‹ Les voleursChapitre 58 sur 208 · V. p. — Être exposé , être attaché au carcan ou au pilori · texte numérisé non relu

V. p. — Être exposé , être attaché au carcan ou au pilori

FAISEUR n, s, m.

Lorsqu'après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c'est ce qui m*arrive aujourd'hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m'était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans , je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans Tobscurilé, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici, m'ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d'adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s'occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme; je ne me suis ( style

{*) Déjà^ depuis plusieurs années^ j'ai déclaré aux Fai' seurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de ùioi dans un article destiné à les faire connaître; que le lecteur ne soit donc pas étonné ie trouver ici quelques délails sur rétablissement que je dirige . et sur les moyens d'augmenter encore son influence salutaire.

de biographe ) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m'ont chansonné, si les dramaturges qui m'ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m'avaient chansonné , mis en pièce , ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive , et , par le temps qui court , les champs de Tinuigination sont si arides qu'il doit être permis à tous ceux dont le métier est (l'écrire, et qui peuvent à ce métier

« Gâter impunément de Tencre et du papier^ *

(le glaner dans la vie réelle-, mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable- La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j'ai servi de but à ses atteintes, l^r la nature de l'emploi que j'ai occupé de 1S09 à 1827, et en raison de mes relations intérieures, il y avait entre. moi et ceux que jétaischargéde poursuivre, une lutte opiniâtre ^ continuelle; beaucoup d'hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire , et comme

mes adversaires n'étaient pas de cîiu% qm ne combattent qu'avec des armes eouttoises» ils se dirent : < Gatcminîons , eatoiMMlM , H en n^stera toiijours ^elqiie ekoM. Tmtnefne diM la b<me celui qui nous Mt ta ifaerre f loMfM cela sera frit nons paraltrom fumi-ètn imîm méprisaUes. t Je dois le fecoiiaaUM^ ii0Ba#Mrsaires ne réMsirent pas eonfpiélénieni. L'en n'estime , a« moment où noas sotniMi affiféti ni les volevrs, ni les escrocs, mmhs gtftc^ k Tesprit moutoftnîef dea habilan» àt la eipiiald, le cercle de mes calemaialeiir» s'est agrandi ^ les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d*abord n^était qu'un bruit sourd est devenu nujcrescendo général > et, à rbeorcF qu'il est, je Mis (s'il ftut croire ceoi^ qui ne me cos^ naissent pas) ua être exo^iemoel y «ne aiio^ malie , un Croquemitaine , tout M qu'il est possible d'imaginer; je possède le don des langues et l'anneau de Gygès j je puis , nou* veau nrolhée > prandre la forma qui me con-* vient; je sma le bérw de mille eontea ridionks. De braves gens qui me connaissaient parfaitement «ont ¥CiHi> me raconter mon kâstiiire , da&a laquelle presque toujours le plus beau rôle n'était pas le mien. Mon infortune , si

inlbnune il j a^ ne me Mine pw m èmi* ?tf etegrift ! je le rai» pas le preirniv homiBe qu'on eaprice fMfifihÉre ait flétri ou ridieulmè.

Plus d'une fois^ eependattt^ éurani le ceuts de Ml carrière , tes^ préjugés mm tMm me Inrrer le cbsom ; maie c'oM surtout depuis, que j'ai fondé l'éMbfisseiMeM ^ue je dirige uxh jourdfbtti ^liel'aî été à aiftme d'apprèeiM leur funeste inèuenee. ComMen d'iodlvidus em perdue semioés ptoâ^ eii m<SffM (Met puMe qee préahMément î^ rté Mtu pêé ^ame uie ésmander quelques cofieeîls f El pMrfsei ne sont-ils pas venus? Parce qu'il y a écrit sur la porte de mes beream : Vfaooo'I BMucoup cependant ont firaneM le toehêf de Letieade , et iMiMenant ils pesMM tèle levés devant rhine d» pâtissier^ «Msi n'MC^)» pas à eMx«4ft quejemi'MrMie.

