CHAPITRE PREMIER
IRANIE
La partie du plateau de TAsic Antérieure à laquelle on donne spécialement le nom d'Iranie ou de Perse forme la moitié occidentale de l'espace triangulaire qui sépare rinde de la Mésopotamie. Les limites de ce massif de hautes terres sont des traits fort nets de Torographic continentale. Au nord se prolonge, sous différents noms, la grande chaîne médiane qui constitue le « diaphragme » de TAsie, du Caucase à THimalaya; à Test, les monts dits Soleïman-dagh présentent du côté de r Indus leurs escarpements et leurs précipices. Au sud s'étend la mer des Indes, continuée au sud-ouest et à Touest par le golfe Persique et par les plaines où coulent TEuphrate et le Tigre. Sur la face du plateau iranien qui domine ces étendues d'origine fluviale, se dressent aussi des montagnes de difficile escalade, séparant deux contrées, deux climats, deux mondes historiques.
A sa pointe nord-occidentale, le plateau d'Iranie est limité d'une manière moins précise : l'Azerbeïdjan, l'antique Atropatène, se continue vers l'Arménie par une région montueuse; même par delà la profonde dépression dans laquelle coule le fleuve Araxe, les alignements de montagnes se prolongent dans la direction du nord-ouest, qui est celle des arêtes principales de l'Iranie [GUKASOV, Osnoimta tckerti stroieniga Armianskavo nagorya, « Traits fondamentaux de la structure des montagnes d'Arménie ». Zapiski kavkazskavo otdiela,
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volume XXII, 1903]. Cependant le cours de TAraxe peut être considéré de ce côté comme la frontière naturelle de Tlranie.
A l'autre extrémité, c'est-à-dire à l'est, la partie du plateau qui constitue l'Iranie est encore moins bien délimitée et souvent les hautes terres afghanes se trouvèrent englobées dans le domaine politique de la Perse. Cette frontière incertaine est marquée par les grandes montagnes qui dominent Herat et les avant-monts qui les continuent au sud jusqu'à la dépression lacustre et marécageuse du Seistan; d'autres cavités se succèdent dans la direction du sud, interrompues plus loin par les chaînes côtières du Mekran .
Ainsi délimitée, l'Iranie forme un quadrilatère irrégulier dont la superficie, peu différente de celle du territoire politique de l'Etat persan, est d'environ 1,600,000 kilomètres carrés, trois fois la superficie de la France. Dans son ensemble, le plateau s'incline au sud-est, d'environ 1,200 mètres, au pied de l'Elburz (i), à 5oo mètres et moins encore, dans les cavités argileuses du désert de Lut. D'après Khanikov, le point le plus bas de la Perse intérieure serait de i5o mètres, jieut-ètre de 120 mètres seulement au-dessus du niveau marin. Cependant des îles de montagnes s'élèvent au milieu de la grande plaine : tels sont, au nord de Kerman, le Mur kuh et le Kuh Naïband, qui dépassent 2,000 mètres et que recouvrent souvent des neiges IMOLESWORTH SYKES].
II n'est pas douteux que la plus grande partie du désert persan, actuellement desséchée, n'ait formé une vaste mer intérieure à une époque géologique récente. Quelques bas-fonds, boueux à l'époque des pluies, indiquent encore les fonds de l'ancienne contrée maritime, et les caravanes qui se rendent de Téhéran à Kachan sont parfois obligées d'abandonner la piste directe pour suivre à l'ouest la base des montagnes de la Médie. Cette région des plaines, steppes, marécages et déserts, fut la mer dite de Khaver (Kevir), que les légendes musulmanes prétendent avoir disparu subitement le jour de la naissance du Prophète. Au sud-est et à l'est un faîte de hauteurs et des chaînons de montagnes séparent ce bassin maritime de la dépression de Seistan. dans laquelle vient se déverser le fleuve Hamoun : là se trouve la zone
(1) Conformément à l'orthographe géoirraphique désonnais adoptée pour les noms de h'eiix, la lettre it se prononce nu.
IRAJNIE
de partage naturelle entre la région de Tlranie proprement dite et la lisière orientale du plateau dont les massifs montagneux appartiennent déjà aux remparts extérieurs de l'Inde.
