‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 96 sur 98 · I.NFLUKNCES COSMIQUES · texte numérisé non relu

I.NFLUKNCES COSMIQUES

Tous les observât curs dans rAmérique centrale s'acconlciil à dirr iiiii' les treniblemeiits de terre sont nombreux et violents au commencemeiil et à l;i tin de la saison sèche et di; la saison des pluies, c'est-à-dire, vers la fin d'octobre et le commencement de novembre, d'une part, ot de rautic, vers la lin d'avril et le commencement de mai. C'est surtout ajjrès les grandes pluies, dans les derniers j(uus d"octobre, (pi'on les a trouvés plus forts et plus fréquents.

« 11 est certain (|ui' les seuls chocs que j'ai ressentis, dit M. Squier, se sont produits aux périodes désignées, et il est certain aussi que presque toutes les secousses surviennent pendant la nuit. »

A l'époque du tremblement de terre de la Calabre, en 17^13, on avait remarqué avec surprise qu'en Allemagne, malgré un temps superbe, le baromètre indiquait toujours une violente tempête. Pendant le tremblement de terre du 20 février 1855, au Chili, M. Caldeleugh remarqua que le baromètre bai.ssait avant chaque oscillation, et malgré les observations contraires de Humboldt. MM. Kluge etVolger et un grand nombre d'observateurs contemporains admettent une inllueuce marquée de la pression atmosphérique sur la fréquence des tremblements de terre. M. Volger, ayant compan'' la périodicité des tremblements de terre avec les oscillations du baromètre, il trouva que certaines heures durant lesquelles les oscillât i(tiis du baromètre sont très-brusques se distinguaient aussi par la fréquence des secousses. Dans le Valais, par exemple, en 1855, les tremblements de terre les plus nombreux et les plus violents eurent lieu pendant la nuit.

Si l'on admet cette liypotlicsc de rinfluenee de la pression aliiiosphérique sur les agents souterrains, on se trouve d'accord avec les laits observés, et qui montrent que les tremblements de terre prédominent pendant la saison d'hiver et surtout à l'équinoxe d'automne, époques où les oscillations des baromètres sont toujours considéi'ables.

Grâce aux belles recherches de M. Perrey, on ne saurait douter aujourd'hui que la lune n'exerce une intluence trèssensible, sinon sur l'intensité, du moins sur la fréquence des tremblements de terre. Les précieuses investigations de cet observateur, dont on ne saurait assez apprécier la persévérance, ont porté sur 7000 secousses constatées pendant la première moitié de ce siècle. Or il en résulte que la grande majorité des commotions eurent lieu pendant la pleine lune, et surtout pendant le périgée, c'est-à-dire à l'époque où la lune est le plus rapprochée de la terre.

Mais il y a plus: ces mêmes observations ont conduit à ce curieux résultat que les secousses ont été fréquentes surtout lorsque la luiu^ se trouvait dans le méridien des endroits où elles avaient lieu.

i>';iutres observateurs, et iiolainment M. U. Woll', ont dénioiitr(', par des recherches pénibles et d'une incontestable valeur, (ju'il existait une curieuse et constante relation entre la fréquence des tremblements de terre et celle des taches du soleil.

iiYPOTiiÈsi:s !:t théories

Quelle est la cause du phénomène qu'on vient de contenipler? quel est l'agent mystérieux (|ui ébranle cette terre qu'une illusion innée nous faisait considérer comme inuimhile, el dont le moindre frémissement est une catastrophe pour toutes les créatures qui vivent à sa surface?

L'esprit humain a cherché souvent à sonder le redoulahle mystère, et je crois qu'avant de terminer cet ouvrage, il ciuivienl de dire succinctement quelles sont les théories auxquelles ces recherches ont donné naissance. Je voudrais surtout mettre en relief les résultats de quelques récentes et l)énibles investigations.

On ne saurait aborder le sujet autrement qu'eu citant eu première ligne l'hypothèse à laquelle se rattachent les grands noms de Humboldt et Duch. Elle se distingue surtout par l'ampleur de ses aperçus, par une tendance intuitive à gé' néraliser les faits isolés et à embrasser un grand nombre de

ôiJi LES TllKMIlLEMEMS II L iEUlli:.

pliL'iiomènes dans une conception unicjiie. Dans cette théorie, les volcans et les tremblements de terre sont les elïets du l'eu central.

