ET D ARETES SANS DOUBLEAUX O
Tournus (1), dans la crypte de la cathédrale de Chartres, bâtie entre 1020 et 1024, et dans le déambulatoire de Vignory qui remonte au milieu du xi® siècle sont généralement dépourvues de doubleaux (2), d'autant plus que les lunettes en pénétration au droit des fenêtres s'opposaient à leur emploi, comme dans les ronds-points de Saint-Savm (Vienne) et de Sainte-Radegonde de Poitiers. Au contraire, la voûte en berceau qui recouvre la nef de Saint-Etienne de Nevers, terminée vers 1095, s'appuie sur des doubleaux.
L'absence de doubleaux, à Saint-Martin du Canigou, s'explique par l'emploi de colonnes monolithes qui soutiennent les grandes arcades de la nef. En effet, si les architectes gothiques trouvèrent le moyen de concilier l'usage de supports de ce type avec la nécessité de faire retomber les ogives, les doubleaux et parfois les formerets sur trois ou cinq colonnettes posées sur les tailloirs des gros chapiteaux, leurs devanciers n'adoptèrent un parti analogue que très rarement. Ainsi quand la nef de Saint -Philibert de Tournus fut recouverte après coup, au commencement du xi® siècle, de berceaux transversaux, l'architecte posa des demi-colonnes sur les gros piliers cylindriques pour porter les doubleaux. On peut voir un autre exemple de ce système dans la nef romane de Saint-Nazaire de Carcassonne sur les piles faibles de plan circulaire. A Aulnay-de-Saintonge où les piliers quadrilobés sont de faible hauteur, les chapiteaux qui font face à la nef et aux bas-côtés se trouvent au même niveau que ceux des grandes arcades. Le maître de l'œuvre monta donc sur les tailloirs deux colonnes jumelles qui correspondent aux doubleaux du vaisseau central et des collatéraux. 11 faut comparer cette disposition avec celle qu'on remarque sous les doubleaux de la nef à la cathédrale d'Autun, à Notre-Dame de Beaune et à Saint-
(1) A Tournus, le berceau tournant du déambulatoire supérieur est renforcé par des doubleaux.
(2) Exemples : cryptes de Moatraajour, de la cathédrale de Limoges et du Dorât.
Trophime d'Arles qui retombent sur un pilastre flanqué de deux colonnettes.
L'emploi de colonnes isolées n'avait aucun inconvénient dans les nefs recouvertes d'un plafond de bois, comme à Ryes (Calvados), à Etretat, à Manéglise (Seine- Inférieure), à Gassicourt (Seine-et-Oise),àBerteaucourt-les- Dames (Somme), mais comme plusieurs architectes qui lancèrent une voûte en berceau sur une nef soutenue par des colonnes isolées n'adoptèrent pas le système que j'ai signalé à Saint-Philibert de Tournus, il en résulte que l'absence de doubleaux est la conséquence du défaut de points d'appui. On peut le constater à Saint-Nectaire, à Civaux et à Saint-Savin (Vienne), à Lichères (Charente). La voûte primitive de l'église de Chauriat (Puy-de-Dôme) dont la nef est bordée de colonnes devait également être dépourvue de doubleaux, mais elle s'écroula (1) : un architecte du xv^ siècle la remplaça par une voûte en berceau brisé dont les doubleaux retombent sur de larges corbeaux moulurés. A Saint-Benoît-sur-Loire, les six travées du chœur se composent d'arcades en plein cintre très étroites qui retombent sur de fortes colonnes isolées. Néanmoins, pour ne pas couper l'arcature, l'architecte n'a monté sous la voûte en berceau qu'un seul doubleau central qui s'appuie sur deux corbeaux sculptés. Dans le sanctuaire de Saint- Genou (Indre) qui présente une disposition analogue, la voûte en berceau est dépourvue de doubleaux au droit des grosses colonnes qui sont au nombre de quatre de chaque côté (1).
Dans quelques grandes églises auvergnates, l'usage de la pile carrée cantonnée de trois colonnes qui correspondent aux grandes arcades de la nef et aux doubleaux des bascôtés impliquait le parti de ne pas appareiller de doubleaux
(1) On peut faire la même remarque dans les chœurs des églises des Aix d'Angillon, de La Celle-Bruère et de Saint-Outrille de Graçay (Cher).
SOUS la voûte supérieure puisque les supports ne formaient aucun ressaut vis-à-vis du vaisseau central. C'est le constructeur de r église d'Ennezat (1), qui semble avoir imaginé le premier cette disposition anormale, car l'étroitesse de la nef qui mesure 3°^, 68 de largeur, le caractère archaïque de la décoration et du chapiteau qui représente un avare entraîné par le démon permettent de considérer ses parties romanes comme une des œuvres les plus anciennes de l'école auvergnate.
L'absence complète de doubleaux se remarquait également dans la nef de Mozac avant la chute de la voûte au XV® siècle, comme le prouve le plan de toutes les piles flanquées de trois colonnes. Enfin 1" église de Saint-Amable de Riom doit être classée dans, la même catégorie, mais son vaisseau central est recouvert d'un berceau brisé anormal en Auvergne. Ainsi la plus ancienne et la plus récente des églises romanes de cette province présentent la même particularité qui offrait un grave inconvénient, car les voûtes en berceau sans doubleaux sont exposées à se lézarder dans leur axe longitudinal. Cet accident s'est produit à Saint-Etienne de ^severs, malgré l'existence des doubleaux.
La raison qui détermina les architectes des églises d'Ennezat, de Mozac et de Riom à regarder les doubleaux comme in\itiles est difficile à deviner. Sans doute, on pourrait prétendre que l'architecte d'Ennezat n'avait pas l'intention de voûter la nef quand il planta ses piles à trois colonnes, mais dans ce cas il aurait donné une largeur plus grande au vaisseau central. Le défaut de colonnes montantes s'expliquerait par une raison de construction si les tribunes auvergnates étaient ajourées par des baies très rapprochées ou remplacées par une arcature continue, comme dans les chœurs de Saint-Benoît-sur-Loire et de
(1) La fondation de cette collégiale est antérieure à 1073. Cf. GaLlia chrisliana, t. II. Instr.