Les volcans et les tremblements de terre
l'aiiiii les phénomènes que la nature (ilTie à nos regards, il n'en est pas de plus merveilleux (ju'nn volcan dans sa colère : il mugit, il se couvre de feu, il incendie la contrée, il lait trembler la terre et frappe de terreur rànie humaine. Le mystère qui préside à sa naissance et les immenses désastres qu'il occasionne ont toujours oecii|)i'' riiiinginalidu des peuples, et toujours excité la curiosité des jiliilosophes.
Dans la mytlmlogie des Hellènes, les Titans et les Géants sont les symboles des forces qui agissent dans rinti'iicur de la |ilanète et qui piddnisenl les volcans et les tremblements de terre; aussi la guerre entre les Dieux et les Titans ;;l-elle été placée dans la Thessalie, où Ton se souvenait que la rupliiic du lumit Ossa et du lumit l'(''li(ui avait changé la face de celte contrée, en ouvianl aux eaux une voie nouvelle. Dans le langage symbolique des anciens, ou relatait celte mémorable catastrophe en disant que Neptune, d'un couj) de son trident, sépara l'Ossa de rolynq)e pour
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écraser les Tilans sous les débris. Ailleurs, c'est Jupiter, aiiM(' (le ses loudres, qui poursuit le géant Encclade, et l'écrase sous le poids de la Sicile. Les rochers de l'Etna sont amoncelés sur la tête du vaincu, dont la poitrine jialpitante fait trcud^ler le sol, dont l'haleine est un ineeiidie, et dont la plainte s'exhale en sourds mugissements. Depuis la victoire des Dieux, les Titans et les Géants sont relégués dans l'en- Icr, (|ui se trouve placé dans les profondeurs du globe, à nue dislance aussi grande que celle qui sépare le ciel de la surface terrestre. Dans cet obscur domaine, les monstres s'agitent el mugissent; ils impiinu'iit encore de fortes commotions à la planète, et leur souflle nunite ])arfois jusqu'à la surface. Mais ils ne peuvent ni rompre leurs chaînes, ni troubler la quiétude des dieux olympiens.
C'est ainsi que les peuples de l'antiquité ont exprinu', par la bouche de leurs prêtres, de leurs poètes et de leurs pliilosophes, l'émotion que leur causaient les manifestations de la force souterraine. Virgile trouva des accents niagniliques pour raconter la fureur de l'Etna; et l'on dit (jue, pour rechercher la cause de l'éruption volcanique, le philoso|)he Empédocle établit sa demeiue jirês du cratère, mais que u"ay;int ))u résoudre le ])roblême, il se pn''cipita dans le gouffre enduasé.
Depuis CCS jours anciens ius([u'à ré[»oque actuelle, ou n'a cessé d'observer avec inquiétude ces mystérieux phénomènes (|uc le sombre uu)yeu âge atliibuait à l'action de Satan. Ce n'est que vers la lin du siècle dernier, et suiliuil au ciuiimencement du nôtre, <pie les naturalistes se sont
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iiddiiiirs sérieusement à IT'Iudc des viilcaiis; et paniii ces lioiiiiiies au\(iucls la science est ccdcvaiile de iu'lles d(''C(Hiverles, figure au premier rang Alexandre dc^llnmlioldl. Après avoir contemplé les gigantesques volcans de r.\niéri(ine et avoir assisté au spectacle non moins prodigieux (priilïrciii les tremblements de terre, ce vaste esprit (Mnhrassa dans une vue d'ensemble les faits isolés, et ilnranl toute sa longue et belle carrière, il ne cessa de mettre en reliel' les rai)ports (pii existent entre les deux grands phénomènes qui l'avaient si lortement impressionné.
Ces phénomènes appellent l'attention du penseur, nonseulement parce qu'ils sont les plus émouvants et les plus étonnants que l'on puisse observer, mais encore parce qu'en les étudiant, on compreml mieux la saisissante histoire des révoluliens du globe. Grâce à la puissante activité des agents souteiiains, on voit en peu de temps s'opérer de grands changements à la surface de la terre ; on voit de hautes montagnes s'affaisser, pendant ([ue d'autres s'élèvent graduellement en versant des torrents de feu; on voit des lies enllammées sortir du sein de l'Océan, et des colonnes d'eau jaillir tout à coup dans le désert aride; ici l'on voit des rivières disparaître ou abandonner brusquement leur voie séculaire; et ailleurs, c'est la mer qui, sous la pression des forces intérieures, roule ses flots énormes vers la plage et engloutit des contrées florissantes.
