‹ Les volcans de la terreChapitre 26 sur 28 · X. Bacoli · texte numérisé non relu

X. Bacoli

y. Porto di Miseno

z. Capo di Miseno

Société belge d'Astronomie.

ITALIE ET SICILE Camp! Flegrel*

raires, fuient doucement vers les plaines de Marano et de Casoria; c'est le flanc extérieur du grand système flégréen. Mais de tous les autres côtés, le massif est bordé de parois abruptes, s*incurvant en amphithéâtres gigantesques, de i ooo à i 5oo mètres de rayon, séparés par des apophyses massives et hardies. Tels sont, vers le SE., Tamphithéàtre de Naples, où, des bords de l'eau au sommet, s'étagent les édifices de la grande cité ; plus au sud, de l'autre côté de la Punta dcl Ovo, celui plus abrupte de Chiaja, formé dans le flanc de la colline de Vomero, et dont la dépression abrite les faubourgs méridionaux de Naples; vers le SO. tels sont encore : l'amphithéâtre plus qu'hémicirculaire de Soccavo, entre Vomero et Camaldoli proprement dits, et celui qui domine de plus de 200 mètres la grande plaine de Pianura, dont le fond est pourtant à 160 mètres d'altitude.

Enfin vers le NO, tel est ramphijthéàtre du Quarto. Mais ici, la dépression entaillée dans le massif des Camaldoli n'aboutit point, comme c'est le cas pour les excavations du SE. et du SO.,soit à la mer, soit au dos de quelque arête. Elle se prolonge vers l'occident, formant la cavité la plus vaste des Campi Flegrei et une des plus régulièrement ovales, avec ses 4 5oo mètres de longueur E-0., ses 3 000 mètres de largeur. Son fond uni n'est qu'à 35 mètres au-dessus du niveau de la mer. La crête qui l'entoure de toutes parts s'abaisse graduellement de l'E. vers l'O. où sa hauteur n'est que de 80 mètres. Sur tout son pourtour, la cuvette de Quarto est bordée de f)entes arrondies, doucement inclinées vers Tintérieur, quelque peu ravinées toutefois du côté des Camaldoli. L'ourlet du sol qui la ferme au N. et à rO. se confond avec le versant extérieur du massif flégréen, et l'éperon de S.Severino s'en détache au NO. Au sud, c'est d'abord l'apophyse de Romana séparant le Quarto de la plaine; de Pianura, puis la montagne étroite et basse de Spaccata (5oo m. de largeur, i5o m. de hauteur), entaillée au sud par deux amphithéâtres de 600 mètres de rayon, aux parois verticales, dont le plus occidental, celui qui ferme au N. le prolongement oriental de la Starza est coupé en son milieu par une brèche étroite où se glisse la route d'entre Pouzzoles et Quiliano, par Starza et Piano di Quarto. C'est au flanc SO. du Quarto qu'est l'origine de la grande branche flégreénne, serrée entre la Starza et la mer Tyrrhénienne.

La longue et rigide muraille du Pausilippe (Poselipo, Posilipo) de un à deux mille mètres de largeur à peine, de plus de 6 kilomètres de

MEDITERRANEE

long, se détache du masssif des Camaldoli, à l'apophyse de Vomero. Sur toute sa longueur elle garde i5o mètres de moyenne altitude. Doucement inclinée vers l'E. où elle se termine toutefois par des falaises brusques, elle présente à l'occident des parois hautes et roides, un peu incurvées, dominant les plaines basses de Fuorigrotta et de Bagnoli- Brusquement, au promontoire de Coroglio, la chaîne se termine. Mais plus loin, au bord de la terrasse sous-marine qui en prolonge encore le socle à deux ou trois kilomètres vers le SO., Nisida ou Nisita rejaillit des flots, par lo mètres de fond à peine, beau cône de 900 mètres de diamètre à la base, haut de 109 mètres, tronqué et perce d'une vaste chaudière dont la mer a fait un havre excellent en rompant la partie sud-occidentale de l'enceinte. Telle est la première grande branche flégréenne.

La partie centrale des Campi. Flegrei, le second lambeau attaché au massif des Camaldoli, semble naître à l'apophyse de Romana et aux plaines de Pianura et Soccavo : c'est en effet de cette région que partent les arêtes saillantes du groupe ; à Test, s'étendent les plaines de Fuorigrotta et de Bagnoli, au sud la baie, à l'ouest la Starza et son prolongement oriental.

Une première arête se développe en un large hémicycle de

1 5oo mètres de rayon, autour de la plaine d'Agnano. A l'origine ses plus hautes saillies ne dépassent pas de plus de 5o mètres la plaine de Pianura; vers le SE., le S., puis le SO., elle se rétrécit et s'abaisse graduellement jusqu'à 60 mètres, puis brusquement, se termine en s'élargissant et se redressant par le massif rocheux de la Spina ( 1 70 m.) au N. de Bagnoli. Vers l'orient, cette arête se perd insensiblement dans les plaines ; vers l'occident au contraire, elle plonge en brusques parois dans la dépression unie et basse (3 mètres à peine) d'Agnano. C'est au pied même de la falaise que s'ouvre la fameuse grotte du chien, aux émanations méphitiques et que jaillissent les « stufa », vapeurs d'eau, et les sources qui alimentaient le lago d'Agnano, desséché en 1870.

L'autre arête, à peine détachée, se développe avec plus de régularité encore et délimite la magnifique conque d'Astroni. ovale de

2 000 mètres de long E-0., de i 5oo de large N-S., régulier comme un « astre », ainsi que semble l'indiquer son nom. L'altitude de la crête varie; au Torre Nocera, culmen à l'O. de la conque, elle est de 25o mètres, au Torre Lupara, au NE, de 240 mètres. Entre ces deux

ITALIE ET SICILE Camp! Flegrei*

sommités le bord s'abaisse régulièrement jusqu'à 170 mètres au N., jusqu'à no au sud-est. Le fond de la cavité d'Astroni dépasse en moyenne de 3o mètres le niveau de la mer, quelques bosses coniques, quelques dépressions occupées par les eaux l'accidentent. La merveilleuse coupe est envahie en entier par d'épaisses forêts de chênes où vivent encore les sangliers et les cerfs.

Cette arête d'Astroni s'incline régulièrement au sud, dans la dépression d'Agnano, au nord dans celle de Pœrio (100 mètres). Vers l'occident au contraire, trois branches importantes s'en détachent au Torre Nocera. L'une d'elles, haute de i5o à 200 mètres, large de près de 2 kilomètres, se dirige vers le sud jusqu'au massif rocheux de l'Olibano, puis se coudant vers rest,elle va faire face au Monte Spina par le Monte Dolce, non moins important. Une brèche, de 60 mètres de niveau, entre les deux hauts piliers, permet une communication facile entre la plaine d'Agnano et celle de Bagnoli. Cette arête divergeant du Nocera ferme à l'ouest et au sud-ouest la dépression presque rectangulaire d'Agnano. Vers le sud, elle domine brusquement la mer. Vers l'ouest, ses versants s'inclinent vers la Starza et la ville de Pouzzoles. C'est dans ce flanc occidental, à 2 kilomètres à l'E. de la ville même, qu'est entaillée comme à l'emporte-pièce, la cavité circulaire de la célèbre Solfatara. Le fond de la chaudière, dont le diamètre à 6 ou 700 mètres, se trouve à 100 mètres environ au-dessus' du niveau delà mer; il est brusquement dominé par les hautes parois orientales, tandis qu'au N. et au S., l'altitude des bords s'abaisse, pour disparaître complètement à l'O. Partout des flancs et du fond de la Solfatara, jaillissent les fumerolles. C'est la chaudière flégréenne qui est restée la plus active. Ses roches sont très décomposées par l'action des gaz et il semble que, la nuit, de vagues reflets rougeâtres s'échappent d'innombrables petites ouvertures derrière lesquelles s'élabore le soufre.

La seconde branche se dirige immédiatement à l'O. du Nocera ; elle n'a que i5oo mètres de long; sa hauteur moyenne est de 170 mètres. Elle s'avance dans la Starza comme un promontoire et se termine par le massif de Cigliano, cône de 5oo mètres de rayon à la base dont le sommet échancré d'une chaudière, atteint 210 mètres dans sa partie nord, tandis qu'au sud il n'a que 180 mètres, soit 20 à peine de plus que le fond de la coupe.

La troisième branche, l'étroite arête du Pacifico (170 m. de haut)

MEDITERRANEE

se dirige vers le NO., fermant au SO. la plaine de Poerio. A son extrémité, un peu en contrebas et en face des amphithéâtres de Spaccata, s'ouvrent les trois cuvettes emboîtées de Campana^ dont la plus large est de dimension semblable à la Solfatara, la plus petite, la Fossa Lupara, de diamètre trois fois moindre. Les curieuses chaudières se révèlent à 'peine par des saillies de lo à 20 mètres sur la plaine environnante; la Fossa est toutefois plus abrupte et profonde de 40 mètres; c'est dans son flanc oriental qu'est la Senga, tissure large dequelques mètres, profonde de près de 40, en grande partie cachée par la végétation.

La troisième grande branche flégréenne, la plus longue, la plus régulière peut-être, se développe comme un vaste croissant dans toute la partie occidentale des Campi Flegrei. A l'O., ses pentes arrondies se confondent d'ailleurs avec le versant extérieur du grand massif. A TE., ses flancs, plus découpés et plus abrupts, dominent la Starza et la baie de Pouzzoles. Elle n'a ni les longues arêtes ni les vastes dépressions des autres branches flégréennes, mais elle présente plus d'homogénéité dans l'ensemble, plus de finesse, de variété dans le détail. On peut aussi la comparer à une faucille, large et massive à l'origine, eflilée vers l'extrémité, avec deux ou trois étranglements séparant des parties plus consistantes.

