‹ Les voleursChapitre 2 sur 208 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

On a lant écrit contre les Préfaces , Avant- Propos, Discours Préliminaires , Avis au Lecteur, que maintenant la mode d*en écrire est passée ou peu s*en faut.

Mais, quoi qu'on en dise, la Préface est trèssouvent indispensable. Pour que ses intentions ne soient pas méconnues, Fauteur dmt quel-

vj PRÉFACE.

quefois expliquer à ses Lecteurs ce qu'il a voulu faire , et leur mettre le doigt sur le but qu'il s'est proposé, si surtout son ouvrage n'est pas écrit seulement pour am«ser les oisifs. Aussi y si la Préface ne se montre plus orgueilleuse à la tête (lu livre, souvent, sous le titre d'Introduction , elle sert de premier chapitre à l'ouvrage. Le nom seul change, la chose reste.

J'aurais peut-être employé cette méthode si la nature de cet ouvrage avait comporté une division par chapitres, mais comme il n'en était pas ainsi , je n'ai pu sacrifier aux exigences de la mock. Ceei est donc une véritable l^féftice , Pféfiice qit'il faut abMfcment lire si Fon rem coDs^ter avec thdi le Dietifmnmre Argo^ tique,

ie n'attat^e pas à cet ouvrage plus cFîmportanoi» qft'H n'en mérite; je im ireux même point, pou» me eoiilbritier à l'usage général , répéter

PRÉFACE. ^ij

ee que disait le célèbre Glémebt Marot % que le besoin d'un livre semblable à celui-ci était depuis long-temps vivement et généralement senti ; mais lorsque Ton parle sur le théâtre le langage des prisons et des bagnes , lorsque les assassins publient leurs Mémoires^ et les voleurs leurs pensées intimes , te moment est op« portun pour publier un Dictionnciire Argo^ iique.

Cependant, je dois le dire, ce livre n'a été écrit ni pour être Tobjet d'une spéculation plus ou moins avantageuse , ni pour apprendre aux dandys et aux petites maîtresses la langue des assassins et des voleurs , assez d'autres avant moi se sont chargés de ce soin , et à Theure qu*il est ces messieurs et ces dames entravent ligome^ presqu*aussi bien qu'un émule de Cartouche ou de Mandrin.

* Clémenl Marot ilorissait sous le régne de François !«'; il s'ei prime ainsi dan* la préface de la. première édilion des Poéites de Villon , qui fut publiée par ses soins.

* Comprennent l'ai-got.

viij PRÉI'ACE.

On â beaucoup écrit sur les mœurs ides voleurs, mais ces mœurs cependant n'ont pas encore été décrites avec fidélité. La plupart des écrivains qui se sont occupés de cette matière ont chargé leur palette de couleurs trop sombres ; les autres , dominés par leurs idées po* litiques , ont cherché à expliquer par l'organisation de la société tous les vices de la classe qu'ils avaient voulu peindre. J'ai voulu faire ce qui n'avait pas encore été fait, c'est-à-dire peindre les voleurs tels qu'ils sont en réalité , avec leurs vices et leurs qualités ; car, il ne faut pas se le dissimuler, les voleurs ont des qualités. J'ai cru que la connaissance de leur langage servirait à mieux les faire connaître, voilà pourquoi ce qui d'abord ne devait être qu'une étude de mœurs , est devenu un Dictionnaire aussi complet que possible du langage argotique.

Ce Dictionnaire , je ne crains pas de le dire , est fait avec plus de soin que tous ceux qui

PKÉFACt:. ix

Tont précédé. Les lecteurs y Irouveronl de nombreuses observations sur Torigine et la valeur des mots, et des détails peu connus sur la manière de procéder des diverses catégories de voleurs. Ces détails ne seront pas la partie la moins curieuse et la moins utile du livre.

Si Ton veut comparer le nombre des mots contenus dans le Dictionnaire Argvtique avec le nombre de ceux contenus dans le vocabulaire de la langue , on trouvera sans doute le langage argotique bien pauvre , mais cependant, tel qu*il est, il suffit pour exprimer les besoins , les passions, les désirs d'une classe dMndividus beaucoup plus nombreuse qu'on ne saurait se Timaginer, et cela se comprend : le jargon n'est encore, malgré son ancienneté, qu'une langue primitive, et, comme toutes les langues primitives, il n'est composé que de peu de mots, mais presque tous ces mots expriment plusieurs choses. La plus grande partie des mots de la langue dont l'usage est journa-

X PREFACK.

lier, se trouve donc représentée par les quelques mots du langage argotique ; les voleurs pouvaient donc, avant que leur langage fût compris de presque tout le monde, parler ou correspondre sans craindre d*être compris par le vulgaire.

Les quelques lettres qui suivent prouvent , je crois , ce que je viens de dire.

Un voleur déclare son amour à la femme qu'il aime.

« Girofle largue ' ,

« Depuis le reluit où j*ai gambillé avec tézigue et remouché tes chftsseset ta frime d'altèque, le dardant a coque le rifle dans mon palpitant y qui n'aquige plus que pour tézigue; je ne

^ Aimable femme,

DepuÏH le jour où j'ai dansé avec toi el tu tes jolis ^eux cl la mille piqu.mlc , l'amour a mit 1« feu dans mon coeur ,

roupille que poîtoli; je pauoieraî la sai^KM^ne §î ion palpitant nefade pas les sentimens du mien, c Le reluit et la sorgue je ne rembrocfue que téxigue , et si tu ne oie prends à la bonae^ tu m'allumeras bientôt caner. i»

Un voleur convie sa sœur au baptême de son (ils.

« Frangine d'altéquc* ,

« Je mets l'arguemine à la barbue, pour te bonnir que ma largue aboule de idotnir un momignard d'altàque, qu'on trimbelera à la chique à six plombes et mèche^ pour que le

qui D€ bat plut que pour toi ; je ne dors plus » enlia » je perdrai la léle si Ion coeur ne partage pas les sentimens du luien.

Le jour et la nuit je ne vois que toi, et, si tu ne m'aimes, lu me verras bientôt mourir.

* Bonne soeur,

Je mets la main à la plume pour t'apprendre que ma femme \ient d'accoiiclier d'un jrtli gtit^n , quVin nvètttfra de*

Xij PRÉFACE.

ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance; ensuite on renquillera dans la taule à mézigue pour refaiter gourdement et chenument pavillonner et picter du pivois sans lance.

Chenu sorgue; roupille sans taffe.

Tout à tézigue y

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