‹ Les voleursChapitre 8 sur 208 · DES · texte numérisé non relu

DES

(Einnmanîremend îre TiBfilwe*

Les iètes tu t'empoiverâs* Avec ta largue tu tapis franc \

Les dimanches tu grif>chira6 ^ Bans les tôles bogues el ployants K

Paumé, point tu ne mangeras ^ Dans le taffe du gerbement ^.

* Les féles tu t^enivreras.

> Arec ta femme chez un marchand de vin affranchi. '^ Les dimanches tu Toleras.

* Dans les maisons montres et portefeuilles.

* Arrêté tu n*avoueras rien.

' De peur d'un jugement.

xxxvirj PBiFACf!.*

Mercure seul tu adoreras Comme dabe de Tentrollement '.

Aw

Èfi bâchasse tu pegrcnneras ' Jusqu'au jorne du décarement K

Tous les reluits tu poisseras ^

Pour Tiyre et picter chenument ^.

Lorsque les voleurs virent que le langage qu'ils avaient adopté était^ pour ainsi dire, connu de tout le monde » ils en restreignirent l'usage; ils ne s'en servirent plus que pour

* Comme dieu du toI.

' Aux galères tu mourras de faim.

' Jusqu'au jour de ton évasion .

* Tous les jours tu voleras.

* Pour TÎvre et bîffi boire.

PRÉFACE. xxnix

converser entre eux. Mais ils imaginèrent pour leur correspondance un langage de convention dont voici quelques exemples.

c Monsieur ,

* Ayant des travaux importans à faire, je m'adresse àvous pour vous prier 4e me dire s'il ne vous serait pas possible de me procurer de bons et loyaux ouvriers. Gomme il s'agit de machines, il est nécessaire que Ton puisse compter sur la discrétion de ces hommes. 11 m'en faut dix pour l'usine de M. Pipé , et trois de plus pour la maison de M. Garnafier, dont l'établissement est plus considérable. Qu'ils ne s'embarrassent pas d'outils , ils trouveront ici tout ce dont ils auront besoin. Le prix de là journée sera bon ; ils s'entendront , à ce sujet, avec M. Fadard, chargé de la direction des travaux.

< Je suis, etc. , etc. »

^ Monsieur,

A^aiil à faire un chauffage qui doit ède productif, je m'adrease à vous pour tous prier de me dire s'il ne voua

l\ PRÉFACE.

A Monsieur >,

« Lorsque vous nous écriviez ie 20 courant, vous vous étonniez de n'avoir, pas conime les

serait pas possible de me procurer de bons et loyaux compa- {^ons I comine noua serons peut-^lre forcés de tuer , il faut que l'on puisse coin|)tcr sur la discrétion de ces homin«»; il m'en faut dix pour un château, cl trois de plus pour une ferme dont le perKmnel «st beaucoup plus oonsidérable. Il n'est pas nécessaire que ces hommes se munissent d'armes et d'in<it rumens, ils trouveront ici tout ce dont ils auront besoin, il y a beaucoup d'argent à.gagner dans oeilenffiiiT6«t le partage du butin sera fait avec loyauté. Je suis , clr.

' Monsieur ,

Lorsque vous nous écriTiez, le 20 courant» voua vous étonniez de n'avoir pas, eomme lea années précédentes, rencontré à la foire de Beaucaire, MM. Suage et Compagnie, c'est arec douleur que nous voua apprenons que votre compagnon a été arnélé d«ux jours avant l'époque ù^ée pour son départ, l'avocat que nous avons consulté nous a annoncé qu'il craignait que la position de l'accusé ne fût désespérée, et il a cru que le meilleur système de défense possible était de se renfermer dans une entière dénégation , ce système a d'abord réussi et pendant deux jours le prisonnier a pu croire qu'il se tirerait de ce mauvais pas, mais l'arrivée inopinée de M. Duval, témoin à charge, adonné naissance à une nouvelle accusation , et maintenant le prisonnier ne aait plus que dire