Elle naît au SO. du Piano di Quarto, de la réunion des bourrelets qui enceignent la vaste coupe à l'O. et au S. Large d'abord de 2 à 3 kilomètres et haute en moyenne de 80 mètres, elle va s'étaler et s'exhausser vers le SO., à l'orient du lago di Licola, et former la curieuse terrasse circulaire de Ruscello (i38 mètres de haut, 1 100 de large), tandis que vers le S., se dressant davantage encore, elle projette dans la Starza l'énorme appareil du Campiglione. Le massif est formé par deux petites chaînes dirigées E-0. ; Corvara au N. (3 19 mètres); Barbaro au S. (329 mètres), reliées à leurs extrémités par deux selles, s'abaissant jusqu'à 160 mètres à l'O., jusqu'à 80 à l'E. La coupe intérieure offre ainsi l'aspect d'un rectangle de i5oo mètres de long, de i 200 mètres de large et dont le fond n'est qu'à 40 mètres au-dessus du niveau de la mer. Encore entièrement confondu avec la masse générale du lambeau par le Corvara, le Campiglione est dégagé de tous les autres côtés et s'avance jusqu'à 800 mètres à peine du Cigliano, i 5oo du rivage marin. Comme au temps 011 .luvenal le chantait sous le nom de Gauris inanis, ses flancs escarpés sont encore couverts de vignobles.

— 3oo —

ITALIE ET SICILE Campl Flegrei*

Au delà de Tétranglement compris entre Tamphithéàtre de Migliarese et le prolongement occidental de la Starza, le lambeau s'élargit à nouveau. Une première arête formée par les M^'* Rosso et Grillo (80 à 100 mètres) entoure au N. et à TO. TArco Felice, petite plaine, inférieure à peine de 20 mètres. La faible échine prolongée formerait un ovale de 2 kilomètres SSO.-NNE.. i 5 00 mètres transversalement, mais la partie sud-orientale de la plaine s'échancre, s'évide pour faire place à la coupe célèbre de TAverne, vaste amphithéâtre aux trois quarts fermé, s'ouvrant seulement vers le SE. La coupe assez régulièrement circulaire offre en moyenne i 000 mètres de largeur; sa crête s'élève en son milieu â 1 16 mètres de plus grande hauteur et s'abaisse régulièrement vers les extrémités; les parois sont presque abruptes et le fond, occupé en entier par un lac circulaire,descend régulièrement à 34°», 5o sous le niveau de la mer. L'Averne, avec ses flancs pittoresques, ses bouquets d'arbres, sa belle nappe lacustre présente aujourd'hui un aspect des plus riants. Quelques sources et fumerolles s'échappent encore de la roche ; à la paroi sud-occidentale, l'antre de la Sybille rejette encore ses émanations putrides, mais en dépit de son étymologie les oiseaux franchissent impunément le lac autrefois si redouté. Il est possible toutefois qu'au temps des Romains, l'activité volcanique y ait été plus considérable que de nos jours.

A l'est de l'Averne, à peu près devant la grande brèche, s'élance la petite masse du Monte Nuovo, formée en i538. Le beau volcan, si parfaitement conique, avec ses 1 200 mètres de diamètre à la base, est évidé au sommet par une vaste chaudière, large de 35o mètres d'un bord à l'autre, dont la crête haute en moyenne de 100 mètres atteint 149 mètres de plus grande surrection à l'ESE. et dont les parois abruptes plongent jusqu'à 7 mètres plus bas que le niveau de la mer. AuN.etàl'E le volcan domine la Starza,au S. la mer baigne son pied; à rO. et au SO. s'étendent l'Averne et le Lucrin et les terres basses où Agrippa établit son fameux canal, région que l'éruption de i538 modifia considérablement. Quelques édifices surmontent la base du Nuovo ; les cultures couvrent les pentes inférieures ; les hautes régions nourissent une maigre végétation d'arbousiers et de myrtes.

C'est du versant occidental du Monte Grillo que se détache l'éperon de Cumes, peu élevé d'abord, hardi, rocheux, hérissé de broussailles et supportant quelques ruines vers son extrémité (80 mètres).

Un second étranglement est formé à la petite arête qui sépare

— 3oi —

MÉDITERRANÉE

Tadmirable amphithéâtre de Baia, des fonds où séjourne le Lago di Fusaro. Puis de nouveau, la branche flégréenne se redresse et forme le massif de Salvatichi, protubérance quadrangulaire et pyramidale faisant face au Monte Procida et dressant son culmen à 127 mètres. Au versant NE., elle se creuse d'une double cavité circulaire, couverte de vignes, les Fondi di Baia, allongée S.-N. et s'ouvrant sur la baie. Enfin, la presqu'île se termine à TE. du Monte Procida par les quelques rides de Bacoli, les bas-fonds où croupissent la Mare Morto et le Porto Miseno et le massif rectangulaire abrupt et majestueux, quoique de petite dimension (600 m. S-N., 3oo m. E.-O., 79 m. de haut), véritable borne du domaine : 4e Capo di Miseno.

Une des questions qui ont le plus intéressé les géologues est la recherche des divers mouvements oscillatoires qui, pendant Tépoque historique, ont affecté le massif flégréen, et notamment les colonnes du temple de Serapis à Pouzzoles.

Les premières phases des Campi Flegrei, et même la plus grande partie de son activité, eurent lieu sous les eaux, on le sait. Les géologues s'accordent pour placer dans le pleistocène, en même temps que le soulèvement général de l'Italie, le mouvement d'élévation qui porta en partie le massif hors des eaux et permit à ses dernières phases de se manifester à l'air libre.

Pour la période historique, les savants les plus autorisés s'accordent encore sur la succession des oscillations générales, mais certaines différences de vue, en ce qui concerne quelques détails, les ont conduits à des conclusions diverses de très grande importance.

On a fait appel à plusieurs arguments géologiques, historiques, archéologiques ; érosions des rivages, récits et descriptions datant d'époques diverses, monuments anciens, moles de Nisida, pont de Caligula à Pouzzoles, bains, édifices de Baia, de Naples, d'autres villes encore. Mais de tous, le plus important, le plus connu d'ailleurs et celui qui suscita l'idée des mouvements oscillatoires historiques est le temple de Serapis, à Pouzzoles.

Les ruines du fameux édifice s'élèvent au N. même de la ville, à quelques mètres du rivage. Il n'en reste que des pans de murailles, des décombres de toiture envahis par la végétation, un dallage assez bien conservé, de niveau un peu inférieur à celui de la mer et couvert de flaques croupissantes ; enfin, trois hautes colonnes restées debout.

ITALIE ET SICILE Campl Flegrei*

Les fûts de ces colonnes sont cerclés, de îa hauteur de 2"»5o environ à celle de 5 mètres, de larges ceintures de trous, formées par des lithodomes. Sous le dallage, on a découvert un plancher et des restes d'édifice plus ancien.

Il est probable, qu'à Tépoque romaine, un premier temple s'élevait sur l'emplacement actuel des ruines célèbres : les restes d'édifice trouvés sous le dallage en font preuve. A une époque indéterminée, un autre temple, celui que nous voyons encore aujourd'hui en partie, fut bâti à sa place, ce qui fait supposer qu'un affaissement du sol a dû se produire. Délaissé plus ou moins après Théodose et ses successeurs, adversaires du culte de Serapis, l'édifice s'écroula peu à peu. Toutefois, les gens de la contrée préservèrent avec soin la Cantarelle, source thermale qui jaillissait derrière le temple et dont l'eau, canalisée à travers les salles et les cours, en alimentait les bains avant de se perdre dans la mer. Au moyen âge et jusqu'au XV^ siècle, et même au début du XVl« siècle, la mer pénétra au loin dans la Starza et jusque derrière le temple qui fut à peu près submergé. En i538, le Nuovo entra en éruption, couvrit la région de matériaux volcaniques et la Cantarelle, libre jusqu'alors, fut ensevelie sous la couche de débris rejetés. On ne la retrouva qu'en 1738 et l'on ne s'intéressa de nouveau au temple qu'en lySo. L'édifice était alors hors des eau.x.

Le déblayage a fourni des couches superposées de matériaux divers, confirmant par des arguments géologiques les données de l'histoire; débris de plafond, briques, poteries en bas, témoins de l'abandon du temple; puis, une couche de tuf calcaire d'eau douce, indiquant qu'une flaque d'eau séjourna dans une dépression formée par les décombres; plus haut, des sables à coquilles marines, pareils à ceux que Ton trouve dans les jardins voisins et confirmant l'invasion de la mer ; enfin une couche peu épaisse de produits volcaniques. Les ceintures de trous creusés par les lithodomes commençaient au-dessus de ces matériaux ; elles indiquaient l'épaisseur de l'eau au-dessus de l'amas de décombres et de sédiments, du moins au-dessus des sables marins, et il est impossible de savoir si les produits volcaniques sont antérieurs ou postérieurs à la perforation, et par suite, si le temple était immergé ou exhaussé en i538.

Depuis son déblaiement, le temple n'a pas subi de grands changements.

MEDITERRANEE

Il est donc certain que la mer s'avança, depuis la période romaine jusque vers la fin du moyen âge, et que la ligne de rivage recula dans l'intérieur et s*éleva de plusieurs mètres. Puis le niveau marin s'abaissa et reprit à peu près son ancienne position, relativement aux terres voisines. Tous les auteurs le reconnaissent.

Mais pour Nicolini, qui étudia tout le littoral campanien, il y eut variation du niveau marin, sans que la terre perdit sa stabilité, comme le prouvent la verticalité des colonnes du temple de Pouzzoles, les murailles de tant d'autres édifices et la constance des sources si nombreuses, qui jaillissent sur les bords de la mer, dans toute la région flégréenne. D'après le savant italien, il y aurait eu : une phase marine positive jusque entre le IX^ et le X^ siècle, de — 6 mètres qu'il était à la p>ériode romaine, le niveau marin atteignit +5"^8 (par rapport au niveau marin actuel) ; puis, une phase négative assez courte et assez brusque; enfin, une nouvelle phase positive débutant peu après i5i i et qui se prolongerait encore de nos jours.

Pour Suess, il y eut ou mouvement de la mer, ou mouvement du sol, probablement les deux ; phase marine positive jusqu'au XV^ et XVI^ siècle; puis, vers i538, avec la formation du Nuovo, mouvement négatif brusque; postérieurement, mais sans toutefois qu'on puisse fixer une date, nouveau mouvement positif. Ce qui caractérise l'opinion du savant, c'est que le phénomène se serait localisé dans ce qu'il appelle le cratère flégréen, c'est-à-dire ia région déprimée, formée par la baie de Pouzzoles, la Starza et ses prolongements. En dehors de ce domaine, il n'y aurait eu aucun changement de niveau. De plus, le brusque mouvement d'émersion du temple aurait été dû à la formation du Nuovo, par un boursouflement du sol, semblable à celui qui se produisit en 1861 à la base sud-occidentale du Vésuve.

