‹ Les voleursChapitre 166 sur 208 · II · texte numérisé non relu

II

sent prendre sur le fait. Cela ne suffit pas, il ne fendrait pas seulement se contenter -de punir , il faudrait aussi prévenir et chercher à corriger.

J*ai prouvé par des faits que les voleurs de profession exercent sur ceux qui ne sont pas tout-à-fait corrompus une fatale influence; il faudrait donc séparer les hommes. Mais ce n'esi point la peine quMIs auraient encourue qai devrait servir de guide pour établir les classifications, mais seulement leur caractère et leurs habitudes ; car tel individu qui n*a péché que par ignorance, et qui, pour avoir volé avec des circonstances agravantes des lapins dans une garenne, a été condamné i dix années de réclusion , est sans doute moins dangereux que tel autre qui exerce depuis long-temps la Tirâf la Détomyie ou U Bonjour^ et qui cependant n'a été condamné qu'à deux ou trois années d'emprisonnement.

L'isolement individuel et continuel ne doit, selon moi , jamais être adopté. L'isolement rend les hommes misantropes; et le misantropc est bien près de devenir méchant. Tous les hommes ne sont pas organisés comme Silvio Pellico : et l'illustre général Lafayelle, doni

cependant le beau caractère est bien connu, a dit quelque part qu'il ne lui vint pas à TespriC une seule bonne pensée tant que dura sa captivité solitaire an chftleau d'Olmutz.

Les prisonniers pourraient être séparés la nuit, et le silence devrait être observé dans les ateliers , mais ils devraient être réunis aux heures de récréations.

L'éducalion des prisonniers ne devrait pas être négligée. On a établi des écoles régime»taires dans lesquelles les savans sont chargés d'instruire les ignorans; rien n'empêche que de semblables écoles soient établies dans les |>risons. Je crois qu'il résulterait de leur établissement un bien incalculable. Le prisonnier dont tous les instans seraient occupés n'aurait pas le temps de penser au mal; il prendrait insensiblement goût à ce qu'on lui enseignerait, et ne tarderait pas à devenir meilleur. J'ai souvent trouvé l'occasion de remarquer que ceux des détenus qui ne savaient pas lire vendaient une partie de leur ration de pain pour louer des livres , et en écouter la lecture, il y a dans le cœur de l'homme un sentiment qui le porte à chercher l'instruction, surtout lorsqu'il vit en société.

J'jpi remarqué Mcon que les hommes qui , durant leur (âifili vile , avaient été placés de minière à fiMr ks regards, s'étâieni plus &ciiemenl corrigés que ceux qui n'étaient pas sortis de la foule.

Je ne euis point partisan de risoiemeal rigoureux , parce que les hommes isolés ne sont stimulés par aucun exemple, tandis que réunts, ils sont excités par Tenvie de surpasser oeux desqudt on parie.

Mais, pour oorriger, il but d'abord instruire*

CoBMie je Taî d^ dit , l'argot, qui n'a des mots que pour désigner les choses du métier, familiarise ntec eUes, aussi il devrait Aire i jamais haniû dM bagnesetdes maisonsoentrales. 11 faudrait donc que les employés de ces «tablissemems renonçassent à son usage ; cela, je le pense ^ ne ieur serait pas difficile.

Le détenu qui dessinerait sur les murs des représentations de potences, de gutliotiaes, de Atansiâifffwurs , de clés , etc. , etc., devrait être sévèrement puni .

La question du travail est la plus importante de touteseelles qui concernent les détenus, car les fruits de ce travail sont destinés à leur don-

ner les moyens d'adoucir d'sutent leur caf^livite, et à leur ménager des ressotiroes pour l'avenir. Le irftvail ne doit p*s être considéré comme une agravation de peine, mais bien comme un soulagemeni. Cqiendant les oon«< damnés ne finissenl par renvisager ainsi , qu'a** prés en avoir Tait long-temps l'expérience; el cela ne doit pas étonner, toute oceupation ré^ guliére doit commencer par être im tourment pour des hommes habitués à vivre dans u»e oisiveté complète*

La loi peut bien fiâre aw déteaus une obti* gation du travail , mais la l(Mp quelque impéra* tive qu'elle soit, ne pettt malbeiireusement forcer directement la volonté de l'homme. Le caractère des détenus est , en général , mobile et passionné, aussi les récompCASâs doivent exercer sur eux une inOuence plus salutaire que les ehAtisaeM. Il fout dow. rendre le travail i la fois attrayant et productif, e'eal^-dif e faire en sorte qu'il aoit en harmionie avec les forces et les capacités du détenu, et le rétribuer plus convenablement.