Les roches éruptives de la Perse, éloignées de l'Océan actuel, pnt toutes fait éruption dans le voisinage du bassin intérieur de Khaver, qui paraît avoir eu jusqu'à 700 mètres de profondeur dans ses dépressions les plus creuses, à moins que le niveau du socle iranique n'ait subi pendant ces derniers âges de très fortes oscillations.
Aucune description des régions nord - orientales de l'Iranie ne mentionne l'existence de massifs d'éruption dans les montagnes du Khorassan, que visitèrent de nombreux voyageurs, notamment des Russes, appartenant à la nation virtuellement dominatrice de la contrée. Les chaînes parallèles, régulièrement orientées dans le sens du sud-est au nord-ouest, qui constituent cette partie de la grande ligne de faîte asiatique, présentent dans leur ensemble une très grande simplicité d'allures: rangées d'altitudes moyennes (2,000 à 3,5oom.), d'aspect uniforme, strates faiblement infléchies, formations peu variées. Les noms des alignements diffèrent, mais sur un espace d'environ 5oo kilomètres, depuis la coupure du fleuve Heri-rud, qui forme la frontière nord-orientale delà Perse, jusqu'à la vallée de l'Atrek, autre frontière du royaume, le rempart montagneux de l'Iranie se présente comme une succession de murs et de fossés intermédiaires d'apparence presque géométrique.
Mais la dépression dans laquelle coule la rivière Atrek, orientée d'une manière générale du nord-eât au sud-ouest, témoigne de grands bouleversements qui se sont accomplis dans la structure de la contrée. La chaîne du diaphragme asiatique se continue au nord de l'Atrek, mais en saillies successives et peu élevées, le Kopeh-dagh, le Petit- Balkan, le Grand- Bal kan : elle prolonge ce que l'on pourrait appeler l'axe idéal de l'éditice asiatique. On lui donne parfois le nom de « Caucase des Turkmènes » parce qu'elle constitue vraiment la partie transcaspienne de la chaîne caucasique. Entre la pointe de Krasnovodsk, qui termine la saillie asiatique, et la péninsule d'Apcheron, qui est le premier promontoire du Caucase proprement dit, le bassin de la Caspienne est barré par un seuil qui partage en deux les gouffres maritimes. La partie méridionale de la mer, dont la profondeur dépasse i,o<k) mètres vers le milieu de la cavité, doit être considérée
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comme un abîme d effondrement; la chute des assises que remplace aujourd'hui la cuvette ovalaire de la Caspienne méridionale aurait compris, à Test et à Touest, des fragments de montagnes que remplacent maintenant des terres alluviales, arrosées à Test par l'Atrek et le Gurgen, à Touest par TAraxeet la Kura.
La chaîne partiellement effondrée qui limite au sud le bassin méridional de la Caspienne est connue par les Iraniens sous le nom d'Elburz, c'est-à-dire la « Montagne » par excellence, et Ton comprend cette dénomination patriotique, puisque la plupart des grands événements de l'histoire persane ont eu lieu dans les vallées de cette chaîne ou bien immédiatement à sa base, et que de puissantes capitales, Rhagès, Hecatompolis, Téhéran, se sont élevées dans son voisinage. L'Elburz,qui présentée la Caspienne les escarpements et les terrasses de son versant septentrional, paraît moins élevé d'un millier de mètres sur le versant opposé, puisque de ce côté, il repose sur le plateau. Les saillies, formées d'assises diverses, calcaires, grès, gypses, se dressent pourtant à 2,000, même à 3, 000 mètres au-dessus de leur socle de hautes terres. Mais le sommet dominateur qu'on aperçoit au-dessus de toutes les crêtes de l'Elburz s'est formé précisément à l'angle de la chaîne, qui peut-être a pour origine une cassure du sol, et dans le voisinage immédiat de la mer Caspienne, au bord de son bassin le plus profond, et près d'un autre bassin comblé, le Khaver, qui jadis étendait au loin vers le'* sud la nappe de ses eaux salines.
Demavend, telle est l'appellation du plus fameux des volcans de la Perse, l'un des plus souvent mentionnés dans l'histoire physique de la planète; pourtant ses éruptions appartiennent toutes à l'époque légendaire.
