‹ Les voleursChapitre 139 sur 208 · I3« SUR · texte numérisé non relu

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Le séjour des grandes villes est interdît aui NbéréSy et cependant ce n'est que dans les

grandes filles que ceux d'entre eux qui exercent quelques-unes des professions qui se rattachent au luxe , peuvent trouver des moyens d'existence.

Us sont souvent envoyas en résidence là où ils n'ont ni parens ni amis! Que penvent-ils foire?

Si la surveillance était efficace, si elle prévenait toutes les récidives, je comprendrais qù'étle fAl conservée, dût la mort de tous les libérés bons ou mauvais s'en suivre. Les intérêts particuliers doivent toujours céder le pas aux intérêts généraux; mais, je ne crains pas de le dire, la surveillance ne sert absolument à rien.

On peut 8-y soustraire moyennant 400 fr«

En bonne morale , si on laisse subsister la surveillance , il ne devrait jamais être permisau libéré de s'on affranchir , car dans l'état actuel de notre législation , si les magistrats chargés d'appliquer les lois ont infligé à un liomflo^ ^ peine de la surveillance , c'est que probablement il la mérite. Eh bien , je le demande , n'est-it pas ridicule que la possession à f^^^

sofnine de 100 francs puisse rendre nuls les effets de la loi ? Est-ce que cette fatale tendance de notre siècle, qui n*accorde des vertus qu'à celui qui possède , serait devenue une règle assez générale pour ne point souffrir d'exceptions? Groit-on par hasard que le libéré qui peut acheter sa surveillance est plus vertueux qu'un autre? S'il en est ainsi, on se trompe bien grossièrement, le libéré qui veut mal faire a bientôt trouvé dans la poche de ses camarades ou dans celle du premier receleur venu , ce qui lui manque pour être tout-à-fkit libre.

Belle garantie pour la société qu'une somme de 100 francs !

En thèse générale, on doit mieux penser de celui qui ne peut payer son cautionnement que de celui qui, le jour même de sa sortie de prison, s'empresse de porter au bureau de police de sa commune la somme exigée par l'administration.

C'est cependant pour lui que sont réservées toutes les rigueurs de la police, on ne s'occupe pas plus des autres que s'ils n'existaient pas.

Je connais à Paris un libéré du bagne de Lorient qui porte à sa boutonnière trois dé-

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coralions : )a Légion-d'Hoaneur , SaiDM40uis et la Croix de Juillet. J*m vainemeut signalé cet hoiTiine à la police , on ne lui a jamais demandé, du moins je dois le croire, seulemeot d'où ni de qui il tenait ces décorations. Si cet homme s'était amendé , je n'en parlerais pas ; mais il est eiMH>re ce qu'il était jadis, ud insigne fripon, et son unique métier est d'eiploiter le commerce de Paris et des dépariemens, il est devenu l'un des plus habiles Fai^ sewrs de la capitale; aussi je crois rendre à mes lecteurs un important service en leur esquissant le portrait de cet individu. Il peut être Agé d'environ cinquante-cinq ans, sa taille est élevée, ses manières sont celles de la bonne compagnie, ses cheveux sont gris, et sa physionomie assez agréable; il est toujours paré du ruban de ses décorations.

Je ne signale cet individu que pour prémunir les commergans qu'il pourrait attaquer, et qui, s'ils n'étaient pas prévenus , succomberaient infiulliblement, car le sieur P. A.** n^ manque ni d'esprit ni d'instruction ; il p^^ sans peine prendre toutes les formes, même celle d'un honnête homme.

Plusieurs centaines d'individus soiubbbl^

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à celui dont je viens de parler, et dont la po* sition est la même, vivent et vivent Uen aux dépens de ceux qu'ils dupent. Cependant on ne songe pas à les inquiéter, ils ont payé leur cautionnement.

La surveillance est donc une peine inutile et immorale en môme temps : inutile parce qu'elle ne (Hrévient ni ne répare rien , immo* raie parce qu'elle tourmente sans but des hommes qui peut-être ne demandent qu'à fiiire Ottbliei' par leur conduite à venir leur conduite passée.

Mais ce n'est pas seulement contre la peine elle-mèoie qu'il faut s'élever, c'est aussi contre la manière dont elle est exécutée.

Les libérés qui ont obtenu la permission de résider dans les grandes villes, sont forcés de se présenter à de certaines époques au bureau de police, de sorte que s'ils parviennent à' cacher toujours leur position, ils ne tardent pas à être pris pour mouchards.

Dans les communes rurales ils sont soumis à l'arbitraire du dernier garde champêtre , et ceux d'entre eux qui cultivent la terre ne peuvent quitter leur commune pour aller vendre leurs légumes au n^inrché de la ville voisine

sans rompre leur banc, el s'exposer i une peine correctionnelle.

La surveillance est donc une captivité après la captivité.

Si Ton ne veut pas que les libérés succombent de nouveau, si Ton veut qu'ils rentrent dans le sentier de T honneur, il faut qu^une main secourable les prenne à leur sortie de la prison ou du bagne, et leur procure du travail.

11 faut quelquefois leur accorder quelques témoignages de confiance, afin de Tes réhabiliter à leurs propres yeux.

Leur permettre surtout de cacher leur position, car, je le répète, les préjugés qui arrêtent encore la carrière de tant d'hommes, les préjugés contre lesquels nous crions tous, et auxquels cq>endant nous nous soumettons tous, les préjugés repoussent le libéré, aussi ils causent plus de mal et donnent naissance à plus de récidives que les dispositions vicieuses des libérés.

Que l'on envisage avec un esprit exempt de préventions, et surtout de sang-froid la question soumise ù l'appréciation du lecteur, et chaioun, quelle que sott llnfériorité de son es-

prit et le peu de lumières qu il possède, lrou-< vera , sans beaucoup chercher , un remède k opposer aux maux qui marchent à la suite des erreurs et des préjugés.

Les bornes que je me suis imposées en commençant cet ouvrage ne me permettent pas de m'étendre davantage sur un sujet qui exige peut-être plus de développemens. J'ai indiqué le mal et les causes qui le produisent; j'ai aussi indiqué les remèdes propres à le guérir; je souhaite que ma voix trouve un écho dans le cœur de tous les hommes généreux.

Que Ton me permette maintenant d*ajouter aux détails qui précèdent le récit d'un fait récent.

Par arrêt de la Cour d'Assises de Versailles, en date du 3 mai 1822, le sieur Jean-Louis .Crosnier , alors âgé de quarante-trois ans, est condamné à cinq années de travaux forcés.

Crosnier avait commis un vol de céréales , la nuit , à l'aide d'escalade.

Tant que dura sa captivité, Crosnier sut, par une conduite digne de servir d'exemple, méri^

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