Enfin, contrairement à Suess, Gunther vient de montrer, que le mouvement fut général dans toute la baie de Naples jusqu'à Sorrente et Capri et même, vers le NO., jusqu'à Gaète et peut-être à l'embouchure du Tibre; mouvement d'ensemble avec longs repos et périodes actives assez courtes. Un affaissement se serait produit pendant le moyen âge; Naples, Capri et la région flégréenne se trouvaient alors à 6, 8, 10 mètres même plus bas qu'au temps de Rome. Puis, vers le XVI*^ siècle, relèvement, mais de quelques mètres inférieur au mouvement de descente. De plus, zc n'est pas à la formation du Nuovo que serait dû le soulèvement du temple de Serapis, il est

ITALIE ET SICILE Moote Nuovo, Camp! Flegrei*

probable, au contraire, que la formation du Nuovo fut conséquente du mouvement de surrection générale.

Un autre phénomène, qui suscita également de nombreuses discussions, fut la formation en plein massif flégréen, au moyen âge, d'une montagne ignivome : le Monte Nuovo. La connaissance, aujourd'hui assez précise, de l'histoire de cet appareil, fut un grand apport aux conceptions qui dominent à présent la vulcanologie. Elle nous apprend, en effet, les premières phases d'une formation volcanique de manière plus précise, puisque saisie en quelque sorte sur le vif, que celle que nous permet de supposer la structure d'un massif. Toutefois, cette importance n'est encore que relative, car en somme le Nuovo n'est qu'un cône secondaire, une pustule de ce grand massif flégréen.

Il ressort des descriptions données par les quatre témoins de l'éruption ou observateurs venus peu de temps après, que depuis un demi siècle déjà, la région où allait se dresser le Nuovo était soumise à des secousses violentes, de plus en plus fréquentes à mesure qu'on approchait de l'an i.S38. Le 27 et le 28 septembre de cette année elles se succédèrent sans arrêt. Le 28, la mer recula d'environ deux cents pas, laissant la plage couverte de poissons ; quelques sources jaillirent des terres émergées. Et pendant la nuit du 28 au 29, vers 2 heures, la montagne apparut, entre la cuvette de l'Averne et les pentes du Barbaro, auprès des bains de Tripergola.

Mais si, d'après quelques phrases de Porzio et de Francesco del Nero, sur lesquelles se basèrent les partisans de la théorie des cratères de soulèvement, la terre se souleva, se gonfla et prit la forme d'une montagne, le reste du récit de ces auteurs et les rapports des autres observateurs contemporains montrent clairement que l'appareil se construisit par simple accumulation de matériaux, rejetés par une bouche éruptive. Il y eut probablement de petites oscillations (affaissement de 4^20, puis soulèvement, d'après Francesco del Nero), mais elles durent être toutes locale?. La terre s'ouvrit dans un vallon voisin de Tripergola, lança d'abord au dehors quelques jets d'eau chaude et quelques flammes, puis l'oririce s'agrandit, un gouffre se forma par lequel furent expulsés avec fracas, des flammes et de la fumée, des pierres ponces, des scories, des blocs rocheux « aussi gros qu'un b(Euf », des cendres mêlées d'eau, qui retombaient autour de

MEDITERRANEE

rorifice. En moins de douze heures, la montagne était presque aussi haute qu'aujourd'hui. Le pays fut couvert de débris volcaniques. La boue s'abattit sur les édifices de Naples et les cendres furent portées jusqu'en Calabre. Les oiseaux tombaient morts dans la plaine voisine, les gens fuyaient épouvantés et couverts de boue. Pendant les deux jours et les deux nuits suivants, le volcan ne cessa d'exhaler des vapeurs d'un noir opaque ou d'un blanc éclatant. Le troisième jour, ler octobre, les explosions cessèrent et les curieux purent monter sur les bords du cratère et voir la terre osciller au fond de la cheminée. L'activité reprit le quatrième jour, cessa de nouveau pour reprendre le septième jour avec presque autant de violence que lors des premières éruptions, et vingt-quatre personnes, surprises, périrent sur les flancs de la montagne. L'activité se prolongea faiblement pendant quelques mois encore, par des émanations gazeuses et des fumerolles. Jusqu'à nos jours où quelques exhalaisons insignifiantes de vapeur aqueuse s'élèvent à peine du fond du cratère, elle ne devait plus se traduire par de brusques éruptions.

Telle fut la succession des phases du Nuovo d'après les observateurs contemporains de l'éruption. Telle est aussi ce que nous enseigne la structure du petit volcan.

Le Nuovo est composé en entier de couches superposées de matériaux meubles, indiquant des explosions successives : cendres, lapilli, ponces et scories trachytiques de teinte claire, tous matériaux auxquels se mêlent quelques produits arrachés au sous-sol ; cendres, fragments de tufs, débris de coquillages de cardium et de cerithium^ briques romaines, morceaux de poteries et décombres d'habitation. La partie superficielle du volcan est formée par deux couches de grosses scories noires, phonoli tiques, séparées par une couche de tuf clair. Quelques auteurs ont parlé d'une petite coulée de lave au versant méridional du massif, mais il ne s'agit probablement que d'un amoncellement de scories.

Tous ces matériaux s'inclinent régulièrement autour du cratère, plongeant vers l'extérieur avec 20 à 25 degrés d'inclinaison. Dans la partie orientale et nord-orientale de la chaudière, toutefois, les couches s'inclinent également vers l'intérieur.

D'après de Lorenzo, le volume de matériaux rejetés par le Nuovo serait de 3q 187 200 mètres cubes. Se basant sur les observations de Branco, de Geikie surtout et sur les expériences de Daubrée, qui

ITALIE ET SICILE Monte Nuovo, Campi Flegrei*

tendent à montrer que les cheminées volcaniques prennent la forme cylindrique et une largeur égale à celle que révèle le fond des cratères, le savant italien conclut, qu'un volume de matériaux, égal à celui formé par le Nuovo ne pouvait occuper dans la cheminée qu'une hauteur de quelques centaines de mètres et par suite que la profondeur à laquelle se trouvait le magna, lors de l'éruption, ne devait pas dépasser 1200 mètres. Ces conclusions ont été fortement combatues par Sabatini.

La structure de ce vaste édifice des Campi Flegrei n'est point encore suffisamment connue pour qu'on puisse retracer avec sûreté tous les détails de l'histoire du massif. Les chercheurs qui, surtout depuis quelques années, ont attaqué avec toutes les armes que leur fournit la science moderne, le système si complexe, n'ont pu nous donner avec certitude, des descriptions complètes que d'appareils isolés ; la majeure partie du massif est de structure inconnue ou indéterminée ; les descriptions générales ne sont encore que des tentatives. Toutefois, en plus du Nuovo, quelques morceaux sont bien connus. Telle est entr' autres, toute la partie centrale du système, le massif compris entre la Starza, la baie de Pouzzoles et les plaines de Bagnoli, Fuorigrotta, Saccavoet Pianura, si magnifiquement étudié, comme la plupart des autres appareils du système d'ailleurs, par G. de Lorenzo.

L'orifice le plus important de ce groupe, le plus nettement apparent d'ailleurs, est sans conteste jcelui que forme la conque d'Astroni.

La merveilleuse coupe et le cône régulier au cœur duquel elle s'ouvre forment en effet un volcan nettement individualisé, composé en entier de matériaux fragmentés, assez régulièrement disposés en couches superposées. Quelques tufs compactes, à environ 5 1,80 p. c. de silice, composés surtout de feldspath, d'augite, de biotite, magnélite et apatite, très rarement de leucite et d'olivine et contenant des blocs d'obsidiennes, de trachytes, de trachy-dolérites, apparaissent en quelques points de la base. Mais la plus grande partie de l'appareil est constituée par de puissantes couches de ponce, dont la grosseur varie de la cendre impalpable à des blocs de près d'un mètre cube de volume. Cette roche contient en moyenne 58 p. c. de silice. On peut dire que l'Astroni en est presque entièrement composé. Le volcan rejeta également des scories trachy-andésiques, noires et compactes,

MEDITERRANEK

dont on peut voir des bancs assez rares et peu épais, englobés dans la ponce. Quelques unes de ces scories, unies à des lapilli manganésifères sont caractéristiques; leur couleur varie du rose au pourpre et au violet; on les retrouve jusqu'à plus de lo kilomètres du point pu elles furent rejetées. Les obsidiennes et les lapilli sont plus rares encore et disséminés dans tout l'appareil. Enfin des matériaux arrachés au sous-sol se mêlent à ces produits divers.

La masse de lave qui surgit à la base de la paroi orientale du cratère, la Caprara, dont la nudité tranche sur Tépaisse verdure environnante, n'appartient très probablement pas à la chaudière d'Astroni. Amas énorme, long de 200 mètres et haut de 80, de roche trachytique à pâte scoriacée ou compacte, grise et tenace, à grands cristaux de feldspath, d'augite, de biotiteet cristaux plus petits de hornblende, de leucite, de magnetite, considérée par Lorenzo comme une vulsinite, elle constituerait pour certains auteurs un énorme filon. Mais il est plus probable qu'elle existait déjà lors des éruptions du volcan.

Tous les produits meubles d'Astroni s'inclinent vers l'e.xtérieur suivant un angle de 20 degrés, et dans les parties nord, ouest et sudouest, ils pendent également avec régularité vers l'intérieur du cratère. L'énorme chaudière, si vaste que son fond est presqu'au niveau de sa base extérieure, se forma donc par une succession d'explosions gigantesques et régulières.

Les buttes qui s'élèvent à l'intérieur de la grande enceinte; Impératrice, la plus haute, au centre; Rotondella au NE. et Pagliaroni à l'E., représentent une seconde phase volcanique d'Astroni, une reprise moins intense de l'activité. Autant que l'ont permis les recherches, très difficiles à cause de la végétation, on a pu constater que l'Impératrice était un véritable cône volcanique, avec cratère au sommet, formé de tufs, cendres, pouzzolanes, ponces, scories, lapilli, obsidiennes et blocs de trachyte, de sodalite et de trachy-dolérite. La Rotondella est une masse de trachyte gris ou violacé, de composition semblable à celle de la Caprara, plaquée contre le flanc nord-oriental du petit cône; le Pagliaroni, long bourrelet s'allongeant au pied de la paroi orientale du cratère, est un monceau de scories, violettes, rouges ou jaunes, vulsinitiques, offrant tous les intermédiaires entre ces types et la roche de Rotondella. ^

Les partisans de la théorie des cratères de soulèvement avaient vu, dans ces intumescences intérieures d'Astroni, le noyau trachytique

ITALIE ET SICILE Astronl, Camp! Flegrei*

dont la poussée verticale redressa les couches sujacentes et les disposa autour de l'orifice cratérique. Pour Lorenzo, Tlmpératrice est un volcan surtout explosif, qui, à une certaine période de son activité, rompit sa paroi nord-orientale et rejeta une longue coulée, scoriacée d'abord, compacte à la fin, qui s'étala dans la partie orientale de l'Atrio formé par la grande enceinte extérieure et le cône interne.

