaria ou Oppidolo, sise sur le rivage NNW., au pied du
fuddia Brucciata et des Monti.
Pantellaria n'a pas dû subir grand changement durant la période historique. Les phénomènes se résument à des manifestations de fumerolles, intenses, il est vrai. Mais il faut relier au massif l'éruption sous-marine survenue le 17 octobre 1891, à 3 kilomètres à rW. de l'île, certainement encore dans les flancs immergés de l'appareil. Les phénomènes éruptifs débutèrent le matin du 17; la mer bouillonna ; des colonnes de vapeur et de fumée, accompagnées de bruits sourds et profonds, s'élancèrent de la mer sur une ligne de 85o à 1000 mètres, orientée SW.-NE. Puis les éjections se concentrèrent en deux points voisins l'un de l'autre; des blocs de lave furent projetés en quantité considérable, et les e.xplosions se succédaient avec rapidité [RICCO]. Les blocs projetés, dont les plus gros avaient i à 2 mètres de diamètre, étaient formés d'une roche noire, vitreuse, scoriacée et de nature basaltique. A peine retombés à la surface de la mer, ils flottaient pour la plupart, puis éclataient, lâchant une vapeur aqueuse mêlée d'anhydride sulfureux. L'éruption cessa le 25 octobre. On trouva plus tard en cet endroit une profondeur variant de 200 à 400 mètres.
Pantellaria résulte de la juxtaposition d'un nombre assez considérable d'appareils volcaniques, plus ou moins indépendants, repré-
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sentes par ses monti et ses cuddie : on en compte plus de quinze dans l'île, imparfaitement connue, sans parler de ceux qui doivent surmonter les flancs immergés ou qui composent le socle même. La grande montagne centrale est l'appareil principal, mais tous les autres, qui l'entourent comme un cortège, ne peuvent être considérés comme de simples pustules adventives, comme c'est le cas pour les cônes secondaires de l'Etna; par leur grandeur, leur groupement, leur structure ou leurs produits, ils ont leur individualité propre. A cet égard Pantellaria a de grandes analogies avec Salina et surtout Lipari. Tous ces appareils sont formés de produits meubles et de laves en amas ou en coulées, mais, comme dans la plupart des appareils qui ont eu à lutter contre les chocs de la mer, ce sont celles<i qui dominent. La plupart d'entre eux se creusent au sommet ou au flanc d'un orifice cratérique, parfois de plusieurs.
D'après ce que l'on en connaît, l'île est en majeure partie formée dejttachyte; la roche acide et les variétés qui s'y rattachent, apparaissent, en effet, dans toute la région centrale et sud-orientale, et en divers points du nord-ouest. Les auires matériaux, laves et scories basaltiques, constituent seulement les appareils qui bordent l'île auNW., sur une largeur apparente de 2 ou 3 kilomètres au plus.
Calcara distinguait quarante et une variétés de trachytes à Pantellaria. Ce sont tous des trachytes sanidiniques, blanc gris, rougegris, verdàtres, etc.; quelques-uns parsemés de cristaux de feldspath, d'amphibole, et plus rarement aussi d'olivine et de pyroxène. Beaucoup d'entre eux se distinguent par leur teneur extraordinaire en soude, presque toute contenue dans le feldspath; ce sont les paniellérites, rarement signalées en dehors de l'île sicilienne et formant un groupe à part dans la grande famille des trachytes. Elles sont porphyriques, varient du vert au noir, et présentent de grands cristaux d'anorthose, d'augite aegyrine et d'amphibole, au milieu d'une pâte tantôt vitreuse, tantôt trachytique à microlithes d'anorthose; la silice y abonde, mais généralement pas sous forme de quartz. Elles ont de 67 à 70 p. c. de SO2, une forte proportion d'alcalis — 10 à 12 p. c. — parmi lesquels la soude prédomine avec 6 à 8 p. c. [L. Bertrand].
Les ponces, les perlites et les obsidiennes sont assez développées dans l'île. Le trachyte présente des passages à l'une ou à l'autre de ces roches, parfois aussi à la domite, et quelques roches sont remar-
ITALIE ET SICILE Pantellarla
quables par le changement gradué qu'on y observe entre la structure cristalline du trachyte et celle, vitreuse, de l'obsidienne.
