‹ Les voleursChapitre 127 sur 208 · SAN H · texte numérisé non relu

SAN H

La dame fait une commande plus ou moins forte de ztï' et de café , et le Solliceut\ après

*a voir remerciée, se dispose à sortir lorsqu'il

se ravise tout à coup.

* Je m'adresse à d*honnètes gens, incapables de nuire h un père de ftimille? — Sans doute. Monsieur , répondent en chœur la dame et 9op mari. — Vous devez bien penser , continue le SoHiceur après avoir regardé autour de lui et s^ètre assuré que le nombre de ses auditeurs ne s*est pas augmenté , que si je puis vous livrer à des prix modérés mon sjj^et mes cafés, c'est qu'ils ne m'arrivent pas par les voieai ordinaires. Avec mon ^if\à fais

passer en conirebande d'iiutres marchandises : de magnifiques foulards de l'Inde, de superbes modrasi des châles de f Inde , des draps de Ségovie admirables; permettez-moi de vous faire voir quelques échantillons de ces produits merveilleux des fabriques étrangères, t Et le SoHiceur^ sans attendre une réponse qui ne serait peut-rétre pas favorable , fait un signal , et la servante introduit dans l'appartement un compère qui porte sous son bras un assez volumineux paquet de marchandises, i Vovee , Madame , dit le premier en déployant

une pièce de foulards, le grain de ce tissu, l'éclat et rheureux mélange de ces couleurs, 16 fr. U demi-douzaine. Admirez , Monsieur, la finesse, la force et le luisant de ce drap , le roi n'en porte pas de plus beau, 28 fr. l'aune, œqoi coûte ordinairement 60 francs. Voici des madras de l'Inde , tout ce qu'il y a de plus beau, t Le Sûiiîceurv^nie ses marchandises , dont l'as* pect du reste ne laisse vraiment rien à désirer; avec une telle assurance, il est si persuasif, si engageant , qu'il parvient à vendre à ses auditeurs , qui croient faire avec lui d'excellentes affaires , une partie notable de ce que contient le ballot que porte son compagnon.

Les foulards de l'Inde ne sont que de mauvais foulards de Lyon parfumés d'une légère odeur de goudron; le drap de Ségovie du drap de Verviers, et les madras des mouchoirs de ChoUet apprêtés et calandres.

« Madame, dit le Sûiiic/far après avoir reçu le prix des marchandises vendues , si vous dé* sirez recevoir promptement votre ^et votre café , il iàut que vous vous déterminiez à oie rendre un léger service. On vient de me saisir à la barrière pour 24,000 francs de marchandises; pour faire honneur à divers engagemens^

j'ai été obligé de ioiuer (oales celks c|ui ma restaieiu entre lea mains d'une persofnne qui a bien voulu me prêter quelques billets de miUe francs , et maintenaoi je suis obligé de remet** tre à cette personne une somme égale à la va<leur des marchandises que Je 1^ demande. Ainsi, Madame» ayez donc la bonté de me payer d'avance la commande que vons avea eu la bonté de me faire, celle obligeance me pro« curera les moyens de vous servir plus tôt. 11 est bien entendu que je vous laisserai en garantie ce paquet de marchandises que vous ne me ren-* drez que si le Zî/' el le «café qui vous seront livrés sont conformes aux échantillons que voici, t

La dame, qui est impatiente de montrer à ses voisines le zi/ei le café en question , salis-* dit presque toujours le Solliceur qui part les poches pleines et ne revient plus. On vend de

eette manière loutes sortes de marchandises.

SANS CGEUR , s. m. — Usurier des begnos et des prisons.

Il y a dans loutes les corporations d'iiomimes, quelque misérableis 'qu'elles soient, des iiulividus qui savent toujours tirer leur épingle du jeu , et mener benne el joyeuse vie lorsque

leurs compagnons meurent de faim. Les Sam CœarwaX de ceux-là* Soit au bagne , soit dans une maison centrale , leurs poches sont toujours Irès-bien garnies ; tous sortent du bagne ou de la prison plus riches qu'ils n'y sont entrés; quelques-uns même y acquièrent une jolie fortune, et parmi ceux-là je dois citer un individu nommé Pantaraga , qui habitait au bagne de Toulon la salle n"" 3.

Cet homme joignait au métier d*usurier celui de restaurateur des forçats , et quoiqu'il fût obligé, pour conserver son privilège, de traiter gratis et bien MM. les cornes, sous-comes et argousins , il sortit du bagne , après y avoir fait un séjour de 24 ans, avec un capr^ tal de 40,000 francs.

Pantaraga , il est vrai, avait plus d'une corde à son arc. Les forçats , quelles que soient les sommes qu'ils reçoivent de leur famille, ne peuvent, dans aucun cas, toucher plus de dix francs par mois , Pantaraga , restaurateur breveté du bagne , se chargeait volontiers d'aller toucher une plus forte somme au bureau du commissaire du bagne; le forçat lui faisait, par exemple, un bon de 20 francs pour nourriture fournie , JPantaraga lui en remettait dix et en

gardait dix pour lui. De celle manière le forçai pouvait jouer ou s'enivrer à loisir.

