LES FLAMMES
Il est bien rare qu'iiu témoin oculaire d'une éruption volcanique raconte les scènes émouvantes auxquelles il a assisté, sans faire mention de flammes qui se sei'aient élevées du sein du gouffre embrasé.
ilans une des pages qui précèdent, on a établi, il est vrai, (|ue la colonne qui resplendit la nuit sur la cime des volcans actifs, n'est point formée par des flammes réelles; toutefois, nous ne voudrions pas soutenir, avec de nombreux géologues contemporains, que jamais des flammes ne sortent de la bouche des volcans.
Ces naturalistes, parmi lesquels il convient de cilci- cl M. Sartorius de Waltershausen et M. Poulett-Scrope, ces naturalistes, disons-nous, se sont constamment appuyés sur ce fait, qu'on n'avait jamais pu recueillir des bouches volcaniques ni l'hydrogène ni quelque autre gaz inflammable. A cette objection, Léopold deBuch, qui avait vu des flammes
MOMAG.NES VOLCAMQUES. 14a
sortir des volcans, répondait, avec raison que, si l'hydrogène n'avait pas été trouvé parmi les substances aériibrmes qu'exhalent les volcans dans leur colère, c'est i]iril avait été impossible aux observateurs de s'approcher assez près de la bouche entlammée, pour recueillir ce gaz subtil et terrible. Léopold de Bucb était lellemeiit persuadé i\\\o l'iiydrogène sortail l'ii quantité incommensurable du loyer volcanique, qu'il considérait l'embrasement de cette substance comme la cause réelle, non-seulement de la colonne de léu que l'on vient de contempler, mais aussi de ces formidables détonations dont on a entretenu le lecteur. « 11 y n'a dans la nature, dit le célèbre géologue, qu'une seule substance capable de produire les gerbes de feu qui sortent du Vésuve, substance étonnante, el qui, semblable à ces tlanimes elles-mêmes, dédaigne de rester sur la terre. INuir hi leiiir captive, il faut des liens puissants, et si, pendant le jeu des forces attractives, elle réussit à rompre les chaînes qui la retenaient, aucune force mécanique ne peut l'arrêter dans son essor. Cette substance, c'est l'hydrogène'. »
Depuis l'époque où parurent des travaux de ce naturaliste, et durant un demi-siècle, il } cul de vifs débats dans le monde scientifique au sujet des tlammes volcaniques et de l'existence de l'hydrogène dans les bouches embrasées. Les uns niaient ce que les autres aflirmaient, et l'on serait encore de nos jours hésitant et incertain à Tégard d'un des plus grands et des plus beaux phénomènes de la nature, si M. Bunsen n'avait
' Léopold vou Bucli, Geoytwstisclie Beobachlungen auf Reiseti.
IM LtS VOLCANS.
lijoiité à toutes SOS belles découvertes celle tie l'Iiydrogèue dans les volcans de l'Islande. Tout récemment encore, M. Fouqué, le disciple de M. Sainte-Claire Deville, confirmait, d'une manière éclatante, la découverte de Bunsen. A peine arrivé à Santorin, où il s'était rendu pour étudier les grands phénomènes volcaniques dont cette île est le théâtre, M. Fouqué constata la présence de l'hydrogène dans le volcan qui avait si inopinément surgi du sein de l'Océan, et dont le cratère présentait l'aspect d'un immense bûcher.
On ne saurait désormais révoquer en doute lesat'tirmations d'observateurs expérimentés, lorsqu'ils assurent que des gerbes de flammes précèdent ou accompagnent l'éruption des laves et des cendres, ou lorsqu'ils déclarent même avoir vu des flammes sortir de la terre à quelque distance de la bouche volcanique.