On objectera qu'un grave inconvénient penK résulter de ce dernier fait. Les détenus qui , dans aucun cas , ne devraient être privés do

la partie de leur pécule , nommée denier de poche, qui serait alors plus considérable, pourraient plus facilement contracter des habitudes d'intempérance et de débauche. Mais (Hi pourrait, il me semble, et sans qu'il en résultât de grands inconvéniens, retenir, pour être ajouté à la masse de réserve , ce que l'on croirait imprudent de remettre au détenu.

Dans aucun cas, les condamnés ne devraient jamais être ni frap|)és, ni injuriés par les gardiens ; car , outre qu'il est depuis long4emps prouvé que les châtimens corporels ne font qu'irriter l'homme, ou, ce qui peut-être est pire , lui Ater le sentiment de sa dignité per* sonnelle , on doit craindre , si on laisse au libre arbitre des hommes presque tous démoralisés qui occupent les places de gardiens ou d'argousins la distribution des châtimens, qu'ils ne bâtonnent les malheureux placés sous leur domination , plus dans l'intention de leur rendre la vie dure que dans celle de les corriger.' Voici , au reste, comment s'exprime à ce sujet un homme connu dans le monde lit* léraire par des travaux d'une haute portée, M, Léon Faucher, et qui a écrit sur la réforme des prisons plusieurs articles trés-reffla^ quables.

« Sans partager celte compassion exagérée dont Jiotre époque s'est éprise pour les malfaiteurs, il nous paraît que le régime des coupa de fouet ne saurait être, importé chez. nous. La marque ne corrigeait pas , elle dégradait : il en serait de même des brutalités discipU^ naires dans la prison. U y a dans le caractèra du criminel lui-mêjne, en France, un reste de fierté, je dirai presque d'honneur, qui ne perr met pas de porter impunément la main sur lui. La peine, pour exercer une compression morale^ ne doit pas faire violence à laj|)ersonne; f'est asses d^ garolter étroitement la liberté* Ajoute?^, si vous voulez, aux rigueurs de l'emr prisoonement solitaire, ayez des cellules ténébreuses, prolongez l'isolement, mais évitez de frapper les détenus*

Aux États-Unis, le fouet est peut-être un auxiliaire indispensable à la discipline. En France, la discipline deviendrait impossible dans des ôtablissemens où d^ violences phyT siques menaceraient les condamnés. Ces vIot lences ne révolteraient pas seulement les dé^ tenus , elles dégraderaient les gardiens à leurs yeux. On en trouvera la preuve dans le dialogue suivant, qui s'établit récemment à la

police correetionneltey aprèd ane émeute qui avait éclaté à la Forcer eotre un de» iléteout rétoltés et le président du tribunal.

t M. LU PRËstmm. Pourquoi ftvez-voos 00tri»g;ii le cotntntasaire , toua ètea*voua barricadé et fltM^ocia f^éaistë avec violenci! aut agensde l'autorité et à vod gardiens?

ÉtEL. On voulait ftôua aaeitre au caehoc; el comme boas savons qu'on ial les déienm à coups dé clés, nous avons préféré nous révolMr pour être conduits au cachot par la garde. liais^ M. te président, vous ne pouves pas vo» douter do ce que c'est qu'on gardien. C'est pire qn'un tigre, qu'une bèfe féroce ) ils né seraient pa^dignos, ces gens que vous écoutât et à qui vous ftiites prtter serment, Us neseraiem pas dignes de garder des chiens. «

Je l'ai dit) et Je le répète, je ne sais pas pa^ llsan de risolement complet, mais, cepenAuM, il fiittdrait que les condamnés Tussent isoléi pendant la nuit, ce serait le moyen le piss dficace d'extirper des prisons le vice infUiae dont j'ai déjà parlé, et dont lesprisonaim apportent quelquefois le germe dans la société. il fiiudralt aussi qne chaque eelhile fût garnie des meubles indispensables, d'une table, d'ane

cbàide, d'an balai , et des usiensibles de propreté néoeaeaires; il faudrait aussi que le soin de nettoyer les cellules fût laissé à eeui qui les habiteraieiit , et que les employés Teit lassent avec soin à ce qu'elles fussent toujours dans un état de {uropreté convenable. L'homme qui aurait contracté en prison des habitudes d'ordre et de propreté serait aux trois quarts corrigé.