Deui fiats fèsulteM de ee qui vient d'éire dit : Je suie calomnié pur tes fripoM, eh bien ! je les invite à oiier^ appuyé de preuves eenve^ nablM, eia acte d'improbité , d'indélicatesse , comiari* par moi; qu'ils îMerrogem leure sou* vMirs , quils fMHlent dans ma vie privée , et qu'ils viennent me dire : « Vous aves feit cela. » Et ee n*est pas une vaine bravade , c'est un

défi fait publiquement , à haute et intelligible voix y auquel, s'ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur , ils ne peuvent se dispenser de répondre. -

Les ignorans échos ordinaires de ce qu'ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceiix qui , depuis plusieurs années , se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j'ai eu des intérêts à débattre , et que jusqu'à ce qu'ils aieot fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j'ai le droit d'exiger.

Et qu'ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens? Je n'ai jamais été l'homme du pouvoir; je ne me suis jamais môle que de police de sûreté; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociauic et à la sécurité publique, on m'a toujours trouvé éveillé à l'heure du danger; payé par la société , j'ai plus d'une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l'administration , j'ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l'industrie d'éminens service^. Voilà ce que j'ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et

FAI m

éclairés méjugent ; ceux-là seuls , je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.

11 me reste maintenant à parler des Fat^ seursy du Bureau de renseignemens , et du projet que je viens soumettre à Tappréciation de Messieurs les commerçans et industriels.

Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d'industrie, les Faiseurs ^ les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon , on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n'est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune Tor qui brille à travers les réseaux de sa bourse , et l'on honni , l'on conspue , l'on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l'étalage d'une boutique ; c'est sans doute parce que les chevaliers d'industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces , un langage plus fleuri , un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que Ton agit ainsi ; c'est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes , nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que

U'i FAI

la MrfiiGe de ce qu^ 110119 voyood. Les chevs* liers d'industrie, iefi/ai>ifii/yj les aMToes, sont cependant plus dangerouK et plus coupables que tous les autres : plus dang^reiix , parce qu'ils se cachent pour blesser, et échappent presque toii^ours aux lois répressives du pay9; plus coupables, parce que la plupart d'entre eux, hommes iAslriiits et doués d'une certaiw capacité , pourraient cerlaineoieiit ne deroîc qu'au travail ce qu'ils demuidept à la fraude M àriodélj^befise.

C'es( presque jyoujours la nécessité qui oen* duî( la Wii» dM voleur qui d^nte daqs la «tr « rière ; et, soaveAt, lorsque oette nécessité n'asl plus flagimiVs» 9 m corrige et revient à la vertu. Les F^seursy a« contraire, soint presque unis dep jwMes gets de laxnilia qui ont dissipé follement «uie ferMM péniblemeat aequise , et qui n'Mit pa9 fOAiln^reiiiopcer a«x aisances delà vie (aisbimaUe et aui habitudes de luxe 4|a'iis awieut^WAtraelié^s. Ils ne se corrigent jamais, par la raison tome sim^^e qu'ils peuvent &oilenient et<pres^'Hnpunément ^wwm taiir pitoyable wdinstDie.

Us^ventâ bien cela, ^ue loraque j'étais encore £bef de la police de la sûreté, ies grands

hommes de la corporation me défiaient sou» imnl de dévouer leurs rases. Aussi , jointe à celle d'être utile à mes concitoyens, Tenvie d'essayer mes forces contre eux a^t^elle été mne des raisons qui m'ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.