L'âge de TAstroni ne peut être nettement indiqué. En tous cas, il n'est pas douteux que les éruptions du volcan eurent lieu à une époque très rapprochée de nous et probablement au début de l'ère historique. Les flancs de l'appareil sont à peine érodés par quelques torrents. Il est en outre certain, que ses éruptions se manifesteront à l'air libre, car aucun indice d'action marine, aucune strate de sédiment marin n'a clé signalée parmi les produits. Les seuls dépôts aqueux connus dans tout le massif consistent en lits tufacés lacustres, couvrant la base méridionale du cône, dans la plaine d'Agnano, les versants inférieurs du nord et de l'ouest et le fond de la grande coupe intérieure.

Le petit massif conique qui se dresse à l'ouest de la conque d'Astroni, le Cigliano, est également un appareil volcanique. Mais ses petites dimensions et sa position par rapport au grand massif voisin permettent de le considérer comme un cône adventif, greffé sur le versant occidental de l'Astroni. Il est presque en entier formé de cendres, de pouzzolane et de bancs de petites ponces incohérentes, surmontant les produits d'Astroni. Ses explosions furent sans doute contemporaines de la formation du volcan de l'Impératrice,

Plus complexe est le Campana, dont les trois cuves concentriques, s'ouvrent à l'extrémité de la chaîne du Pacifico. Le triple volcan est composé d'un amoncellement de scories roses et noires, de cendres grises, de bombes spongieuses, d'obsidiennes et de lapilli ; les ponces y sont rares, ce qui le distingue des autres cratères flégréens. Le cratère du centre a émis un peu de lave vers l'est, celui qui l'entoure immédiatement vei's le nord-ouest. Quelques blocs de laves sont mêlés aux autres matériaux. Tous ces produits sont de nature trachytique, trachy-augitique principalement. De même que ceux du Cigliano, ils reposent sur les ponces d'Astroni, et le Campana peut aussi être considéré comme un appareil adventif.

L'arête du Pacifico n'a pas été bien étudiée encore. Lorenzo a émis l'opinion qu'elle pouvait appartenir à un ancien orifice, dont la partie

MKDITERRANEE

orientale de la Montagna Spaccata et le Torre Lupara étaient les autres témoins.

Au sud-ouest de l'Astroni, un autre appareil volcanique, de nom mieux connu que les précédents, la Solfatara, Tancien Forum Vuicani, n'est toutefois pas encore parfaitement déterminé dans sa structure. La plus grande caractéristique de ce volcan est l'abondance de fumerolles qui s'élèvent partout du fond de son cratère, entre les pierres et les broussailles. L'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré s'y dégagent également avec abondance : le soufre, la kalinite, Talotrichite, l'alun, la voltaïte, la misénite, d'autres matières encore s'y rencontrent en plus ou moins grande quantité. Solfatara est la chaudière la plus active des Campi Flegrei ; elle aurait eu une éruption en 1 198, mais le fait a été contesté.

Les matériaux qui composent le fond et les parois du cratère ont été si considérablement altérés par les diverses émanations gazeuses qui s'échappent du sol, qu'il est très difficile d'en préciser la nature. De même, la disposition des produits autour de l'orifice central n'a pas été nettement déterminée. En tous cas, le volcan est essentiellement formé de tufs ppnceux et de cendres ; dans la partie méridionale, trois masses de lave trachytique, parmi lesquelles se trouve le promontoire d'Olibano, peuvent toutefois lui être rattachée.

Les versants extérieurs de la Solfatare sont plus dénudés et plus érodés que ceux du volcan d'Astroni. De plus, ses matériaux plongent sous les produits du grand massif voisin. Si son activité fut plus constante que celle de l'Astroni, et probablement postérieurement amoindrie, ses premières éruptions au moins, ont eu lieu avant la formation du volcan du NE.

Enfin, la longue arête qui domine la plaine d'Agnano est sans nul doute, le reste d'une chaudière volcanique de dimensions plus considérables que les précédentes. Les strates de produits fragmentés, qui la composent et que l'on voit sur la falaise intérieure, s'inclinent vers les plaines de l'est et du sud-est. Le Monte Spina est un fragment de coulée, trachyte augitique, appartenant à cet appareil, et il est probable que la Caprara en est un autre. Toute la partie occidentale de l'enceinte se confond avec la Solfatara, et l'Astroni s'est édifié à la place des parois du nord. Les quelques vapeurs chaudes et les émanations gazeuses qui sourdent des parois et du sol d'Agnano sont les restes très atténués de l'ancienne activité.

— 3io —

ITALIE ET SICILE Solfatara, Campi Flegrei*

Ainsi donc, on peut conclure, qu'un premier grand appareil, l'Agnano, se construisit dans la partie centrale des Campi Flegrei, peut-être accompagné au NO. d'un orifice un peu moins considérable, le Pacifico. Puis sur le bord occidental de la grande chaudière démantelée, après une période indéterminée, mais assez longue sans doute, un autre évent volcanique, la Solfatara, dont l'activité se maintiendra très tard, se forme par projection et émission de lave. L'Astroni superbe, entre alors en éruption, emportant dans ses explosions toute la paroi septentrionale du cratère d'Agnano ; ses dernières manifestations correspondent à la formation de l'Impératrice, du Gigliano et des cratères de Campana. Il y eut, en somme, diminution assez régulière de l'ampleur des phénomènes indiqués par les dimensions des appareils, en même temps que déplacement du SE. vers le NO.

Parmi les autres volcans bien déterminés des Campi Flegrei, le Capo di Miseno avait déjà été signalé par Poulet Scrope. Le rude promontoire montre parfaitement en effet sa structure; c'est une masse fortement découpée de tufs trachytiques jaunes, compactes, riches en ponces et en scories et couronnée par une mince couche de tufs gris incohérents. Tous ces matériaux plongent en couches assez régulières, à la fois vers l'extérieur et vers l'intérieur d'un orifice central, formant un appareil volcanique dont la mer a arraché les flancs du sud-est et du sud-ouest.

Le Porto di Miseno, bordé au nord et au midi par deux petites rides du sol, est un autre reste de volcan. Il est formé de matériaux semblables à ceux du 'Capo. A la falaise septentrionale, la Grotto di Zolfo et quelques autres ouvertures du sol, émettent comme la Solfatare, mais moins abondamment, des gaz divers et déposent des matières solides [Bellini] (i).

L'Averne est un cratère d'explosion bien distinct. Les couches de matériaux qu'il a rejeté se montrent assez nettement sur les parois de l'enceinte, tufs trachytiques de couleur grise, ponces et scories, parmi lesquels s'intercalent quelques bancs de trachyte augitique, en gros blocs, et comme éléments caractéristiques des fragments de leucitite, des petites scories de leucotéphrite formant une couche au flanc nord [Pampaloni], et même une petite coulée de la même

(i) BoU. Soc.geol. Italiana Rorna, 1901, voL 20, pp. 470-75.

— 3ll —

MEDITERRANEK

roche, riche en plagioclase, en leucite et en augite, mais privée d*olivine.

L'éperon majestueux, que couronnent les ruines de TAcropole de Cumes est une masse de trachyte phonolitique, à environ 60 «/o de silice, gris-clair, compacte, avec belle st^ucture fluidale. Elle représente une ou plusieurs coulées inclinées vers le sud-est sous un angle de 3o degrés, et appartient, avec les tufs, les brèches et les ponces qui Tentourent, à un appareil démantelé dont Torifice se trouvait à quelque distance vers le NO.

Plus loin, vers le nord-est, le Campiglione est presque un rival d'Astroni par les dimensions de son cratère. Tous ses matériaux, tufs jaunâtres de nature trachytique très abondant en ponces, s'inclinent à la fois vers Tintérieur de la cuve et vers l'extérieur. Toutefois, les érosions marines que Tappareil eut à subir en ont fait disparaître une grande partie dans toute la région méridionale, et aux deux selles qui flanquent le cratère à Test et à Pouest, les couches externes ont même complètement disparu. Gunther parle d'une coulée de lave au versant NE. du volcan. Au versant NO., quelques auteurs signalent un petit cône parasite, profondement éventré, le Concala ou volcan de Fondo Riccio, formé de scories trachy tiques à 55 ou 58 p. c. de Si02 et de blocs de trachytes divers.

Deccke a montré que l'amphithéâtre qui échancre au midi la Montagna Spaccata était la partie septentrionale d'une chaudière volcanique démantelée, un cratère d'explosion assez semblable à celui d'Averno. La coupe présentée parla brèche qui traverse cette montagne, entre Starza et Quarto, donne de bas en haut : des tufs jaunes ponceux; des scories noires; des tufs gris, fins, avec petites ponces, puis avec scories et fragments de tufs jaunes ; des tufs gris ponceux et de la pouzzolane au sommet. Tous ces matériaux plongent au nord avec 20 degrés d'inclinaison. La butte de Crisci (25 m.), qui se dresse à quelques kilomètres au sud de cette montagne, en pleine Starza, est peut-être un reste de l'ancienne chaudière.

De l'autre côté du groupé dont l'Astroni est le principal orifice, la chaîne du Pausilippe a montré également une structure volcanique assez nette. Lorenzo y a reconnu les versants orientaux de deux appareils; le San-Strato, entre les promontoires du sud et Villanova et le Fuorigrotta, entre Villanova et l'éperon qui sépare les plaines de Fuorigrotta et de Saccavo. Les tufs jaunes et ponceux qui composent

nt ris ur

ax de an .dité

les ne

ÎS,

las lie :nt les de

les fiai, is,

îs; de

et,

le nt ipi *sit.

•bc

ro d'.

sil se de l'e

d\ fala si«

as

cet

NT

et

ta, ni d'.

en ce av la

qi pe

ch as rc Fi Fi

ITALIE ET SICILE Camp! Flegrel*

cette chaîne plongent, en efifet, autour de ces deux orifices. Ils sont couverts, surtout dans la partie voisine du Vomero, par des tufs gris et des cendres appartenant aux cratères du groupe d*Astroni,qui leur sont donc postérieurs et par suite les versants occidentaux de ces deux volcans auront probablement disparu, lors de la formation de l'Agnano. La butte de Santa Teresa, qui se dresse au centre du San Strato, est un petit cône volcanique au cratère ébréché vers le sudouest. 11 semble représenter une dernière et minime phase d'activité du grand volcan qui l'entourait.