Le trachyte et ses variétés se présente en amas, en coupoles, en dômes sans cratère, mais BefFa signale aussi des coulées distinctes, qui, lorsqu'elles sont superposées, présente un extérieur rugueux et une masse partiellement semi-vitreuse, scoriforme et cellulaire; de plus, quelques-unes ont produit du métamorphisme sur les matériaux sous-jacents. On observe aussi des alternances de coulées et de produits clastiques. D'ailleurs, plusieurs des monts qui se dressent dans la partie trachytique de l'île ont des cratères d'où sortent distinctement des coulées. La Montagna Grande est toute formée de trachyte, mais on n'a pas signalé de cratère au sommet ; en revanche, la Cuddia di Mida qui se dresse sur son flanc, offre une cuve de 80 mètres environ ■de diamètre toute garnie de fumerolles dans sa partie septentrionale. Le sommet du Gibele, dont les trachytes rosâtres contiennent de gros cristaux de feldspath, se creuse d'un cratère de 1 18 mètres de diamètre, ouvert au SW.; au Sciuvechi et au Gelfiser, également percés de cratères, le trachyte est vitreux ; le Cuddia di Scauri collocata est composé de trachyte et d'obsidienne riche en incrustations siliciques ; le Cuddia di Gadir, de trachyte, d'obsidienne et de ponce ; le Gelfi Khamar, grand amoncellement d'obsidienne, est pourtant creusé au sommet d'une vaste et profonde cuve, le Vallone delV Abate; au bord oriental du Lago, qui occupe certainement le fond d'un cratère, des lits de trachyte passant à l'obsidienne recouvrent des bancs de pouzzolane, tandis qu'au NW., le trachyte est régulièrement divisé en olonnes prismatiques.
Le Sant' Elmo, volcan à cratère reconnaissable, présente des nappes de laves et des bancs de produits très distincts et semble un appareil intermédiaire entre les volcans trachytiques du SE. et les volcans basaltiques du NW.; son sommet et tout son flanc oriental et sud-oriental est formé de trachytes vitreux gris-vert, et sa partie occidentale et sud-occidentale consiste en amas de scories et de courants basaltiques superposés à la roche acide.
Les produits basaltiques de Pantellaria, dolérites et trachy-dolérites des modernes, qui, d'après Hoffmann, ressemblent beaucoup aux laves modernes de l'Etna, sont d'après Calcara, qui les appelait téfrines, des roches apparemment homogènes, constituées de feldspath labradorique et parsemées de lamelles de ce minéral^ comme
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dans le porphyre. Leur couleur varie du brun au gris et au rougeâtre. Elles sont compactes, scoriacées ou vitreuses. Elles se présentent toujours en coulées ou en couches meubles, en général nues et arides, et forment, en plus du Sant' Elmo occidental, les petits appareils du NW. Au Cuddia Nera, elles sont noires; au Cuddia Rossa, rougeâtres, compactes et scoriacées; elles forment également les Monti, percés de cratères, et Tune des bouches a rejeté la coulée qui forme le littoral au S. de la cité; les téfrines du Brucciata, dont les deux cratères ont environ 5o mètres de diamètre chacun, sont noires et scoriacées; elles sont très riches en olivine au Cuddia di Ferli,
Calcara, disciple de L. de Buch, pensait que les trachytes de Pantellaria formaient des cratères de soulèvement et que seules les téfrines représentaient les vrais laves marquant la transformation des cratères de soulèvement en cratères d'explosion. Il avait d'ailleurs reconnu que 1 orsque les deux roches se présentent associées, dans un même appareil, comme dans le Sant'EImo, ou en divers autres lieux, les téfrines sont toujours superposées aux trachytes; elles sont donc plus jeunes; leur aspect aride, le peu de dégradations qu'elles ont subies confirme ceci. Mercalli conclut qu'il y eut, pour cette partie supérieure du massif de Pantellaria, deux époques d'activité, principales : une époqueantique et trachy tique, probablement pleistocène,dans laquelle éclatèrent les éruptions, au moins en partie sous-marines, de roch es acides, et qui correspond peut-être à la phase sous-marine de la région etnéenne, flégréenne et éolienne ; une époque moderne, dans laquelle urcnt lieu les éruptions subaériennes, délaves téfriniques comme à l'Etna, et de ponce et verre volcanique comme à Lipari.