La grande montagne porta dans l'antiquité grecque le nom de Jasonium, comme la chaîne dont elle fait partie, mais pour les Iraniens, elle fut le Kaçyapa, le pic m éclairé d'abord par le Soleil ». Cette même dénomination s'applique à la mer Kaçyapienne ou (( Caspienne », — étendue à sa base. Le nom actuel, sous la forme de Dembavend, apparaît pour la première fois dans Moïse de Chorène [Spiegel, Eranische Alterthumskundé]. Mais, depuis cette époque, le nom a été très diversement écrit, de manière à présenter des significations très distinctes. D'après Houtum-Schindler, la vraie forme serait Dunbàvend, ayant le sens de « Mont de la Fumée » : le caractère volca-
iRANiË s Demavend
nique du mont serait ainsi bien reconnu par Tétymologie. D'anciennes légendes désignent la montagne sous les formes de Divband, Dîvàvend, Dîbàvend, qui signifient « Demeures des Div ou des Génies aériens ». La petite ville de Demavend, qui très certainement doit son nom à la grande montagne, est située à 25 kilomètres en ligne droite au sud, mais en dehors de la région volcanique, dans un autre bassin que celui où se déversent les eaux issues des hautes neiges.
Le mont superbe, de beaucoup le plus élevé de la chaîne de TElburz, est d'origine postérieure aux terrains sédimentaires qui Tentourent. Lors de sa formation, le Demavend semble avoir peu déplacé les couches stratifiées, principalement jurassiques, de la chaîne principale. Des amas de scories ont été rejetés par les crevasses du sol au-dessus du relief antérieur des monts et des plateaux, qui atteignent jusqu'à 2,700 mètres, et Ton peut voir en maints endroits les roches ignées recouvrant les strates calcaires : cependant, on remarque à Test du volcan une énorme crevasse qui forme à peu près là ligne de séparation entre les matières rejetées du sol et les couches sédimentaires. Les vallées actuelles étaient déjà tracées lors de la première éruption.
Le volcan semble être tout d'un jet. Il s'élève d'une pente régulière jusqu'à la pointe terminale, cône parfaitement dessiné, à l'inclinaison d'environ 28 degrés, au sommet duquel s'ouvre un petit cratère, cuvette de forme ovale ayant 70 mètres de l'est à l'ouest et 40 dans la direction transversale; la cavité, profonde de quelques mètres à peine, est d'ordinaire emplie de neige. En outre, la pente orientale du Demavend montre à l'est les restes d'un ancien grand cratère, dominé par les ruines d'un rempart semi-circulaire ébréché. Des sillons, disposés en forme de collerette, ont été creusés dans les pentes de la montagne par les écoulements boueux des anciennes éruptions et par des torrents glaciaires descendus jadis d'une calotte de névé.
La masse du volcan n'est pas composée de cendres fines, mais de scories et de blocs détachés : quelques petites coulées de lave se sont épanchées du petit cratère, mais la grande ouverture a déversé de longues traînées de matières fondues ; c'est aussi de la même brèche du volcan que proviennent les tufs, formés, semble-t-il, par d'anciens débordements de boue. La nature des laves est principalement trachytique. Au nord-est, le massif se prolonge par une chaîne de pitons parasites, et dans un grand nombre des fonds de vallée avoisinants,
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surtout à Touest, et jusque vers Tangle sud-occidental de la Caspienne, des lits de débris volcaniques ou tufs rappellent les anciennes éruptions [TiETZE]. Quelques piliers de basalte isolés se dressent au milieu de ces anciens amas de cendres, notamment au nord-ouest de Téhéran, dans le massif du Siah Kamer. On constate avec intérêt que ces étendues de tuf se trouvent à l'ouest du volcan, c'est-à-dire sous le vent actuel du Demavend : ce serait une preuve que le climat n'a pas changé depuis les temps antiques de l'éruption. Toujours les vents polaires du nord-est et de l'est prévalurent dans ces contrées.
