TREMBLEMENT DE TERRE I) K LISBONNE
(lébul un choc violent, semblable à celui que l'on rprouve on touchant le fond, quoiqu'ils fussent à reudinit le jilus prnfond du fleuve. Ils virent eu même temps les maisons s'écrouler (les deux côtés du rivage.
Le lit (lu Tage fut soulevé en plusieurs endroits jusqu'au niveau des eaux, et des navires, arrachés violemnienl de leurs ancres, furent jetés les uns contre les autres avec iiii fracas épouvantable. Enfin le grand quai, nommé Cavs de Prada, s'abima dans les flots avec tous les mallieureuv (pii s'y étaient réfugiés.
Le port était complètement à sec, mais tout d'un coup une vague énorme, haute de plus de 50 pieds, apparut, et menaça la malheureuse cité d'un désastre plus grand; elle en lut préservée néanmoins, grâce à la large baie dans laquelle vinrent se briser les vagues furieuses. Les eaux atteignirent les maisons restées encore debout et forcèrent les survivants à se réfugier sur les hauteurs.
Une secousse se fit encore sentir vers midi, et l'on vit d(>s murailles s'entr'ouvrir et se refermer immédiatemenl, laissant à peine une trace de l'énorme fissure qui s'était produite.
Un grand nombre des ]>lus hautes montagnes du Portugal furent ébranlées dans leur base, leur sommet s'affaissa, et des quartiers de rochers furent précipités dans les vallées.
Les oscillations furent presque aussi terribles dans la ville d'Oporto que dans la capitale. A neuf heures quarante minutes environ du matin, bien que le ciel fût serein, ou y
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entendit tout à cuiip un l)ruit terrible, semblable au r(uilement de plusieurs voitures sur un chemin raboteux, et presque aussitôt une secousse terrible ébranla tous les édifices. Les inurs de plusieurs églises se fendirent, et la terre trembla tumultueusement.
Le lleuve était dans un état d'agitation tel, que ses eaux s'élevèrent et s'abaissèrent de 5 à 6 pieds dans l'espace de deux minutes; une (luantité énorme de gaz s'en échappa.
Le même jour, le fléau ravagea également Ayamonte. Les secousses s'y succédèrent pendant quinze minutes et endoiunuigèrent la plupart des édifices. Enfin, une demi-heure plus tard, la mer, mêlant ses eaux à celles de la Guadiana, envahit la côte, et submergea les iles voisines et les rues de la ville. Ce phénomène eut lieu à trpis reprises différentes.
Les vagues écumantes apportées par le flux inondèrent aussi la ville de Canala, qu'elles détruisirent presque entièrement. Enfin le sol, en s'entr'ouvrant, livra passage à de nombreux torrents qui achevèrent l'œuvre de dévasta lion.
Le même jour,à neuf heures et quelques minutes, on ressentit à Cadix les effets du tremblement de terre de Lisbonne, et, deux heures après, une vague de près de 00 pieds de hauteur, vint fondre sur la ville dont les remparts furent submergés. La violence des eaux était telle, que des masses, pesant 8 et 10 tonneaux, furent arrachées de leur emplacement et entraînées à une distance de 500 mètres.
Les oscillations multipliées du sol causaient le vertige, et
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uu grand nombre d'habitants, jetés à terre jiar la violence du choc, lurent gravement blessés; d'autres, sans être blessés, t'|iroiivaitMil un malaise indéfinissable. Pendant vingt-quatre
Une iTiiue de Lisbonne.
heures, la mer resta dans un -état de convulsive agitation, ses vasfues s'avançaient et se retiraient alternativement toutes les quinze minutes '.
' V. Berdiaus et E. KlœJeu.
Dans une des pages qui précèdent, on a tâché de montrer à quelles distances énormes, peut se propager dans les couches souterraines, la commotion qui ébranle fortement un point quelconque de la surface terrestre. On pourrait comparer le phénomène à l'effet que produit à la surface de l'eau le choc d'un corps : à l'endroit où le choc a lieu, la masse liquide s'agite violemment et la commotion se propage au loin par de rapides ondulations.
Un exemple frappant de cette puissance de propagation nous a été offert par le terrible fléau que l'on vient de décrire et qui ruina de si grandes cités et de si beaux pays. On estime qu'il se propagea sur un espace égal à la douzième partie de toute la surface du globe. Et, en effet, il ébranla non-seulement tout le continent européen ; mais encore une partie de l'Amérique et du littoral africain.
11 est certain que toute la péninsule Ibérique fut atteinte le même jour, sinon à la même heure. Les villes situées le long du littoral, telles que Cadix et Setuval, en ressentirent les premiers effets, qui furent également très-violents à Gibraltar et dans les environs de Malaga. Le centre de la péninsule eut également beaucoup à souffrir, et Madrid éprouva le premier choc à 10 heures 17 minutes, tandis qu'à Lis-
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bonne il ent lieu à 9 heures 50 minutes; mais c'est précisément ce qui prouve la siniultanéitc du choc dans ces deux cmpitales, car, ainsi que le fait remarquer Immanuel Kant, le philosophe, ou obtient précisément la même heure pour Lisbonne, en tenant compte de la différence de longitude qui existe entre cette ville et Madrid '.
