CHAPITRE XXVIII
De ce qui se passa au Royaume d'Aaru, après la mort du Roy, H comme la Royne s'en alla à Malaca.
Apres que ce malheureux Roy d'Aaru eustfini ses iours misérablement y de la façon que ie viens de dire, et que son armée fust mise en déroute, Fou n'eust pas beaucoup de peine à prendre la ville et tout le Royaume. Alors le General des
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ennemis refist les tranchées^ et les fortifia de toutes les choses qu'il iugea nécessaires à la conservation et l'asseurance du surplus qu'ils auoient gaigné. Cela fait il y laissa vne garnison de huict cens hommes des plus courageux de son armée^ ausquels commandoit vn certain Mabometao Lusan , nommé Sapetù de Raja, et partist incontinent après auecque le reste de ses gens. C'est la commune opinion qu'il s'en alla treuuer le Roy d'Achem , et que ce Tyran le receut auecque beaucoup d'honneur, pour le bon succez de ceste entreprise. Car, comme i'ay desia dit, n'estant auparauant que Gouuerneur et Bandara du Royaume de Baarros, il luy donna le tiltre de Roy; si bien que tousiours depuis il fut appelle Sultan de Baarros, qui est ie propre nom de ceux qui sont Roys entre les Mahometans. Or cependant que ces choses se passoient, la désolée Royne estoit à sept lieues d'Aaru , ou estant aduertie et assurée de la mort du Roy son mary ,et du triste succez de cette affaire, à mesme temps elle résolut de se ietter dans le feu, pour le luy auoir ainsi promis durant qu'il estoit en vie , en luy confirmant cette promesse auecque de grands sermens. Mais les siens ne luy voulant pas permettre d'exécuter vn dessein si désespéré, luy apportèrent pour cet effet plusieurs raisons fort valables. De manière, qu'à la fin vaincue par
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leurs persuasions : « Sans mentir 7 leur dit-elle, combien que ie tous accorde ce que vous me demandez, si est*ce pourtant que ie veux bien que TOUS sçachiez, que ny toutes les considérations que TOUS m'auez alléguées, ni les paroles dont vous vous seruez à farder le zèle de bons et fidelles subjects , ne seront pas capables de me destourner d'un si généreux dessein , comme est celuy que Tay promis à mon Roy , mou Mary^ et mon Maistre , si ce n'est que Dieu me fasse connoistre en mon ame , que viuante ie pourray mieux vanger l'injure qu'on luy a faict; aussi ie iure par son sang deuant tous vous autres, que tant que ie viuray ie chercheray tous les moyens de le faire, et pour ceste occasion ie me submettray à vne si grande extrémité , que mille fois ie me feray Chrestienne s*il en est besoing, afin que pendant que ie viuray, ie puisse venir à bout de mon dessein que ie désire le plus. » Auec cette ardeur et ces paroles , sans faire plus long séjour, elle se mist sur vn Eléphant, accompagné de trois cens hommes pour la garder, et de plusieurs autres, qui après la vindrent joindre. Auec eux elle fist vn gros de sept cens hommes, puis elle s'achemina vers la Ville , à dessein d'y mettre le feu , afin que ses eunenùs n'en eussent point la possession. Alors n'y treuuant qu'enuiron quatre cens Achems empeschez après le
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pillage de quelques .bardes qui estoient restées, incitant les siens à se monstrer résolus en cette occasion , elle leur repsesentoit les larmes aux yeux le deuoir qui les obligeoit à ce faire. Alors elle attaqua si valeureusement ses ennemis, que de quatre cens qu'ils estoient dans la ville , Ton nous asseura depuis à Malaca, qu'il en estoit resté fort peu de viuans. Cela fait, se reconnois* sant trop foible pour l'exécution du surplus de son dessein , elle s'en retourna dans le bois , où elle séjourna vingt iours, pendant lesquels elle leur fist la guerre, les surprist, et pilla tant de fois comme ils alloient quérir de l'eau y du bois et autres choses dont ils auoient besoing, qu'ils n'osoient plus sortir hors la Ville pour se pouruoir de ce qui leur estoit nécessaire, et s'il eust esté possible qu'elle eust peu continuer cette guerre encore autres vingt iours , elle les eust tellement afïamee, qu'ils eussent esté contraincts de se rendre. Mais d'autant qu'en ce temps-là il plût continuellement k cause du climat ; joinct que la terre estoit plaine de buissons, et de marescages,etque les fruits dontilsse nourrissoient dans les bois se pourrissoient tous; si bien que la pluspart de ses gens estoient malades, sans qu'en ce lieu on leur pust donner aucun remède, ny secours; la Royne fut contrainte de s'en aller vers vne riuiere nommée Minhaçumbaa, qui
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estoit à cinq lieuëâ de là, sur laquelle s'estant embarquée dans seize vaisseaux à rames, tels qii'eile les pût assembleri lesquels estoient Paroos de pescheurs, et auec iceux s'en vinst à Malaca, sur la créance qu'à son arriuée on ne luy refuseroit rien de ce qu'elle pourroit demander.