LE VÉSUVE
ainsi liées les unes aux autres par une chaîne de somptueux «'■(lilîces. Celaient Misène, Baïa, Fouzzoles, Pompéi, Stabia, Ilerculanum , Sorronte. Distantes entre elles de quelques milles seulement, elles avaient toutes, comme on le voit par leurs ruines, des théâtres, des forums, des amphithéâtres et nu nonilire inconccvalile de temples. Chaque fouille décoiivredes statues de marbre et de bronze; point d'appartement qui no fût pavé de mosaïque, orné de peintures'.
Telle était la splendeur de ces rivages, loi'sque des treml)lements de terre assez fréquents en alarmèrent les voluptueux habitants. C'étaient les symptômes d'une crise épouvantable.
A cette époque, le Vésuve portait bien quelques traces du feu, mais il était parfaitement tranquille, et l'on avait même entièrement perdu la mémoire de ses anciens embrasements. Des jardins couvraient ses flancs, et sa cime elle-même était couronnée d'une admirable végétation. Seul, le naturaliste pouvait conjecturer, d'après l'aspect des pierres, que ce site avait été autrefois en combustion.
Tout respirait la paix et le bonheur autour du Vésuve, et rien n'annonçait que ses feux se rallumeraient jamais, lorsque, tout à coup, le volcan s'enflamma et ravagea la contrée.
Pline le Jeune fut un témoin oculaire de cette catastrophe qui causa la mort de .son oncle , le célèbre naturaliste ; dans deux lettres adressées à Tacite, il a relaté les graves et terribles phénomènes qu'il a observés. Comme ce sont là les
' (i. Tnsran.
seuls documents que l'un possède sur ce mémorable ('vénement, nous ne saurions faire autrement que de les communiquer au lecteur. « Tu me pries, écrit Pline à son austère ami, le grand et viril historien, de t'apprendre exactement comment mon oncle est mort , afin que tu puisses en instruire la postérité. Je t'en remercie; car je conçois que sa mort sera suivie d'une gloire inunortelle, si lu lui donnes place dans ton récit. Quoiqu'il ait péri par une catastrophe qui a désolé de très-beaux pays, et que sa perte, causée par un accident extraordinaire et qui Fa frappé en même temps que des villes et des peuples entiers, puisse ('•lerniser sa mémoire, quoiqu'il ait fait bien des ouvrages qui dureront toujours, je pense néanmoins que l'immortalilé
des tiens contribuera à celle qui l'attend
«Il était à Misène, où il commandait la llotle. Le 25 aoùl, environ une heure après-midi, ma mèie laveitil qu"on voyait un image d'une grandeur et d'une forme extraordinaire. Après avoir été quelque temps couché au soleil, selon sa coutume, et avoir bu de l'eau froide, il s'était jeté sur un lit de repos et s'était mis à lire. Il se lève et se rend à lui endroit d'où il pouvait aisément observer ce prodige. 11 était difficile de discerner de loin de quelle montagne ce nuage sortait ; on sut plus tard que c'était du mont Vésuve. Sa forme approchait (le celle d'un arbre, de celle d'un pin plus que d'aucun autre ; car après s'être élevé fort haut en forme d'un Ironc, il s'étendait comme des branches. Je m'imagine (pi"un vent souterrain le poussait d'abord avec impétuosité, et le sdulenail, mais soit cpie l'impulsion diminuât peu à
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peu, soit que ce nuage IVil affaissé par son proj)ie poids, on le voyait se dilater et se répandre au loin. 11 paraissait tantôt blanc. taiiUil noirâtre, tantôt de diverses couleurs, selon qu'il était plus iliargé, cui de cendres ou de matières teiTeuses. »
Ce prodige surprit le vieux l'Hiic qui, on le sait, étudiiiil passionnément les phénomènes curieux de la nature. Jugeanl celui-ci digne d'être exaniiin'' de plus près, il coniinandc aussitôt qu'on api)arcille un navire léger et rapide, et il engage son neveu à le suivre; mais celui-ci préféra rester à Misène pour continuer nu travail que son oncle lui avait conlié.
Pline sortait de chez lui, ses tablettes à la main, lors([ue des hommes de l'équipage de la flotte mouilb'e à Rétine. effrayés par la grandcni- du danger, vinrent le conjurer de les garantir d'un si alTrcux [téril. l'dursuivanl alors avec un courage indomptable ce qu'il n'avait d'abord entrepris (jue par simple curiosité, Pline fit venir des galères, il monta sur l'une d'elles, et partit dans le dessein de voii' quels secours on pourrait donner non-seulement à Rétine, mais aux antres villes qui couvraient ce rivage si beau et naguère si tranquille.
Il se pressa d'arriver au lieu d'où la l'unie fuyait, et où le |iéril paraissait le plus grand; mais il y arriva avec uin' telle liberté d'esprit, ipi'à nu'sure cjuil apercevait un mouvement ou une altération dans le phénomène prodigieux, il dictait ses observations. Déjà sur ses vaisseaux vdlail une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'iK
approchaient ; déjà tombaient autour d'eux des pierres calcinées et des cailloux tout noirs, tout brûlés, tout pulvérisés par la violence du feu; déjà la mer semblait refluer, et la rive devenir inaccessible « par des fragments entiers des monts dont elle était couverte. » Pline s'arrêta quelques in.stanls, incertain s'il retournerait à Misène, puis il dit à son pilote, qui l'engageait à gagner le large : « La fortune favorise le courage ; tournez du côté de Pomponianus. » Celiii-ii ('lait près de Stabia, en un endroit isolé, au fond d'une de ces nombreuses petites baies que forme la mer sur ces rivages. Là, Pomponianus, à la vue du péril qui était encore éloigné, mais qui semblait s'approcher toujours, s'était réfugié sur ses vaisseaux, emportant avec lui tous ses trésors. Il n'attendait pour s'éloigner qu'un vent moins contraire.
« Mon oncle, continue Pline le Jeune, mon oncle à qui ce même vent avait été favorable, arrive au port; il trouve Pomponianus tout tremblant ; il l'embrasse, le rassure, l'encourage; et pour dissiper par sa sécurité la crainte de son ami, il se fait porter au bain. Après s'être baigné, il se meta table, et conserve pendant le souper toute sa gaieté, ou — cequi n'est pas moins grand — toutes les apparences de sa gaieté ordinaire. Cependant on voyait s'échapper de plusieurs endroits du Vésuve de grandes flammes; on y voyait briller l'incendie, dont l'éclat semblait plus grand au sein des ténèbres qui couvraient le pays. Mon oncle, pour rassurer ceux qui l'entouraient, leur disait que ce qu'ils voyaient brûler, c'étaient des villages que des paysans alarmés avaient abandonnés et qui étaient restés sans secours. Ensuite, il se coucha et dormit