La « Demeure des Dieux », de 2,000 nôtres plus élevée que tous les monts environnants, passait naturellement aux yeux des anciens Perses pour la « montagne la plus haute de la Terre » et les poètes en doublaient, en triplaient l'altitude : Ivantchintzov lui donne 5,628 mètres, mais l'état-major russe a récemment fixé la hauteur du mont par des opérations trigonométriques à 5,670 mètres, ce qui est à peu de chose près la hauteur de 20,000 pieds (de Paris), indiquée par Tietze en 1878. Souvent gravie jusqu'au-dessus de la zone des plantes fleuries, la montagne fut escaladée pour la première fois par un Anglais. W. Taylor Thomson, en 1837. Depuis cette époque, les gravisseurs ont été nombreux, Aucher Eloy, Kotschy, Czarnotta, Brugsch, Minutoli, Call-Rosenburg, etc.
Aucun document historique précis ne mentionne d'éruption : les légendes persanes parlent des incendies d'autrefois, mais sans apporter un seul témoignage se rapportant à une époque donnée. Cependant les traditions d'antiques explosions se rapportent évidemment à des événements dont l'homme fut le témoin et qu'il symbolisa. Les épopées persanes nous racontent les combats que les dieux et les héros du Bien et du Mal se livraient au-dessus de la montagne. Le soir du 11 août [Stahl], les villageois de la base gravissent les pentes pour y célébrer, au bord du ruisseau Heraspeï, la mort du tyran Zohak (le Déjocès des Grecs), le monstre légendaire dont les épaules portaient des serpents se nourrissant de cervelles humaines. Des bûchers allumés à cet anniversaire de la victoire de Feridun. brûlent en un vaste incendie, qui rappelle les anciennes éruptions du volcan.
Thomas Herbert, qui visita les abords de la montagne, en 16 17, parle, probablement avec exagération, des « fusées qui, pendant les nuits, jaillissent du sommet comme les rayons du soleil. » Actuellement, l'activité du Demavend se manifeste encore par des colonnes de
iRANiË Demavend
vapeur, qui s'élèvent fréquemment des fissures du sommet, notamment du cône adventice le Dudi kuh, ou « Morne de la Fumée », situé sur la pente méridionale de la montagne [KOTSCHY]. On peut dire que le volcan est réduit à Tétat de solfatare [TiETZE]. Au-dessous de l'altitude de 5,400 mètres, quelques travailleurs indigènes s'occupent à recueillir le soufre des grottes et des fumerolles, et les vapeurs qui s'en dégagent occasionnent souvent, paraît-il, des accidents mortels. Dans la vallée de l'Heraspeï ou Heras, tributaire de la Caspienne, qui coule à l'est de la montagne, jaillissent des eaux chaudes et sulfureuses en abondance : les plus connues sont celles d'Abigerm (Ab-Germ), c'est-à-dire « Eaux chaudes », qui sourdent à 2,040 mètres, à la température de 65 degrés centigrades [Stahl].
D'après Stahl, la « Porte Caspienne », qui méritait le mieux ce nom, était dans la vallée du Heraspeï, là se trouvait le passage principal de l'Elburz, entre la Perse et le versant du nord tourné vers la Caspienne et les steppes du Turan. Au nord-est du Demavend, et en aval de Vane, les eaux de la rivière coulent dans une cluse étroite que défendaient autrefois de puissantes fortifications. Mais tout col de montagne, tout ravin d'accès d'un versant à un autre sont autant de « portes » : on peut en signaler des centaines [GOBINEAU]. Beresford Lovett a cru reconnaître la « Porte » par excellence à 25 kilomètres à l'ouest du Demavend, entre les sources du Lahr et du Yalu : c'est un défilé creusé dans le basalte connu sous le nom de Palang Durvaz ou (( Porte de la Panthère ». Au sud du Demavend, un autre défilé de lave forma longtemps barrage et retint en un vaste lac les eaux unies du Lahr et du Dali tchaï. [BERESFORD LovETT, Proc\ R,, Geogi\ Soc, i883.]
Quelques massifs basaltiques, témoins d'éruptions anciennes, se succèdent en divers endroits dans la partie de la chaîne qui domine les campagnes de Téhéran [KOTSCHY], notamment le Siah Kamer. A l'ouest de l'Elburz et de son massif occidental, leTakht-i Solcïman ou « Trône de Salomon », la région n'a pas encore été méthodiquement explorée au point de vue géologique. Cependant de Filippi [Note di un Viaggio in Persià] a constaté que le chaînon du Kaflan-kuh ou (( Mont des Tigres », qui se prolonge au nord-ouest de Kasvin, parallèlement à l'Elburz, se compose de marnes redressées et çà et là changées en une sorte de porcelaine par des éruptions de porphyre.