C'est ce qui eut lieu eu 18'-25, dans l'ile de Lanzerote. A la suite d'un tremblement de terre et de bruits souterrains qui durèrent deux jours, le 51 juillet, à sept heures du matin, la terre s'ouvrit à une lieue de la capitale de l'ile, et à une demi-lieue du grand volcan. De ce gouffre sortirent des flammes et une si grande quantité de pierres, qu'en vingt-quatre heures une montagne en fut formée. L'éruption fut dans sa plus grande violence pendant la nuit, et toute File en fut éclairée. Le 1" août, il y eut encore de la fumée qui formait trois colonnes de différentes couleurs, l'une blanche, l'autre noire et la troisième rouge. Celte dernière sortait isolément à quelque distance des autres. La plupart des citernes des environs séchèrent, et une quinzaine de jours après le
MD.NTAC.N i;S \ (li.CA \ MM i:S. 145
Mp|c;iii i<'icla l)(';iiiciiii|i de:!!!. Il vomil aussi des laves qui (•(iu\ rirciil un ('S|iac(' il inu' ilciui-liciir di' lai'yc et d'uui' lieue de luii<>; mais ou n'y vit pas de ees tuiieiits niuliuus tels i|u nu lésa décrits dans los pages précédentes'.
lluuijilirx llav\, (jui purlail la plus >ri-upuleu>e alleiitidii dans tontes ses recherches, déchu'e avoir vu des Ihinuues de; |ilus de treille mètres sortir de la houelie du Vésuve, et M. Klie de Beauuiont conliiiua IDIiservation de .Maraviyua. ipii avait vu. en ISHI, des llammes sur le umut Ijua. liuniholdt, et d'autres voyageurs, ont pu s'assurer que des llauiiue> Itleuàlres oscilhiient sur les cimes des sombres montagnes ipii hérissent le cratère du l'icliincha.
l'Ins récemment encore, M. Pilla vil des llammes violettes sortir du Vésuve, et M. Abii li,(jui a si uiinulieusement étudié leslialiiludes de ce volcan, a fait des observations (pii ne laissent aucun doute sur la réalité des flammes volcaniques.
A la suite de l'éruption de 1854, depuis longtemps annoncée par l'activité toujours croissante du Vésuve, des pliénomènes remarquables se produisirent sur le plateau du cratère. Une quantité de petits cônes d'éruption s'y élevèrent. Leur hauteur variait de Is à -2h pieds. Chacun d'eux, percé et creusé en entuunoir à son sommet, représentait, en petit, un volcan en pleine activité, qui donnait ])assage, par une cheminée étroite, aux dégagements énormes de fluides aéril'ormes, nièl<''s de matières solidiliables dans l'état delà jilus haute incandescence. Ces fluides s'en échajipaieiit avec un
' J. iiii;irdiii, Conaidérnlioiis sur les volrnns.
146 i>Es \oi,(;.\.\s,
sit'tlemcul oloiudissunl, l'I roniiaieiil au soiiinicl de cliaiiue cùiie une colonne luisanlc (jui paraissail eiiIhuninL'c. Dès qu'elles liireMl en conlacl avec Taii-, ces matières incandescen- [(■s, en se condensant, dé^ageaicnl une (|iianlilr énonne de va|ienrs(|iii, après avoir ollcil loiilcs les nuances, depuis l'orange jusqu'au iilauc, se réunissaieni bienlôl sous l'orme de nuages épais et lourds, qui s(^ trainaienl sur le sol environnant, eu mèuic temps que des débris di^ lave tluide étaient laïK'és par ces petits nn>nls, et retombaient encore mous et souvent en masses sphériqiu's et vitriliés sur le sol euviromuiut. « Oiuiiqu il soil vrai ipu', dans des pliénomènes semblables, dii M. Abieli, les vapeurs ('clairées par les matières incandescentes aient été souvent prises à tort pour des ilammes, je puis allirmer (praidé par des circonstances t'av<irables el une t)bservation assidue, j ai parl'aileuieiit distingué, au milieu de ces colonnes iueaiulescenles, une llamme (pii s'élevait el s'abaissait aUernaliveuu'iil, el que j'ai reconiuie cire de riivdrogèiie brùlanl. •)
LES BOMBLS VOLCAMOLES
Dans le cliaiulic |iiccédcnt un ;i dil quaiix cendres des volcans se mêlaient des masses pierreuses, d'une grosseur varialilr, telles que les sables volcani(iii(\'< cl Irsmpilli. Ce sont i\r très-petits fragments de la matière la\i(iui' mciiic ijui, iiiojc- Icc hors du cratère sous forme de gouttelettes, se fige iustaiilaiiément. Ces iiuiombrables particules de substances volcaniques sont, jxiurla iilu}iail, riil ramées aATC les cemlres ; les plus grossières seulement retomlx'i il an pied et sur les lianes de la montagne, où elles s'accumulcnl.
