‹ Les voleurs d'orChapitre 17 sur 32 · P£ TITRES · texte numérisé non relu

P£ TITRES

Gomme voue te disiez» il faut bian travailler pour vivre, û^ell^ iudemnité m'oAririe^-vous ?

— Nquh ne reculerions pas devant un traitement fixe de cent livres sterling par mois.

Christian montra ses belles deaits blancheg dans un sourire souverainement dédaigneux.

•—Nous ne parlerions plu^ de nos créances... ajouta H. Cf^rter.

—En vérité? fit Christian.

-"Nous fournirions largement à toutes les dépenses nécessitées par remploi...

—Vous feriez cet effort !

^Quant à la publicité...

Christian éclata de rire.

—La publicité! répéta-t-il. Ah çà! mats cette industrie-là est donc solidement organisée ?

—Assez bien, cher Monsieur, répliqua le marchand de cbevauY qui prit un air de fierté discrète. Vous serez à même d'en juger. Nous avons les articles modes dans les journaux et d^s les revues, les cawmei de âalons, comme ils appellent cela, les chroniques du monde élégant, les petits courriers de Londres. D'un autre côté, messieurs les auteurs dramatiques ne savent rien refuser quand ch(^ s'y prend d'une certaine manière. Il est même faeile de

faire glisser un nom dans les romans fashionables^ moyennant procédés. Soyez tranquille^ vous nous en direz des nouvelles 1 Dans un mois^ vous serez plus connu que Robert Peel ou que Sa Grâce le maréchal duc de Wellington !

— Mais, cher Monsieur, sMnterrompit ici le marchand de chevaux qui baissa les yeux comme une jeune fille, je dois vous confesser que je n'étais pas venu seul. *

— Ah! ah! fit Christian, vous étiez détaché en parlementaire I

— Ces messieurs...

— ^Le gros de Tarmée attend à la porte. M. Lewis, M. Staunton, M. Filov^ski et tutti quanti,.. C'est charmant !

— Si vous daigniez... insinua M. Carter.

— Pourquoi pas ? sonnez !

M. Carter tira le cordon de la sonnette en disant ;

— Ces messieurs seront enchantés...

Tom montra sa figure de coquin à la porte.

—Mon ami, lui dit M. Carter, faites monter les gentlemen qui sont en bas.

Et il ajouta, en adressant un sourire aimable à Christian :

— Enchantés^ disais-je^ de vous offrir leurs respects.

Un grand bruit de bottes se fit dans Tescalier et Ton entendit de grosses voix qui parlaient haut.

—Les malheureux!., s'écria le maquignon fashion-* able. Peut-on perdre à ce point le sentiment des

convenances !

Il s'élança et traversa Tanticbambre comme un trait. A peine eut-il prononcé trois p&roles que le bataillon des créanciers se fit muet ; on eût dit que chacun avait mis des semelles de velours à ses bottes.

Non-seulement Christian ne quitta point son siége^ mais il ne se retourna pas. Ce séducteur avait^

infuse^ la véritable diplomatie anglaise.

—Entrez, Messieurs, dit-il avec roideur.

Et conmie les créanciers rangés autour de lui s'inclinaient à l'unisson :

— Si vous m'aviez laissé plusieurs sièges, ajoutat-il avec mi sourire incisif, j'aurais le plaisir de vous en offrir.

Staunton, Lewis, Filowski et les autres associés restaient là, fort embarrassés de leurs personnes.

—Ces messieurs sont bien au regret... balbutia Carter. Ils vous prient humblement d'excusor...

Tous les créanciers saluèreat en munauranl de confuses platitudes. Le marchand de chevaui^ ies avait mis aii fait dans Fantichambre ; ils étaient là devant la poule aux œufs d'or.

— Messieurs^ dit Christian qui bâilla royalement^ j'aime mieux vous excuser que de perdre num temps à vous faire des reproches.

-—Ceux que nous adresse notre cœur... voulut insinuer Filtfwski^ sensible conune un Slave.