Ces dernières éruptions, quoique très récentes, n'ont pasété sigpalées historiquement, sauf celles de 1891 dont les produits furent moins acides. Le ralentissement de l'ardeur éraptive est également prouvé \ par la diminution d'activité des phénomènes secondaires. Alors que de grands dépôts de soufre et des incrustations abondantes de quarte et de silice hydratée, attestent à la Miniera dello Zolfo près du Gadir, p rès du Scauri coUocata et en d'autres lieux, que Pantellaria eut autrefois des fumerolles intenses et des manifestations assez semblables aux geysers d'Islande et de Nouvelle-Zélande, les fumerolles et les sources thermales et minérales que l'île possède encore aujourd'hui, analogues à celles des Campei Flegrei napolitains, sont loin de pro-
ITALIE ET SICILE. Linosa*
duire un tel travail. Quelques jets de valeur s'élancent encore de la partie septentrionale du cratère de Cuddia di Mida ; d'autres jaillissent aux flancs et au sommet de la Montagna Grande; le Lago est alimenté par une série de sources d*eau thermale (85® C.?,), chargée de carbonate de soude et de silice hydratée; son eau, plus alcaline que celle des sources, surtout en été quand Tévaporation se produit, est prèsqu'entièrement privée d'animaux vivants. D'auti*es sources semblables sourdent de la roche à la plage septentrionale dans la région du Gadir et dans la partie opposée, vers le Scauri collôcata.
LINOSA, l'antique yEtusa ou jEgusa n'eut pas, durant l'Histoire, de particularité assez saillante pour qu'elle ait pu obtenir quelque célébrité. Le petit îlot aride, dépourvu de sources potables, fut certainement habité vers l'époque romaine, puisqu'on y a retrouvé des vases et des monnaies. Mais il fut abandonné par la suite, jusqu'en 1845, époque à laquelle quelques centaines de colons faméliques vinrent tenter d'en faire fructifier les rocs. Pietro Calcara est un des rares voyageurs qui l'ont visitée et décrite de façon scientifique; son ouvrage déjà ancien (i85i) est incomplet et se rattache assez difficilement aux opinions géologiques actuelles.
Linosa, entièrement volcanique, surgit à environ i36 kilomètres à rW. de Malte et 120 au SSE. de Pantellaria, à peu près à mi-pente de la longue déclivité qui descend des côtes tunisiennes vers la losse sicilienne. Sa base circulaire de 1 5 à 20 kilomètres de diamètre occupe par 4 ou 5oo mètres de fond la racine d'un promontoire sous-marin qui s'effile bizarrement vers l'ENE. Cône régulier dans sa partie immergée, Linosa prend plutôt, au sortir des eaux, la forme d'une ellipse de 5 1/2 kilomètres E. — W., la moitié transversalement, soit 1 2 kilomètres carrés de surface. L'île est formée par une chaîne de monts coniques disposés selon le grand axe; Montagna Alta, culminant à 143 mètres, au cquIth; Montagna Bandiera; aussi élevée, à l'E.; Monte délia Po^olana, de belle forme conique, 1 18 mètres, à l'W,; la Montagna di Tramontana, 48 mètres, au Nord.
L'activité est nulle à Linosa ; elle n'y a jamais été signalée et l'île a dû garder même forme et même asfject durant la période historique.
Les quatre monts de Linosa sont des appareils distincts, agglomérés comme ceux de Lipari ou Pantellaria et composés surtout de laves, trachytes et basaltes variés; ceux-là, noirâtres, jaunes ou bruns,
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granuleux, décomposés, tufacés, accompagnés de ponces ou de pouzzolane; ceux-ci, rouges, gris ou noirâtres, compactes ou scoriacés, en général d'aspect plus récent que les trachytes et d'ailleurs superposés à ceux-ci.
La Monlagna Alta semble intérieurement composée d'un tràchyte décomposé; elle conserve un cratère terminal, circulaire, de plus de loo mètres de diamètre et 8 de profondeur, ouvert au NN. W, vers le flanc qui présente de nombreuses coulées de té'rines (dolérites et trachy<lolérites des modernes) voisines de la roche trachytique décomposée ; d'un autre cratère, ouvert au flanc S, sont issues d'autres coulées de téfrines superposées. De même, la M ontagna délia Pozzolana est formée intérieurement de roches trachytiques, recouvertes en divers lieux de coulées et de couches de scories téfriniques. Ces laves basaltiques, plus fraîches que celles de la Montagna Àlta se sont répandues dans la partie N W. de l'île, qu'elles rendent aride, impraticable et déserte jusqu'à la mer. Calcara remarqua, à quelques courants descendus du flanc N., l'allure cordée propre aux laves vésuviennes. Deux cratères voisins se creusent dans le flanc oriental du volcan ; l'un, en forme d'entonnoir, a 45 mètres de diamètre; l'autre n'est qu'une cavité de quelques mètres de profondeur, La structure des deux autres monts de Linosa est semblable à celle des monts déjà décrits.