PRÉFACE. Alj

années précédentes , rencontré à la foire de Beaacaire^ MM* Suage et Compagnie. C'est avec douleur que nous vous apprenons que M. Suage est tombé subitement malade deux jours avant l'époque de son départ. Le médecin quenousavonsappelénousa annoncé qu'il craignait la fièvre cérébrale. Il a ordonné les sangsues et une saignée y œ qui d'abord a beaucoup calmé le malade. Le mieux s'est maintenu deux jourst mais l'arrivée inopinéede M. Du val, son parrain , a produit sur lui une telle sensa* tioBy qu'il a éprouvé un redoublement de fièvre. Le mal est devenu si intense , qu'il bat ta cam-

pour fa défense , et nous craignons que si irolre compagnon passe en jugement , il ne soit condamné à mort , d'autant plus que son aAaîre est absolument semblable k celle de son malbeureux frère; nous avons réuni les trois plus fameux avocats du pays, ces messieurs ont tous été du même avis, ils ont veconnu qu'il n'y avait rien à espci-er, et en demtcne analvse ils nous ont conseillé de tenter de faire évader le prisonnier; il nous en coûtera au moins 1,000 francs pour cela, mais nous sommes disposés à tout sacrifier pour sauver la vie d'un aussi brave garçon ; le geôlier nous aidera , ayez donc la bonté de nous envoyer le plus tôt possible un boik cbeval , c'est maintenant la seule ehose qui nous manquo.

xti PRÉFACE.

pagne. Nous sommes désotés ; nous craignons

que cette maladie, qni présente les mêmes

symptômes que celle qui nous a ravi son mal*

heureux frère, ne lui fasse perdre la tête ; aussi

nous avons réuni les trois plus fameux médcr

etnsdu pays; ces messieurs. ont tous été da même avis ; ils ont rèicohnu le danger imminent

du malade, et, en dernière analyse, ils nous oni conseillé de tenter l'emploi dé la méthode du sieur Caval, célèbre docteur allemand, qui ne prend pas moins de 1 ,000 francs pour une cure. C'est , pour guérir l'infortuné M. Suage, le seul remède qui nous reste à essayer, et nous sommes disposés à tout sacrifier pour sauver la vie d'un aussi brave homme. L'oncle de votre ami nous a promis sa protection , il nous aidera. Vous devez vous imaginer combien cette cruelle maladie nous dérange; il nous est impossible de travailler convenablement , car presque tous nos momens sont consacrés à ce malheureux. La gêne dans laquelle nous allons nous trouver durant le traite-

PRÉFACE. xliij

xiàen\, dif dpcteur Caval ^ npti». force à vous }u?ier de nous préler, jusqu'à ce que M.. Suage âoit convalescent» votre.coraoïis, W. Gré. )) est actif, jeune :ei leste, il nous sera très-utile*

ft . Nous comptons sur votre pUigeanoe et sur Tarrivée trës-procliaine de M. Gré, que nous aUendons avec la plus vive impatience^

• Recevez, etc. v

Comme on a pu le voir, l'expression de ce langage est susceptible de se varier à Tinfini, et chaque individu pouvant se faire un lexique à son usage particulier , il devient très-diiHcilc de toujours le comprendre. Mais, cependant, la posttbn de Tindividu qui étrit une lettre semblable à celles que nous venons de citer doit servir à la faim comprendre.

J'ai dit plus haut que Targot n'était pas de

création nouvelle , le lecteur trouvera dans le cours de cet ouvrage (Voir les articles Argucbb, Cagoux ou Archi-Suppot de l'Argot, CoESRii.')

xliv PRÉFACE.

des détails sur son origine et ses premiers prs^ ticiens. Ces détails et les quelques pièces qui suivent, pièces empruntées au Dictionnaire Argotique édité à Paris par lean Muster, fe^ ront mieux connaître que tous les discours possibles la valeur et le mécanisme de l'ancien Jar. Ces pièces, comparées à celles qui précèdent, pourront aussi servir i constater les progrès du langage.

Voici d'abord un dialogue entre un Malingreux et un Polisson '.

LE MALINGREUX

Bé hauré , t'aquige en chenastre santé?

£h Fani , je te ^'ois en bonne santé.

LE POLISSON

Et loi , camarade, où Tas-tu?

LE MALINORBUX.

En ce pays de Berrj , on m'a dit qu'il faisait bon y mendier , et qu'on -y donnait beaucoup.

PBÉPACB. x\v

LE POLISSON

El tézière i faoaodei » où trimardes tu 7

LE POMSSOX.

Guércfl.

LE HALIKCHEeX.

La police y esl-elle indulf^te ?

LE roLtssoii.

NoDy c'est pour cela que je quitte cette TÎlle ; car si je l'araU un peu rolé , je serais mort de faim.

LE MALiaoaaox.

Y a-t-il un hôpital dans cette irîlle P

LE roLisson.

Ouï.

LE HALINORCUX.

Eat-il bon ?

LE roLissoa.

Pas trop , les lits ne sont que de paille.

LE MALINGREVa .

