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des habitans de la ville dont ils habiienl le bagne, pendant tout le temps de leur captivité. Geb vient peut-être de ce qu'il est très-rare que l'un d'eux abuse de la confiance que l'on veut bien lui accorder. Un des plus insignes voleurs de son époque , condamné à une trèslongue peine qu'il subissait au bagne de Brest » allait en ville pour donner des leçons de harpe à plusieurs personnes recommandables ; cela dora quinze ans au moins , et jamais on ne se plaignit de lui. La bonne conduite soutenue des forçats auxquels on accorde quelques faveurs y devrait engager l'administration à trai« ter un peu plus doucement les hommes placés sous sa dépendance, car il est à présumer qu'il vaudrait mieux les traiter avec douceur que de les soumettre à un régime auquel du reste ils s'habituent bientôl , et que p^r conséquent ils ne redoutent plus.
PEAU D'ANE , s. m. — Tambour.
* PÉGOREUR , s. m. — Voleur de grande route.
PÉDÉ » s. m. — Pédémsie.
PÈGRE ( Haute ). — Le plus fécond de nos romanciers y celui qui sait le mieux intéresser ses lecteurs au sort des héros qu'il met en
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scène, parle , dans une de ses dernières publications {le Père Goriot)^ d'une association de malfaiteurs qu'il nomme la Société des Dix Mille , parce que tous ses membres se aoni imposé la loi de ne jamais voler moins de 10,000 francs. La Société des Dix Mille nV bandonne jamais celui de ses aflSUés qui est toujours resté fidële au pacte d'association. Tout en donnant carrière à son imagioation, le spirituel romancier semble n'avoir voulu parler que de la Haute Pègre.
La Haute Pègre , en effet , est l'associatîoD des voleurs qui ont donné à la corporation des preuves de dévouement et de capacité , qui exercent depuis déjà long-temps , qui ont inventé ou pratiqué avec succès un genre quelconque de vol. Le Pègre delà Hauie ne volera pas un objet de peu de valeur, il croirait compromeltre sa dignité d'homme capable; il ne fait que des affaires importantes , et méprise les voleurs de bagatelles auxquels ils donnent les noms de Pégriot, de Pègre à marteau , de Chiffonnier:, de Blaviniste.
L'association des Pègres de la Haute a ses lois , lois qui ne sont écrites nulle part, mais que cependant tous les membres de l'associa-
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lion connaissent , et qui sont plus exactement observées que celles qui régissent Tétat social. Aussi le Pègre de ta Haute qui n'a pas trahi ses camarades au moment du danger n'est ja* mais abandonné par eui( 9 il reçoit des secours en prison, au bagne, et quelquefois même jusqu'au pied de l'échafaud.
On rencontre partout le Pègre de la Hauie, chez Kusner et au café de Paris, au bal d'Idalie et au balcon du théâtre Italien ; il adopte et il porte convenablement le costume qui convient aux Ueux dans lesquels il se trouve, ainsi il sera vêtu, tantôt d'un habit élégant sorti des ateliers de Staub ou de Quatesous, tantôt d'une veste ou seulement d'une blouse. Le Pègre de la Haale s'est quelquefois paré des êpaulettes de l'oflider-général et du rochet du prince de l'église ; il sait prendre toutes les formes et parler tous les langages : celui de la bonne compagnie comme celui des bagnes et des prisons.
Quoique le caractère des hommes soit, à très peu dechose près, toujours le même, lesassocia* tions de voleurs ne sont plus aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois. La Hauie Pègre , maintenant, n'est guère composée que d'hom-
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mes sortis des dernières classes de la sociélé , mvAs jadis elle comptait dans ses rangs des gens très-bien en cour. La plupart d'entre eux, placés par leur position au-dessus des lois, se faisaient une sorte de gloire de la braver. « L'administration de la justice, dit Dulaure dans ses Essais sur Pans ^ foible et mal constituée , accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d'une main les abus qu'elle faisait naître de Tautre ; une iégislatioD vague et incertaine laissait un champ vaste à l'arbitraire , et , à la faveur des formes compliquées de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
< Lohasarddela naissance tenaitlieude génie, de talens et de vertus; dépourvus de ces qualités , le noble n'en était pas moins honoré; doué de ces qualités , le roturier n'en était pas moins avili.
é Tant de germes de corruption, des institutions vicieuses et sans force pour lutter avec avantage contre les passions humaines , encouragées par l'intérêt du gouvernement, ne pouvaient qu'égarer l'opinion et pervertir la morale publique, t
Aussi, dit l'auteur deVri Pounnenade du Pré
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nax Clercs, ouvrage publié en i 622, « des vols et assassinats très-muUipliés se commettent , non-seulement la nuit , maïs encore en plein jour, àla vue de la foule qui ne s'en étonne pas. t
Bussi Rabutin ( Mémoires secrets, tome 4*«", page 22 ) raconte qu'étant à Paris y deux filoux de qualité , le baron de Veillac de la maison de Benac, et le chevalier d'Ândrieux, ayant appris qu'il avait reçu 12,000 livres pour feire les recrues de son régiment, vinrent en armes , pendant la nuit, entrèrent dans sa chambre par la fenêtre et lui en volèrent une partie; ces Messieurs auraient, dit-il, volé le tout si la peur ne les avait fait fuir*
L'époque k laquelle Bussi Rabutin écrivait ses Mémoires, fut, sans contredit, l'âge d'or delà Haitie Pègre :\e& temps sont bien changés; les derniers membres renommés de la Haute Pègre, les Gognard, les Collet, les Gasparini , les Beaumont, sont morts depuis déjà longtemps , et n'ont pas laissé de dignes successeurs.
11 serait à peu près inutile de cherchera moraliser les membres de la Haute Pègre ;\ls volent plutôt par habitude que par besoin; ils aiment leur métier et les émotions qu'il procure; captifs, leur pensée uni(|uo est de recou-
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. vrer la liberté pour commettre de nouveaux vols, et leur seule occupation est de se moquer de ceux de leurs compagnons d'infortune qai témoignent du repentir, et manifestent l'intention de s'amender/
Plusieurs nuances distinguent entre eux les membres de la Haute; la plus facile à saisir est, sans oontredif , celle qui sépare les voiears parisiens des Toleurs provinciaux ; les premiers n'adoptent guère que les genres qui demandent seulement de l'adresse et de la subtilité : la Tire, la Détourne^ par exemple; les seconds, au contraire, moins adroits, mais plus audacieux, seront Cambriolleurs , Roulottiers ou VenUV' niers; les parisiens fournissent généralement la masse de la population des maisons centrales, les provinciaux fournissent celle des bagnes. Quoi qu'il en soit , les uns et les autres ne pé* chent pas par ignorance : \es Pègres de lu Haute sont tous d'excellens jurisconsultes, ils Jie procèdent , pour ainsi dire, que le Gode à la main.
Celui d'entre eux qui a adopté un genre de vol , renonce plus difficilement au métier qae celui qui les exerce tous indifféremment, et cela peut facilement s'expliquer : celui qui oe