ASIE ANTKRIKUHK
Savalan, au nord, de l'autre côté de la vallée du Kizil-uzen, dans la partie nord-orientale du plateau de TAzerbeidjan. Bien que l'histoire ne nous renseigne pas sur l'activité de la montagne, appelée aussi Saveïlan et Seïlan, la nature volcanique ne peut en être mise en doute. Des traces de cratère ont été découvertes [Shee] sur la croupe du pic suprême, presque constamment recouverte de neige, et d'abondantes sources thermales (40'^ centigrades) jaillissent à sa base. [ABICH, KhaNIKOV.] Son altitude atteint 4,810 mètres d'après Chodzko; d'autres auteurs lui donnent 4,844 et 4,267 mètres. Seul, un chaînon de hauteurs, que domine fièrement son cône, le relie à l'ouest au Kara-dagh. De tous les autres côtés, de larges vallées l'isolent. Parmi les monts disposés en cercle autour de lui, se dresse à l'est la chaîne du Talidj.
D'après Brunhoffer [Iran und Turan; vom Ural bis !{ur Gangà\y le Savalan est par excellence la montai; ne sacrée des sectateurs de Zoroastre et des Aryens, qui portèrent les Védas dans les Indes Le sommet de ce cône est, en effet, le seul point d'où l'on puisse voir la « mer » ou Caspienne, le fleuve Rasa ou Araxe et les monts neigeux de l'Himavat, l'Elburz, conformément au texte de l'hymne 121 du Rig-Veda. Les Iraniens disent du Savalan qu'il possède « l'une des sources du Paradis et l'un des tombeaux du Prophète ».
Sehend ou Sahend, l'un des pics sacrés des Iraniens, domine au sud la ville de Tabriz, capitale de l'Azerbeidjan. En prenant pour limites occidentales et septentrionales de la montagne, les rives du lac d'Urmiah et la vallée de son affluent l'Adji-tchaï, la circonférence de base du volcan atteint 25o kilomètres. La masse de roches trachytiques surgit d'un socle de calcaires, de schistes, de grès, de conglomérats. L'altitude du pic suprême est évaluée diversement de 3,5o5 à 3,546 mètres.
Des veines de cuivre et de plomb argentifère se rencontrent sur les versants orientaux et des sources de toute espèce, thermales, froides, acidulées, ferrugineuses, sulfureuses, ruissellent en abondance de toutes parts, notamment au sud de Tabriz, à mi-hauteur du volcan. Tietze n'a point visité le Sehend et ne se prononce pas sur la nature ignée des roches, mais Le Cointe, très affirmatif, nous dit que les parois du Sehend, composées de porphyres, trachytes, tufs et scories, sont évidemment d'origine volcanique.
1 RAN I K Savalan-Sehe n d
Les tremblements de terre qui ont fréquemment agité Tabriz et les campagnes avoisinantes sont attribués par les populations à des explosions de gaz dans l'intérieur du Sehend [J. MORIER, Ker Porter, Jaubert, voir Karl Ritter, Asiên, vol. IX, p. 857].
De même, on rattache ordinairement au massif du Sehend, comme en communication souterraine avec lui, une caverne profonde, située à Test de Tabriz, et très riche en acide carbonique, mortel pour les animaux qui sy aventurent. C'est Tlskanderieh ou « grotte d'Alexandre » des indigènes. Le grand conquérant y aurait enfermé ses trésors défendus par l'atmosphère empoisonnée.
Chah-i-kuh, le « mont du Roi », n'est que d'une faible élévation relative, comparé au Savalan et au Sehend, mais il est d'une forme superbe. Ses flancs boisés s'élèvent en cône régulier dans une ancienne île du lac d'Urmiah, rattachée maintenant à la côte nord-orientale par un étroit pédoncule. Nulle éruption de ce beau volcan n'a été signalée dans les annales de rAzerbeïdjan.
