‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 22 sur 98 · I. A MONTAGNE I» F. M A UN A LO A · texte numérisé non relu

I. A MONTAGNE I» F. M A UN A LO A

« Vers six lionn^'^, jo ponsais rpio nous avions n'iissi à nous Mii'lInM'i l'aisi' |ioiii' la nuil, el ipic la tcinpète s'olail assez calnK'i' pitur lie plus ikuis iiicoiiiiiiodiM' ; mais en moins (riiiic heure je lus eonvaineu ilu tiiutraii'e. Notie l'eu l'ut dispeisi'' pai' le veni, nos l)Ougies éleintos, la lente battait et iiieuaeait (l'èlfe (liH-lii !•('■(> ou arrachée |)ai' les tourliillons furieux. La nuit |irécédente était auju-ès de ccllo-ci une nuit de repos. f>i' hruit que le vent produisait en battant les lianes du cratère (■tait vraiment terrible. Néanmoins la tente résista, bien ipTelb^ fût (b''cliii'ée en jiinsieurs endroits, et que la perche qui la soutenait en haut eût é'ti' emportiN^ par la touruuMite.

« Ce fut une grande joie pour nous, après une nuit pareille, de voir le soleil se lever. Lorsqu'il parut au-dessus de la mer, la réfraction horizontale le faisait paraître tout petit : il formait une longue ellipse horizontale, s'agrandissani lanli'il d'un côté, tantôt de Tautre. Lorsque l'astre en! atteint une certaine hauteur au-dessus de l'horizon, l'ellipse s'inclina graduellement sur la droite, puis son grand axe devint vertical, et elle s'agrandit dans le bas en |»reuant à peu près la forme d'un o uf. »

M. Wilkes et ses serviteurs clierchèreal vainement à faire du feu; après avoir, sans aucun succès, usé toutes leurs allumettes, ils essayèrent tour à tour d'obtenir du feu à la manière des naturels, en frottant deux morceaux de bois l'un contre l'autre; mais ils ne réussirent qu'à produire beaucouji de lumée. Après un grand nombr.e de tentatives iinitiles, accablés de sommeil, ils se réfugièrent sous leurs couvertures pour attendre que (piel(pi'nM vin! les rejoindre.

20 i LES VOLCANS.

liorsque le loii(lom;iiii, les doct.eiii's Jiiild cl Pickering ;inivèrent. sur lu ciiiic du volenu, ils trouvèreul M. Wilkcs cl ses hommes encore blottis sous leur tente.

Pendant, l'ascension, Longley, un des marins qui accompagnaient M. Wilkes, avait manqué à l'appel. Ou craignait (|u'il n'eût perdu sou chemin, et péri misérablement.

11 semble étrange, au premier abord, qu'un homme puisse se perdre sur une montagne complètement nue, où rien n'airclc le regard; mais, si l'on ne peut voir la plaine, ou est très-embarrassé pour savoir dans quelle direction ou doit aller; la surface du .sol est tellement accidentée, et les divers endroits ont entre eux tant de ressemblance, que l'observateur, même le plus attentif, s'égarerait liicnlôl.

Celui des voyageurs, qui avait le dernier vu Longley, l'avait trouvé malade près du sentier; il l'avait porté dans un endroit abrité, et lui avait laissé quelques vêtements chauds. Le lieutenant Bndd, informé de celte fâcheuse situation, avait fait tous ses efforts pour engager quelques naturels à allci' à la recherche du malade; mais aucun d'eux u'avail voulu y consentir; ils alléguaient qu'il leur serait impossible de retrouver leur route dans l'obscurit(''. Ou s'était mis à sa recherche dans la matinée, mais on n'avait obtenu aucun résultat.

La tempête, qui, sur le .sommet du volcan, s'acconq)agnail de grêle, avait été un déluge de pluie pour ceux des voyageurs (pu stationnaient sur le liane de la montagne; ils (espéraient que cette pluie leur fournirait une itoniie provision d'eau, mais le uialin la roche volcaniijuc r\;\\\ aussi scchc i|n'aupara\ant .

!\ MdXTVc, m: m: mmnm.oa. -jo;.

M Les nouvelles (|u'ap))orlail le (locteiir .ludd . incniilc .M. Wilkes, éUiieiil loin d'èlre eiicuui-ageantes. Oiilre la (li>|iarilioii (le Loiigloy, j',i|)|pii> ((iie presque tous les iialnn'ls avaieiil déserté, (lu'uii i^rand iKniilu-e d'entre eu\ ne s'i'laieut iiièine |ias rendus à la slatioii, el qne liaiisdali' et ses • (uaraute elièvres n'i'laient pas arrivés; on élail aussi sans nouvelles de la troupe venant dn navire. Les uatuiels, iiislrnit-de notre détresse, et se l'exagéraul sans doute, avaii-nl relusé tout service à moins d'être payés à des prix exorbitants. Les olîiciers avaient rejeté toutes leurs propositions; car, bien (pu- nos ressources tussent très-taibles, on espérait (pie les provisions arriveraient dn navire an bimt d'nn jonr (Mi deux au [ilus tard.