Une ordonnance du roi Charles X » qui parait être encore en vigueur , veut que les condamnés aient subi au moins la moitié de leur peine avanl de pouvoir espéra, soit leur grâce 9 soit une commutation de peine; cette mesure , je ne crains pas de le dire , est vrai- Hient désespérante ; elle ôte souvent au condamné le courage d'entreprendre sa conversion : ôter l'espérance au coupable » f affaiblir seulement y c'est rendre son repentir inutile ou du moins plus incertain»

Ainsi que je l'ai dit en d'autres termes, à l'article Bedam, la plus belle prérogative du chef de l'état est , sans doute , le droit de fiiire grâce; c'est lui donner les moyens de réparer quelquefois de graves erreurs ou d'adoucir ce qu'a de trop sévère une condamnation exigée

par la loi ; sous ce rapport» une clôinence bieo appliquée présente déjà de bien grands SYantages j mais par la salutaire influence qu'elle peut exercer sur le moral des condamnés, des considérations du plus haut intérêt viennent encore ajouter à son importance.

L'homme est naturellement égcHste, et ce vice est plus particulièrement celui des prisonniers.

Dès que Tun d'entre eux a été Tobjet d'une faveur royale, chacun se croyant au moins autant de droits que lui à en obtenir une semblable , sMrrite de ne pas avoir eu le même bonheur; et du mécontentement au murmure et au découragement, Tintervalle n*est pas grand, surtout quand le mécontentement n'est que trop souvent justifié par des feits*

Combien, au contraire, obtiendrait-on de résultats avantageux , si les mesures proposées dans l'article cité ci-dessus étaient adoptées, et si à différentes époques des agens de l'autorité se transportaient à l'improviste dans les bagnes et dans les maisons centrales , et faisaient immédiatement mettreen libertéqudques-unsdes captifs qui auraient successivement obtenu plusieurs remises de peines, et qui n'auraient

à invoquer en leur faveur qu'une bonne conduite soutenue.

Mais pour que Ton pût agir ainsi , il faudrait que la direction des bagnes et des maisons centrales ne fOit confiée qu'à des hommes qui ne se laissassent jamais séduire par de faux semblans, et qui fussent capables de choisir le bon grain au milieu de l'ivraie.

Il faudrait que la timidité ne fût plus regardée comme de la lâcheté, que le repentir et la soumission ne fussent plus pris pour de Thypocrisie; des hypocrites! il y en aurait sans doute, mais pour beaucoup cette hypocrisie accidentelle se changerait en habitude de faire le bien.

Les masses devraient être placées productives d'intérêts ; l'adoption de cette mesure, qui du reste est commandée par l'équité, flatterait le prisonnier qui verrait que l'on s'occupe de son avenir.

Il serait peut^re bon de parler souvent aux condamnés des voleurs célèbres, tels que les Beaumont, les Collet, les Goignard, qui après avoir long-temps nagé dans l'abondance, sont venus mourir au bagne ; en opposition il faudrait leur citer quelques exemples capables de

leur prouver que rhomme qui a failli n'esl pas à jamais perdu, et qu'il peut reprendre dans la sociéléla place qu'ily occupait précédenmeiit.

Quelques bons livres et quelques journaux devraient être mis à la disposition des condamnés qui se monireraieni dignes de cette faveur. Donner des journaux à des voleurs! cela peut paraître singulier au premier aspect ^ quel latérèt des gens de cette sorte peuvent-ils prendre aux affaires du pays? Aucun^ sêm douta. C'est justementcetteeoupableiAdiffi6reiiceqtt*ii fiiut faire cesser ; et puis , laisser ignorer aux condamnés tout ce qui se passe dans le monde extérieur, c'est les attacher pour toujours à celui dans lequel ils vivent; à une époque où des cbangemens si brusques et si multipliés s'opèrent dans les moeurs et dans les usages. Que veut-on que fiisse celui qui, durant dix , quinze ou vingt ans, a vécu loin du monde daos lequel il se trouve rejeté, et qu'il ne coosaii pour ainsi dire que par tradition.

L'adoption des mesures qne je propose, et qui m'ont été inspirées par l'expérience, exer* cerait, j'en ai l'intime conviction, une salutaire influence sur tous les coupables , méoie ser ceux d'entre eux dont j'ai esquissé le portrait

Ci -dessus; maïs pour que l'œuvre ne fût pas ÎDComplèce, il faudrait que raulorité commençât par chercber les moyensde détruire les préjugés, et ne dédaignât pas d'accueillir riiomme repentant; qu'elle accueillit ouvertement le libéré , qu'elle le plaçât sous ime égide protectrice, et qu'elle répondit par cet acte à ceux qui n'osent s'arrêter à la pensée de se mettre en contact avec un repris de justice; mais , répoodra-t-on , i'antorité ne peut &ire cela, les préjugés ont de trop profondes racines dans nos mœurs; la mission d'un gouvernement qui ne veut point caresser les manies d'une société pour l'exploiter i son profit , est de chercher à déraciner tous les préjugés nuisibles au bien-être général ou particulier; et celui qui repousse les condamnés qui viennent à récipiscence , est un de ceux4& ; ^urquoi donc ne le combat-il pas? c'est à l'autorité qu'appartient le droit de devancer l'opinion , de la diriger; qu'elle use de ce droit pour faire le bien, et personne, bien certainement, ne songera i se plaindre.