Mais le successeur de Gourtenay lui imposa silence d^un geste souverain.

— Je me nomme Christian tout court, dit-il.

•^uel nom distingué 1 s'écria le tailleur Lewis.

«—Distingué et facile à retenir I ajouta le gantier Staunton.

—Si vous voulez mettre au bout un joli nom de famille, reprit le moraliste Carter, vous n'avez qu'à choisir dans l'Âlmanach d'adresses. Le pauvre Gourtenay s'appelait tout bonnement Bobby Jobson.

Ce souvenir brusquement évoqué tira un soupir plaintif de toutes les poitrines.

— Que diriez-vous de Mac^Aulay ? demanda Christian.

— ^Mac-Aulay ! répéta Carter comme pour éprouver le nom*

— Ibc^AuUy I Mao-Aulay I prononcèvent les autres tour à tour. Puis, Filowski dit le premier :

—Christian Mac-Aulay I cela sonne I

—Vive Mac-AuIay ! risqua le tailleur Lewis.

— Hac-Aulay, pour ^ujours! s'écria aussitôt le «bcBur des créanciers.

Christian remercia de la main.

— *I1 y a quelque chose de plus important, reprit-il, Brummel a usé les nœuds de cravates et les cols de chemise; Waterford a galvaudé la boxe; Hopkins a rendu burlesques les brochettes de décorations; le turf est bien glissant et, d'autre part, Courtenay ne laisse rien à faire comme ostréophage. ^

Les associés se regardèrent, inquiets.

«-«-Gela veut dire avaleur d'huîtres, traduisit Christian avec bonté.

•—Il sait les langues étrangères! murmura Lewis.

Staunton enfla ses joues; Filowski ôta, pour mieux entendre, le coton prudent qui lui bouchait tes oreilles.

—Il est pourtant incontestable, poursuivit ChristiaD, qu'un lion doit avoir sa spécialité tranchée.

—Quant à cela, oui, appuya Carter.

—Eh bien ! reprit Lewis, nous chercherons.

Christian se renversa sur le dos de sa chaise en souriant et dit :

— J'ai trouvé.

—Son Honneur a trouvé ! répéta Carter avec emphase.

Ce fut un grand murmure de joie; les créanciers s'agitèrent en criant :

—Voyons, voyons, ce qu'a trouvé Son Honneur!

— Figurez-vous, reprit Christian, que j'ai tué autrefois plusieurs centaines de tigres dans les jungles de rinde.

—Vraiment! fit le chœur stupéfait.

•^Eh non! répliqua Christian, qui haussa les épaules avec mépris.

— Saisissez donc ! expliqua pédantesquement H. Carter, c'est la spécialité que veut prendre Son Honneur.

Le même sourire parut sur les physionomies de tous les créanciers, qui approuvèrent du bonnet.

— Vous m'achèterez, poursuivit Christian, une demi-douzaine de fournires; ce seront mes trophées.

— Savez-vous que c'est très-fort, cela! ne put s'empêcher de dire le tailleur Lewis.

— ^Parbleu ! riposta Carter, si c'est très-fort !

Christian continua :

--Vous ferez lithographier mon portrait en costume du Bengale^ avec une carabine de forme fantastique^ braquée sur un tigre colossal.

—Hein î fit Carter, en provoquant les créanciers du regard.

—Très-fort ! dit Lewis.

—Très-fort! très-fort! entonna le chœur.

—Ce sera mon diplôme/poursuivit encore Christian; nous ne serons pas embarrassés pour inventer cinq ou six bonnes histoires de chasse avec des chevaux dévorés et des Cipayes lancés à soixante pieds en Tair.

11 y eut des bravos. Christian prit un ton ému pour achever :

—Et nous mettrons dans mon salon une cage. Contenant un petit tigre vivant que j'aurai recueilli par charité, après avoir empaillé son père et sa mère!