M. Pelassou assure que la commotion ébranla les Pyrénées, et que près d'Ângoulème s'ouvrit une crevasse de 6 lieues d'étendue, dont le fond fut occupé parune nappe d'eau considérable. Dans la Provence, l'eau de plusieurs sources devint trouble, et le cours en fut très-irrégulier pendant quelque temps.
Les effets du tremblement de terre furent encore plus sensibles vers l'est. Dès le P' novembre, Briegg souffrit beaucoup, des maisons furent renversées, d'autres furent fortement endommagées. Les secousses y continuèrent, de même qu'à Lisbonne, jusque vers la fin de décembre, et au nord de la ville une source jaillit tout à coup d'un des versants de lObcrland bernois.
Les autres parties des Alpes ne furent pas ébranlées au même degré ; cependant les lacs intérieurs donnèrent des signes manifestes d'agitation. Celui de Xeufchàtel s'éleva audessus de ses bords, et les torrents qui s'y déversent prirent un aspect vaseux ; enfin le petit lac voisin deMurtner s'abaissa tlit-on, de 6 mètres et conserva ce niveau.
Le lac de Gôme fut particulièrement agité et parmi les loca-
' Iramaimol kaiil: GesckiclUe uni Natnrbeschreibiing des Erdbebens, etc.
lités italiennes qui ressentirent les effets du fléau, on cite Turin et Milan. La première de ces villes n'en souffrit cependant que vers le 9 novembre ; quant à la seconde, dès le 1°', on put craindre sa ruine complète.
Le littoral italien fut atteint également et l'on assure que le Vésuve alors en éruption, cessa tout à coup de gronder, et que la colonne de fumée qui s'en échappait fut soudainement refoulée dans l'intérieur du cratère'.
En Allemagne, le tremblement de terre donna' des signes non équivoques de sa propagation. Les sources thermales de Tœplitz perdirent dès le premier jour leur limpidité naturelle et pendant une minute elles cessèrent de couler, pour reprendre de nouveau leur cours avec une violence inaccoutumée. Ces sources étaient si abondantes, qu'en moins d'une demiheure elles submergèrent les bassins et envahirent une partie du faubourg. Enfin l'eau redevint limpide ; et l'on prétend {|ue depuis cette époque elle coule avec plus d'abondance et contient beaucoup plus de substances minérales.
La Norwége et la Suède ne furent pas à l'abri des effets de ce mémorable événement, et plusieurs lacs furent soumis à des perturbations plus ou moins sensibles.
Mais le fait le i)lus remarquable est sans contredit l'oscillation de la mer sur tout le littoral européen. Elle eut lieu quelques minutes après le premier choc de Lisbonne et, à 10 heures et demie, les eaux s'élevèrent à Leyde d'un pied au-dessus du niveau normal; au même moment, une violente
• Voii \\o[\, Gescitichte der iiaturUchen Versenderungender Erdoberflseche.
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secousse ôhraiilait réglisc de RoUeidain. Les oscillations de la mer se produisirent non-seulement à l'embouchure de l'Elbe, à Hambourg, mais encore sur les côtes du Danemark, de la NorAvége, du Mecklembourg, de la Poniéranieet même sur les points les })lus reculés du golfe de Finlande.
Les Iles Britanniques furent encore plus agitées que les parties septentrionales du continent, et sur la côte de Cornouaillcs, on eut à déplorer de grands malheurs, par suite de l'élévation subite des eaux de la mer à 8 ou 10 pieds audessus de leur niveau habituel. Le même phénomène se produisit, quoique avec moins de violence, sur d'autres points des côtes; ces oscillations n'y furent pas les seuls effets du tremblement de terre de Lisbonne. Le sol fut encore ébranlé et les étangs sortirent de leur lit, dans le comté d'Essex. Les mineurs du comté de Derby craignirent \\n instant que les galeries ne s'écroulassent par suite de secousses multipliées, et enfin les principaux lacs de l'Ecosse s'élevèrent à 5 pieds au-dessus de leurs rives.
Le fléau ébranla le littoral africain ; les cités les plus riches du Maroc, telles que Tétouan, Tanger, Fez, Mequinez, furent presque entièrement détruites au même moment que Lisbonne. Près de la capitale du Maroc, un village disparut avec une population de (S à 10,000 habitants, et à Mequinez, une montagne en s'entr'ouvrant, livia passage pendant plusieurs jours à des torrents d'eau roussâtre.
Les mêmes phénomènes se reproduisirent aux îles Canaries, aux Açores; et l'ile de Madère eut particulièrement à souffrir; la mer s'y éleva, à quatre ou cinq i^eprises différentes, de
15 pieds au-dessus de son niveau normal, et causa les plus grands ravages.
L'agitation de l'Océan et de la terre ferme fut également très-intense en Amérique, et tout le groupe volcanique des petites Antilles furent ébranlées quelques heures avant la catastrophe de Lisbonne. Partout les flots submergèrent les côtes, et l'on remarqua que l'eau de la mer était noire comme de l'encre. Humlioldt attribue ce phénomène à l'agitation du sol sous-marin où se trouvent dans ces parages des gisements considérables de bitume '.
' Frédéric Hoffmann, cité par M. Ed. Klœden dans son ouvrage tiandbuch (1er Erdkunde.