Le repris de justice doit sans doute venir le premier aa*devant de la société; qu'il fasse donc le premier pas , qu'il en fasse cent, mille

s'il le faut ; mais si lorsqu'il sera prêt d'atteindre le but où tendent ses efforts , son courage est sur le point de Tabandonner, que la société à son tour fasse quelques pas au-devant de lui, et qu'il trouve au moins un cœur d'homme qui réponde aux battemens du sien.

La question de la moralisation des condamnés a beaucoup occupé plusieurs philantropes estimables; MM. Appert, Gustave de Beaumont, de Tocqueville, Léon Faucher, et plusieurs autres dont les noms m'échappent , chacun de ces Messieurs a présenté son système; je crois pouvoir à mon tour présenter le mien, à défaut d'autre mérite j'aurai du moins celui d'être court.

Le régime actuel des pmsons , quelles que soient les modifications qu'on y apporte, ou les emprunts que l'on fasse aux Suisses ouaux Américains , ne peut , suivant moi , parfaitement corriger les condamnés.

Personne, peut-être , ne connaît mieux que moi l'esprit des prisonniers ; durant un bp^ de temps de quarante^deux années , j'ai été i même de les examiner sous toutes les faces; aussi unecei*taine créance doit-elle êtreaccor dée à mes paroles.

Ma proposition peut se formuler en quelques lignes.

Si les condamnéssubissaient leur peine dans la prison du chef-lieu de leur arrondissement, ils recevraient des secours de leur famille , on s'occuperait de leur sort; et, s'ils s'étaient bien conduits, il ne serait pas impossible qu'ils trouvassent en sortant de prison un établissement convenable. Cette détention subie près du lieu de leur naissance, en rendant les condamnés meilleurs, habituerait les gens du pays à entendre souvent parler d'eux; il est même probable que plusieurs d'entre eux accompagne^raient les parens qui iraient les visiter, tandis qu'on juge défavorablement un homme qu'on a perdu de vue pendant dix ou vingt ans; il revient des galères j dit-on du libéré qui , après une longue captivité, revient dans son pays, et l'on s'en éloigne comme d'un lépreux ou d'un pestiféré; tous ces incon venions disparaîtraient si les peines étaient subies dans la prison du chef- lieu d'arrondissement , il est même probable que celui qui ne serait à Bicètre ou à Glairvaux qu'un très-mauvais garnement, deviendrait, s'il était détenu près du lieu de sa naissance, et dans la crainte d'être forcé de

rougir devanisesparenset fies amis, un homme doux et docile.

Il ne serait pas plus dîflficile de fournir du trayaii aux détenus ainsi disséminés, que s'ils étaient rassemblés dans une maison centrale, et comme ce travail ne serait plus monopolisé par un seul homme, il serait évidemmeoi mieux payé.

Il est bien entendu.que si le plan que je propose était adopté, les bagnes devraient être supprimés; cette suppression, au reste, ne doit pas arrêter, car les bagnes .sont en réalité plus onéreux qu'utiles an gouvernement ; les forçats qui n'ont point de stimulant ne tra^ilient pas aveo autant d'activité que les hommes li* bres, et pour se procurer ce qui leur manque, ils ne craignent pas de voler dans les ports tout ce qui se trouve sous leurs mains.

Je suis si convaincu de l'efficacité du remède que je propose, qoe je ne craindrais pas de ressayer, moi , si Ton voulait bien mettre à ma disposition seulement une cinquantaine d'hommes choisis parmi les plus mauvais sujets qui infestent les bagnes et les maisons centrales, et me les laisser diriger à ma fantaisie. L'expérience prouverait, je Tespère, que je ne me

trompe pas lorsque je parle avec auUiiit d'assurance , et il est probable que quelques, an* nées après la mise à exécution du projet que je soumets aujourd'hui à i'apprémtion de mes lecleursy j'aurai le plaisir de rendre à la société au moins la moitié des hommes qu'elle croyait tout à fait perdus.

