‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 66 sur 98 · SALSES OU VOLCANS DE BOUE · texte numérisé non relu

SALSES OU VOLCANS DE BOUE

On nppcllo, suivant les pays, salses, volcans d'air, volcans de boue ou volcans gazeux, des élévations de l'orme conique, terminées par une ouverture en entonnoir, de laquclh^ sortent, périodiquement ou constamment, des flots d'uiu^ boue demi-fluide. Ce phénomène présente quelquefois tous les symptômes d'une crise volcanique véritable, et l'éruption vaseuse est souvent précédée de tremblements de terre, comme celle des volcans de feu. En général, les salses ont une très-gande analogie avec les vrais volcans; ils manifestent leur activité de la même manière que ces derniers, quoique avec un peu moins de violence. La similitude s'étend même à des caractères secondaires.

Les volcans de boue ont également leur époque d'agitation, pendant laquelle ils entrent en éruption, et présentent alors tous les phénomènes que l'on remarque dans les cratères brûlants. La masse vaseuse s'agite violemment et acquiert une

haute température; une colonne de vapeurs s'élève; de la boue et des pierres d'un fort volume sortent du cratère ; enfin un courant de vase dégorge et recouvre toute la contrée. La chaleur est quelquefois si intense que l'on aperçoit de vives lueurs; la végétation périt, et rien ne manque alors au tableau d'une éruption volcanique.

Plusieurs volcans, présentant ces phénomènes, se trouvent dans les Apennins. Ils y ont reçu le nom de salses, à cause de la présence de certains sels dans la boue qu'ils rejettent. Les salses les mieux observées sont : celle de Maïna, dont Spallanzani a parlé le premier ; celle de Sassuolo, dont Pline fait mention. On cite encore celle délie Prate, qu'a fait connaître Menard de la Groye, et celle de Bergullo, dans les environs de Bologne.

La salse de Maïna, située sur une éminence, à quinze milles de Modène, doit son nom à une construction voisine. Spallanzani la visita le 18 septembre 1785. A la distance d'un mille, elle lui parut n'être autre chose qu'un monticule formé d'une terre blanchâtre. En approchant, il reconnut qu'il s'en dégageait une odeur de pétrole. Le cône n'avait pas plu^ de onze à douze pieds d'élévation, et sa base mesurait vingt-sept mètres de circonférence. Le sommet, qui pouvait avoir trois

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pieds et demi de tour, était cvidé à l'intérieur, et formait une sorte d'entonnoir, s'enfonçant verticalement dans le cône à une profondeur de trois pieds. Les parois de cette ouverture étaient formées d'un limon très-tendre et presque fluide. Attentif à ce qui se passait au dedans et au dehors, l'infatigable observateur, auquel j'emprunte ces détails, entendit d'abunl un murmure sourd qui, partant du fond de la salse, s'élevait insensiblement, et venait, en augmentant d'intensité, gagner le sommet de l'entonnoir; alors une bulled'air, grosse comme un œuf d'autruche, soulevait un limon semifluide, et l'obligeait à se répandre hors de l'entonnoir et à couler sur les parois extérieures du cône ; en même temps, elle éclatait avec un bruit semblable à celui que l'on produit en débouchant une bouteille vide. Aussitôt après la rupture de la bulle, le limon descendait dans l'entonnoir pour y reprendre son premier état. Mais bientôt le murmure recommençait au fond du cône, s'élevait progressivement, et une nouvelle bulle, aussi volumineuse que la précédente, éclatait en occasionnant une nouvelle expansion de limon. Ces alternatives régulières, constituant ce qu'on peut appeler le jeu de la salse, indiquaient surabondamment la présence d'un fluide qui se dégageait par intervalles et montait le long du cône jusqu'à ce qu'il trouvât le passage libre.

Spallanzani, qui venait de visiter les terrains ardents de Barigazzo, voulut savoir si ce fluide était inflammable. A plusieurs reprises, il approcha de la bulle, au moment où elle éclatait, la flamme d'une bougie, et chaque fois il eut la satisfaction de voir se produire un globe de flamme trois ou

quatre fois plus volumineux que la bulle elle-même, mais qui disparaissait aussitôt. Pendant leur courte durée, ces flammes exhalaient l'odeur du gaz hydrogène, à laquelle succédait rapidement une très-forte odeur de pétrole.