Linosa semble donc avoir eu aussi deux époques d'émission dis* tinctes, parallèles sans doute à celles de Pantellaria; Tune ancienne, trachytique; l'autre plus récente, téfrinique.
SaJses et Mofettes. — Les manifestations pseudo-volcaniques abondent en Italie. Salses, mofettes, eaux thermales et minérales, soffioni boraciferi — faut-il y ajouter les sources pétrolifères ? — se distribuent le long de l'échiné apennine, depuis les Alpes jusqu'à la pointe occidentale de la Sicile, et les fllons métallifères, les énormes dépôts de soufre, de gypse, de travertin, d'alun et d'hydrocarbure intercalés dans les sédiments prouvent la durable et importante action de ces phénomènes.
Certes, un grand nombre des sources et gîtes dont nous parlons se rattachent directement aux volcans les plus voisins ; ce sont alors des phénomènes complémentaires, mais il n'est pas partout possible de faire la preuve de la liaison entre les appareils ; aussi vaut-il la peine de faire une rapide énumération de ces manifestations.
ITALIE ET SICILE Salses et Mofettes
. Elles sont en général très régulièrement disposées le long des deux bases de la chaîne apennine et rarement au-dessus de quelque cents mètres d'altitude. En deux ou trois points seulement des traînées transversales relient les deux zones basses. La plupart des évents paraissent isolés, sans autre relation que leur distribution au pied de la chaîne, mais, en certains districts, Toscane, Emilie et Sicile, ils se groupent en nombres considérables.
Du nord au sud, la rangée du |flanc méridional des Apennins débute en Ligurie sud-orientale, Rivière du Levant, par quelques sources thermales sulfurées, acidulées et par des jets d'acide carbonique, phénomènes qui deviennent très abondants aux environs de Lucques, de Pistoïa, de Margello et d'Arezzo. La Toscane est célèbre par ses manifestations diverses, ses mines métallifères et par son groupe de soffioni boraciferi.
Les soffioni boraciferi du Volterrano, Toscane sud-occidentale, bien décrits par G. Meneghini, puis par Bechi, Stoppani et Mercalli, sont des phénomènes analogues ou affiliés aux geysers ; ce sont ou des jets puissants de quelques pieds de hauteur, dans lesquels la vapeur se mêle à diverses matières )gazeuses, ou bien de simples émissions de produits similaires, fusant le long de fractures du sol, ou bouillant dans des lacs naturels;! ou artificiels. Leur domaine est celui des vallées de la Cecina et de la Cormia au pied du Monte Comate (loSg mètres), à une trentaine de kilomètres au WSW. de Sienne. On compte plusieurs centaines de points d'émission, formant sept ou huit groupes ; ils se trouvent pour la plupart dans les terrains éocènes et spécialement au voisinage des roches serpentineuses; quelques-uns se rencontrent dans le crétacé et dans les assises néogènes. Les soffioni sont distribués de préférence sur des fentes qui peuvent avoir deux ou trois kilomètres de long, en général alignées NNW.-SSE. comme les plis de l'Italie et probablement comme les failles qui ont donné naissance aux volcans romains.
Les soffioni sont parfois secs, c'est-à-dire privés de vapeur, mais en général l'eau est leur élément principal; l'acide carbonique abonde; il y a aussi de l'acide sulfurique, de l'azote, de l'hydrogène et du gaz des marais. On trouve en outre diverses substances volatilisées : acide borique, dont s'empare l'industrie, sulfates d'ammoniaque, de fer, de magnésie, de soude, et un peu de matières organiques. Çà et là, on
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a trouvé calcium, aluminium, potassium, lithium et rubidium. Les vapeurs incrustent le sol de minéraux divers, combinaisons des corps précédents ; le pétrole flotte parfois sur les lacs ou suinte le long des fentes.
Quelques soffioni sont calmes, d'autres très bruyants; la pression de la vapeur peut aller jusqu'à trois atmosphères avec une température correspondante ; la plus haute colonne d'eau qu'on ait vue a été évaluée à 20 mètres de hauteur.