La'question de la peine de mort a été traitée par des hommes trop haut placés dans l'estime publique pour que j'ose , après eux , me per^ mettre d'émettre une opinion nouvelle^ Aussi, je devrais peut'^lre me borner à unir ma toîx à celles de tous ceux qui réclament son abolilition. Je crois cependant devoir termina oet article, peutrétre déji trop long, par quelques considérations du plus haut intérêts

La peine de mort est une peine immorale, ou du moins inutile, parce qu'elle habitue le peuple au spectacle des supplices , et parce qu'elle ne répare rien ; car malheureusement la mort du meurtrier ne rend point la vie à la victime.

Les exécutions qui , suivant l'intention du légidateur, ne sont pas faites pour servir d'ali^ ment aux passions de la sociélé, mais seulement pour servir d'exemple, n'épouvantent pas les

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criminels. Je crois plutôt qu'elles les agoérissent. Le fait suivant est la preuve de ce que f avance. On avait, en 18ii, ordonné la recherche de deux anciens bijoutiers qui étaient signalés comme rogneurs d'écus de six livres, mais la police , qui n'avait pu parvenir à les découvrir , les arrêta tous deux sur la place de Grève, au moment de Texécution d'un individu nommé Yarin , coupable du crime de fabrication de fausse monnaie , ayant chacun sur Tépaule une sacoche pleine d'écus rognés. J'ai souvent remarqué , au pied de l'écbafaud , de ces hommes qui sont porteurs de physionomies que l'on ne rencontre que dans tes bouges de la Cité , et qui , semblables aux bétes fauves , ne sortent de leurs tanières que la nuit. Si l'on croit que la guillotine est, pour ces hommes , un épouvantail salutaire , on se trompe grandement. Us viennent sur la place publique se repaître d'un spectacle qu'ils aiment , et se familiariser avec la destinée qui les attend peut-être. Semblables aux papillons qui tournent long-temps autour de la cbandelie avant de venir s'y brûler les ailes, ils tournent long-temps autour de l'échafaud avant d'y apporter leur tète.

Des foits récens ont du resle prouvé que la peine.de mort n*était plus en harmonie avec nos mœurs ; les jurés admettent presque toujours des circonstances atténuantes en faveur de l'accusé auquel elle pourrait être aj^liquée; une ordonnance , rendue récemment , a sup-> primé au moins la moitié des exécuteurs e< des aides, et il n'y a pas long-temps que, dans une ville considérable , Tautorité ne trouvant pas un ouvrier qui voulût contribuer à Térection de l'instrument du supplice, fut forcée d'ajourner une exécution. Ces faits, je le crois, parlent assez haut pour dispenser de commentaires plus étendus.

Si Ton veut bien admettre la possibilité de moraliser les hommes, il faut l'admettre pour tous, même pour les assassins. Deux individus, nommés Blanchet et âenri , condamnés au supplice de la roue par la cour de justice de Paris, étaient détenus à Bicètre lorsqu'éclatèrent les événemens de notre première révo^ lution. Grâce à ces événemens, ils furent oubliés, et bientôt après ils recouvrèrent leur liberté en s'évadant, lors du massacre des prisons en septembre 1793, et la conservèrent pendant plusieurs années. Us ne furent remis

en prisoq que lorsque la justice eut repris un cours régulier. Mais il y avait trop de temps que la sentence avait été prononcée pour qu'onpût songer à Texécuter. On se borna donc à les laisser en prison. Durant un laps de temps de près de trente années , ils ne donnèrent pas à Tautorité le moindre sujet de plainte; leur conduite , au contraire, aurait pu être eilée i tous les autres détenus comme un exemple à suivre. Enfin , on se détermina à les meUreen liberté. Us vivent tous deux encore; Tun est maître perruquier^ et Tautre fiaibricantdecartes géographiques, et ils jouissent tous deux de r estime et de la considération de ceux qui les connaissent. Qu'aurait gagné la société au supplice de ces deux hommes?

On trouvera peut-être que je suis trop indulgent. Que m* importe , j'ai l'intime conviction qu'il vaut mieux pécher par excès d'indulgence que par excès de sévérité. Cette indulgence, au reste, n'est pas aveugle, elle est basée sur une connaissance parfaite du cœur humain , et son emploi bien entendu est, je le crois, le meilleur remède à opposer aux progrès du mal.

J'ai exposé mes vues avec une entière bonne

foi ; si elles sont droites , elles n'ont pas besoin d'ôtrejustifiéespar desraisonnemens à perte de vue. Que les hommes impartiaux et éclairés me jugent 9 et comme je Tai dit en commençant cet article, qu'ils ne me tiennent compte que de mes intentions.

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