‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 20 sur 101 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

De ce que fist encore le Roy des Bâtas, après le succcz de

de ceste iournée.

Le Roy des Bâtas tinst ceste ville assiégée par l'espace de vingt-trois iours j durant lesquels deux sorties furent faictes, où rien ne se passa de mémorable, car il n^ fut tué de part et d'autre que dix hommes tant seulement ; mais comme les victoires et les bons succez de la guerre ont accoustumé d'encourager le victorieux ; il arriife quelquesfois que les foibles se font si forts, et les poltrons si hardis ^ que posants bas toute crainte, ils ne feignent point d'entreprendre les choses les plus difficiles et dangereuses ; d'où il s'ensuit aussi assez souqent que les vns s'aduancent , et les autres se ruinent. Cela ne parut que

I iii VOYAGES ADI AHTrRCTX

trop éttident en ce que îe remarque de ces |^> Kl ; car le Roy des Bâta» voyant que celui d*Acly% ^'efttoit retiré avec vue grande demoostratioo c^ M confesser vaincu , en vinAt iiisqu'â ce poiDl de hardieft«M; , que luy et ses gens croyant qu'il (œî impossible de leur résister, et se confiants en ceste vaine opinion qui les aueugloit, coamrer.: deux fois fortune de se perdre, potir les actiom téméraires qui furent par eux commises. En \z seconde sortie que firent les habitans, les geD« du Roy des Bata^ les attaquèrent vertement par deux eudroicts; dequoy s'estant apperceus ceoi d'Achem, faisans mine d'estre les plus foibles. ils se retirèrent vers la mesme forteresse où leonemy leur auoit pris le iour précèdent douze pièces d'artillerie , et où ils estoient entrez par escalade, suiui dVn de ses Capitaines, à qui Poecasion estant favorable il y monta pesle-mesie auec les siens, pour ce qu'il luy sembloit que la victoire luy fust asseurée. Mais comme ils furent tous dans les tranchées, les gens d'Achem leur tournèrent visage, et se def fendirent courageusement; puis lors qu'ils furent meslez ensemble, les vns pour entrer, et les autres pour deffendre l'entrée; ceux d'Achem meirent le feu à une grande mine qu'ils auoient faicte , qui pour estre de pierres seiches, eut vn tel effect, qu'elle ietfa en Vair le Capitaine des Bâtas, et plus de trois

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xrents hommes des siens j qui furent tous mis eu pièces , auec vn si^rand bruit, et vne si èspaisse fumée, que ce lieu sembloit estre le naturel portraict de l'enfer. Cependant les ennemis firent vn grand cry; et voila qu'en mesme temps le Roy d'Achem sortit en personne^ accompagné de cinq mille soldats, tous hommes déterminez, et qui sans reconnoistre chargèrent les Bâtas, auec furie. Et podir ce que ny les vus, ny les autres ne pouuoient s'entreuoir à cause de la fumée de ceste mine, il se fist entr eux vne batterie si confuse et si cruelle, que pour en dire le vray, ie ne puis raconter comme le tout se passa. C'est pourquoy il me suffira de dire qu'en l'espace d'vn quart d'heure que dura ce combat, il demeura sur la place plus de q uatre mille hommes des deux costez, desquels le Roy des Bâtas perdit la meilleure partie ; cela luy donna suject de se retirer auec ce qui luy resta de gens en vn roc que l'on appeloit MinacaleUy où prenant le soing de faire penser les blessez: ,M1 se treuua qu'il y en auoit plus de deux mille de nombre, sans y comprendre les morts, qui pour ne pouuoir estre enseuelis sisoudainement, furent exposés au courant delà riuiere. Ainsi parl'éiienement de ceste meslée les deux Roys se tindrent en paix quatre iours durant, à la fin desquels vn matin comme on ne pcnsoit à rien moins, l'on vist par^istre au mi-^

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lieo de la riuiere du cosié de Penaticanj vne flotte de quatre- vingt six voiles , auec vn grand bruict de musique et d'allégresse, où se remarquoient aussi plusieurs estendarts, et bannières de soye. D'abord cet object estonna grandement les Bâtas, pour ne sauoir ce que c'estoit. Toutesfois ceste mesme nuict leurs espions prirent cinq pescheurs, lesquels mis à la géhenne, confessèrent que c'estoit l'armée que le Roy d'Achem auoit depuis deux lîiois enuoyée à Teua^ery, pour ce qu'il auoit guerre auec le Sornau, Roy de Ciam, et disoit-on que ceste armée estoit composée de 5ooo. hommes Lussons etSornes, ^ tous gens d'esHte , et qui auoient pour General vn Turc nommé Hametecam, nepueu du Bâcha du Caire. Là dessus le Roy des Bâtas disant son profit de ceste confession des pescheurs, prist resolution de se retirer en quelque façon que ce fust) iugeant bien que le temps ne lui peinmettoit pas d'attendre vne seule heure, tant pour ce que les forces de son ennemy estoient beaucoup plus grandes que les siennes , que pour le secours qu'ils attendoient de Pedir, et de Pazen , où l'on disoit pour certain qu'il y auoit dix Nauires plains d'Estrangers. Ainsi ce Roy ne fust pas si tost fortifié en ceste resolution, que la nuict suiuante il partit fort triste, et fort mal-content du mauvais succès de son entreprise , en laquelle il auoit