Ce seraient les gaz et les vapeurs qui, se dégageant de la niasse en liision et se condensant par l'eflet du refroidissement graduel de l'écorce terrestre, produiraient par leur lorce d'expansion des secousses plus ou moins violentes, jusqu'à ce qu'ils puissent s'échapper à la surface par des crevasses et des tissures. D'autres adhérents de cette théorie enseignent que les eaux de la mer pénétrent \r,\r des gouffres profonds jusqu'au foyer central, et s'y transforment en vapeur (jui , soumise à une énorme tension, produit en brisant l'écorce du globe, les volcans et les tremblements de terre. M. Volger, dans un récent ouvrage, soumet cette hypothèse à une critique sévère ', et, s'attachant à prouver combien elle est en désaccord avec les faits, il démontre principalement, qu'une telle agitation du feu central devrait amener à la surface des effets infiniment plus désastreux que ceux que l'on a observés pendant les plus grands tremblements de terre.

M. Rogers, le célèbre géologue américain, pense que les tremblements de terre sont dus à une pulsation do la matière iluide sous la croûte terrestre, pulsation qui se propagerait comme une grande vague de translation. Ce serait le mouvement des parties rocheuses qui produirait l'oscillation de l'écorce. On voit que, dans la pensée de ce naturaliste, l'intérieur de la terre est composé entièrement d'une matière en fusion,

' 0. VoUer, Ruchcrclies sur Ic^ Lrcmbleincnls de terre.

Il vruiiii;sKS et t mi; uni es. 595

et que l'enveloppe qui la recouvre est très-niiiice; or, n'est-il pas évident queles vagues entlanmiées d'une niasse rocheuse eu l'iisidu qui s'agiteraient sdus celle écorce, devraient en bouleverser tonte la surface siinultain'nu'nt. et y jiroduire des effets autrenicut désastreux que ceux observés pendant les secousses qui caractérisent les tremblements de terre?

D'autres observateurs, notamment M. Charles Darwin, M. Bûussingault. M. Virlet et aussi M. Volger, considèrent comme le principe fondamental des tremblements de terre l'affaissement ou la rupture de cavernes souterraines par suite de la pression des masses qu'elles supportent. En présence des fréquents tremblements de terre qui ont lieu dans l'Amérique du Sud sans qu'ils soient accompagnés d'éruptions volcaniques, M. Boussingault et M. Darwin admettent dans l'intérieur des hantes montagnes des Cordillères des cavités profondes, dont les parois éclatent sous le poids qui les surcharge; et ces éboulements souterrains déterminei'aient les secousses auxquelles la contrée semble être éternellement soumise. Il est à remarquer, en effet, que le fracas qui accompagne ces terribles commotions est tellement semblable à celui qui se ftjit entendre lors de l'éboulement d'une galerie de mine, que les mineurs du pays n'ont (junne même dénomination pour les deux phénomènes : ils les appellent des Braniidos.

L'apparition d'aurores boréales et de phénomènes magnétiques, pendant les tremblements de terre, a fait penser à M. Boue que le magnétisme terrestre était le principe moteur de ces commotions. Mais, tout en considérant le magnétisme

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terrestre comme origine première, il admet cependant d'autres causes secondaires, telles que le développement do gaz et les variations de la température.

M. Mallet, qui a consacré à l'étude des tremblements de terre une longue série d'années, voit, dans l'éruption dos volcans sous-marins, la cause des secousses les plus violentes. Il pense qu'une éruption de matière en fusion, se manifestant sdus la mer, doit ouvrir dans le fond rocheux d'énormes iissures, à travers lesquelles l'eau arrive à la surface de la lave incandescente; à la suite de ce contact, une immense (piantité de vapeur s'échappe avec explosion et disparait dans l'eau froide et profonde de la mer, dans laquelle elle se condense. Une secousse formidable serait dès lors imprimée au foyer volcanique, et cette commotion, se répandant dans toutes les directions, serait ressentie comme tremblement de terre à la surface.

M. André Poly pense que l'agitation de la masse solide du globe serait due à l'action de tourbillons de vents qui en tourmentent la surface ' ; et il cite comme exemple la secousse qui ébi'anla, en 1844, l'ilo de Cuba pendant qu'un ouragan sévissait à la Havane. Cet observateur croit à la possibilité do la propagation dans le sol du mouvement rotatoire de la colomio d'air, et il en conclut que de violentes secousses peuvent agiter le sol sur le parcours de ces tourbillons.

Plusieurs observateurs, et notamment M. Hoefer, attribuent la cause des tremblements de terre à l'électricité.

' Coiiiples reiK.liis, ISÎij.