Kn mriiif Iciiips que ces sables et ces pierres tt''nues cl iriturées, sortent avec vinlcnci' du sein dr la l'unrnaise des masses d'un volume considérable, auxipielles on a donné le nom de homhcs volcaniquex. Ce sont des portions de lave incandescente qui, projetées dans les airs, y prennent une ceilaine consistance, et retombent dans un état desemi-llnidilc qu'elles conservent encore (pieiqnes instants après avoir ton-
ché le sdl. KUes se solidifient rapideuieiil eiisuile, el coiiserveiU reiuiireinte des objets sur lesquels elles sont venues tomber.
C'est ainsi que les bombes que le V('suve laneait en 1775, étaient d'une mollesse extraordinaire, le jour où Maximilien, l'archiduc d'Autriche, accompagné d'une suite lunubreuse, visita ce volcan. Une de ces bombes élaut tombée non loin des voyageurs, leur guide y accourut, la perça avec son bâton comme une pâte molle, et la présenta ainsi enfilée à Maximilien qui, frappé delà singularité du l'ait, ordoiuKKjue celle bombe, pesant environ huit livres, lui préciensenienl conservée avec le bâton qui la traversait. D'autres fois eependant, ces globes de lave atteignent la dureté de la pierre avant d'arriver sur le sol. Placé sur le bord même du cratère de Siromboli, et à Tabri des jets, Spallanzaui [tut examiner, à rinstanl de leur chute, les globes qui roulaient à ses pieds : il les trouva embrasés, il est vrai, mais durs comme des cailloux.
On a observé que le volume de ces bombes est, en général, proportionné à la hauteur du volcan dont elles proviennent. Celles rejetées par le Stromboli, par l'Etna, le Vésuve et tous les petits volcans de l'Europe, n'ont presque toujours qu'une épaisseur de quelques centimètres; tandis que les pierres ignées que vomissent les grands volcans d'Asie et ceux du Nouveau-Monde atteignent souvent des proportions colossales. C'est ainsi que l'on a vu le Colopaxi vomir, dans ses leiribles éruptions, des fragments de lave de plusieurs mètres de circonférence.
La hauteur à laquelle s'élèvent ces productions volcaniques
ost soiivi^nl iniMli^itMisc. Plusieurs observateurs, ayant spécialcinciil |ioili'' leur allriilioii sur ce point, ont calculé le lcni|is (|ni s'(''r(iiil(' cuire le uKuueul où les bombes atteignenl leiu- plus i;i;uiile ('K'val ioii el celui où elles viennent retonilier sur les ll;nies de In nienla^ue. ou dans son voisinage. En i|iiel(|ues occasions cet iidervalle a (■■!('' de huil à dix secondes, ee(|ui doiuierail, \Hn\v la liauleur des bombes, trois ;'i ijuatre i-eiils uièlres. I)",udi'es lois ou ii eouipli'' jusijuà xingl el \iiii:l-eiuq secondes, avaid (|ue les globes eussent touché le sol. Ici M l'Ié le cas poui' les pierres lancées par le Vésuve dans r('rupliou de ITTil. lirydoue, le vovageur anglais, dit (jue les bombes lauci'es par l'Etna emploient généralement '21 secondes piiui' reloniber à lerre, ce qui (buiucrail une ascension de (l.Cd.'i pieds. I.a (anulaniine, (pii se trouvait pri''seul à une ('iiipliou du (!olopaxi, jugea (pu' les lualières lureiil lanci'ês à la bailleur de (pialii» ceni soixante toises.
lin grand nombre d(> ces IVagments retombent presque perpendiculairement dans le cratère ; mais d'autres, lancés obli- (puMueid, vont retomber à des dislances quelquefoisconsidérables. Dans les érupli(uis de IliliOet 1819, l'Etna rejeta des portions de lave jusqu'à plus d'une lieue de sa base. Les volcans de la chaîne des Andes oui mèun? lancé des blocs énormes à la distance de dix et douze kilomètres.