Pour le coup, les créanciers se jetèrent dans les bras les uns des autres avec enthousiasme.

Leitt* fortune était faite !

Christian passa négligemment les doigts dans le^ Wucles de ses cheveux.

— ^Arrivons aux détails, dit-il, sans y toucher.

Vous me compterez^ suivant la promesse de M. Carter^ trois cents guinées tous les mois.

Les créanciers perdirent leur sonrire joyeux et devinrent roîdes comme des piquets.

— Permettez! s'écria le marchand de chevaux }f ai dit céntlivreâ...

—Est-ce un démenti? demanda Christian^ qui fronça le sourcil.

Les associés frémirent des pieds à la tête.

— Le pauvre Courtenay, dit Lewis, se contentait de...

Christian se redressa et laissa tomber ces paroles :

— Je crois qu'on veut me marchander!

Lewis rentra sous terre.

— Je veux bien ne pas me formaliser^ Messieurs; poursuivit Christian^ en bon prince qu^il était, mais c'est à prendre ou à laisser, voyez-vous. J'ai fait mon calcul; il est simple et clair; je vous le soumets : mon excellent oncle m'a laissé trois mille guinées, il y a dix mois. Je n'ai plus rien. Or, trois mille divisés par dix donnent trois cents. Vous aurezbeau faire, vous ne sortirez pas de là î ' Leë eréaneiers échangèrent de douloureux i^^itrds. Us hésitaient.

*^En somme, Messieurs^ dit cependant Ciarter;

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quand il s'agit de tigres^ on ne peut pas ealcttler comme pour des huttres.

La force de ce raisonnement frappa tous les esprits^

— EstH» entendu? demanda (%ristiani

-**C'est entendu^ répondit-on d'assez t)Onne grâce.

—En outre des trois cents guitiées^ reprît alot^ Ici grand homme^ vous aurez robligeance de ttie lotièr> pour ce soir méme^ un hôtel convenable dans le quartier de la noblesse.

—Trop juste ! dit Filowski.

—Votre Honneur, ajouta Carter, aura son hôtel dans le West-End.

Christian étouffa un autre bâillement et se leva«

—Voilà qui est bien, Messieuf^s, dît-if avec^ un geste oe fatigue ; demain^ je choisirai moi-même mes équipages. Vous pouvez vous retirer.

Gela ne pouvait finir ainsi. L'univers entier accuse le peuple anglais de taciturnité, et il n'y a point de peuple qui affectionne aussi passionnément les ha->' langues inutiles.

—J'espère qtie ces messieurs m'accoMeront la parole, et que Son Honneur me fera la grâce de ïïi'écouter, s'écria lo marchand de chevaux; je ne commettrai point l'inconvenance de demander trois

hulrah pour Son Honneur. Cette manifestation trouvera sa place dans le banquet que nous prendrons la hardiesse dWrir à M. Christian Mac-Âulay^ tueur de tigres. (Écoutez! écoutez!) Messieurs^ j'ose affirmer que Son Honneur sera content de nous ! (Très-bien !) Il serait mal séante désormais^ de songer encore aa pauvre Courtenay : le lion est mort^ vive le lion ! (Agitation.) Messieurs^ dites comme moi, je. vous prie : Mac-Âulay, le tueur de tigres, pour toujours!

Il secoua frénétiquement son chapeau au-dessus de sa tête; les autres en firent autant et clamèrent :

— Hac-Âulay, le tueur de tigres, pour toujours!

Puis on fit silence pour attendre la réponse de Christian. Hais Christian, jouant jusqu'au bout son rôle de gi%nd Lama, les remercia d'un geste affable et leur montra la porte.

Carter traversa aussitôt la chambre à grands pas, suivi de près par ses confrères obéissants. Avant de passer le seuil, le bataillon se retourna et salua par trois fois, puis on descendit l'escalier en bon ordre, non sans répéter ce cri partant de l'âme :

— Mac-Aulay ! Mac-Aulay pour toujours !

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