Le gardien de l'hôpital est-il frnnçsis , est-i! bon enfant ?

LE POLISSO?!.

Paa trop ; mais vers les Capucins il y a trois ou quatre ta-

%\vi FR&FACE.

LE 1IALINGIISU91.

En ce Pasquelin de Berry,. on m'a rouscaillé que truche y élait chenastre et en cette vergne fiche en la tune gourdement.

cernes , et les UTernters sont bons fr ançais ; inttU d*oii vienstu? qu'y a-t-il de nouveau ?

L^MALIJI01tBVX>

Pas grand' chose , sinon qu'un di3 nos camarades s'est moqué d'un gentilhomme «

LB rOLISSOlT.

Coin ment cela ?

LE MALllfGBBUX.

C'est qu'un de ces matins un marcandier alla demander l'uumône dans un château , et le gentilhomme ne lui donna rien ; le marcandier voyant des poules d'Inde qui mangeaient du grain dans la cour, frappa de son bâton sur la télé d'une , et la tua y puis il la mil dans son bissae , puis quand il fut dehors il écrivit contre la porte ce qui suit :

« Si le gentilhomme eût donné du pain au marcandier , celui-ci n'eût pas pris sa poule d'Inde. »

Le gentilhomme sortant dehors, yit cet écrit et le lut ; mais il n'entendait pas l'argot ; il demanda au curé de son village, ce que voulait dire cela, mais il n'entendait pav mieux l'argot que lui.

1! arriva qu'en passant près la porlç du château , je \ii| cet

PRÉFACE. xUij

LE PÔLlSSOff.

Quelque peu y pas guères.

érriteau et me mU à le lire ; vn domestique du cbàleau , qui me regardait , avertît le gentilhomme que je riaia en lisant ; le gentilhomme me deman Ja, et me dit : «Viens ici , groa^ gneux ; qu'est-ce que tu lis contre ma poric ? a Je mis le chapeau à la main , et lui répondis : ■ Monsieur» c'est que le bon pauvre qui TOUS demanda l'aumône un de ces derniers jours, et auquel TOUS ne donnâtes rîeni a écrit que si tous lui aviez donné quelque chose, il n'aurait pas emporté Tolre poule d'Inde. » Lors, le gentilhomme en colère jura par la tète de Dieu que s'il allrapait jamais le mendiant dans son château, il lui donnerait cent coups de bâton sur les épaules , et moi de me sauver le plus TÎte possible.

LE roLisnoN.

Dieu garde de mal le frère, puiiiqu'il a si bon cspril.

Li HALiiioaevx.

Veux-tu Tenir manger et dormir btcc moi , en une des tavernes dont tu m'as parle ?

LE rOLISSON.

11 n'j a ni sous ni liards en ma poche, je tcux dormir dans quelque ferme. »

LX MALINOaXUX.

Il y a deux douzaines de soua en ma bourte et deux poules dans mon bissac, que j'ai tuées sur le chemin, viens les faire rôtir; reux-lu?

xlviij PRÉFACE.

LE MALINGREUX

La polisse y est-elle chenastre T

LE F0LIS901f.

Béni toit le nom de Dieu 4|iii m^a fait rencontrer si bonne ocoaaion , je va» m'en réjoair , et chanter une ohanaon.

Ce dialogue p ainsi que les ckanaoDS argotiques qui le sui«vent sont extraites du Dictionnaire dont j'ai détaillé le titre à l'article Jbhayc RuffanU.

Un acrostiche qui accompagne ce petit livre fait présumer que l'auteur se nommait Olivier Chereau. Voici cet acrostiche :

O argot incomparable, r* 'appui de tous les souffreteux, t** e comfortdes misécables, M ndigens et néoessiteux , •^ ive l'argot et tous les gueux ; NN 1 faut que le travail soit bon , PI t encore est- il bien Acbeux , •gg enfermé dans une maison.

O ela n'est-il pas ennuyeux , SIS a! vive l'argof et tous les gueux , ' H tre soldat est honorable.

9 elevéjusque dans les cieux« H t l'argo lier est déleetable, > ussi la cuisine vaut mieux, *< ire l'argot el tous les gueux .

PBÉFACE. xlix

LE POLISSON

Nenny y c'est ce qui me fait ambyer hors cette

Ce livre est accompagné d'une tignede représentant le grand CoCsré en costume d'apparat, accompagné de ce quatrain.

Je suis ce fameux argotier, Le grand Coésré de ces m ions ".

J'eoterve truche et doubler** , Dedans les boules et frimions ***.

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