En face du Capo di Miseno, Nisida forme également un des appareils bien connus. Elle a d'ailleurs mêmes dimensions, même structure et mêmes produits que le volcan occidental.

Toutes les autres parties des Campi Flegrei sont encore indistinctes, et les arguments sur lesquels certains auteurs s'appuient ne sont pas assez importants, pour qu'on puisse reconnaître dans telle ou telle cavité, dans telle ou telle arête, un orifice cratérique ou un fragment de cône. A ces appareils hypothétiques appartiendraient les collines de Bacoli, les deux cuvettes des Fondi di Baïa, l'amphithéâtre de Baïa^ la crête du Grillo-Rosso. Le Piano di Quarto serait, pour Suess, une cavité formée par effondrement, conséquent du soutirage des produits sous-jacents. Pianura et Soccavo présentent des bancs horizontaux de matériaux volcaniques ; en bas, à la base des Camaldoli, un premier banc de roche est le fameux Piperno (i), tuf pour les uns, lave pour les autres, en tous cas roche trachytique, avec sanidines, augites, magnétites et hématites ; plus haut, brèches ; puis tufs jaunes ; enfin tufs gris. Chiaja et Napoli, les deux amphithéâtres où la grande v^Ue s'étale, seraient également des restes de bouche volcanique et, pour Breislak, la falaise qui se prolonge encore au delà, vers le NE., serait la paroi nord-occidentale à peine indiquée d'un dernier orifice.

Dans son étude sur les mouvements oscillatoires, que dû subir le temple de Pouzzoles, pendant la période historique, Suess, se basant surtout sur des arguments topographiques , considère les Campi Flegrei comme un vaste cône, plusieurs fois effondré, dans la dépression duquel quelques bouches éruptives secondaires apparurent.

(i) Roche très différente du Peperino ou Peperite des environs de Viterbe quoique son nom en soit très rapproché.

MÉDITERRANÉE

Presque tous les amphithéâtres et les grandes coupes internes ; San Strato, Fuorigrotta, Soccavo, Pianura, Spaccata, Campiglione, Averno et Baïa, sont « évidemment des cuvettes d'affaissement », entre lesquelles s'avancent des éperons de matériaux ayant résisté à Teffondrement général, éperons d'autant plus élevés qu'ils s'avancent davantage vers le centre du massif. Agnano représenterait un second cône, édifié dans ce premier grand cratère, et à son tour effondré. Astroni, Sol fa tara et Nuovo seraient les véritables cônes d'explosion.

Nous avons vu qu'il ne pouvait en être ainsi, et que la plupart des prétendus cirques d'affaissement étaient de véritables cratères, autour desquels se sont accumulés progressivement les matériaux rejetés.

Plus précise est la conception de Lorenzo : elle se base d'ailleurs, non seulement sur l'aspect des appareils, mais encore sur la stratification et la nature des matériaux. Le savant italien a pu retracer ainsi trois grandes phases volcaniques principales, dont quelques-unes subdivisées en périodes secondaires.

A la première période, appartiennent les tufs pipernoïdes bien connus des géologues. Ce sont des agrégats de matériaux détritiques, de couleur grise, de nature trachytique, avec 60 ou 65 p. c. de silice, abondant en petites scories noires. Le vent et les courants marins surtout, les ont étalés, lors de leur apparition, en couches plus ou moins épaisses et sur une épaisseur indéterminée, dans la plaine de Labour, jusqu'à Caserte et Capoue, dans toutes les vallées apennines qui s'ouvrent à l'orient de la dépression campanienne et sur les monts de Sorrente et de Capri. On les trouve aussi, au fond du puits creusé dans le parc royal de Naples, entre le Vomeroet le Pausilippe, à la base du Monte di Cuma, mais en moindre quantité. Dans les Campi Flegrei proprement dits, ils sont en effet remplacés par une masse rocheuse de composition chimique et minéralogique semblable, mais déstructure plus voisine de celle des laves; c'est le Piperno de la base des Camaldoli. Les matériaux constituant ces tufs ont dû être riches en acides, chlorydrique, sulfurique et surtout fluorique. parce qu'ils ont métamorphosé les blocs calcaires des monts voisins sur lesquels ils étaient portés, et ceux que les eaux entraînaient dans leur masse.

Quels furent les orifices qui rejetèrent ces premiers matériaux? Sans doute, c'est dans les collines flégrécnnes qu'il faut les chercher. Mais les nivellements que la mer leur fit subir et les éruptions postérieures

ITALIE ET SICILE Campi Flegrei*

ont fait disparaître complètement leurs traces. Probablement aussi, représentent-ils les premières manifestations et par suite les parties inférieures et cachées, de quelques orifices encore existants.

La seconde période est représentée par des couches de cendres, de sables, de lapilli, de ponces trachytiques, dans lesquelles s'intercalent des strates de marnes,d'argiles à coquilles marines,et des conglomérats et brèches, les « Muséum Breccia », formés de blocs de toutes dimensions,d*obsidiennes, de ponces et de trachytes scoriacés, de fragments de roches leucitiques et de calcaires métamorphosés. Ces couches, assez semblables à celles que Ton trouve à Vivara et Procida, se développent précisément, dans la région flégréenne qui se rapproche le plus de ces îles du SO., le long du bord sud-occidental du Monte di Procida et au flanc nord-ouest du Monte di Cuma. Mais on les a signalées aussi aux Camaldoli, à Naples, au Vomero, même un peu à Caprî, Sorrente et la plaine campanienne. De même que pour les tufs inférieurs, avec lesquels ces produits constituent la première phase volcanique, on n'a pu leur fixer d'orifice de sortie distinct.

La seconde grande phase flégréenne, la plus nettement apparente, est caractérisée par des tufs de couleur jaune, presque toujours stratifiés en couches régulières et pouvant atteindre une épaisseur totale de 200 mètres. Ils sont formés par des agrégats compacts, de cendres, de lapilli, de petites ponces de nature trachytique, sur lesquels ressortent des fragments de laves, des cristaux brisés de feldspath et de pyroxène. Quelques strates grises s'intercalent entre les couches jaunâtres, et on a trouvé des lambeaux de tufs verts de l'Epomeo, indiquant l'antériorité du volcan d'Ischia et des coquillages non remaniés de Pecten et d*Ostrea prouvant que les éruptions eurent lieu sous les eaux. Quelques laves recueillies sous le Vomero semblent appartenir à cette phase

Une bonne partie de ces tufs jaunes, celle qui compose presque en entier les Camaldoli, qui affleure en quelques points du Piano di Quarto, à la base de la falaise qui domine le Lucrin, sous le castel de Baïa, à Pouzzoles et au NO. de Bagnoli, n'a pu être rapportée à des orifices certains ; on l'attribue en partie aux appareils supposés de Pianura, Soccavo, Chiaja et Napoli. Mais une autre partie constitue des volcans encore parfaitement reconnaissables, comme le Campiglione, le Porto di Miseno, le Capo di Miseno et Nisida ; des fragments de volcans démantelés comme le San Strato, le Fuorigratta et

MÉDITERRANÉE

le volcan de Cumes dont la lave semble aussi appartenir à cette époque; la partie inférieure d'autres orifices, comme la cuve du Spaccata.

Il est probable que le volume des matériaux rejetés pendant cette seconde phase est de beaucoup inférieur à celui des périodes précédentes, et de plus on ne trouve que rarement ces produits en dehors des Campi Flegrei proprement dits, ce qui semble indiquer qu'il y eut à la fois diminution d'activité et localisation.

La seconde phase flégréenne fut suivie d'un mouvement d'élévation générale du sol, assez considérable pour porter une bonne partie du massif hors des eaux. Pendant cette période d'exondation, la mer ne cessa de démanteler les appareils; l'œuvre destructive fut reprise ensuite par la pluie, le vent et les torrents, et lorsque s'ouvrit la troisième et dernière phase volcanique, nombre de volcans avaient certainement disparu, plusieurs autres ne présentaient plus que des lambeaux. 11 n'en reste plus que quatre qui soient bien reconnaissables. Les derniers produits reposent, en effet, en discordance sur la masse de tufs jaunes, épousant les creux et les saillies du terrain ; de plus, aucune trace d'action marine ou de dépôt n'a été relevée parmi eux.

Les produits de cette dernière période sont en général teintés de gris, ce qui les distingue du tuf sous jacent. Ce sont des tufs incohérents, de nature trachy-andésitique également: lapilli, cendres, ponces, scories et blocs de lave; plus en certains lieux des bombes et des roches à leucites.

Les orifices qui ont rejeté ces matériaux sont pour la plupart reconnaissables, et on a pu retracer l'histoire du groupe le plus important qu'ils forment, celui d'Astroni. Lorenzo cite en plus, parmi ces appareils, l'Averno, le Nuovo, le Santa Teresa, le Concola, pustule du Campiglione, le Spaccata, et les orifices supposés de Grillo-Rosso, de Baïa,des Fondi di Baia et de Bacoli. Quant aux masses plus ou moins épaisses qui recouvrent les bords du Quarto, la partie supérieure des Camaldoli et du Pausilippe et celles qui constituent le Ruscello et le Salvatichi, elles appartiennent, soit aux cuves précédentes, soit à des centres d'éruption inconnus.

A cette phase encore semble correspondre une diminution de l'activité flégréenne, témoignée par l'infériorité du volume de matériaux et une diminution de l'aire couverte par les orifices volcaniques. Ces orifices sont certes plus nombreux que ceux des périodes précédentes, mais on ne peut conclure à une augmentation générale du

ITALIE ET SICILE Campi Flegrei, Vesuvlo*

nombre des évents, ceux des premières périodes ayant en partie disparu.

Actuellement, Tactivité flégréenne ne se manifeste plus que par des sources thermales, des vapeurs chaudes, des mofettes, des émanations diverses aux sublimations assez abondantes. Tous ces petits foyers volcaniques entourent la Starza et la baie de Pouzzoles ; on les trouve à Agnano, Solfatara, Averne, Baïaet sur toute la côte depuis Naples jusqu'au cap Misène. Ils semblent les dernières manifestations d'une activité à son déclin, mais nul ne peut dire encore que les Campi Flegrei ne rentreront pas un jour en éruption et qu'une montagne nouvelle ne jaillira pas comme en i538.