Les soffioni ont généralement une vie assez brève en un même point ; le maximum constaté a été de dix ans, et, très fréquemment, ils subissent des oscillations importantes dans leur débit. Il est probable que des dépôts accumulés bouchent graduellement l'ouverture des évents. Mais il n'y a pas extinction, simplement périgrination. Dans un lieu proche, où rien ne faisait présager une éruption, le soffioni apparaît, éclatant comme un coup de mine. Ce déplacement du soffioni a toujours lieu vers un point plus élevé que celui dont il provient, de sorte qu'il y a migration générale vers les parties supérieures des vallées, et qu'on peut prédire qu'un jour tous les groupes se réuniront aux sommets de la chaîne.
Les hypothèses relatives aux soffioni sont nombreuses. D'après Bechi, ce sont là des phénomènes volcaniques, et c'est la roche serpentineuse qui fournit les produits divers ; des expériences en laboratoire semblent appuyer cette manière de voir. Selon Stoppani, le déplacement vers les altitudes plus élevées serait dû à la grande perméabilité des roches des régions supérieures que les eaux ont plus complètement délavées.
Au versant externe de l'arc apennin, la succession des évents est bien plus apparente et remarquable; c'est par centaines que se chiffrent les lieux d'émissions diverses, et rarement les espaces intermédiaires dépassent quelques dizaines de kilomètres.
Le groupe émi lien est principalement caractérisé par des émissions d'hydrocarbures qui, en divers endroits, se rattachent à des volcans de boue ou salses. Ces salses sont calmes ou violentes, petites ou grandes, chaudes ou froides, et ont souvent dans leur voisinage des dépôts de bitume, de soufre, etc.
Boccone et Romazzini au XVI I« siècle; Galeazzi, Ferber, Vol ta, Spallanzani au siècle suivant; puis, plus récemment, Bianconi,
ITALIE ET SICILE SaJses et Mofettes
Stoppani, Calegeri, Canestrini, Stohr, Mercalli sont les principaux auteurs qui ont étudié le groupe des salses émiliennes.
Leur domaine s'étend d'une part depuis la ligne de faîte jusqu'à la grande route que jalonnent, à Taltitude moyenne de 5o mètres, Parme, Modène, Bologne, Faenza; d'autre part, depuis TEnza à l'ouest jusqu'au Montone, rivière de Forli.à Test. Les évents sont distribués sur deux lignes parallèles suivant la direction de la chaîne; une située entre 3oo et looo mètres d'altitude, dans Téocène et, au voisinage des roches serpentinçuses, l'autre groupant ses évents parmi les basses collines formées de marnes et argiles qui terminent la pente montagneuse à une altitude de loo ou 200 mètres.
L'alignement supérieur consiste en petites fentes ou trous du sol, isolés ou groupés en nombre variable, laissant fuser le gaz des marais, sec, ou accompagné d'eau thermo-minérale. On compte une dizaine de groupes d'évents principaux. Depuis le moyen âge ces points d'émission gazeuse sont connus sous le nom de « fontaines ardentes ».
Les plus importantes portent les noms de Corntglio; Ospedaletto, en amont de Reggio di EmiUa ;] Boccasuolo ; Barigas[S[o, entre les hauts affluents de la Secchia et du Passaro, vers 800 mètres, longtemps utilisé comme four à chaux ; Orto deirinfemo ; Sponda del Gatto; Sera dei Grilli, près Fanano; Poretta; Pietra Mala. La série se termine par les sources thermo-minérales de Marradi et de Bagno di Romagna,
Dans tous ces évents, l'hydrogène protocarburé est le gaz dominant, mais piesque toujours de très faibles quantités d'azote et d'acide carbonique lui sont associés ; une analyse de Fouqué et Gorrceix donne : hydrogène protocarboné (méthane), 90,75 à 98,85 p. c; anhydride carbonique, o,53 à 5,97 p. c; azote, o,3o à 8,04 p. c. Ces gaz sortent généralement froids, mais l'homme (la foudre peut-être aussi) y met facilement le feu et l'incendie peut alors durer des mois entiers, persistant jours et nuits, jusqu'à ce qu'un coup de vent, la pluie ou l'obstruction d'un orifice éteigne la flamme.
