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L'éU<|ueUe élani ainsi réglée , les membres d'une chambre n'oseraient entrer clans celle destinée à nne catégorie à laquelle ils n'appartiennent pas ; ils sont trés-retenus, et par conséquent très-sévères envers celui qui pénètre dans le sanctuaire sans y être appelé..
A l'entrée de chaque salle sont rangés les hûterioiSy les mannequins, et les serpillières; les crocs ont aussi leur place.
Le vin qu'on boit au Pot blanc n*a pas été composéavec le jus de la treille; mais, tel qu'il est, il parait fort bon aux habitués; il est servi dans un pot de terre que ces Messieurs nomment petit père noir, et extrait d'un broc omnibus auquel ils ont donné le nom de Moricot. Des filles d'une tournure toute particulière servent une gibelotte équivoque , du bœuf à la mode, ou d'autres mets de cette espèce, mais elles en exigent la valeur avant même de déposer le plat sur la table. On voit souvent les consommateurs venir rendreaucomptoirles brocs, pots et verres, et boire jusqu'à concurrence de la somme déposée en garantie de ces objets; le comptoir est un lieu franc où fraternisent les membres des trois catégories.
SANS CHAGRIN ou BATTEUR DE DIG DIG. — Des fripons ont jeté leur dévola sur un joaillier, un bijoutier, un horloger, un mareband de diamans ou de tous autres objets <fe grande valeur ; ils cherchent à acquérir une parfaite connaissance des êtres de la maison , ils s'attachent à connaître le maître de la maison afin de pouvoir le suivre le jour fixé pour commettre le vol. Les voies bien préparées, un affidé se présente au magasin soi-disant pour faire une emplette importante. 11 est, dit-il, de la province , et tantôt il se fait passer pour un domestique, tantôt pour un homme chargé de commissions; il se fait présenter des marchandises qu'il examine attentivement , qui paraissent lui convenir sous tous les rapports , mais que cependant il n'achète pas, car il reviendra, dit-il , avec son maître ou la personne dont il n'est que le mandataire. Après cette première visite, le fripon rond à ses complices un compte exact de tout ce qu'il a vu , et peu de jours après les voleurs qui doivent opérer se présentent à leur tour chez le marchand qui doit être volé ; ils se font présenter des marchandises, montres, bijoux ou diamans, qu'ils examinent avec attention. Tout-à-coup l'un d'eux affecte
de se tfoaver mal y il demande une chaise , et prie qu*on ouvre les fenêtres afin de renouveler Tair. Les femmes ou les commis qui se trouvent dans la boutique s'empressent d'obéir , ils préparent un verre d'eau sucrée que le malade accepte avec la plus vive reconnaissance , mais qui cependant ne calme point les souffrances qu'il éprouve. Le Batteur de Dig Dig dit qu'il ne peut calmer ces crises , auxquelles il est très-sujet, qu'avec de l'absinthe; une des personnes du magasin va chercher ce qu'il désire» Le fripon, qui n'a pas plus besoin d'absinthe que d'autre chose , n'en demande pas davantage ; pendant ce temps tout le monde s'occupe autour de lui , les voleurs, de leur côté, ne perdent pas leur temps, et tandis que personne ne les remarque , ils font main basse sur tous les objets qui se trouvent à leur portée; lorsque le vol a été consommé, le Dateur de Dig Dig , qui a été averti par un signe de ses camarades, et qui malgré les soins qui lui ont été prodigués ne va pas mieux , dit qu'il a besoin pour se remettre d'aller faire un tour et qu'il reviendra; puis il disparaît accompagné de ses compagnons , et, comme on le pense bien , il ne revient plus.
Tandis que les voleurs doiU je viens de parler opèrent , celui qui est venu la première fois marchander des objets qu'il n*a pas achetés, file le malheureux qu'on doit voler, et s'il le voyait revenir du côté 'de son domicile, il ferait en sorte de l'accoster pour le retenir quelques instans , ou bien , il prendrait les de* vans afin de prévenir ses compagnons par ud grand coup de sonnette.
Dans le courant du mois de novembre dernier, M. Keffer» marchand horloger, rue Jean- Jacques Rousseau, n** 18 , vint me trouver après avoir été victime d'un vol commis par des BaUenrs de Dig Dig^ et accompagné de toutes les circonstances détaillées plus haut. Deux jours après la visite du sieur KefTer, j'étais parvenu à découvrir les coupables, qui furent misjmmédiatement entre les mains de la justice.
Il est malheureux d'être forcé de recommander de ne se montrer humain qu'à bon escient. Mais les BaUeurs de Dig Dig sont en
même temps si adroits et si audacieux, qu'on ne saurait prendre de trop minutieuses pré* cautions pour se mettre à l'abri de leurs atteintes.