LA MONTAGNE DE M A UN A LO A
ges qui passai(Mil au-dessus do nous. Tout le fond du cratère au nord du lac Judd ctait couvert, sur lui espace (Fuii mille cl (leiiii de loiiuiieur (^t d'un dorui-iiiillc de largeur, d'une lavi^ tluiile cuulaul comme des torrents d'eau, tantôt se séparant, tantôt se rejoignant, formant des rapides et des chutes sur toutes les saillies rocheuses. Ces torrents, (Fun rouge cerise des plus éclatants, illuminaient tout le cratère. Le grand lac semblait grossir et s'animer plus loin ; nous nous attendions à le voir à chaque instant déborder. Nous restâmes pendant plusieurs heures à contempler les progrès des deux lacs; nous fûmes témoins de la formation successive de petits étangs de liquide incandescent; bientôt ils se joignirent les uns les autres, débordèrent et lancèrent des torrents de lave dans les cavernes voisines. Nous ne pouvions nous arracher à ce spectacle : les événements du jour, et surtout le bonheur avec lequel notre ami avait échappé à la mort, nous faisaient réfléchir à l'horrible situation duii homme surpris au milieu de ces fleuves de feu.
«Le spectacle que nous avions devant les yeux était magnifique et valait la peine de faire un voyage autour du monde pour le voir. Le grand lac s'était abaissé de manière à disparaître à nos yeux, tandis que le petit débordait encore, ce qui prouve qu'il n'existe entre leurs feux aucune communication. .l'étais heureux qu'il en fût ainsi, car cela devait me permettre d(> me rendre près du grand lac et de le mesurer exactement.
« Je partis de bonne heure avec une petite troupe dont taisait partie le lieutenant Budd, qui s'était joint à moi en descendant de la mmilagne. Nous cheminâmes par le sentier
ordinaire, et, après avoir attfinf la saillie noire, nous en mesurâmes la largeur et relevâmes la hauteur de ses bords. Le lieutenant Bndd descendit ensuite, avec une partie de nos hommes, au bas dn cratère, pour en mesurer la profondeur.
« Je nie rendis de mon côté an grand banc de soufre, sur le côté oriental, en me guidant par les signaux (pie j'avais laissés la veille. Arrivés en face du lac .Tndd, nous nous ap|»i-ochâraes du bord de la saillie noire; l'air ipii luontail des profondeurs était presque brûlant. Toute la partie inférieure de l'espace était remplie de matières fluides qui paraissaient chauffées au rouge et coulaient encore vers le nord. Mais la surlace en était unie, comparativement à VrlM dans lequel le docteur -Tudd l'avait trouvi- la veille. Près de là, le rebord noir présentait plusieurs trous, d'environ deux cents pieds de diamètre et d'une grande profondeur. Au delà de ces Irons se voyaient d'innombrables crevasses, qui aiignienlaienl à mesure que nous nous avancions vers l'extrémité sud, où je me liàlai de me rendre alin de terminer cette portion du travail avant que nos forces fussent épuisées. En passant au-dessus de ces crevasses, il nous fallut mettre la main sur la bouche ]iour éviter les bouffées de vapeur sulfureuse qui devenait déplus en plus suffocante. »
On atteignit enfin l'exIriMuité, et l'on fit le mesurage le jdus promptement possible. On trouva que le lac avait une longueur de 1,500 pieds sur 1,000 pieds de large, et (pi'il s'é'tait abaissé d'environ cent pieds pendaul la nuit précédente, en supposant que le docteur Judd eût fait une évaluation exacte en disant (pie son niveau était à vingt-
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cinq pieds au-dessous du Itord. il ]»araissait fort ]-im auité ; les roches forniaut ses parois étaient comme couvertes de taches de poix, probabhMniMit |)ar la même sorte de lave que celle que M. Wilkes avait observée au sommet de la montagne.
« Xu moment où je venais d'achever le mesurage, dil ce voyageur, le sergent m'informa qu'il avait aperçu un mouvement dans la masse formant le bord. J'ordonnai aussitôt la relraite. Dans son empressement à fuir, un de nu^s hommes lit un faux pas et disparut à nos yeux. Nous nous arrêtâmes sur-le-champ, et j'eus un serrement de cœur. Je pus à peine en croire lues yeux, lorsque je le vis sortir d'une crevasse dans laquelle il était tomlté. »
A mesure que Ton approchait des bancs de soufre, la chaleur et les signes d'action augmentaient : le banc de soufre ressemblait à la chaux que l'on éteint. On y prit de nombreux spécimens de soufre et un fragment de sulfate de cuivre, d'une belle couleur bleue. Dans plusieurs cavernes, on vit des stalactites en forme de cônes allongés, de couleur noire, de dix-huit pouces à deux pieds de long sur un pouce d'épaisseur à la base. Ces cônes étaient solides et d'une matière siliceuse.
