DISTRIBUTION DES VOLCANS
C'est avec intention que, pour lui montrer de près quelques-uns des plus redoutables volcans de notre planète, on a conduit le lecteur, sans ordre apparent, de l'Islande à nie Havai, du Pacifique à la Méditerranée, du plateau de l'Arménie à la cime neigeuse de l'Antuco. En jtarcourant ainsi avec lui la terre en tous sens, en lui montrant des volcans partout, au couchant et au levant, dans les régions tropicales aussi bien que dans la région des perpétuels hivers, nous avions voulu lui faire comprendre que l'existence des volcans ne dépend ni du chaud, ni du froid, ni du climat, ni même de la nature minérale des pays où ils agissent. Ils ont éclaté à travers les roches les plus variées, ils ont pris naissance an fond de la mer et sur des plateaux élevés. Dans les régions polaires du nord, au 72" degré de latitude, brnir la volcan de Jean Mayeu; au sein des terres antarctiques, au milieu des glaces éternelles, grondent deux horribles
Mi LES VOLCANS
volcans l'Erèbe et le mont Tcrror; tandis que le Cotopaxi et une multitude, d'autres volcans dévastent les régions équatoriales.
Les volcans ne constituent donc pas un phénomène isolé ; tout semble, au contraire, établir qu'ils doivent leur origine à une cause générale, qu'ils naissent sous l'action d'agents dont l'activité embrasse notre planète entière; mais dont, il faut bien l'avouer, nous ne connaissons pas la nature.
Quand on jette un regard d'ensemble sur les volcans qui hérissent la surface du globe, il semble tout d'abord qu'ils se trouvent comme semés sans ordre et au hasard sur lonle la planète, sous tous les méridiens et tontes les latitudes; mais en examinant déplus près leur position géographique, on ne larde pas à se convaincre qu'ils se groupent, qu'ils s'alignent el formenten définitive une remarquable rangée lini'iiiic ipii embrasse le globe en courbe arquée. Ainsi que le fait observer M. Poulett-Scrope, cette immense rangée de volcans jiart de la Terre-de-Feu, à l'extrémité méridionale de l'Amérique; elle longe toute la bordure occidentale du Nouveau-Monde à travers les républiques hispano-américaines et les États-Unis jusqu'au détroit de Behring ; elle traverse l'Océan par l'archipel des Aléoutiennes, puis descend vers le sud par le Kamtchatka, le Japon, les îles Philippines, jus- (pi'aux Mnluques, où elle se divise en deux branches : l'une s'étendaiit par Bornéo, Java, Sumatra jusque dans l'empire biruiau ; l'autre entile rarciiipel des Nouvelles-Hébrides et
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la Nouvelle-Zc'-landc, d'où elle semble se coiitiiuier jiis(|irau pôle austral.
Après avoir constaté cet immense développement de la région volcanique, un autre fait frappe l'observateur : il voit que presque tous les volcans se sont formés dans le voisinage de grandes nappes d'eau, que la plupart de ces cimes embrasées s'élèvent du milieu même de la mer, qu'un grand nombre d'autres volcans se trouvent le long des côtes, et que fort peu seulement sont situés dans l'intérieur des terres. Et encore ceux qui se trouvent au centre des continents, sont-ils en général des cratères éteints. 11 y a plus: l'antiquité de Ces volcans dont les feux sont élciuls, fait supposer que l'époque de leur activité remonte à un âge de notre planète où la distiibulioii (les continents et des eaux n'était pas la même qu'au joui-d'bui. Les volcans éteints ou dormants de rAuvergno, par exemple, .sont éloignés de réservoirs importants; mais on lient pour certain qu'autrelbis il existait un grand lac d"eau douce, auquel on attrilmeles dépôts calcaires qui s'étendent sur cette partie (le la France.
Ou peut dire d'une manière gént''rale qu'il n y a sur notre globe que les volcans dont l'action a cessé de se produire, qui soient situés à une distance considérable des grands cours d'eau de l'époque géologique actuelle; çà et là, on voit néanmoins quelques volcans en pleine activité (|ui sont ('■loigin''s non-seulement de la mer, mais aussi des grands réservoirs intérieurs.
I,e Sangay, par exemple, est un volcan sans cesse en (mii|ilioM, et cepeiidaiil il s'élève à plus de ciiKiuaulc lieues dans
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l'intérieur des terres ; il en est de même du Popocatepctl, au Mexique, et de l'Ararat, dans l'Arménie.
Dans l'intérieur de l'Afrique, au Kordofan, se trouve, diton, un volcan, le Dschebbel Koldadschi, qui serait éloigné de la mer Rouge d'une distance de plus de deux cents lieues ; toutefois comme les explorateurs contemporains se taisent sur l'existence de ce volcan, il est permis de la révoquer en doute.
Entre le 42'^ et le 44' degré de latitude nord, s'élève dans l'Asie centrale le Thianschan, iliainc de montagnes dont l'étendue égale huit fois celle des Pyrénées, et qui possède plusieurs volcans en activité. On cite particulièrement le Boschan qui a rejeté de grands courants de laves, le Turfan d'où s'échappent sans cesse des colonnes de vapeur, et la grande solfatare d'Urumtsi qui lance parfois des cendres. Or, leBoschan est situé à 7)80 milles géographiques enviioii du confluent du Gange; le point le plus rapproché de la mer Glaciale en est distant de plus de 570 milles et le lac d'Aral de 250 milles environ. D'autres nappes d'eau se trouvent moins éloignées, il est vrai, mais aucune n'est assez voisine de ces volcans pour être prise en considération.