En résumé, ce qui caractérise le massif flégréen, c'est d'abord le grand nombre de ses appareils et leur valeur propre. Tandis qu'au Laziale ou à l'Etna, par exemple, une multitude de cônes et de cratères se greffent sur un massif principal, dont ils ne sont que des pustules, tandis qu'aux Lipari, les appareils rayonnent autour d'un volcan central, comme les branches d'une étoile, et qu'aux Sabatini, ils s'alignent avec rectitude, aux Campi Flegrei, au contraire, aucun appareil n'a la priorité; chaque petit volcan a son importance (excepté toutefois le Concola, le Santa Teresa et peut-être Ciglianoet Campana) et il n'est pas possible d'indiquer une disposition régulière des orifices autre que leur groupement en massif.

Tous ces appareils sont petits; leur vie fut certainement, comme celle du Nuovo, de courte durée; ils furent essentiellement explosifs et rejetèrent presque exclusivement des roches trachy-andésitiques.

Dans la succession des phases volcaniques, il y a, semble-t-il, diminution graduelle du volume des matières rejetées, en même temps que localisation des évents autour de la dépression centrale.

Vesuvio*, le Volcan de Naples, était désigné par les anciens auteurs sous le nom à'Esbio. de Bebio, Vesebio^ Vesvio ou Vesbio. Virgile et Lucrèce l'appellent Vesubio ; dès le temps de Pline, on lui donna le nom qu'il porte aujourd'hui.

Quoique ce terme désigne généralement encore, comme à l'origine, l'ensemble de la montagne éruptive, il existe toutefois dans l'application que nous en faisons, une légère déviation, résultant sans doute de l'énorme transformation subie par le volcan, depuis la reprise de

MÉDITERRANÉE

son activité, en 79. Pour nous, le Vesuvio proprement dit est plus spécialement le cône terminal du massif, la partie qui s'est édifiée pendant la période historique, celle où se concentre encore actuellement l'activité du volcan. La base de la montagne et l'arête semi-circulaire qui entoure au N. et à TE. ce cône terminal» toute la partie ancienne du Vésuve est plus particulièrement connue sous le nom de « Somma », qui désigna d'abord l'arête seule.

Le Vésuve est le volcan le plus fameux de la Terre, celui qui réalise, le plus complètement, l'idée que l'homme s'est faite d'un appareil volcanique.

Il n*a ni les vastes dimensions d'un Sehend, ni la majesté d'un Chimborazo, ni l'aspect effroyable d'un Safah; son activité n'atteint pas aux grandioses débordements d'un Mauna-Loa, aux terrifiants paroxysmes d'un Krakatoa ou d'unTimboro, à la constance régulière d'un Stromboli ; sa structure n'offre ni la simplicité du Rongitonto, ni la complexité du Mont-Dore. Mais plus que celle d'aucune autre bouche ignivome du globe, l'histoire de ses éruptions fut mêlée à l'histoire de l'homme, devenu progressivement conscient des forces naturelles. Non seulement il a présenté, pendant une grande partie de la période historique, une activité très soutenue, plus soutenue même que celle de la moyenne des autres bouches actives, mais surtout, c'est au milieu d'une population dense, aux pertes de grandes villes, au cœur même des peuples les plus policés du monde, que cette activité s'est révélée. Ses phénomènes devaient donc avoir un retentissement considérable sur l'esprit humain. Ses éruptions, souvent désastreuses, devaient provoquer une émotion universelle. Elles devaient attirer, de plus en plus, les voyageurs épris de spectacles grandioses et les savants curieux de pénétrer intimement un des phénomènes les plus complexes de la géographie physique. Ses colères l'ont fait craindre, la fertilité de ses flancs, la beauté de sa forme et de son aspect toujours varié, l'intérêt, le mystère aussi de ses phénomènes, l'ont fait aimer et quelque peu vénérer.

L'étude en fut donc plus régulièrement suivie que partout ailleurs. La plupart de ses phases et de ses paroxysmes ont été minutieusement notés, sa structure a été en quelque sorte disséquée, ses produits scrupuleusement analysés. On lui connaît plusieurs modes d'explosions, un rythme d'activité. Les grandes lignes de son histoire sont fixées. Ses rapports avec les terrains environnants ont précisé son âge

ITALIE ET SICILE VeSUViO*

et laissé entrevoir les causes de sa formation. Toutes ses manifestations servent de type : projections de cendres et de vapeurs, coulées de lave, disposition, température, variation des fumerolles, mécanisme éruptif. C'est autour de lui que se débattent les théories volcanologiques. soit qu'il les suscite directement, soit qu'on vienne en vérifier sur lui l'exactitude. Fatalement, le mont à la fois « redouté et chéri » est aussi devenu le volcan le plus « civilisé » de la planète.

Pourtant, ce ne fut pas le Vésuve qui, le premier, frappa l'attention des hommes et servit à jeter les fondements de la volcanologie. Bien avant lui, le Demavend, les volcans qui parsèment TEgéide, l'Etna, les Lipari, Ischia et les Campi Flegrei même avaient fourni aux hommes les premières notions des forces volcaniques.

Jusqu'au début de l'ère chrétienne, les peuples de la Campanie ne voyaient dans le Vésuve qu'un mont semblable à ceux des Apennins et quelques savants à peine déduisaient la véritable nature volcanique du massif, de la vue des roches calcinées qui parsemaient le sommet. C'est que, de mémoire d'homme, le Vésuve était en repos. En 79, il se réveilla brusquement, engloutissant plusieurs villes sous les matériaux rejetés. Avec ce réveil, *la période historique active commence et l'étude du volcan est sérieusement amorcée.

Les relations qui nous renseignent sur les éruptions des quatorze premiers siècles sont encore assez rares et se bornent à une description très succincte du phénomène volcanique même, if semble même qu'on doive attribuer en partie à leur peu d'abondance l'espacement des premières éruptions vésuviennes, dont on ne connaît avec certitude qu'une douzaine, avant la grande explosion de i63i. S'il n'est plus douteux que de longues périodes de calme se soient écoulées entre quelques-unes de ces éruptions, comme entre i3o6 et i5oo et entre i5oo et i63i, par exemple, où la végétation envahit la coupe même du volcan, il est d'autre part très probable que des périodes actives, faibles à la vérité, précédèrent ou suivirent quelques-uns des grands incendies relatés sérieusement ; telles, par exemple, les années 243, 3o5, 326, où furent signalées, vaguement il est vrai, des recrudescences d'éruption au cratère; telles encore les années 1037 et io38 suivant l'explosion de io36, pendant lesquelles la lave continua» paraît-il, à dégorger du volcan.

En somme, nous avons de ces premières périodes une chronologie à peu près complète et quelques descriptions assez claires. Plutarque,

Tacite, Pline le Jeune, Dion Cassius, Procope, Casiodore, Baronio, Leone Ostiense, Ambrogio, etc., nous ont laissé des documents précieux.

Les récits commencent à abonder avec l'éruption de i63i, la plus formidable peut-être du Vésuve, et les descriptions, quoique très superficielles encore, se précisent. D'ailleurs, les explosions du volcan semblent devenir plus nombreuses. La plus grande période de calme du siècle, celle comprise entre 1660 et 1682, paraît elle-même coupée par quelques incendies. Recupito, Carafa, Viola surtout sont les meilleurs auteurs de ces temps.

Désormais, avec le XVIII® siècle, l'activité du volcan est continue et régulièrement enregistrée. Si ce n'est le repos d'entre 1737 et 1744, les périodes de calme n'ont plus jamais dépassé une durée de quatre ans. Et les études se précisent et s'accumulent. Non seulement l'époque et la durée des paroxysmes est nettement indiquée, mais encore chaque phase du phénomène est notée avec minutie. De plus, la minéralogie, la chimie, la physique, la sismologie, le magnétisme même, viennent développer les connaissances sur la constitution, la température des laves, susciter des recherches sur l'origine et les variations des gaz de fumerolles, éclairer les hypothèses sur le mécanisme éruptif. La géologie proprement dite, à son tour, disséquant comme un corps mort la partie ancienne du massif et analysant ses* relations avec le sol environnant, essaye d'en fixer l'âge d'en faire revivre l'histoire générale et de pénétrer jusqu'aux causes qui ont pu contribuer à sa formation. C'est la période vraiment scientifique.

La volcanologie, sortie des limbes de l'animisme, dégagée de la littérature et de la géographie descriptive, prend corps peu à peu, devient science à part et le Vésuve est la meilleure source où elle s'alimente. Le flot des chercheurs augmente à chaque éruption ; c'est par centaines que se publient les articles sur ses paroxysmes. Depuis 1847, ^^ volcan est pourvu d'un observatoire qui, à lui tout seul, en enregistre les moindres pulsations. Parmi les savants qui ont le plus contribué dans ces derniers siècles à nous faire connaître le volcan, il faut signaler : Serao, Sorrentino, Breislack, Harailton, L. de Buch, quoique son influence ait fait quelque peu dévier les recherches pendant un certain temps, Poulett Scrope, Lyell, Roth, vom Rath, Scacchi, tant d'autres encore et plus près de nous, Pal-

ITALIE ET SICILE VeSUVlO*

mieri, Matteucci, Baratta, Johnston- Lavis, Lacroix et Mercalli.

La forme du Vésuve est assez régulière et simple. Vue du golfe qui baigne son pied sud-occidental, ou des plaines unies et basses (5o mètres), qui s'étalent au nord-ouest vers Acerra et Caserte, au nord-est vers Nola et au sud-est vers Castellamare, Angri et Nocera, la belle montagne s'élève régulièrement en forme de cône aux pentes graduellement accentuées. Sa base circulaire, limitée aux rivages marins et aux premières pentes du terrain compte à peu près i5 kilomètres de diamètre. A 600 mètres d'altitude, la montagne encore entière, mesure 4 ou 5 kilomètres, d'un flanc au flanc opposé. Au-delà, le cône se divise en deux saillies, distinctes par la forme et le rôle. L'une d'elle, le Monte di Somma, n'est que le prolongement du grand cône de base — dont elle fait intimement partie d'ailleurs parla structure et l'histoire — dans sa partie septentrionale et orientale; véritable arête en croissant, concave vers le sud-ouest, se confondant à l'extérieur avec les flancs du cône, plongeant vers l'intérieur, en falaise abrupte, de plusieurs centaines de mètres. Cette crête s'élève, assez régulièrement, des extrémités vers la partie médiane. Au Cognoli Trocchia (NNO.) elle atteint i 092 mètres, à la Punta Nasone, piton suprême (N.), i iSy, au Cognoli d'Ottajano (NE.)