Entre la zone de ces fontaines ardentes et les salses de la basse plaine on trouve, çà et là, quelques sources pétrolifères ou thermominérales, ainsi entre Pavullo et Trigano.
Les évents de la zone inférieure ont également l'hydrogène protocarboné et les hydrocarbures liquides comme éléments principaux, mais le plus souvent des boues salées les accompagnent et forment de
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petits volcans de boue. Quelques-unes étaient déjà connues du temps des Classiques, pourtant un grand nombre de ces salses ou Bombi de TEmilie n'ont été découvertes que récemment.
On compte une quinzaine de ces appareils distribués à distances inégales, et plus ou moins associées à des sources thermales, miné* raies et à des émanations diverses, depuis les environs de Borgo- San-Donnino jusqu'à ceux d'Imola. Ils se dressent sur le sommet de collines sédimentaires ou dans des dépressions, et semblent s'être peu ou point déplacés depuis qu'on les observe. Le domaine de chacune de ces salses est généralement assez petit, lo mètres de diamètre au plus, leurs formes sont variées et assez rapidement changeantes. C'est souvent un tertre conique argileux de couleur grise, haut de i ou 2 mètres, percé d'un cratère au sommet et ordinairement entouré de tertres semblables mais plus petits. Il y a aussi parfois un grand nombre de pustules à peu près de même importance. Les cratères se renuDlissent de boue où viennent crever des bulles de gaz.
A une trentaine de kilomètres à l'ouest de Parme se trouvent les sources de Salsomaggiore, exploitées dans un établissement depuis 1842. Les eaux fangeuses sont sulfureuses et iodo-bromurées et contiennent près de yS centimètres cubes pour mille de sulfate de calcium.
Près de Reggio-di-Emilia, on cite deux salses principales : Casola Quer^ola et Quer^ola, Cette dernière est probablement celle que Spallanzani désigne sous le nom de la Maina, Il la visita en 1785 et en 1789; la première fois il compta douze cônes, dont un notablement plus grand que les autres; quatre années plus tard il y avait dix-sept pustules. En 1873, l'abbé Ferrati décrit cette salse comme un superbe cône de plus de 7 mètres de hauteur, mais elle s'affaissait lentement par effondrement de sous-sol.
Dans le Modenais on compte sept ou huit salses importantes; la plus célèbre est près du village de Sassuolo, on la nomme aussi Salsa di Sopra, Déjà citée par Pline, elle est le siège de véritables éruptions; on en décrit une dizaine entre 1594 et 1873, dont une, en i835, dura jieuf semaines de temps et donna naissance à un petit fleuve de boue ; un établissement de bains utilise la source ; dans le voisinage se trouve une fontaine de pétrole.
A proximité du village de Nirano, une vingtaine de bouches disposées en deux groupes occupent le fond d'une petite plaine circulaire;
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un des appareils laisse couler lentement une fange pétrolifère par une fissure de son flanc.
Dans le Bolonais on connaît entre autres les salses de Sassuno,yu\' gairement appelée Dragone, puis San-Martino, Berguello et Riolo, . La composition gazeuze des évents émiliens ne difière guère de ceux de Toscane; pourtant, à Sassuno, les auteurs déjà cités ont trouvé 17,87 p. c. d'iodure d'éthyle,à côté de 80,60 p. c. d'hydrogène protocarboné, de 0,39 p. c. d'azote et de 1,14 p. c. d'acide carbonique. La boue est à texture fine, principalement formée d'argile, parfois avec des restes organiques d'aspect pliocène, des coquilles d'échinodermes, etc. Elle se gerce en séchant, et se couvre souvent de minces efBorescences salines. Mercalli juge que les morceaux de roches que la fange amène parfois sont des fragments de calcaires à fucoïdes d'âge éocène, arènes glaucomitiques, pyrites et serpentines, roches évidemment arrachées aux terrains traversés; les matières gazeuses doivent donc avoir une origine antérieure à l'éocène; elles proviennent des étages miocènes et pliocènes.
On trouve des évents semblables aux Soffioni boraciferi dans les régions du Laziale, du Roccamonfina et de la Campanie, Dans la baie de Salerne, on compte quinze sources thermales diverses. Le versant occidental de la Calabre a également des sources sulfurées, salines et acidulo-ferrugineuses.