On s'est demandé quelle pouvait être la vitesse de ces fragments au sortir du cralèic. M. Daubuisson du Voisins a l'ait à ce sujet d'inhuessaids calculs (pii tendent à prouver que la bu'ce de projection des volcans n'est pas snpi'rieure, an moins pour l'Etna et le Vésuve, à celle de nos itièces d'artillei'ie. I.a
450 l.HS VOLCANS.
vitesse avoc InqiiHIc les Mdcs do lavp s'ôlôveraient eu l'nir serait, d'après lui, do quatre à cinq cents mètres par seconde au sortir de la houclic v(tl(ani((ii('.
Le plus souvent les bomhes volcaniques offrent, après leur solidification, une surface vitreuse. D'autres fois elles soni recouvertes d'une croûte scoriacée plus ou moins épaisse. Ou eu a trouv(' dont l'intérieur se compose de matières vitreuses et pierreuses disposées par couches concentriques. Leur loiine, (jui est à peu près sphérique lorsqu'elles trav(>rsent l'atiuosplière, se modifie au moment où elles lundtenl, suivant fi'-tat de fluiditi'' plus ou moins grande qu'elles (uil ci»userv(', et d'après la conliguration des objets sur lesquels elles s'arrêtent.
l'P.lPTlONS DE ROUE
Parmi les nombreux iiln'uomènes auxquels donne lien Vactiviti'des volcans, je dnis ci 1er encore les éruptions boueuses. En abordant ce sujet, il ((HiviiMil d'iMnlilii- une distinction essentielle. Tantôt des masses de boue sortent du cratère même et se répandent sur le ll.nic du eùiie volcanique; ce sont là les vraies éruptions boueuses. D'autres fois, les quantités énormes de vapeur d'eau que rejette le volcan se condensent dans l'atmosphère, retombent sous forme de pluie, et se mêlant dans l'aii' aux matières pulv(''rulentes projetées hors du cratère, forment avec elles de véritables torrents boueux qui inondent les environs de la niontatine. Ces deux (U'dres ib' faits, d"ori;^iin' différente, oui l'h'' fn'{|neinnieiil coiifonilns Tnn avec raiilre, y.w Miile t\r> analogies noiiilirenses qu'ils présentent.
Les véritables (■ruptioii^ boueuses sont rares en Europe. Ceux qui ont soutenu (pie le Vésuve a vomi des torrenN de
liniir se soiil parlic(ilii"'r('iii('iil (uii(li''s siii' iiiic dt'cniivorto (l'Hiiiiiillcm. Cnt habile (iliscrvalciii- ,iy;ml constalr (|iie dans la iiialièiv vdicaniqiic (|iii iccdiiviail l'aiiliiiuc théâtre d'Ilei- (iilaiiiiiii, il y avait l'empreiiiU' d'iiiie statue, on en conclu! (jiie celle matière était dans nii ('tat (h' moHesse fangeuse, hirs de l'éruption. Toutel'ois, cette assertion ne me sembh^ \>;\^ liien fondée, car cette matière, ce tuf, aura pu ètreré(hiit à un ('lat vaseux par son mélange avec les eaux pluviales. Mais il est hors de doute (|u"Mn i^iaml iiumluede volcans d'Amérique rejettent, soit par le cratère, soit par des crevasses qui se |)roduisen[ sur leurs flancs, des quantités énoimes de matières à demi liipiides. Il est mènu' d'observation que les volcans les plus élevés ndni. le plus souvent, que des éruptions de ce genre ; les niaiières (|u'elles rejettent sont des cemlres, des scories et des torrents (ri'.iu bouillante, enl rainant des masses argileuses.
Les éruplions de laves sont extréuieuu'ut rares dans les hauts volcans de rAiu«''rique i\u Sud. La cause parait en être dans leur prodigieuse élévation; on a ih'jà vu (pu', giàce à la prdluiideur considérable à laquelle se trouve la fournaise d(> ces volcans, les laves incandescentes ne peuvent. (|u'à de Irès-longs intervalles, atteindre les bords du cratère.