I 1 15, et au Cognoli de Terzigno (E.), 900 à i 000 mètres.

L'autre sommité, plus indépendante de la base, est le Vesuvio proprement dit, la partie actuellement vivante du massif. Pendant la période historique, elle a beaucoup varié de volume, sinon de forme; mais, depuis quelques siècles, elle garde des dimensions assez stables.

C'est un cône aussi régulier que celui de la base, aux pentes un peu plus inclinées (3o degrés environ) et relativement moins tronqué.

II s'élève dans la concavité de la Somma, qui lui forme ainsi une sorte de collerette. Pourtant il ne se trouve pas dans l'axe même du cône de base; il lui est plutôt un peu excentrique vers le SO. Sa base qui, d'une part, vient buter au pied des escarpements de la Somma, surmonte, d'autre part, dans toute la moitié sud-occidentale, de petits plateaux : « Piano délie Ginestre » (O.), « Piane » (SO.), de « Pedementina » (S.), qui terminent vers 600 mètres le cône inférieur. Cette base n'a pas plus de 3 000 mètres de diamètre. Le sommet du cône, généralement ouvert par une cuve de quelques cents mètres de largeur et

MEDITERRANEE

de profondeur, garde une altitude moyenne un peu supérieure à celle delà Punta Nasone. La plus grande hauteur fut atteinte en igoS; elle portait à i3o3 mètres au-dessus du niveau marin le bord de la coupe supérieure; l'éruption de 1906 la ramena à î232 mètres.

Le long couloir semi-circulaire qui s'ouvre entre Somma et Vesuvio et dont l'aspect varie avec les éruptions, est à environ 800 mètres d'altitude. Sa largeur est de 5oo mètres. Dans sa partie occidentale, au N. du Vesuvio, il est connu sous le nom d'Atrio del Cavallo; dans sa partie orientale, à l'E. du cône central, on l'appelle « Val del In fer no ».

A ces grands traits du relief vésuvien, il faut ajouter les saillies que forment aux flancs sud-occidentaux, entre Torre del Greco et Boscotrecase, la charmante colline des Camaldoli (i85 m.); plus à l'est, celle de Viuli puis la protubérance allongée E.-O. des Canteroni,quî se dresse sur la base nord-occidentale du cône supérieur, en face du lieu où l'arête de Somma naît des flancs du massif de base, et qui supporte à environ 65o mètres l'observatoire et un hôtel ; enfin quelques terrasses, quelques creux, quelques bourrelets de faible relief.

Les pluies qui tombent en abondance sur les versants du mont et ruissellent en torrents, vite humés par le sol poreux, ont creusé de profonds ravins, surtout aux pentes nord-orientales du massif, véritables coupes géologiques où parait la structure. Toutes ces eaux, se mêlant aux produits volcaniques, déjà si riches en matières fécondantes, potasse, soude, ammoniaque, etc., les remanient et en forment un humus généreux, qui fait de la région vésuvienne une des contrées les plus fertiles de l'Europe, quoique jamais fumée. Aussi la végétation pousse-t-elle avec luxuriance sur les pentes inférieures du mont. Toute la base, prolongeant d'ailleurs la région avoisinante, est couverte jusqu'à environ 400 mètres de hauteur, de céréales, de vignobles aux crus fameux, le Lacrima Christi déjà célèbre au temps d'Horace — de vergers et de jardins, véritable ceinture de verdure où s'enchâssent comme des joyaux, les villes blanches et les bourgs vésuviens reliés par des routes et des voies ferrées circulai res;Cercola, S. Anastasia, Somma au N. ; Ottajano, S. Giuseppe, Terzigno à l'E.; Boscoreale, Boscotrecase au S., au delà desquelles l'antique Pompeï présente ses places vides et le squelette de ses édifices, et Torre Anunziata, plus moderne, sise au bord de la mer; Torre del Greco, Résina, bâtie près d'Herculanum, et Portici à l'O. Plus de looooo

ITALIE ET SICILE VeSUViO*

habitants vivent ainsi, en grande partie parasites du volcan. Plus haut viennent les châtaigniers, qui escaladent presque le sommet de Somma et forment des oasis de verdure dans le désert des laves et des scories de la partie moyenne du volcan; tels, les Canteroni, si souvent entourés par les coulées de pierres brûlantes. Mais déjà en ces régions, à la végétation clairsemée et rabougrie, domaine rarement disputé par l'homme à la nature brutale, s'annonce Taridité et la sauvagerie du cône supérieur. Une route audacieuse conduit pourtant, en serpentant sur les roches et les cendres, jusqu'à l'observatoire et l'auberge, puis gagne le pied occidental du cône supérieur d'où s'élance un funiculaire.

Mais si ces grands traits de la forme et de l'aspect du volcan restent à peu près fixes, combien les éruptions modifient le paysage des régions supérieures et même aux époques de grande effervescence, celui du massif tout entier !

Lors des plus grands calmes, quelques jets de vapeurs à peine fusent des parois internes de la chaudière supérieure, réunis au-dessus de la montagne en une légère écharpe, que le vent ployé dans l'une ou l'autre direction, (généralement vers le N E. et le S O.); la végétation gagne alors du terrain et l'herbe et les arbres peuvent même envahir le sommet et le cratère du volcan, comme avant l'éruption de i63i. Mais ces époques sont rares et, sauf cette dernière, de courte durée. Vite la lave apparaît dans la cheminée volcanique, bâtit des cônes internes, ou se projette au dehors en gerbes de pierres incandescentes. Des fentes se forment dans les flancs du cône supérieur, la lave, rouge la nuit, couleur de miel pendant le jour, dégorge des ouvertures et descend en longs serpents de feu, selon l'inclinaison des pentes, s'accumulant en collines sur les petites terrasses, plongeant en cascades dans les parties plus abruptes, gagnant parfois les cultures, puis les cités, la mer même.

D'autres fois ce sont des mugissements qui sortent du cratère, des secousses qui font trembler la montagne, puis des explosions grandioses; colonnes gigantesques de vapeurs et de cendres, sillonnées d'éclairs et parfois diversement colorées, qui s'élancent du cratère jusqu'à plusieurs kilomètres de hauteur où elles s'étalent largement, rappelant, comme Pline Ta si bien fait remarquer, la forme dc^pins, qui poussent dans les plaines voisines; bouffées intermittentes aux formes en choux fleurs, fouillées et arrondies ; colonnes composées de pierres

MÉDITERRANÉE

tondues, dont la chute forme des draperies de feu, couvrant le sommet du cône supérieur d'une collerette frangée. Ou encore, après la tombée des cendres et des ponces, c'est renfouissement du mont sous un manteau uniforme, rougeâtre parfois, généralement gris et donnant au paysage un aspect neigeux; puis les coulées de sables qui se détachent des parties supérieures, et les torrents de boue, quand Teau se mêle aux produits meubles, venant former les riches terres de base. Le « vieux grondeur, » la terreur de Naples, en devient aussi la richesse et la gloire.

L'éruption de 1906 comptera dans l'histoire du Vésuve. Elle fut importante, non seulement par les désastres produits, mais encore par le volume des matériaux rejetés, par le nombre des phénomènes qui Tont accompagnée et surtout par la quantité et la précision des études qui en ont été faites. Des dizaines de relations, des centaines peut-être ont été publiées et chaque jour encore en paraissent de nouvelles. La plupart s'attachent à telle ou telle particularité, mais quelques-unes embrassent l'ensembl e des phénomènes dans une large conception, ainsi celles de Mercalli, Sabatini et surtout A. Lacroix.

Lorsque débuta l'éruption d'avril 1906, le cône suprême atteignait I 3o3 mètres de hauteur et le cratère terminal avait une largeur moyenne de 3 à 400 mètres. Un petit cône qui s'était formé en avril 1905, surmontant un chaos de lave, le remplissait et dépassait de quel ques mètres le bord de la cuve extérieure. Il projetait des blocs incandescents et de légères fumées, selon le mode strombolien. Au flanc NO. du grand cône supérieur, vers i i 5o mètres d'altitude, deux fissures formées à peu près en même temps que le petit cône laissaient couler simultanément la lave, jusqu'à T Atrio d'une part, jusqu'à la station inférieure du funiculaire de l'autre. Depuis près d'un an, cette activité relativement tranquille se maintenait.

Le 2 et le 3 avril 1906, l'activité augmente au cratère. Le 4, dans la matinée, des mouvements du sol se font sentir jusqu'à la base du cône supérieur; puis, pendant que les bouches de 1905 ralentissent leur action, une fissure se forme à i 200 mètres de hauteur au versant SE. du cône et une petite coulée s'échappe qui cessera de couler le soir. En même temps, le cratère change son mode d'explosion : aux éruptions stromboliennes succèdent des manifestations volcaniennes; des projections de cendres, de lapilli et de vapeurs compactes rem-

ITALIE ET SICILE VeSUVlO*

placent peu à peu les jets de blocs incandescents et un énorme j7m où brillent les éclairs, s'élance obliquement du cratère, pour se rabattre ensuite sur les flancs sud-occidentaux du massif. Ces brusques projections démolissent le petit cône interne et commencent l'attaque du grand cratère.

Pendant le cours de la journée du 5, la bouche de igoS s'arrête complètement de couler et les projections cratériques s'apaisent un peu. Une fissure nouvelle se forme au-dessous de celle de la veille, vers 800 mètres et la coulée qui s'en échappe descend jusqu'à près de trois kilomètres au sud, avec une vitesse de 100 mètres à l'heure. Le 6, vers 8 heures du matin, une autre fissure, plus importante que les précédentes, celle de Cognoli, s'ouvre du même côté, vers 675 mètres, donnant une lave fluide, scoriacée et chargée de vapeurs, qui se précipite également dans la direction du sud et parcourt 3 800 mètres en trente heures. Durant l'émission de cette masse de pierre en fusion, le cratère, reprenant quelque vigueur, lança vers le NO. des jets de lapilli et de cendres [BASSANI et Galdieri].