En observant avec soin les circonstances qui accompagnent ces grandes catastrophes, on se fait une idée plus juste de la vie de notre planète; on obtient une vue à la fois
4 INTUODUCTION.
plus large et plus eorrccle de la puissance et de l'énorgie de cet astre au sein duquel nous naissons, nous vivons et iioiis
MIOIUOMS.
Quoique, depuis longtemps, les hommes aient porté leur attention vers l'élude de ces grandes et terribles commotions, on ne connaît pas encore bien la cause qui les produit. L'activité intérieure du globe se manifeste au dehors par des phénomènes si variés et si nombreux, qu'on hésite à les considérer comme émanant d'un seul et même agent, quel que "-oit du reste le nom qn'on voudra lui donner : électricité ou calorique, fluide élastique ou feu central. D'antre part, tous ces phénomènes ont un air de famille si bien accusé, que lorsqu'on tente de les ranger en groupes distincts, et d'attribuer les uns à la cause qui produit les volcans, les autres à des causes différentes, on éprouve une grande difliculté à séparer d'une manière rigoureuse tant de choses similaires.
Voici, par exemple, les geysers d'Islande et les sources chaudes de la Nouvelle-Zélande. L'eau qui sort eu bouillomiant el (jui s'élève à une hauteur si prodigieuse, est-elle lancée hoi'S de ces cratères par le même agent qui fait jaillir des entrailles ilc l'Etna les cendres, les laves et les Ilammes"'' l'agent niystt'ricux qui l'ait trembler la terre si violemment, est-il le méme(pii, plus loin, fait sortir des collines de Turbacco de l'air et de la boue? Je le crois; mais l'aflirnier serait iiuprudeni .
Ouoi qu'il en soit, on est convenu d'appeler phénomènes volearii([U(^s, ceux qui prennent naissance dans rinti'rieur de la terre à une profondeur inconnue, qui se produisent avec
INTROIUTTION. 5
une certaine violciieo, ol ([iii iillèi'oiil sciisiblciiifnl la surface du globe.
Parmi ces phénomènes, on range en première ligne les montagnes enflammées qu'on appelle plus jiarlicullèrement des volcans, puis les geysers, les volcans d'air et de boue, les feux naturels, les terrains ardents, el enfin les Iremblements de terre.
Si ruuvrauf (lu'dii va lire a été divisé en deux parties bien distinctes, les volcans et les tremblements de terre, c'est que ces derniers, alors même qu'ils se raltaclienl visiblement à l'éruption des volcans, provoquent une série de phénonu'Mies étranges et d'un caractère tout pailiculier. Souvent même, les tremblements de terre se ju'oduisenl en des contrées tellement éloignées des volcans, et le lien qui les unit aux autres phénomènes volcaniques est parfois si peu ap])arent, que de nos jours, plus d'un savant se refuse à voir dans les volcans et les tremblements de terre, les manifestations d'un même agent.
Après la belle élude de M. Volger sur les tremblements de terre en Suisse, et les recherches non moins remarquables de M. Kluge, il n'est plus peimis de douter que des causes mulliples, et souvent tontes locales, ne puissent produire de fortes oscillations; mais, d'autre pai't. je ne tiouve aucune raison valable pour soutenir ([uc la foice inconinu' (jui produit les grandes connnotions, et qui fait osciller an loin et la terre et la mer, n'est pas aussi celle qui enfaiile el anime les volcans.
Dans ma pensée, les grands tremblements de terre et les
fi INTRODUCTION.
phénomènes qiir (H'ôsentent les volcans ont nnc commune origine. Lorsqne la terre tremble, et que la violente secousse r(''(Uiit en })Ousslère de vastes cités et fait tomber les montagnes, c'est que la force intérieure se manifeste à de tro|) grandes profondeurs pour qu'elle puisse briser les masses rocheuses qui rempèchent d'entrer en libre conuuunication avec l'air extérieur. Mais du moment que les rochers qu'elle secoue s'entr'ouvrent et cèdent à sa grande puis.sancc, il se ])roduit cette autre série de jihénomènes que l'on se |)ropose d'(''tn(lier également, et qui constituent réniptioii des volcans. En effet, ce sont les volcans, quelle que soit leur forme ou leur grandeur, qui mettent en rapport la force souterraine avec les agents de ratmos|)hère. L'ouverture par laquelle s'établit cette communication, s'ai)pellcle cratère. C'est par cette bouche que sortent des profondeurs de la terre: tantôt des jets d'eau bouillante, comme dans les geysers ; tantôt de l'air ou de la boue, coiuinc dans les petits volcans de la Nouvelle-Grenade; tantôt enlin des l(»rrents de laves et de feu, comme dans les montagnes qui voiil tout d'abord tixer notrealteiition.