Non loin de la circonférence du grand cône qui constitue le tronc principal de la salse, se dressaient onze cônes beaucoup plus petits, portant également à leur sommet un cratère rempli du même limon semi-fluide, où apparaissaient aussi de petites bulles gazeuses; dans les uns la production de ces bulles était continue, dans d'autres elle n'était qu'intermittente ; toutes s'enflammaient.

L'ouverture du cône principal ayantété fermée parSpallanzani, le gaz continua pendant près d'un quart d'heure à monter vers le sommet de la salse, ainsi que l'indiquait le murmure souterrain produit par l'ascension ; mais arrivé au sommet, il s'arrêtait devant la pierre qui lui opposait un obstacle insurmontable. Ensuite, le murmure cessa tout à fait; mais en même temps, les bulles des petits cônes devinrent plus volumineuses ; celles qui n'apparaissaient que par intervalles se succédèrent sans interruption, et les jets se multiplièrent. Il était donc évident que le gaz du grand cône communiquait par des voies souterraines avec celui des plus petits, et que, ne pouvant plus sortir par son passage ordinaire, il s'échappait parles issues pratiquées dans ces derniers.

Les habitants de la maison voisine informèrent Spallanzani que la salse, telle qu'il la voyait, était en plein repos.

A d'autres époques, elle bouillait, disaienl-ils, comme une

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granilo chaiulièro, cl jetait à hauhMir d'iiomini^ do l'eau et du limon, avec un bruit qui se faisait entendre à deux kilomètres à la ronde. Cette crise arrivait d'ordinaire immcdiatcinenl avant on [lendanl de fortes pluies.

Ainsi que je l'ai dit jikis liant, Pline a lait mention de la salse de Sassuolo, située, comme la précédente, dans les environs de Modène.

« Sous le consulat de Lucius Marcius et de Sextus Julius, ainsi que je l'ai lu dans les ouvrages des philosophes toscans, dit ce naturaliste, il arriva dans la campagne de Modène un treuihlement de terre vraiment [irodigieux : deux montagnes vinrent à se ruer l'une contre l'autre et à s'entre-choqueravec un elfroyahle fracas; puis elles se redressèrent l'une et l'antre, et à l'endroit où elles se séparèrent, on voyait de temps en temps s'élever vers le ciel une fumée mêlée de flammes. Ce phénomène fut observé de la voie Emilie par un grand nombre de chevaliers romains, par leur suite et par tons les passants. Dans ce choc, tontes les propriétés furent détruites, et la plupart des animaux périrent. «

On a vu souvent de violents incendies éclater dans cette salse, surtout pendant le seizième et le dix-septième siècle. A cette époque on avaitobservéqne plusieursjours avant l'embrasement de la salse, les troupeaux prenaient en horreur le chemin qui y conduisait, quoiqu'il lût droit et battu. M la

force, ni les menaces, ne pouvaient les y faire entrer ; ils reiusaienl obstinément d'en approcher, s'arrêtaient comme frappés de stupeur, et bientôt rétrogradant malgré les efforts de leurs conducteurs, ils prenaient une autre route. L'incendie, disent quelques auteurs du dix-septième siècle, était précédé de mugissements, qui se faisaient entendre dans les cavernes, et de fréquents tremblements de terre qui ébranlaient tout le voisinage. Enfin, la flamme s'élançait à une hauteur prodigieuse, et son explosion était accompagnée d'un horrible fracas. Aussitôt, de très-grosses pierres étaient lancées dans les airs, où elles s'entre-choquaient et se brisaient en retombant dans le gouffre avec un bruit épouvantable. En même temps, d'épais tourbillons de fumée obscurcissaient l'air et interceptaient la lumière du soleil.

« La lueur des flammes, dit Frassoni ', éclaire par intervalles ce sombre horizon, de sorte que, de moment en moment, le jour succède à la nuit et la nuit, au jour. Tous ces phénomènes durent jusqu'à ce que l'incendie ayant dévoré tous ses aliments, et entièrement consumé la colline dans les flancs de laquelle il s'est allumé, il se forme une autre colline des monceaux de cendres, déterre, de marcassites et de pierres qu'il a jetées. »

Dans ces derniers temps, la salse a perdu sa grande énergie ; c'est à peine si, depuis un demi-siècle, on y observe quelques légères secousses; l'on n'y découvre aucune trace des éruptions violentes dont parlent les anciens auteurs et même ceux du siècle dernier.

' De Tliertilis monlis Gilii.

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