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perdu plus de trois mille cinq cens hommes^ sans y comprendre , ny les blessez qui estoient en plus grand nombre , ny ceux qui auoient esté bruslez dv feu de la mine. Cinq iours après son parte-^ ment il arriua à Panaaju , où il congédia tous ses gens, tant ceux du pays que Jes Estrangers ; cela faict, il s'embarqua clans vue petite Lânchare, et s'en alla amont la riuiere, sans auoir pour toute compagnie que deux ou trois de ses favo^ ris. Auec ce peu de suitte il se rendit en vn lieu nommé Pachissaru^ où si tbst qu'il se fut rendu, il s'enferma quatorze jours, en manière de neufuaine, dans le Pagode d'vne Idole que l'on ap-e pelloit GinnassereOj qui signifie Dieu de Tristesse. A son retour à Panaaju il m'enuoya quérir auec , le Mahometan, qiiî conduisoit la marchandise de Pedro de Faria. La première chose qu'il fist -, fut de s'enquérir particulièrement de luy si la vente en auoit esté bonne , adjoustant que s'il luy en estoit deub encore quelque chose , il comman-. deroit qu'on le payast à l'instant. A cela le Mar hometan etmoy fismes responce que tout s'estoit bien porté, moyennant la faneur de son Altesse, et que nous estions fort sçitisfaicts de ce que nous auions vendu. Qu'au reste le Capitaine de Malaca ne nianqueroit point de reconnoistre ceste courtoisie, luy enuoyant du secours pour le venger de son enncn^y le Roy d'A^chem, à qui il feroit-

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bien reodre toutes les terres qu'il auoit iniusteroent vsurpées sur luy. Le Roj ro'ayaot oùy pai'Ier fte ceste »orte fut qudqoe temps à penser là-dessus, puis pour responce k mes paroles; « lia Portugais, me dit-il, puisque tu m'obliges k te dire tibremeot ce que ie pense, ue me cro; point desorroais si ignorant, que tu me puisse iamais persuader, tty que ie sois capable de m'imaginer que celuy qui durant trente ans n'a peu se venger luy-mesme, ait moyen de me secourir k présent en si peu de temps; ou bien s'il te semble que ie me (rompe, dia-moy ie te prie d'où vient que ton Roy et ses Gouuemeurs n'ont point empescbé ce cruel Roy d'Achem de gaigner sur vous la forteresse de Pazem, et la Galère qui alloit aux Mohiques; ensemble trois Nauires en Queda, et le Gallion de Malaca, au temps que Garcia y estoit Capitaine, sans y comprendre ny les à- Fustes qui furent prises depuis à Salengor, ny les deux Nauires qui venoient de fiengala, ny le luncu, et le vaisseau de Lopo Chanoca , ny beaucoup d'autres vaisseaux dont ie ne peux me souuenir maintenant, dans lesquels, comme Tou m'a Bsseiiré, cest inbumain a mis à mort plus de mille Porlug;iis, et faict vn butin extrêmement ricbe. Veux-tu dire que cela n'est pas vray? Vjue si cela est, et s'il arriue que ce Tyran

jyE FERNAND MENDEZ PCNTO. lai

vienne encore une fois contre moy, comment veux-tu que ie m'asseure sur la parole de ceui^ qui ont esté vaincus si souuent : il m'est 4onc bien force de demeurer te4. que ie suis auec trois dp mes enfans morts, et la pluspart de mon Royaume destruit; joipct que vous-mesines n'estes guère plus asseurez que moy dans vostre fortere3se de Malaca. p II faut que iaduouë que ceste responce faicte auec t^nt de res-s sentiment, roe rendit tout à faict honteux, reconnoissant qu'il ne disoit rien que de véritable, tellement que ie n'osay luy parler d'auantage de secours, ny luy réitérer pour nostre honneur les promesses qu'auparauant ie luy auois. faictes.

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