«.l'envoyai un messager pour dire que je désirais (pie les hommes venant du vaisseau lussent d'abord envoxés a la recherche de Longley ; je n'avais cependant que p( n d Opoii qu'on le retrouvât vivant, pnis(pi'il y avait quaraute-linil heures qu'il avait dû passer sans nourriture et sans abri eon- Ire l'ouragan.

« Après avoir allumé un peu de l'eu et l'ait un maigre repas, je sortis avec les docteurs Judd et Pickering pour reeonnaitre le cratère et chercher un endroit plus convenable pour y ('tablirnos tentes ; mais, après de longues recherches, nous ne trouvâmes aucun emplacement aussi favorable que eeini ([ne j'avais aeeidentellenieni choisi le premier soir. Le doetenr Pickering nous quitta el descendit le premier dans le cratère.

«Rien n'égale la scène de dévastation qu'offre la nmnlagne,

•iOfi LKS VOLCANS

Toute sa surface est formée d'une seule niasse de lave rejeléc eu nièiue temps par le cratère le plus élevé, dans nu état fluide. Il n'y a pas de sable, pas d'autre roche ; rien (pie delà lave, partout où se porte le regard. Elle parait appartenir à diverses époques, (juelqucs-unes fort anciennes. 11 n'y a cependant nulle part de traces de décomposition ; les alternatives de chaleur et de froid, de pluie et de neige, seudjieut s'être vainement n'unies pour détruire cette couche de lave. Kn (piehpu's endroits elle est très-unie, et ressemble à ce dont on a déjà paidé sous le nom de pahoihol, ou « rui.sseau de salin ; )) ailleurs elle se montre sous la forme de briques vitriliées que Idn trouve quelquefois en monceaux, mais qui le plus souvent constituent des lits de jdusicnrs milles de longueur sur un mille de large, élevés parfois de dix à vingt pieds au-dessus de la surface environnante.

« Ces blocs nu' paraissent s'être formés dans le cratère même; des forces opposées y ont di'termim'' leur rupture, puis ils ont été lancés avec la lave |>lus fluide, et portés avec elle sur les flancs de la montagne, jus(pi'à ce qu'ils se soient arrêtés |)ar leui' propre poids ou par l'effet du frottement énorme (jne la masse avait à vaincre. C'est ainsi que les lits se seraient formés, accumulés sur un grand espace, et accrus chaqiu' lois (pu- le cratère aurait rejeté des scories semblables. Ce (]ui nu' fortifia dans cette croyance, c'est (jue des ruisseaux de lave unie sortaient de dessous ces masses. Le cratère pouvait être conq)aré à une immense chandièi'e, ayant rejeté dans ses ébullil ions les masses li(pi(''li(''es et les scories qui llottaieiit à la surface. »

i. \ Mii\ i \r, \ i: iii: main a i.«ia. 207

Ce ne lui pas sans iiih' ci'iliiine excitation iicivciise que le hardi oxitloi-alcui- aiiii''iif;iiii plaça ses iiiN|riiiiii'iil'> --iir li' point le pln> ('levé du MaunidoM, :i (pirlipn-- |mci1> de son cratère, cl (pi'il lo hninia \eis M;iiiiiakc;i, puni' iiiesurerla dilîéronce de iiaulenr entre ces deux géant- du l'a(ili(pie.

(Jes deux iiinnl-. (piniipic jiiineaux, présenlent i\''> eai-aetèrestonl dinv-rents. Maunakea est nnevaste éiévalidii diis(d, surinoiitt'c de ui'ut' eùnes, tandis (pie Maiinaloa e-l un donie nruque. Sur la première de ces inuntagues règne nn lioid ligoureux; tandis <piela seconde a des feux intérieurs et vuniil parfois sa lave jusqu'au point où rautic commence à s'élever.

M. \\ilki'> ne savait encore laquelle des deux indiilagnes il allait trouver plus élevée. D'autres oliservateurs s'étaient, il est vrai, prononcés en lavrui- du Maunakea; mais M. Wilkes avait tronvi' le Maunaloa plus liant de "(M) |»ieds qu'on ne l'avait dit. Il eut liientùl obtenu Je double angle au zénith, qui décida en faveur du premier; des caleuls postérieurs établirent qu'un de ses cônes était de 193 pieds plus élevé que la cime que foulait l'observateur américain.

La seule idée de se trouver au sommet de l'un des pics les plus élevés de ce vaste hémisphère, tout près d'un abîme profond, au-dessus d'un immense cratère orageux connue une nu'r et lançant des roches en fusion, ani'ait suffi pour émouvoir profondément l'homme le plus fort ; la sensation était accablante pour M. Wilkes, qui, déjà épuisé par la raréfaction de l'air, travaillait à grand'peine sur la lave vomie par cette immense ciiaudière, en quantité assez grande jtour former un

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