Il n'y a pas de petits métiers en prison , et Ton peut dire avec raison des Sans-Cceur^ qu'ils savent mieux que personne ce que peut rapporter par minute un écu bien placé. Dans toutes les prisons, et notamment dans les prisons de la Seine 9 les Sans^Cœar exercent pai« siblement leur infâme métier sous les yeux des agens deTautorité; ils prêtèrent par exemple 6 francs à celui qui aura dissipé en un seul jour ce que ses parens ou ses amis lui auront remis pour une semaine, à la charge par ce dernier de rendre 6 francs à l'époque convenue, et de laisser pour servir de nantissement sa redingotte ou son habit entre leurs mains*

Dans les maisons centrales, les Sans^Cœar avancent aux travailleurs, le dimanche, moitié du prix du travail de la semaine suivante , et touchent le prix total à leur lieu et place.

L'industrie des Sans^Cœur ne sert qu'à favoriser toutes les passions mauvaises, l'intempérance, le jeu , etc. , etc. ; elle ne rend aucun service aux malheureux détenus, aussi l'au* torité ne saurait employer, pour la réduire à néant , des mesures trop énergiques.

Je ne sais « je ae dois pas classer dans la catégorie des Sans Cœur les princes , les dnc$ et les barons de la volerie , ceux qni méritent à tous égards le titre ^ Atxhi^Snppét de ia HafjUû Pègre; en un mot, ceux que la loi n'atteint jamais. Plus adroits que leurs rîvaui, ils jouissent du fruit des Chopms qu'ils ont maquillé sans crainte de la Raille des Qaarh a'OEii. et des Gtrbiers. Ils sont à la vérité trop haut placés pour qu'on puisse les atteindre.

J'ai promis, il est vrai , au puMic, de TaîK connaître à mes lecteurs tous les trucs et tous les voleurs. Mais puis-jc raisonnablement me permettre de débiner les Grinches titrés et chamarrés de rubans de toutes les couleurs? Je ne le crois pas. Ces Messieurs sont assez riches , et par conséquent assez puissans potir tskenjlaquer à la Lorcefée si je me permettais Aejaspiner sur f orgue ; et s'il en était ainsi, les voleurs roturiers, qui du reste ne m'aiment guère 9 pourraient bien me tomber sur Vaudusse ^ et me coquerda tabac pour me punir de les avoir compromis avec des hommes indignes de leur être comparés. Je crois déjà les entendre me crier aux oreilles : « Nous som-

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«es Yokuirs , c'est vrai , maU nous ne sosiines peint dépeurvm d'entrailles; hws.le métier, nous sooiiiies quelquefois haroains, généreux^ bons pères, bons époux , bons amis, pourquoi donc établir une comparaison entre nous et les fripons qui pdlulent dans les salons du grand monde.

Je me contenterai donc d'avoir vu et entendu. Chacun au reste peut en foire autant que moi.

SANS BEURRE ou CHIFFONNIERS ARIS- TOCRATES.—Le cabaret du Pot blanc, situé à proximité de la barrière de Fontainebleau, est le rendei-vous de ces hommes qui parcourent les rues de Paris le crochet à la main , la hotte sur le dos , et qui quelquefois sont munis d'une lanterne , non pas comme Diogène pour chercher un homme qu'ils ne trouveraient pas dans la rue de la moderne Babylone, mais pour chercher, calembourg à «part, des loques à terre.

Lies mœurs de ces individus sont de nature à élre peintes. Malgré leur amour pour l'égalité des rangs , et la liberté , ils n'en sont pas moins de véritables despotes , des aristocrates s'il en fât.

Les chiffonniers se sonlx^lassés suivant leur rang y leur fortune, et le genre qu'ils oDt adopté. Ceux qui possèdent un hoieriot ea bon état, un crochet dont le manche est propre et luisant forment la première classe ; ceux qui appartiennent à la seconde n'ont qu'un manne* quin assez propre ; ceux qui appartiennent à la troisième ne possèdent qu'une vieille serpillère dans laquelle ils mettent ce qu'ils ramassent.

Ce n'est pas seulement dans l'exercice des fonctions que la distinction a lieu , elle eiisU aussi au Pot blanc , et pour ne point mettre leur hoien'oiea contact avec les mannequins et les serpillières , les chiffonniers de la première classe se sont emparés de la plus belle, ou plutôt de la moins vilaine pièce du Pot blanc; elle leur appartient exclusivement , et pour bien indiquer sa destination , ils Tout nommée la Chambre des Pairs. Les porteurs de mannequins , à leur exemple , se sont emparés d'une autre pièce qu'ils ont nommée la Chambre des Députés, Les membres de la troisiènie classe ont donc été forcés de se contenter de celle dont n'ont point voulu les deux autres, el ils l'ont nommée : la Réunion des vrais Pro' lé la ires.

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