Le spectacle de désolation que présente de toutes parts la saillie noire, donne naissance à un sentiment semblable à celui que l'on éprouve en contemplant une vaste conflagration. (7 est la même tristesse poignante, augmentée d'un sentiment d'insécurité causé parles feux que l'on voit alcnlour et que l'on sait exister au-dessous de soi.
La saillie noire n'est point nivelée comme elle paraît l'être lorsqn'on la voit d'en liant. Sa largeur varie de six cents à deux niilli' pieds; elle a été parcourue en divers sens par des flots de lave de différentes grandeurs, qui sont allés se perdre dans les crevasses. Rien de ce que l'on y voit ne rappelle la terre : on ne peut concevoir comment le rocher peut être ainsi liquéfié sans l'action d'un combustible. Il faut renverser toutes nos notions sur la solidité de la pierre, et l'on ne trouve, dans les choses que nous connaissons de ce monde, aucun point de comparaison.
« Notre troupe, continue M. Wilkes, semblait complètement perdue dans ce gouffre immense. Il faut quelque temps à l'd'il pour embrasser toute la scène et s'y habituer un peu. Je ne fus donc plus étonné des différences que l'on trouve entre les diverses descriptions de ce volcan. Cette différence, et le manque absolu de dessins exacts pris par les explorateurs qui m'avaient précédé, nu^ mirent dans l'impossibilité de me rendre compte des changements qu'a dû subir ce cratère, .l'espère que nos successeurs seront, grâce à nos observations, mieux à même d'en juger que je ne le fus.
« Les variétés de lave que l'on l'cncontre ne sont pas la partie la moins frappante du phénomène. L'espèce qui paraît dominer est la lave de couleur sombre, à reflet métallique. On la trouve à l'étal solide, en couches d'un pied d'épaisseur. Les autres variétés sont moins denses, plus vésicnlaires, plus vitreuses. (]haque llux diffère de ceux cpii l'ont suivi, et peut être aisément reconnu. Nous nous plûmes à rechercher l'éteudm^ et les caractères des différents lits, (iciiii ipii se
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liiiiiia in'iiihiul iidli'o srjoiir ('■l;iil, en beaucoup (fciiilidils, Icllciiii'iit viliciiN, i|iril ix'ssenil)lait à do l'obsidiriiiic. Ou Innivc iirc^squc |iarl(iiil, dans la |)laiiic (Mivin)anaiitc, des IVagiueuts de ]i()iict\ mais je ne me rappelle pas que nous eu ayous vu dans le eiatère!
« Pour montrer combien il est difficile de se rappeler l'état du cratère et la position de ses diverses parties, je dois dire que l'un de mes compagnons soutenait que le cùue siUu' du côté septentrional de la saillie noire s'élait tormé depuis notre dernière visite, bien qu'alors, comme lors de notie deuxième exploration, ce cône fût l'un des objets les plus a|)parents du cratère. Nous ne pouvions lui persuader (|u'il l'avait vu dans son premier voyage; il ne l'ut convaincu (pie lorsqu'il vit le dessin que j'avais pris à la chambre claire, et dans lequel ce cône était très-visible à l'arrière-] ilan. »
Des bancs de soufre, les explorateurs se dirigèrent en droite ligne vers le sentier, et ils arrivèrent au camp, chargés de spécimens et brisés de fatigue, avant le coucher du soleil. Le lieutenant Budd, qui n'avait pas réussi à atteindre l'extrémité de la saillie noire, revint peu de temps après, l/air avait été trop chaud et trop suffocant pour lui permettre d'atteindre le but qu'il s'était proposé. Bien qu'on l'eût cherché à l'aide d'une lunette, on n'avait pu l'apercevoir.
Les voyageurs observèrent un curieux effet de réfraction. En regardant par-dessus les lacs, lorsque le rayon visuel traversait les colonnes d'air cluuid qui s'élevaient des niasses fluides, la rive opposée semblait se mouvoir, s'agiter de bas en haut, danser comme [laraissent quelquefois le faire les
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brisants sur Ir liurd de la mer. Les stratificalioiis dos roches semblaient aussi s'agiter de la même façon.
Après èlre resté quatre jours près de ce volcan, M. Wilkes et ses compagnons étaient aussi peu disposés à s'en éloigner que le premiei' jour. C'est un de ces endroits dont Tiiitérèt augmente sans cesse et e.xcite toute l'énergie du corps et de l'esprit, la première pour supporter la iatigue, et l'autre pour saisir les divers phénomènes qui se produisent.
