CHAPITRE XVI
Gomme le Roy des Bâtas partist de Xurban , pour aller vers Achem, et de ce qui se passa après leur entrtvucuè'.
Le lendemain matin le Roy des Bâtas partist de Turban , pour s'en aller au Royaume d'Achem » qui est oit à dix-huict lîeués de là. Il menoit auecque luy quinse mille hommes de guerre, desquels il y en airoit huict mill^ Ratas y et le surplus estoient Menancabes, Lusons, Andraguiresy ïambes ^ et Boumées, que les Princes ses Yoisius luy auoient enuoy é de secours , auec quarante Ekphans, el douae charrettes de petite artillerie y k $àçauair de Faucons , Berches, et autres pièces de campagne, pMmy lesquelles il y en aucùt trois ou estaient les âmes de France, qui furent prises en Tan i5^^ au temps que liOf^ Vas de Sampayo estoit GouTenwur de TEs- IM des tildes* Lesqii€4)es pièces se treuiierent
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dans vn nauire qui arriuà auecque des François, • duquel estoit Capitaine et Pilote vn Portugais, natif de la ville de Condé, nommé Rosado. Or ce Roy deâ Bâtas ne faisant que cinq lieues par ionr, arriua en une riulerre appelle Quilem, Là par des espions du Roy Achem , lesquels on y prit ; il sceut que son ennemy Tattendoit à Tondacur^ à deux lieues de la Ville, pour se voir auecque luy à la campagne; et qu'il auoit à sa suite force Ëstrangers, à sauoir Turcs, Cambayans, et Malabares de la côte des Indes. Alors le Roy des Bâtas ayant faict assembler son conseil de guerre, meit en délibération cette affaire^ et fist appeller ses Capitaines , qui luy conseillèrent d'attaquer Tennemy deuant qu'il se fut rendu plus fort. Auec cette resolution ayant quitté la riuiere , il marcha plus viste que de coustume y et arriua à dix heures du soir au pied d'vRe montaigne , à demy lieuë du camp de Tennemy ; où après s'estre reposé plus de trois heures, il se meit à marcher en campagne en fort bon ordre. Pour cet effect il diuisa son armée en quatre bataillons, et passant derrière vne butte, comme il fôt au bout d'icelle , il descou^ urit vue grande plaine semée de riz , où les ennemis s'estoient serrez en ^ gros bataillons. D'abord que les deux armées se découurirent, et qu'au son de leurs trompettes^ cloches, et
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- taïubours, les soldais se furent donnei le signal auecque des cris i et des hurlemens incroyabirs, ils s'attaquèrent valeureusement Or le combat fut à peine commencé , quHls se ietterent vne quantité de bombes » flesches» et autres artifices à feu; et ainsi sWans joints de plus pres^ ils en vindrent aux mains auecque tant de courage, qu'à voir vne si grande furie » Ten tremblois d'appréhension. La bataille continua de cette façon plus d Vne heure , sans qu'il fut possible de part ny d'autre de connoistre j^ qui l'aduantage demeureroit. A la fin Achem ayant preueu que s*il s'obstinoit dauantage il perdroit une bonne partie de son armée , pour ce que ses gens estoient fort lassez, il fist sa retraitte vers vne petite butte f qui estoit du costé du Sud , esloignée de Bâta* tant seulement de la portée d'vn Fauconneau. Là son intention estoit de se fortifier dans des tranchées qu il auoit faict faire tout contre vn rocher, qui estoient en forme d'vn iardin, où d'vn labourage de riz. Mais un frère du Roy d'Andragie luy rompist ce dessein; pour ce qu'avec deux mille hommes qu'il meit au douant , il luy couppa chemin , et Tempescha de passer; tellement que leur querelle deuint au mesme estât qu'elle estoit auparavant. Et ainsi le combat recommença entr'eux avecquo tant de furie^ que se blessans cruellement les vus les autres, ils tes-
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moignoient bien qu'ils esgaloient en courage toutes les autres nations* Par ce moyen deuant qu'Achem eust gaigné les tranchées , il perdist plus de quinze cens hommes des siens, du nombre desquels estoient les cent soiicante Turcs, qui peu de iours auparauant lui estoient venus du détroit de la Mecque, et deux cens Sarrazins* Malabres , aueo quelques Abissins , qui estoient les meilleurs hommes qu'il eust auec liiy; et d'autant qu'il s'en alloit estre enuiron midy, et que la chaleur estoit fort grande, le Roy des Bâtas se retira vers la montagn^ , où il passa tout, le reste du iour à faire penser les malades , et ensevelir les morts. Or pour ce qu'il n'estoit pas encorde bien résolu touchant ce qu'il deuoit faire, comme n^ayant pas reconnu le dessein de Tennemy, durant toute cette nuict il eut soing que de bonnes sentinelles fussent posées de toutes parts. Le lendemain le Soleil ne commença pas si tost de paroistre, qu'avec ses premiers rayons U luy fist voir la vallée où les gens d'Achem auoient esté le iour précèdent; mais comme il ne s'y treuua plus aucun d'eux, cela luy fist croire que Tennetny estoit défait. Sur ceste créance pour mieux poursuivre la première pointe de la victoire, il congédia tous les blessez, qu'il iugea n'estre plus propres au combat, et suiuit l'ennemy iusqu'à la ville. Y estant arriué deux heures
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aiiparauant que le Soleil fust couché ; premier que se camper, pour raonstrer qu'il auoit encore assea de force pour combattre ses ennemis , et leur résister, il se résolut de leur en donner des preuues ce iour-là , par le moyen de quelque acte signalé. Pour cet effect il brusla deux des fauxbourgs de la ville ; ensemble quatre Nauires , et «deux Gallions, qui estoient hors deTeau, et dans lesquels les Turcs estoient venus du détroit de la Mecque. Et certainement le feu se prist si fort dans ces six vaisseaux, sans que les ennemis osassent iamais sortir de la ville pour l'esteindre, qu'en fort peii de temps ils furent tous consommez. Âpres cet éuenement, le Roy des Bâtas, qui se voyant fauorisé de la fortune ne vouloit perdre aucune occasion , commença d'attaquer vn fort , nommé Penacao , qui auec douze pièces d'artillerie deffendoit l'entrée de la riuiere, il s'y en alla doncques en personne , se meit à l'escalade à la veuë de tous Tes siens; et après auoir faict planter septante ou octante eschelles, il fist si bien qu'il y entra dedans sans perdre que trente-sept hommes; s'estant rendu maistre de ceste place il fit passer par le fil de l'espée tous ceux qui s'y treuuerent, iusqu'au nombre de sept cens hommes , à pas un desquels il ne voulut sauuer la vie. Ainsi le iour de son arriuée il fit trois choses fort mémorables , et qui anime*-
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rent de telle sorte les siens ^ qu'ils voulurent tous ceste mesme nuict aller attaquer la ville, et Teusa. sent fait asseurément s'il ne les en eust empesché; car pour ce que la nuict estoit fort obscure j et ces gens lassez , il se contenta de ce qu'il auoit fait ^ et en rendit grâces k Dieu.