Les phénomènes pseudo-volcaniques de la Sicile peuvent être répartis en deux groupes, l'un formé des salses environnant l'Etna, l'autre comprenant les appareils dispersés dans les collines centro-méridionales de l'île. En Sicile, les observateurs furent surtout Ferrara, Bianconi, Brocchi, Ch. Sainte-Claire-Deville, Stoppani, Silvestri, etc.
Le groupe de l'Etna est caractrisé par le fait que les bouches jaillissent dans les terrains quaternaires ; puis le gaz prédominant est l'acide carbonique; en troisième lieu le mécanisme des éruptions semble plus ou moins en relation avec les temblements de terre siciliens.
La Salinella di Paterno, ou Salsa diPatemo, ou simplement la Salinella, est située à un peu plus de 5oo mètres de la ville dont elle porte le nom, à 22 kilomètres en ligne droite du cratère de l'Etna, à l'altitude de 190 mètres. Elle sourd dans un bassin argileux
MÉDITERRANÉE
légèrement incliné vers le NW., long d'une centaine de mètres, large d'une vingtaine, sans trace de végétation environnante. Les matières gazeuses viennent jaillir çà et là. amenant de l'eau chargée de chlorure de sodium et de limon argileux, eau ordinairement froide entre les paroxysmes. Durant le XIX^ siècle, on cite les années suivante comme dates de véritables éruptions de la Salinelle : 1808, après un trembleterre en Sicile; i832, après l'éruption de l'Etna; 1848, après un trembleterre; 1866, consécutivement à une éruption etnéenne; 1879-1880 avant, pendant et après l'éruption de 1879.
Prenons en exemple l'activité exceptionnelle de 1866. On ressentit quelques secousses du sol à Paterno et le débit de la salse augmenta; le bassin se trouva en quelques jours transformé en lac d'eau chaude à l'odeur sulfurée et bitumineuse; d'une demi-douzaine débouches jaillissait jusqu'à un ou deux mètres de hauteur une colonne d'eau, ayant une température entre 26** C. et 46® C. et un diamètre de o,3o ou plus ; d'autres évents ne donnaient que du gaz.
Voici deux analyses de Silvestri : 95,42 p. c. CO*; 0,77 p. c. O; 2,97 p. c. Az; 0,55 p.c. H; 0,96p. c.CH^; pour un cratère froid. 92,33 p. c. CO*: 0,12 p. c. O; 4,70 p. c. Az; 0,99 p.c H; o, 49 p.c. CH4; o,3o p. c. SH*; pour un cratère d'eau tiède.
Les matières contenues en dissolution dans l'eau étaient surtout du chlorure de sodium, puis du chlorure de calcium et de magnésium, du bicarbonate de calcium et de magnésium, et, enfin, des traces de nombreux autres corps.
En 1879, C.-W. Gûmbel trouva que la plus grande partie de la fange était une argile plastique ferrugineuse avec particules de quartz et de mica et une grande quantité de cocolithes et de foraminifères appartenant aux genres Globigerinus, Nodosaries, Cristellaries, Ces matériaux éruptifs proviendraient donc d'une argile tertiaire ramollie et imprégnée d'eau que la tension des gaz fit jaillir au dehors.
Voici quelques-unes des autres salses etnéennes : San-Biagio, Pelagusa^ Salina del Fiume, Acqua Rossa ou Acqua Grossa dans le voisinage de San-Biagio, Fondachello, près de Giarre, à l'est de l'Etna. (Quelles voisines que ces sources soient de celle de Patemo, on n'a pu remarquer la moindre coïncidence dans les phénomènes éruptifs, dont l'une et l'autre sont le siège.
Le second groupe d'appareils pseudo-volcaniques de la Sicile est caractérisé par la situation des bouches dans le terrain miocène
ITALIE ET SICILE Solses et Mofettes
supérieur et par la prédominance du gaz hydrogène protocarburé. Les bouches de beaucoup les plus importantes de ce groupe sont les Maccalube de Girgenti.