I n 1 ' (I T 11 K s i: s !■: t t h k o u i k s. ri97

Puisque les i)hénoiuènes électriques accompagnent presque toujours les coniniotions souterraines, M. Hoefer en conclu! que ces convulsions du sol sont comme autant d'orages qui se manifestent dans l'intérieur de la terre. Parlant de ce principe, il divise les orages en trois classes : les orages atmosphériques, les orages terrestres et les orages almospliéricoterrestres on mixtes; pendant ces derniers, l'électricité terrestre, en se déchargeant dans l'atmosphère, causerait les tremhlements du sol.

Dans sa magistrale étude sur les tremblements de terre de la Suisse, M. Volger établit que les secousses produites par les rochers souteri*ains qui s'écroulent subitement ont une grande analogie avec celles que détermine la chute des blocs se détachant des hauts glaciers. Il fait observer que, dans ce dernier cas, le spectacle qui s'offre à nos yeux nous fait perdre de vue la commotion plus ou moins violente que nous ressentons. Mais lorsqu'un phénomène semblable se passe audessous de la surlace du sol, tout l'intérêt se porte sur les effets extérieurs qu'il produit, les seuls qu'il nous soil permis d'observer, et le phénomène devient, sous le nom de IremblemonI de terre, un important sujet d'étude. Les diverses parties de l'écorce solide du globe sont sillonnées de larges crevasses où s'écroulenl , dans des circonstances favorables, les masses rocheuses dont la chute doit nécessairement produire un mouvement dans les couches souterraines. Or M. Volger pense, et on ne saurait le contredire, qu'une semblable commotion, à quelque profondeur qu'elle se produise, doit se propager à la surface du sol et y provoquer des effets vai'ii's.

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et analogues à ceux qui ont lieu au-dessous de cette même surface. « Une conclusion semblable n'est point une hypothèse, dit M. Volger; elle a la valeur d'un fait certain. »

L'eau des sources, par son action érosive, finit par séparer, à de grandes profondeurs, les couches friables ou faciles à dissoudre et par former des cavités qui peuvent acquérir de grandes proportions avant que les couches supérieures s'écroulent. Or, pour peu qu'une montagne minée à sa base par des sources vienne à s'affaisser de quelques centimètres seulement, elle produira nécessairement de violentes secousses à la surface. C'est ainsi qu'en 1840, lorsque dans le Jura une haute colline s'affaissa pendant un tremblement de terre, les habitants attribuèrent cet ébranlement du sol à une source qui avait disparu une vingtaine d'années auparavant, et qui pendant ce temps avait miné la base de la montagne.

M. Klugc, dont les travaux sont trop peu connus en France, conclut, après de longues et difficiles recherches, que les treml)lements de terre peuvent résulter de causes diverses, ol il admet parmi ces causes la diminution de la pression atmosphérique. Selon lui, ces brusques variations de l'atmosphère peuvent occasionner des tremblements de terre directement, ou du moins les favoriser en amenant des pluies qui font écrouler des cavernes dont la chute agiterait la surface du sol. Mais pour expliquer les grands tremblements de terre, cet observateur revient à la théorie du feu central, et il pense que les grandes commotions sont ducs aux fluctuations de la matière en fusion.

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Dans ces derniers temps, et grâce aux l)elles et patientes reilieiclies de M. Perrey, de M. Volger, de M. Kliige et de M. Mallet, on a été frappé surtout de la simultanéité qui existe entre les phénomènes du monde souterrain et certains phénomènes du monde céleste.

Aussi, M. Perrey, dont les travaux sur les tremblements de terre se distinguent par la précision des faits et la grande valeur des conclusions qu'il en tire, M. Perrey, disons-nous, reconnaît avec M. Volger qu'il n'est point facile d'assigner inie cause, un principe unique à tous les tremblements de terre; mais tenant compte de ce fait que les secousses sont beaucoup plus fréquentes au moment où la lune est dans son plein et aussi lorsqu'elle est au périgée, il pense que la lune exerce une influence réelle sur les agitations du sol en influant sur les matières fluides qui se trouvent dans l'intérieur du globe.

Mais, demandera-t-on, quelle est de toutes ces hypothèses celle qui est la vraie? A cette question nous ne pourrions répondre que d'une manière évasive. Et cependant nous ne voudrions pas terminer en laissant perplexe l'esprit du lecteur. Nous dirons donc que, considérée isolément, aucune n'est vraie d'une manière absolue; mais que l'hypothèse qui nous semble le plus se rapprocher de la réalité est celle qui admet que les tremblements de terre peuvent être provoqués par des causes ou des forces multiples. El si maintenant l'on nous demandait comment, après avoir médité le vaste problème, nous nous expliquons ces phénomènes terribles et mystérieux,

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