AnNOLP BoscowMz.
I.a plupart dos volcans sont de hautes montagnes dont la physionomie est fortement accentuée. Ou les reconiiail alois luriucipiede leur sein ne jaillissant ni des eoloimes de liiuK'e, ni des gerijes de l'en. Par leui' l'oruu^ régulière, par leurs contours arrrli''s, ilsallirent el euehaineut le regard de lartiste ; taudis (|ue le uiariu salue avec joie ces phares gigantesques qui roiientent dans sa course nocliirne.
La vraie rorme d'une montagne volcanique esl celle d'uu cône régulier. Les grands volcans ceux qui figurent parmi les plus hautes montagnes de notre planète, ont presciue tous conservé celte fornie typique.
Un exemple frappant de cette régularité nous esl oITert par le volcan d'Orizaha, dont la cime s'élève à une hauteur de 5,500 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. A 40 lieues au large, on voit déjà le grand cùne se dessiner neltemeut à
III LKS VOLCANS.
l'horizon : aussi est-il le premier point que cherchent à reconnaître les navigateurs qui s'approchent, des côtes du Mexique.
Un des plus redoutables volcans del'Amérique du Sud, le Cotopaxi, est égalenient d'une surprenante régularité. La l'orme de cette montagne est, selon Alexandre dellumboldt, la plus lielle et la plus régulière de toutes celles que présentent les cimes colossales des hautes Andes. « C'est un cône paiTait, qui, revêtu d'une énorme couche de neige, brille d'un éclat éblouissant au coucher du soleil, et se détache d'une manière pittoresque delà voûte azurée du ciel'.» Cette enve- Inppc de neige dérobe à la vue de l'observateur jusqu'aux plus petites inégalités (h\ sol : aucune pointe de rocher, aucune masse pierreuse ne perce à travers ces glaces ('■tiTuelles.
Comme la plupart des volcans actils (|ui ont un cratère unique et d'une largeur extraordinaire, leCotopaxi se termine en un sommet tronqué, dont le bord annulaire, semblable à un niui-, entoure l'inaccessible cratère. Admirable par sa l'oriue, ce volcan étonne encore par sa prodigieuse élévation. Sa hauteur est de 5,7aO mètres; elle surpasse par conséquent de 1,250 mètres la hauteur qu'aurait le Vésuve, s'il était placé sur le sommet du mont Etna. De la cime du colosse s'élèvent des nuages embrasés; mais de cette région sublime, où l'atmosphère est tranquille, où les vents tourbilbinueut rarement, les matières enflannnées retombent
' Moxnndiv i\c lIuiiilioMi, Vues dea Conlilh'res.
d'une manière égale aiiloiii' du grant, sans on altérer le profil.
Dans les Andes, comme dans la plupart des régions volcaniques, on voit des montagnes que travaille le ieu int('Tieur, et qui cependant, ne sont pas des volcans de leur base an sommet. On comprend, en effet, que sous Faction des forces souterraines, un volcan soit sorti des entrailles mêmes de la montagne sur laquelle il a ensuite grandi et s'est dressé comme sur un haut piédestal. Ce n'est alors que la partie supérieure qui apparaît comme un cône régulier, tandis que la base de la montagne offre un aspect tout différent.
Yoici, par exemple, la montagne de Maypo, au Chili. Elle s'élève à 5,200 mètres au-dessus de la mer. Jusqu'à la hauteur de 5,000 mètres environ, la montagne est formée de vastes couches de calcaire et de gjpse, mêlées à des sources salées. Tout cela compose la partie inférieure et primitive de la montagne qui, à cette hauteur, n'a point encore une forme arrêtée. Mais du milieu de cette masse de minéraux agglomérés, et qui ne sont point les produits i\u feu intérieur, apparaît tout à coup la ligure imposante et régulière du volcan, le(|iit'l élève, à 2,000 mètres plus haut, sa ciine couronnée de neiges et de feux.
Les montagnes volcaniques de l'ile de Java ont, il est vrai, la forme conique ; mais leurs flancs sont déchirés, d'une manière curieuse, par des tranchées profondes qui descendent
jusqu'à la base do la montagne. Le plus souvent, ces tranchées partent du sommet ou plutôt du bord même du cratère, et se disposent en rayons autour du volcan. Près du sommet, ils forment des sillons étroits et à peine distincts; mais, à mesure qu'ils descendent la ])enle rapide, ils se creusent, ils s'élargissent ; et an pied de la montagne volcanique, ils se transforment parfois en lavins inaccessibles.