< C'est une nécessité vivemenS et depuis a long-iemps ssntie par le commerce que celle m d'un écablissemeat spécial , ayant pour bm « de lin procurer des renseignemens sur les « prétendus négocians, c^est-»à*dîre sur les « eseroes qui, à l'aide des qualiiications dé ft banquiers, négocians etcommissionnaira&, « usurpent lia «onfianee pubtiqne, et font « journellement des dupes parmi les véritables

* commerçans»

I Les éermins qui se sont spécialement oc*

• e«pés de veekerches statistiques en ees ma*- M tiéMS , élè¥enl à vingt mille le chiffre des in^ A ikisUMb 4e «e fenre. Je veux bien admettre M. qu'il y ait quelque exagération dans ce cal^

vcul t Lesquelqpies lignes qui précédent

comasençaîent le prospectus que je publiais km de l'ouvertare de mon établissement , et, eemne on le voit, j'étais disposé k taxer d'exagf^ration les écrivains qui élevaient à vingt uttllc-

iu PÀI

le chiffre des Industriels; mais, maintenant, je

suis forcé d*en convenir, ce chiffre, bien loin

d'ètreexagéré, n'est que rigoureusementexact.

Oui, vingt milleîndividus vivent, et vivent bien,

aux dépens du commerce et de Tindustrie.

( Que ceux qui ne pourront ou ne voudront

pas me croire , viennent me visiter , il ne me

sera pas difficile de les convaincre.) Que Ton

me permette donc de recommencer sur cette

base nouvelle les calculs de mon prospectus.

Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de

chaque individu, ce qui produit pour vingt

Oiille :

Bar jour 200,000.

Par mois .... 6,000,000.

Par an 70,200,000.

C'estdoncun impôt annuel de70,200,000fr.

que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois , je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d'affaires, de la différence entre le prix d'achat et celui de vente.) L'œuvre de celui qui a diminué d'un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.

Je ne dois pas le cacher , mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incer-* lains; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir: Errare àumanam est! Pauvre homme que j'étais! J'ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe , que pendant tout le temps que j*ai dirigé la police de sûreté. S'il voulait s'en donner la peine, le Vidocq d'aujourd'hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Rases des Escrocs et Filous , et jouer par dessous la jambe celui d'autrefois.

Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m'ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots , ont donné naissance à je ne sais combien d'agencées , copies informes de ce que j'avais fait : Phare ^ Tocsin ^ É clair car ^ Gaieiie de Ren^ seignemens, etc., etc. 11 ne m'appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé , ou qui dirigent encore ces divers étabiissemens, mais je puis constater ce qui n'est ignoré de personne; le Phare est allé s'éteindre à Sainte-Pélagie , ses directeurs viennent d'être condamnés à une année d'emprisonne-

meiUy comme coupables d' escroquerie Le;^ aflicbes qui ont été placées à chaque coin de rue y ont permis à tout le monde d'apprécier à sa jusle valeur le personnel des autres établissemens.

Pour qu un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile , il faut qu'il soit dirigé avec beaucoup de soin. S'il n'en était pas ainsi , les intérêts des tiers seraient gravement compromis; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l'a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l'établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l'hoonAte homme » rien ne leur est plus ihcile que de s'entendre avec les Faiseurs, gur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela , au reste , s'est déjà fait ; les aOiches dont je parIsHS il n'y a qu'un instant le prouvent.

Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour mi'opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Gt, que l'on ne croie pas que c'est un présent de peu d'importance : j'ai, par jour , 100 fraac»

au moins de frais à faire > ce qui forme un total annuel de 86,500 fluncs; et, cependant, quoique je n*eiige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur Timportance des affairesqui me sont confiées, il me rapporte quinse à vingt mille flnancs par année de bénéfice net.

Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien , absolument rien ; Je ne vends pas mon baamêjj£ le donne ^ et cela, pour éidter que les Faisears , qni attendent avec impatience l'heure de ma retraite , ne puissent s'entendre atec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.

11 a certes ftdlu que les serTices rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j'aî dû surmonter, et les pré* jngés qae j*ai eu à vaincre^ je puisse, après seulement trois années d'exercice, atoir inscrit, sur mes registres d^abonnement , les noms de près de trois mille négocians recommandabies de Paris, des départemens et de l'Étranger. Il n'est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par là plus impérieuse nécessité ; et, je dois en contenir, j^ai eu plus à réparer qu'à prévetiir. Tels qui sont venus m'apprendre

qu'ils avaient été dépouillés par tel ou tel Fai^ $eur\ dont le nom , depuis long-temps , était écrit sur mes tablettes, n'auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à T agence

VlDOCQ.