La présence de ces nombreux et puissants volcans, an centre du grand continent, a donnt' naissance à une hypothèse qui me semble reposer sur des faits d'une incontestable valeur. Cette hypothèse admet l'existence, à une époque trèsreculée, d'une mer intérieure couvrant une grande partie de l'Asie et dont les débris seraient les grands lacs d'Aral, (k Baïkal et d'Issical,
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Les steppes immeiisos de Barabinski sont caractérisés par une dépression du sol qui pouirait bien élrc l'ancien bassin de cette mer, dcuit les derniers vestiges seraient les lacs que Ton vient de citer et aux(inels il l'audrait ajouter les lacs Sary-Koupa et Tschagali.
Humboldt, dans son iicau livre sur l'Asie centrale, peuciie vers cette bypothèse. Au reste, dans les eaux d'un tout petit lac de ces contrées, le lac Oron, vit encore de nos jours une variété de veaux marins que l'on retrouve également dans le lac Baïkal, situé à plus de 200 lieues, ainsi que dans la un-r Caspienne, encore plus éloignée. On pourrait en conclure que ces réservoirs, aujourd'hui isolés, devaient fournir jadis une mer immense dont les ondes baignaient le pied des volcans.
En considérant le grand uonil)re de montagnes ignivomes (jui sont situées soit au bord de la mer, soit auprès de grands lacs intérieurs, on doit admettre que ce fait n'est point dtiau hasard, mais qu'il repose sur une loi, sur un principe qui nous échappe encore, mais que ceux qui viendront après nous, réussiront peut-être à dégager.
En vertu de ce principe inconnu, la jilupart des volcans actifs s'élèvent au milieu des îles, où ils se trouvent dans les conditions d'existence les plus normales.
Ainsi des '2'2o volcans qui ont (ni des éruptions depuis un siècle, 155 sont dans des Iles et 70 seulement sur le continent; et encore ceux-ci se trouvent-ils pour la plupart très-près des bords de l'Océan.
Keitli Jobnstone, compte '270 volcans, dont 100 au moins
se trouvent dans les îles. Au reste, le nombre des volcans éteints et en activité a été diversement compulsé. Humboldt a donné une liste de 407 volcans; mais ce n'est là qu'une énumération approximative, et nous croyons que le nombre réel des volcans est bien supérieur ; d'abord parce que toutes les régions de notre planète n'ont pas été explorées, et ensuite parce que souvent les intervalles de repos entre les éruptions d'un même volcan sont tellement longs, qu'on a plus d'une fois considéré comme des montagnes ordinaires des volcans qui étaient assoupis depuis plusieurs siècles.
De nombreux exemples nous démontrent, en effet, que des volcans, présentant tous les caractères de foyers complètement éteints, et même n'offrant plus de traces du feu souterrain, ont repris subitement toute leur activité et ont causélesplus grands ravages
I.a première érui)tion du Vésuve dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous, est celle de l'an 79 de notre ère. Or, il est certain que, bien avant cette épo(iue, la montagne avait déjà existé à l'état de volcan ; mais il avait dû s'écouler une longue série de siècles durant lesquels le volcan était resté en repos, car les Humains les plus instruits ne soupçonnaient nullement ses propriétés. Strabon remarque même que le sommet formait une plaine unie, revêtue d'une riche végétation et de champs luxuriants. 11 fallait tonte la finesse d'observation et toute la sagacité de cet homme expert, pour iiiliMer, ainsi qu'il le lit, de l'aspect des roches, que cette montagne avait brûlé autrefois et ([uc l'incendie s'était arrêté faute d'aliments.
IMSTMi; riION DKS VOLCANS. I7y
Léopold de Biu:h a dégagé deux lois générales résultant de la distribution des volcans à la surlace du globe : lorsqu'une même région renferme un certain nombre de ces montagnes, elles sont ou disposées sur m\v même ligne, ou elles forment un groupe irrégulier, souvent très-serré et quelquefois circulaire.
Aussi le géologue allemand propose-t-il do diviser Tensemble des volcans en deux grandes familles , qu'il appelle groupes volcaniques et chaînes ou séries volcaniques.
Quelques régions de notre i)lanète se prêtent d'une manière remarquable à la classification de Léopold de Bucli ; mais en certains endroits on ne pourrait admettre cette classification sans se heurter à de sérieuses difficultés. Dans chaque groupe volcanicpie ou regarde habituellement levdkau le plus central comme l'organe essentiel de l'action volcanique, auquel sont subordonnés les autres volcans du même groupe. Ce volcan central se distingue, le plus souvent, par son élévation et sert d'issue régulière aux vapeurs, aux laves et aux autres substances qu'expulse la force souterraine. 11 est un foyer actif uù les éruptions se renouvellent souveiil, t;iiidis que les autres cratères, ses voisins, entrent plus rarement en éruption. C'est ainsi que dans le groupe volcanique formé par les îles Canaries, le pic de Ténériffe domine entièrement les volcans des îles voisines.
Quant aux chaînes ou séries vokaniciues, elles se développent parfois sur une ligne immeuse, et le nombre des volcans qui s'élèvent sur cette ligne est très-variable. La bande
volcanique du Chili, par excuiplc, en reiifei'nio 53; celle du Kamtchatka 5iS ; on en connaît 48 dans la série que forment les îles Aléoutiennes. D'autres séries, au contraire, ne contiennent que G ou 8 volcans.
FRÉQUEMIK ET PÉRIODICITÉ