(tu (iliserve des faits analogues daus les grands volcans du .lapon. Uîi écrivain japunais IrèsH'iudit et très-curieux des plii''U(»nM''iies de la nature, Titsins^h, raconte que l'Asamavaiua et (pu'hpu's autres volcans de l'ile de Mphoii rejelleut des (pianlit(''S énornn^s de uiatièics boueuses. Le mont Miyivania, situi' dans Vile (\o Kiou-Siou. une des plus grandes
MONT \r, NFS \ iM (■ \ \ 10 1' ES. If)"
(Ir l'ciiiiiir^' ia|iiiii;iis, voiiiil en 17".^) uin' ('iioniir (|ii;iiilil('' (le rocliors, puis un loi'r<'iil lii|iii(li' Irlli'iiicnl (•iHisi(l('ijililc (|iii' |iliis (le "illJKIO liiiliilanls riiiciil ii(iy(''s dans ses llols.
h a|>ivs A. (le lliiinli(il(ll , (loiil le U'iiioigiiaiie êsl (•(iiiliiiiK'' |iai' (•('lui duii Lîi'aiid iKiiiilirc d'aiilres voyagciirs, les masses Ikiiiciiscs ii(> s(i|-|('iil pas st^iilciiii'iil du cralèrc cl des lis^^uics ouvertes sur les cùIrs des uiuutai;iu's lu l'ilaidcs (\c I AiU(''riipu'; elles soûl éualeuu'ul i('jel(''i's par des crevasses ipii se Ibrnieul dans les plaines voisines, à la suile de violents trenililenu'iils de lerie. Ce pliéuoniène a été observé plusieurs l'ois dans le \i'ni'7uela. dans l'Equaleui' el au l'(''rou. In ;;rand village, dans l'Iùpiateur, t'nl didruil en 17il7 par une niasse de liouesoitied'uu rocher fendu à la liauteurckMpiali-e cents mètres. Le torrent fangeux se lit en même temps jour à travers le sol dans les euvir(uis de liio-Bamba et donna naissance à plusieurs monticules. Les tremblements de lenc qui eu 1797 occasioiuièreni la ruiiu' presijue totale de la ville (le (iuinana, furent acconipaiiiK's di' la formation de nombreuses crevasses, d'où sortirent abondamment de l'eau et des matières bitumineuses. Dans les euvir(ms de (Caracas el de \alencia, on a vu plusieurs fois la leri-e s'enirdnvrir à la suite de fortes secousses, et rejeter Ai':^ (pianlih's (mku'uu's de matières aqueuses chargées (Uacide sulfnri(pu\
l'ne catastrophe de ce genre a ravagé' lile de .lava l'u Is2'2 ; plusieurs vidcans des Indes liollaiulaise^ onl depuis offert des |)héuomènes analogues.
A ces phénomènes se rattaelieni, en Knrope, les (M'upliinis
154 Li:^ VOLCANS.
fangeuses des geysers d'Islande, et un grand nombre d'autres faits que présentent les volcans de boue de la Crimée, de la Sicile et des environs de Modène.
Quelle est l'origine de ces singulières éruptions? On peut, dans certains cas, les attribuera l'action destructive que les gaz et la vapeur d'eau exercent dans l'intérieur de la tcri'o sni' les roches environnantes. Ces roches se désagrègent lenteiiieiit, et leurs délu'is pulvérisés et imprégnés de vapeurs aqueuses sont chassés au dehors par la force d'expansion des gaz dans les moments de crises violentes.
D autres fois, ces éruptions paraissent n'être pas dues entièrement au travail inlérienr dont nous venons de parler. La fonte des neiges et des glaces qui recouvrent les hautes montagnes, parait jouer, tians ces phénomènes, un rôle imporlant. On pourrait admettre, en effet, que les neiges amoncelées pendant les périodes de repos, souvent très-longues, des grands volcans de l'Amérique et de l'Asie, se fondent lorsque le feu volcanique recommence à agir, et qne les eaux r('sultant de la fonte arrivent, par infiltration, jusque dans l'inlérienr dn voli-an, où elles se nn'-langent aux cendres et aux scories.