Pour atteindre le but que je m'étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais , j'avais déjà , lorsque je commençai mon ratreprise , fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l'activité doivent , à la longue, ouvrir tous les chemins, ie commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j'ai réussi, du moins en partie.

A l'heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n'a pas encore été foit ; il ne m'a pas été

possible de Satire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi , il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Remets gnemens sera dirigé par le commerce , dont il sera la propriété.

Et cela est &cileà concevoir, les préjugés alors n'arrêteront plus personne , et tous les jours on verra s'augmenter le nombre des abonnés; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n'opérer qu'avec sécurité. Hais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu'il aura payée , peu de chose , il est vrai , mais que , pourtant, il aura te droit d'exiger ? sans nul doute.

Le nombre des abonnés étant plus grand , beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n'est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perle de temps , sans dérangement , ce qui est déjà quelque chose.

Mais on n*aarait pas atteint le bat que Ton se propose 9 si Ton se bornait seulement à mettre dans Timpossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il fâiut que ceux qui se présente* raient avec un nom vierge encore, mais dont te$ intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant môme d*avoir pu mal faire.

On ne se présente pas habituellement dans «ne maison pour y demander un crédit plas ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d'un individu, qu^il se réserve de tromper plus tard , tient à ne point paraître tomber du cieK Eh bien! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nou^ veaux, et ces diagnostics,, s'ils trompent, trom^ peronl rarement. Les chevaliers d'industrie, les Faiseurs j les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent; celui qui en connaît un , les connaîtra bientôt tous , s'il est doué d'une certaine perspicacité , et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. 11 ne laut , pour acquérir cette connaissance , que procéder par analogie et avec patience.

Si ma proposition est acceptée, on ne verra

plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de Téchelle sociale , et qui possèdent une fortune indépendante , servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d'un malheureux négociant, et se retirer, torsqu'arrivent les jours d'échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n'a osé déchirer. Lorsqu'ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de Topinion publique , ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.

Les Faiseurs j chassés de Paris , exploiteront les départemens et les pays étrangers? Mais, rien n'empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseigfiemens ne reçoive encore de l'extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et TÉtranger. Gela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.

En un mot , j'ai la ferme conviction , et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d'hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du com-

merceet de Tindustrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.

Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et , maintenant que le navire est eu pleine mer, qu'il n'y a plus qu'à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligens et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés , pourrait, au besoin , être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu'elle peut produire, l'opération que je propose ne perd rien de son importance. C'est ce qu'il me serait facile de prouver par des chiffres , si des chiffres étaient du domaine de ce livre.

Je ne sais si je me trompe , mais j'ai l'espér rance que ma voix ne sera pas étouffée avant de .s'être fait entendre ; j'ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu'il soit possible de croire que l'intérêt est ici le mobile qui me fait agir.

Je ne me serais pas , il y a quelque temps , exprimé avec autant d'assurance ; mais , maintenant que l'expérience m'a instruit, je puis ,

je le répète 9 défier le premier laiseur yenu^ de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-jc acquis le droit de m'étonner que tout ce qu'il y a en France d'honorables négocions ne soit pas encore abonné.

Depuis que j'exerce , les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c'est-àdire l'audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tète de Méduse, et peutêtre qu'il suffirait, pour être constamment à l'abri de leurs tentatives et de leurs atteintes , de placer , dans le lieu le plus apparent de son domicile , une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d'assurances contre l'incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Y idocq ! Assurance contre les Faiseurs ^ seraient écrits en gros caractères.

Cette plaque, j'en ai l'intime conviction , éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heuresde son temps à faire inutilement l'article.

Cette plaque, je le répète, éloignerait les

Faiseurs. Je ne prétends pas dire , cependant, qu'elle les éloignerait tous; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l'apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.

Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n'est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans Tallée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est , en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d*année, à l'époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître surrhorîson , pâles et décharnés , les yenx ternes et vi<^ treux, cassés» quoiques jeunes encore, tonjours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux , ils ne font que peu ou peint d'af** &ires, leur unique métier est de vendre ievr signature à leurs confrères de la haute.

Los Faiseurs de la haute sont les plus dan-

gereuXy aussi, je ne Ei'ooeupei*» que d'eux. J'ai dit des derniers tout ce qu'il y avait à eu dire.

Tous les babitans de Paris ont entendu par- 1er de la maison Ho* et Compagnie, qui fut établie dans le courant de Tannée i834, rue de la Chaussée d'Antin» n9 ii. L'étaUisaement de cette maison , qui se chargeait de toutes les opérations possibles» consignations» expédi* Utms , escompte et encaissement » exposition permanente d'objets d'art et d'industrie » causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n'avait» disait*on, présenté autant d'élémens de succès. La So*» dété française et américaine publiait un jour<nal » et donnait des i&tes charmantes » dont M • le marquis de B*.. faisait les honneurs avec une urbanité tout-à<^fait aristocratique* Il n'en falr lait pas davantage» le revers de la médaille n'étant pas connu» pour jeter de la poudre aux

yeux des |dus clairvoyans* H » comme on

l'apprit trop tard» n'était que le prête^nom de R...» Faiseur des plus adroits» précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel» condanmé à douze années de travaux

456 F Al

Après avoir fail un grand nombre de dupes, R... el consorts disparurent) et Ton n'entendit plus parler d'eux.

Peu de temps après la déconfiture de la maison H... et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Dukaim Père et Compagnie, Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s'empressèrent d'accepter les propositions avantageuses de la maison Dahaim Père ei Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu'ils furent bien convaincus de leur malheur , ils vinrent me consulter. La contexturc des pièces, et l'écriture des billets qu'ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n'était autre que R. . . Je me mis en campagne , et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L'instruction deson procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur- Mer.

R.... est , sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs^ ses capacités financières

sont incontestables , et cela est si vrai que , no-

nobslaul ses f&cheux antécédens, plusieurs

maisons de T Angleterre /où il avait exercé

long-temps, qui désiraient se rattacher, lui

firent» à diverses reprises, des offres trés-bril-

lantes. R.... est maintenant pour long-temps

dans rimpossibilité de nuire, mais il ne faut

pas pour cela que les commerçans dorment

sur leurs deux oreilles, R.... a laissé de dignes

émules; je les nommerais si cela pojivait servir

à quelque chose , mais ces Messieurs savent ,

suivant leurs besoins , changer de nom aussi

souvent que de domicile.

Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R.... procèdent à-peu-près de cette manière : Us louent dans un quartier commerçant un vaste local qu'ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde , sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de

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sacoches d'argent viennent verser des fionds k la nouvelle maison de banque. C'est un «ftoyeii aRiroit d'acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s'accorde qu'à celui qui possède.

Après quelques jours d'étafolissement la maison adresse des lettres et des circulaires i tous ceux avec lesquels eBe désire m mettre en rdaHion ; c'est principalement aux nouveaux négocians qu'ils s'adressent, sachant bien que ceux qui a'ont pas encore acquis de Texpé* rience à leurs dépens seront plus focilei à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n'épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cents lettres à la poste.

En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse q»^« ques billets de bricole, les bons font p2»ser les mauvais , et comme ces derniers , aussi bien que les premiers , sont payés à l'échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables , des'noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde com*'

Biercial , ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.

Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d'argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans»

Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondons ; ainsi, par exemple, un des effets qu'ils auront nàts en circulation ne sera pas payé , «t l'on se présentera chez eux pour en opérer le recouvre^ ment, alors ils n'auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement im*prévu , mais ils donmsront un bon %wt des banquiers famés qui s'empresseront de payer pour eux , par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.

Lorsque le Faiseur^ Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie , et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n'ont entendu parler de lui.

L'unique industrie d'autres Faiseurs est d'achMer des marchandises à crédit. Pour no

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