L'ensemble des chaînes qui forment, à l'ouest et au sud-ouest, le rebord du plateau de l'Iranie a été désigné par Loftus sous le nom classique de Zagros, adopté depuis par Suess. L'arête la plus orientale est celle dans laquelle s'élève la masse granitique de l' El vend, entourée de schistes anciens, au milieu desquels jaillirent des masses éruptives [DE Morgan, Mission scientifique en Perse], A l'ouest se succèdent les plis de calcaires crétacés et nummulitiques, et sur le bord extérieur, vers la plaine, une série de gypses et de couches salines ; des gîtes d'asphalte sont associés à ces terrains des avant-monts. Les roches du calcaire nummulitique, fort épaisses, se poursuivent sur de grandes longueurs et sont percées de profondes cluses transversales, défilés en étage qui servirent d'escaliers pour la montée du plateau et que dominent par endroits des ^tjf ou rocs presque inaccessibles. C'est au sommet d'un de ces blocs fortifiés que Yezdidjerd. le dernier des Sassanidijfe, trouva longtemps un refuge contre les musulmans vainqueurs [ED. SUESS, trad. de Margerie, La Face de la Terre^ tome \^^^ p. 649 et suiv.].
Dans les grandes rangées du Zagros et dans les chaînes parallèles du pays des Bakhtyari, aucun volcan n'avait été mentionné par les voyageurs jusqu'en l'année 1894; toutefois, l'Anglais Sawyer, qui
ASIE ANTERIEURE
parcourut le haut Elam, où naissent les rivières Karun et Ab-i-Diz, reconnut l'existence de granits et de roches ignées, et en certains endroits l'évidence d'actions volcaniques récentes parmi les rangées de montagnes de formations modernes situées au nord-ouest du Kuh-i-Rang.
Irène. Une vallée, au pied occidental du Chuturun-kuh, bien arrosée et fertile, a dû être abandonnée par ses résidents arméniens, à cause des tremblements de terre fréquents qui ruinaient leurs demeures et faisaient rouler d'énormes blocs du haut des montagnes. Près d'une petite nappe d'eau pittoresque, le lac Irène, située au . centre de la vallée tributaire de l' Ab-i-Diz, un volcan de faibles dimensions présente toutes les apparences d'une action récente.
11 est aussi une région que les géologues devront explorer tout spécialement, au nord des terres d'alluvions que le Chatt-el-Arab a portées dans les eaux septentrionales du golfe Persique. En cette contrée, entre les deux villes de Chouster et de Ram Hormuz, se dresserait le mont.
Aderewan"', dont Edrisi parle au XII«î siècle comme d'un Vésuve et d'un Etna, mais seulement d'après des récits légendaires, car ui-mème ne voyagea pas dans ces contrées. Ibn-Haukal, qui avait parcouru le Khuzistan au milieu du X« siècle, nous dit que dans cette même région, à l'est de Ram Hormuz, une « montagne brûlante fume pendant le jour et flamboie pendant la nuit. » (KARL RlTTER, Asieriy t. IX, p. 147.) Est-ce de la montagne Aderewan ou d'un autre massif qu'il s'agit, et faut-il y voir un véritable foyer d'éruption f
Peut-être cette région, voisine du littoral et souvent agitée par des tremblements d'origine tectonique, aurait-elle aussi ses volcans de boue comme les côtes du golfe d'Oman, de la Caspienne et de la mer Noire. Cependant d'importantes exploitations de soufre, dont les galeries se ramifient dans la montagne au nord du golfe Persique, témoignent en faveur de la nature volcanique du pays. [LEWIS Pelly, Visit to Lingah, Kishm and Bunder Abbass,]
Vers le centre, le plateau d'iranic est marqué par une chaîne de montagnes à direction très régulière qui se développe parallèlement aux plissements des monts Bakhtyari et coupe toute la Perse méridionale dans le sens du nord-ouest au sud-est, présentant çà et là des
région volcanique du demavcnd.
Planche I
5ifl£ de Gr
IffMl/ui O/d^'yi^i^tif If>TJ*n^-i
76Kil.
Coupe suivant A.B.
D après A.FStaÂl Niveau de la mer Caspienne.
T LRftAÊ NS sàOÊMENTAinCS.
\ Néoffènt Lf.i;.i.;.J^*/^< b/anc et brun fE2-=lH Carbonifère