Mais il est probable que la pliii»ail des éruptions aqueuses el boueuses sont dues aux amas d'eau qui se forment fréquemment dans les cavités des montagnes, ou à des lacs souterrains communiquant avec l'intérieur des volcans. Il es! constant, en elTel, cpu' les grands cratères de l'Amérique SI' refernient après cliacpn^ ('iiiption; et lainlis(prau-dessous (le la cidnie scoi'iacée (pii lesreconvre, les matières incaiules-
.\I(iMA(ÎM;S VOLCA.MOl IS. 155
centes continuent à bouillonnor dans les entrailles de la terre, les eaux du rid s'iicciiinulenl pendant des années dans Tinimense cavitr de l;i liourlio volcanique, et forment de véritables lacs d"iini' clciidui' parfois considérable.
Les choses restent dans cet état pendant un laps de temps ]ilus nu moins long; i)uis survient une agitation iitti'iirui'e plus prononcée, le vulean entre eu fureur, le Inml du hic se soulève, la croûte se brise, et ses débris sont violemment projetés dans les airs avec les eaux qu'ils renfermaient.
Ainsi s'expliquent non-seulement les éruptions d'eau et de boue, mais encore un autre fait qui frappe vivement lim,!gination ; nous voulons parler de la présence d'une énorme quantité de poissons dans les eaux vomies par quelques volcans, tels que le Gotopaxi, le Sangay, le Tangurahua. (lu a constaté que ces poissons sont identiques à ceux ([ue Idu tiouve dans les ruisseaux qui descendent de ces montagnes. Les habitants du pan.s appellent ces poissons prennadillas. C'est la seule espèce que l'on trouve dans les eaux de Uuito, à quatorze cents toises d'élévation ; elle appartient au genre Silurus et a reçu des naturalistes le nom de Pimelodes cyclopiim. Sa longueur ordinaire est à peine de dix centimètres ; il y a même des variétés ipii ne |iaraissent pas avoir plus de cinq centimètres de longueur. Ce curieux animal vil dans des ruisseaux qui ont une température de dix degrés, l.indi-^ (|nc les autres espèces congéiièi-es liidiileul d.iMN le- IIcum'- de l;i plaine, diiiit li's eaux nul cDmmiinéuu'Ul viugt-si^|il degrés de lempi-ralnre. Il est rare qu'ini mange les prennadillas : leur a-peci el la unico-ili'' de leur |ieau les rendent icpoussants.
ir,C, LES Y (31. ('.ANS.
f.ps Indi('iis jH'cheiil ic poisson dans les endroits où los iiiisscaux soi'toiil i\o la iiioiila^ne ; mais cello \H'cho n'osi liciiicnsc ni le jonr ni niiMnc an clair de Innc; il fani nin' nuil I rès-obscn rc, car sans celte circonstance le poisson ne sort l»as du volcan. La Inniière incommode ces aninianx souterrains, peu acconlnmés à un si tort sliinulanl. C'est là, ainsi que l'a l'ail reninr(|uei' IJreislak, une observation daulanl plus curieuse, que les pimelodes de la même espèce, (|ni lialiiteul les ruisseaux voisins de la ville de (.hiito, ainn'ul la lumière du soleil.
Ilumlioldt assure que le Cotopaxi jeta une lois sur les terres du mar(piis di' S(dvale}^re des [loissons en si f;rande quantité qu'ils répandirent une odeur fétide dans tous les environs, (loiinne les eaux fangeuses avec lesquelles ils sont en! raim''s, ces |)oissons sortent lanlôl du cratère ouvert an sommet de la montagne, tantôt des crevasses qui se forment sur ses lianes; mais toujours ils ]n-ovienneul d'ouvertures situées à plus de <'iu([ mille mètres au-dessus du niveau de la mer. (Mu'hpies Indiens affirment avoir vu de ces poissons vivanis enc(uc après l'éruption; toujours est-il que jamais ils ne jiaraissenl avoir été exposés à Taclion d'une Ibrle cdialeui'.
Ils doivent donc forcément pioveiiir, ainsi (|ue les eaux avec lesquelles ils sont rejetés, non [winl, comme on l'a supposé quelquefois, de la mer conunuuiquant par des canaux souterrains avec l'inh'rieur du volcan, mais des lacs dont nous parlions tout à l'IuMire, foriiK's dans les périodes de r(qios du volcan, à des bailleurs diverses, mais toujours au-dessus du niveau de la mer.