« Les malières rejetées pai' le grand lac, pendant la nuit du 17, remarque M. Wilkes, peuvent être évaluées à quinze millions de pieds cubes de roche fondue; cette niasse fut, sans nul doute, engloutie par les cavités qu'elle trouva sur sa route. Il est impossible de calculer le volume de lave rejeté par le petit lac, ou lac de Judd ; mais, en supposant que l'éruption eût été pendant toute sa durée aussi rapide qu'elle l'était au (h'djut, elle aurait rejeté plus de deux cent millions de pieds cubes de lave.
« On comprendra facilement que des torrents pareils puissent, dans une période relativement courte, géologiquement parlant, donner lieu à la formation d'un dôme de la grandeur du Maunaloa. Quelque énormes que puissent paraître les chiffres qui précèdent, j'ai lieu de croire, d'après les apparences, que « l'ébullition » et le débordement du cratère terminal du Maunaloa ont été de beaucoup au-dessus, si bien que les épanchemeuts du Kilauea ne sauraient supporter la cunqiaraison. Sa hauteur totale, qtii est de six mille pieds au-dessus de la plaine de lave, parait être entiè^
renient dû, comme je l'ai déjà dit, à l";iiiuiiiuiiiiioii des matières rejetées. »
Dans une des éruptions du Maunaloa, c'était eu islo. il se fit dans le flanc de la montagne une lissun- latérale sur laquelle la lave du cratère de Kilauea s'épauclia cl fui pour ainsi dire soutirée. La fissure, d'abord petite et étroite, s'élargit cl s'allongea graduellement; clic liuil ]iar atteindre une longueur de dix lieues, et la lave, débordant de ce lit, se répandit à une distance de quinze lieues du cratère et couvrit une superticie de vingt-cinq kilomètres. Ce soutirage vida presque entièrement la bouche immense du Kilauea, la(piellc, scion nu calcul aj)proximatil'. coulicnl ordinairement cinq milliards cinq cents millions de mètres cubes de matière en fusion. C'est ainsi que ce lac change constamment le niveau de ses ondes de feu; tantôt la matière ignée s'échappe tout à coup abondamment par des orifices qui se iormenl au bas de la montagne, tantùl les orifices s'obstruent. et la lave enflammée s'élève dans l'immense réservoir, pour en déborder avec fureur.
11 y a une dizaine d'années, c'était le grand cratère du sommet, le Mokou-a-Vco-Véo, qui s'agitait violemment et répandait la terreur au sein de la population Cette terrible éruption commença par des jets de gouttes étincelantes de lave, qui jaillissaient du dôme sublime et formaient un inmiense éventail ouvert dans l'espace. Au même instant, la lave sortit à flots des entrailles de la montagne, et se jeta avec impétuosité dans la grande vallée qui sépare le Maunaloa du
Maunakea. Lorsque le courant ont pénétré dans la plaine, il se dilata prodigieusement, et après avoir aileiiil une lariienr de deux lieues, il ralentit sa course graduellement ; mais ce ne lut qu'après dix mois qu'il cessa de progresser. Lorsqu'il s'arrêta, il avait parcouru une dislance de trente lieues, emportant de vive force des villages et des forêts.
Le courant de feu ne s'était pas encore arrêté, que déjà un missionnaire anglais, M. Coan, gravissait la montagne et traversait témérairement la surface durcie de la lave, tandis que la matière Inùlante coulait dessous comme l'eau sous une rivière gelée. Cette enveloppe se fendait çà et là hruyaniineiit et laissait échapper la vapeur en n)ille endroits. Sur les bords du lleuve incandescent se trouvaient des arbres renversés, carbonisés et tombant en cendres.
« Nous longions des crevasses, dit le missionnaire, à travers lesquelles nous regardions dans le fleuve igmi' (pii roulait ses ondes avec une rapidité extrême. Cette lave incandescente avait une épaisseur de cent pieds, et les crevasses (pii donnaient issue aux vapeurs avaient parfois soixante mètres de largeur. Nous jetâmes dans ces crevasses de grosses pierres, qui, dès qu'elles touchaient la surface du torrent de feu, s'évaporisaient et jetaient instantanément des flammes '.»
En atteignant le sommet du volcan, les voyageurs n'y virent plus le cratère tel qu'il était avant l'éruption, grand,
' C'est l;i un |ihénoinèiic semblable à celui observé par Blas rie Castillo diiiis la bouche du Masaya, lorsiiue. dans son lan.;age à la fois naïf el expressil', il dit que le cratère brûlait comme une chandelle quand on y lançait une pierre ou une llùche.