LE VÉSUVE
De Ions les volcans lniilaiit à la surl'ace de notre planète, aucun n'est mieux connu, aucun n'est plus populaire que le Vésuve. Terrible dans sa colère, fécond et niagnilique dans son calme, il est tour à tour le bienfaiteur et le lléau des populations qui vivent doucement à Toinbre de sa puissance. La terre qu'il abrite donne plusieurs récoltes dans la même année; sous le feuillage de ses arbres croissent les moissons, ipii, sans ce dôme de verdure, seraient dévorées parles leux d'un soleil trop ardent; autour de ses lianes s'enroulent en guirlandes des vignes qu'il nouiril du teu de ses entrailles. Nulle part dans la riche Italie on ne cueille des fruits plus savoureux, on ne fait de plus belles vendanges qu'au pied du Vésuve.
Le volcan s'élève solitaire sur la plaine qu'il domine, et loi-squ'il est en repos, son aspect n'a rien (pii inspire la terreur. 11 couronne de fleurs et de verdure son front embrasé, L'I, comme [loiir présenter un symbole de sa double
nature, il porlc cl l'olivier (|iii csl ICinhhMiic de Li piiix, ot le hnirier (|iii rappelle la lutte et le liiiiinlte.
Souvent il entre en lurenr; alors il mugit, il vomit des flammes, il couvre de ténèbres la contrée, et dans sa subite colère, il désole le pays que durant une longue suite d'années il avait comblé de bienfaits. Dans le golfe de Naples, du cap de Misène au promontoire de Minerve, ce n'est point le roi d'Italie qui règne, c'est le Vésuve, lui, qui au gré de son caprice, répand sur la contrée ou le deuil ou la joie.
Ouoique moins élevé que la pliqiart de ses semblables, le Vésuve est un volcan des plus puissants, et la contrée qui lui est soumise, est une des plus belles que l'on puisse contempler. Des montagnes s'élèvent en ampbitbéàtre aulour de la mer, et forment un demi-cercle interrompu çà et là par des vallées plantureuses. Tout le livage compris entre la nu^r et les montagnes est découpé par différentes petites baies plus ou moins ouvertes, et la longue montagne du Pausilippe, qui se projette au loin dans la mer, divise en deux grandes parts ce golfe magnifique.
Aujourd'hui, après une suite de siècles, on retrouve eiicoie les traces des embrasements souterrains qui ont bouleversé ce pays. Dès le siècle dernier, on avait reconnu que les lacs qui bordent les rives de la mer, le Lucrin, l'Achéron, l'Averne et plusieurs autres, étaient des cratères de volcans, ainsi que ces énormes cônes renversés qu on voit parlout sur la cote, au sommet des montagnes, à leur pied, sur leurs flancs : bouches profondes d'où sortaient autrefois la flamme, les cendres et les torrents embrasés.
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« \.o souvenir de ces grandes crises de la |natiire, disait G. Toscan, ne s'efface jamais entièremeul de la méniuin' des iionunes. » Aussi les anciens habitants de ces rives en avaient conservé, à ce ((u'il semble, d'obscures traditions. Recueillies par les Grecs, tlont les colonies vinrent s'établir ilans les îles voisines et sur le continent, elles ont forint'' cette mythologie des enfers qui, propagée par Homère, a donné à ces lieux une éternelle célébrité.
Les Grecs s'imaginèrent que ces gouffres, dont les uns funiaienl encore, dont les antres exhalaient des vapeurs nuisibles, devaient être les portes des enfers, rentrée du séjour des ombres. On bâtit sui- leurs bords des temples aux dieux infernaux : on pénétra dans ces gouffres par des chemins mystérieux ; on alla consulter les dieux jusque dans le sein de la terre. Telle fut l'origine de ces mythes, où l'on voit les héros et les demi-dieux descendre aux enfers; telle lut aussi l'origine des sibylles qu'inspiraient les dieux souterrains.
• Sans doute la nature se reposa dans ces lieux pendant un long intervalle. Les hommes vinrent en foule s'y établir. Tout les y invitait : une plage sûre et presque sans écueils, une température égah', lui s(d fertile. La ville de Cumes s'éleva une des premières au sein de cette contrée, qu'on appela les Champs-Phlégréens à cause des marques du feu (|u"elle offre au regard. Les oracles de la sibylle de Cumes devinrent fameux; et, de tontes parts, on accourut vers la sombre grotte où, dcliout sur son trépied, elle répondait à ceux (jui la ciMi'-nllaiciit . I) aulics villes (iriiéicnt cctli" belle
côte et devinrent la proie des Romains. Maîtres de l'Italie el d'une grande partie du monde connu, riches des dépouilles de l'Orient, les Romains no songèrent qu'à jouir en paix des fruits de leurs conquêtes, en rassemblant dans leur patrie ce que les pays étrangers offraient de curieux.
Ce ne fui point assez pour eux d'orner la ville dont ils avaient fait la capitale du monde ; ils voulurent des maisons de campagn(> (pii offrissent les mêmes agréments, le même luxe, les mêmes superfluités : thermes, théâtres, statues, cirques, peintures, tout ce qui pouvait flatter les sens ou les ('tonner. Ils avaient des maisons de plaisance en divers can- Idiis d'Italie, et l'on habitait successivement les unes ou les autres, suivant la saison, suivant le lieu où elles étaient situées.
Mais quel autre lieu plus commode auraient-ils pu choisir que les rivages voisins de Naples? Un ciel presque toujours .serein, jamais d'hiver rigoureux, des sites enchanteurs, des sources chaudes, dont on pouvait rassembler les eaux et former des bains aussi agréables que salutaires : voilà ce qu'ils trouvaient dans ces pays favorisés par la nature. Ils surent mettre à profit tant d'avantages.
Des thermes, des temples, de superbes jardins, d'admirables édifices couvrirent toute la rive. On bâtit, et dans l'intérieur des montagnes et dans la mer même. La ville deMisènc s'unit bientôt à Baïa, et celle-ci à Pouzzoles. Les monuments se succédèrent et se pressèrent tellement, qu'ils couvrirent bientôt le circuil du golfe, depuis Misène jusqu'à Sorrente. Strabon nous a conservé les noms des villes qui étaient