Le 7, les éruptions stromboliennes reprennent au cratère et, dans la soirée, une colonne de feu de 2000 mètres de hauteur surmonte le volcan [Mercalli]. Puis, vers 11 heures, après une pause de quelques minutes, les manifestations deviennent brusquement gigantesques ! Un flot considérable de lave dégorge des bouches de Cognoli, de celle formée le 5, d'une nouvelle un peu au NE. de celles de Cognoli, et probablement d'une autre encore au flanc NNE. du cône [JOHNSTON- Lavis], Le cratère rentre en activité avec plus de violence qu'auparavant. Les explosions passent progressivement du mode strombolien au mode volcanien, les projections étant de moins en moins incandescentes, puis s'assombrissant complètement. Un énorme /?m, dans lequel les éclairs forment un véritable treillis, s'élance ainsi vers le ciel, tandis que des jets considérables de gros lapilli, mélangés de quelques blocs, giclent vers le NE. Des détonations formidables se font entendre et des secousses de tremblement de terre sont ressenties dans toutes les communes vésuviennes. Entre Portici et Villa Equense, le rivage se soulève de 3o à 40 centimètres.

Ce paroxysme, durant lequel toutes les forces éruptives concoururent, dura quelques heures. Puis la phase décroissante commença. Les jets de lapilli cessèrent complètement. Les laves s'épanchèrent vers le sud (excepté la traînée du NNE, et celle qui déboucha au NE.

MEDITERRANEE

de Cognoli, dont les directions furent celles des pentes) en une coulée de 3 à 400 mètres de largeur, subdivisée vers le milieu de son cours en plusieurs bras, plus loin réunis, ravagèrent Boscotrecase et s'arrêtèrent le lendemain vers 4 heures du soir, après un parcours de plus de 5 kilomètres, à quelques mètres du cimetière de Torre Anunziata. Dans la nuit du 10 au 1 1 , une bouche de Cognoli versa encore un peu de lave, vite refroidie. Les projections volcaniennes, si continues d'abord qu'elles s'emboîtaient et formaient une haute colonne rigide, dont les matériaux retombant enveloppèrent pendant plusieurs jours la montagne de ténèbres, devinrent de plus en plus intermittentes, montant par intervalles et plus ou moins lentement, en globes majestueux, jusqu'à plus de 6000 mètres d'altitude; elles ne s'arrêtèrent qu'en été.

Le i3 avril, la côte, soulevée un moment, avait repris sa position normale.

Lorsque l'on put escalader la montagne, quelque temps après l'éruption, on constata des changements considérables dans les dimensions du cratère. La chaudière, complètement vidée, avait 65o mètres de diamètre moyen. Ses parois abruptes plongeaient jusqu'à près de 3oo mètres de profondeur. Le plus haut point du bord cratérique ne s'élevait plus qu'à i 232 mètres. Les explosions paroxysmales avaient donc évidé et abaissé considérablement la coupe. Quelques fumerolles montant du fond qui persistent jusqu'à aujourd'hui, 18 mois après l'éruption, sont les restes insignifiants de l'intense activité précédente.

La vapeur d'eau n'aurait pas été très abondante dans cette éruption. D'après M. Prinz les énormes j7m5 qui surmontaient le volcan, auraient même été exclusivement composés de cendres sèches. A. Bruo croit pouvoir assurer, d'après des expériences faites sur place et en laboratoire, que les réactions volcaniques se passaient comme si ce milieu était quasi anhydre. L'eau sous sa forme gazeuse fut toutefois plus abondante que les autres gaz : hydrogène, acide carbonique, etc. Aucun cas d'asphyxie ne fut signalé et c'est à peine si quelques jours après l'éruption on sentait encore l'anhydride sulfureux dans le voisinage du cratère. Pendant le paroxysme pourtant, des bouffées méphitiques passèrent sur l'observatoire.

Le volume de lave émis par cette éruption atteignit] 5 700000 mètres cubes, soit une surface de 2 kilomètres carrés sur 3 mètres d'épais-

ITALIE ET SICILE VeSUVlO*

seur. Ces laves furent surtout scoriacées et très fusibles. Elles sont sorties des flancs du cône supérieure et à des altitudes de moins en moins élevées. Pour Lorenzo, les fissures qui les ont laissé passer correspondent à celles du versant NO., avec lesquelles elles appartiennent à une même gigantesque fracture du cône. En plus des phénomènes communs qui accompagnent généralement les coulées volcaniques, c'est la première fois qu'on a signalé la galène dans les produits de sublimation, et le chloromanganokalite (chlorure de manganèse avec un peu de soude). Comme tous les produits vomis par le Vesuvio, les laves de cette éruption sont des leucotéphrites, à pâte noire, à gros cristaux de leucite et d'augite, contenant environ 47.50 p. c. de silice et une quantité de potasse considérable, pouvant aller jusqu'à 7.20 p. c.

Les projections stromboliennes ont donné des roches de composition semblable qui se sont répandues sous des formes diverses; bombes, lapilli incandescents, autour de la grande bouche terminale.

Les projections meubles ont consisté en blocs, scories, lapilli et cendres, de nature et de provenance diverses; leur volume aurait atteint, d'après Sabatini, 21 1 millions de mètres cubes.

Les lapilli, qui lors du paroxysme giclèrent vers le NE., formèrent de ce côté du volcan, entre S. Anastasia et Terzigno, une couche de 75 centimètres de plus grande épaisseur, vers sa partie centrale. Ce fut la chute et l'accumulation de ces produits sur le toit des édifices d'Ottajano et San Giuseppe qui provoqua les plus grands désastres. Plus de 200 personnes périrent sous l'effondrement de toitures. Ces matériaux, constitués par des scories noires ou rougeâtres, des cristaux d'augite, des lamelles de biot ite, de la leucite, du plagioclase, de l'olivine et des fragments anguleux de roches plus denses (laves anciennes et roches métamorphiques) retombaient froides. Ils résultent, sans nul doute, du démantèlement de la grande chaudière volcanique et des parties basses de la cheminée. En général, ils sont moins alumineux, moins riches en alcali, plus magnésiens et plus calciques que la lave émise en même temps.

Les autres matériaux meubles se répartirent surtout selon leur grosseur et leur poids. Les blocs les plus volumineux, arrachés aux parois de la chaudière, atteignaient jusqu'à plusieurs mètres de diamètre; ils retombaient dans le voisinage immédiat du cratère. Les scories et les lapilli (mis à part ceux du N.-E.), gros en moyenne

MEDITERRANEE

comme la noisette, s'abattirent sur les hautes pentes, à peine au delà de la base du cône supérieur. Les cendres et les poussières impalpables, formées d'augites, de leucites, d'agrégats cristallins mal définis de feldspath, de biotite, de magnétite, etc., se répandirent sur toute la Campanie et les vents les portèrent jusqu'en Turquie et en Espagne.

La couche de produits gagna plus de lo mètres d'épaisseur dans la partie supérieure de la montagne; cette épaisseur diminuait à mesure qu'on s'approchait de la périphérie du mont, et dans la plaine elle n'était plus que de quelques centimètres.

Le vent, qui se jouait dans ces débris meubles, y accumulait des dunes ou y creusait des sillons. aux directions ondoyantes, mais ce fut le poids même des matériaux et le mélange de ces matériaux avec les eaux de pluie qui occasionnèrent les plus curieux phénomènes de dynamique externe. Les premiers jours après l'éruption des masses de produits se décolèrent des parties hautes du volcan, coulèrent sur les pentes avec une rapidité extrême, due en grande partie à leur haute température, pour aller s'étaler largement dans les plaines de base et former des couches de brèches. En peu de temps, ces torrents de sables et de blocs, véritables avalanches sèches^ eurent creusé sur le pourtour du cône supérieur et au versant nord-oriental de la Somma de véritables barranques, profondes de dix mètres en moyenne.

La condensation des vapeurs d'eau répandues dans les hautes couches de l'atmosphère et mêlées aux fines poussières, produisit quelques pluies de boue; entre autres celles qui s'abattirent sur Torre del Greco entre le 8 et le lo avril. L'eau tombée sur le sol et humée par les matériaux qu'elle cimenta, occasionna d'autre part des torrents ^ott^MX extrêmement dévastateurs. Ces coulées de boue, qui commencèrent à se produire le 21, se précipitaient dans les chemins déjà tracés par les avalanches sèches et allaient former à la base de véritables conglomérats ; Tune d'elles faillit détruire Résina.

En résumé, cette éruption n'a présenté aucun phénomène nouveau bien important, mais la plupart de ceux connus y ont été observés, et tous ont été méticuleusement notés. Dans les grands traits, il y eut pendant la courte période d'une dizaine de jours, montée violente de gaz et de pierres fondues, explosions et effusions brutales au cratère et aux flancs du cône supérieur, formation d'une caldeira au sommet abaissé et évidé, puis arrêt brusque et presque complet de l'activité.

Extrait des Statuts

de la Société d'Astronomie belge

Article i«r. — La Société a pour but la vulgarisation et l'enseignement mutuel de l'Astronomie et des sciences qui s'y rattachent (Météorologie, Physique du Globe, Géodésie). Ses efforts tendent non seulement à développer ces sciences, mais encore à provoquer et à faciliter les recherches de tous ceux qui désirent entreprendre des études dans cet ordre d'idées.

Pour sa formation et son extension, on fait appel à tous, au nom de la Science et du Progrès.

ART. 22. — Pour devenir membre Titulaire et recevoir toutes les publications de la Société, il faut adresser une demande écrite au Président (i), être présenté par deux Membres et être admis par le Bureau. Lacotisation est de lo francs par an.

ART. 6. — Le titre de Membre Protecteur sera conféré aux personnes désireuses de créer des ressources à la Société pour lui permettre d'étendre et de multiplier ses travaux scientifiques. Leur cotisation annuelle sera d'au moins 25 francs.

Art. 7. — Le titre de Membre Fondateur sera conféré aux personnes qui auront contribué à la prospérité de la Société par un versement de .Soo francs au moins, effectué en une ou plusieurs annuités, ou par le don de livres ou instruments utiles à la Société.

Tous les membres jouissent des mêmes droits; toutefois les Membres Fondateurs figurent perpétuellement en tête des listes alphabétiques, et reçoivent gratuitement, pendant leur vie, toutes les publications de la Société,

21, rue des Chevaliers, Bruxelles.

BRUXELLEft,IMP. VVF FFffO. LARCiER. 26-28, RUE DC» MINIMCt.

'VX^luI^ l

Société belge d'Astronomie, de Météorologie et de Physique du Globe

LES

Volcans de la Terre

PAR

ELISEE RECLUS

Page 1