Maccalube ou Macalube, mot arabe ayant la signification probable de trouble, se trouve à une dizaine de kilomètres au nord de Girgenti. C'est probablement à ces salses que Strabon fait allusion en décrivant des étangs des environs d'Agrigente, « où Thomme nage comme un morceau de bois ». L'aspect du plateau des Maccalube change suivant les saisons; d'environ 25o mètres de diamètre, il est recouvert en été d'un grand nombre de petits cratères emplis d'une bouillie argileuse, dégageant incessamment des bulles de gaz, et déversant sur les talus extérieurs de la boue qui s'écaille comme la carapace d'un crocodile couverte de fange ; quand viennent les pluies d'hiver, la plupart des cônes sont délayés et mélangés en une pâte percée de trous inégaux d'où s'échappe l'eau jaune d*argile ; même des fragments de grès sont soulevés avec la fange des Maccalube. Comme les volcans de laves, ces laboratoires de boue ont leurs périodes de calme et d'exaspération. Au commencement du siècle, de petits trembleterre secouaient . parfois le sol, et des jets de boue et de pierres s'élevaient en gerbes, à lo ou 20 mètres; en 1777, une éruption exceptionnelle avait projeté des débris à 3o mètres de hauteur. Ils semblent plus tranquilles depuis un siècle.
Voici deux analyses tout à fait différentes des matières gazeuses des Maccalube; 85,74 p. c. hydrogène libre; 7,23 p. c. méthane (CH<); 3,74 p. c. azote; 0,69 p. c. oxygène; i,65 p. c. acide carbonique. Celle-ci est due à Silvestri, la suivante à Sainte-Claire- Deville r 90,40 p. c. méthane; 6,75 p. c. azote ; 1,70 p. c. oxygène; 1,1 5 p. c. acide carbonique. Il paraît que l'acide sulfhydrique se dégage aussi en périodes de paroxymes et même alors assez abondamment.
D'autres salses se trouvent à une demi-douzaine de kilomètres au nord des précédentes dans la campagne Bissana ou Bissama ; puis d'autres encore aux environs de Caltanisetta ; Caltanisetta même, dites aussi Terra Pilata ou Terrapilata, Badia di San Spirito^ Xirbi. Près de Cattolica une salse dite vulgairement Occhio delV Abisso, vient au jour par plusieurs bouches; une autre surgit à quelques kilomètres de Termini. Puis, à Pala\\o Adriano, à Valguarneya, à Santa Maria dei Niscemi, on a signalé des salses momentanément très actives. Citons encore, le Lago di Palici ou di Na/tia, ou Lago
MÉDITERRANÉE
Paligue, Tantique Stagnum Palicorum, entre Minio et Palagonia, à 35 kilomètres à l'est de Caltagirone, dans une dépression vague, stérile et malodorante des alluvions du fleuve Caltagirone.
Les Maccalube de Sicile sont ouverts dans l'argile marneuse du Tortonien, mais à travers les masses rejetées par éruption, on trouve de nombreux débris remaniés de calcaire éocène et, selon Deville, aussi des blocs de calcaires à hippurites, provenant du crétacé supérieur (près de la salse de Xirbi). L'origine, de ces manifestations endogènes doit donc se trouver au moins à la profondeur du crétacé supérieur.
Si le pétrole et le bitume sont toujours associés aux salses, il existe de plus en Sicile un grand nombre de véritables sources pétrolifères et de schistes bitumineux (Patemo, Limina, Savoca, Modica, Raguda, Castrogiovanni, Caltanisetta, Leonforti, Nicosia, Cappizzi, Mis« tretta, etc.)
On pense aussi que le lac de Pergusa, le second en grandeur de la Sicile, se rattache par quelques fissures à des centres d'émissions gazeuses, car parfois on voit tout à coup des cadavres de poissons venir flotter à la surface en grand nombre.
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(1) Cette bibliographie de la volcanologie italienne est loin d'être complète. Des ouvrages importants ont même pu échapper à notre énumération. L'italique entre parenthèses se rapporte à des titres d'ouvrages qui ne sont pas donnés sous leur forme correcte. Un point d'interrogation indique des renseignements bibliographiques incomplets.
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Les précieux renseignements, sur la forme et Tactivité des volcans italiens et siciliens, contenus dans les œuvres des classiques et des auteurs du moyen âge sont cités, copiés ou résumés dans les ouvrages précédents : il est inutile de mentionner ici ces sources. De plus, des pages excellentes se trouvent dans les traités et ouvrages généraux de géologie et de minéralogie : Suess, Lyell, Lapparent, Haug, Rinne, etc., etc. En outre, la plupart des périodiques géologiques et géographiques, littéraires mêmes, du monde entier et spécialement d'Europe et d'Italie contiennent une foule de petits articles, relations de voyages, expériences sur terrain ou en laboratoire, hypothèses sur les causes ou les relations des éruptions, etc.. , concernant les [ volcans d'Italie et de Sicile.