‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 33 sur 101 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Comme la Rojne d'Âaru pariist de Malaca pour s'en aller à Bintam, et de ce qu'elle iÎBt auec le Roy de lantana.

p£i>RO DE Fari A ayant oiîy cette désolée Boyne, luy disoit publiquement en luy remettant en mémoire les obligations qu'il auoit de faire ce qu'elle luy demandoit; vaincu par sa propre oubliance, et presque honteux de cette faute en laquelle il estoit tombé, luy fist responce^

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qu'en foy de ChrestieD, et en vérité , il auoit escript cette afEdre au Yice^Roy, et que sam faute dans peu de temps il esperoît des gens de secours , s^il n'y auoit quelque trouble aux Indes qui les empeschast de venir, et qu'à cause de ce il luy conseilloit et la prioit de demeurer en ce lieu de Malaca, iusqu'à ce que dans peu de temps il luy eust faict voir cette vérité. A quoy ceste Princesse affligée ayant répliqué sur l'incertitude dVn tçl secours, Pedro de Faria se mist presqu'en colère, par ce qu'il croyoit qu'elle estoit en méfiance de la vérité; si bien qu'au fort de sa passion il lascha quelques paroles plus rudes que de raison. Alors la désolée Royne , la larme à l'œil, tenant les mains vers le Ciel, et regardant la porte de l'Eglise, qui estoit presque vis à vis d'elle, si remplie de sanglots, qu'elle ne pouuoit presque parler, ce La claire fontaine,» dit -elle, « c'est le Dieu qui s'adore' en ceste maison , de la bouche duquel procède toute vérité; mais les bommes de la terre sont des cloacques d'eau trouble , où par nature demeurent continuellement les changemens et les fautes. C'est pourquoy se doit tenir pour maudit celuy qui se confie à l'ouuerture de ses lèvres: car ie vous asseure. Seigneur Capitaine, que depuis que ie me cognois iusqu'à présent , ie n'ay veu ny ouy autre chose y sinon que plus les

DE FERNàlfD MENDEZ VÎUTTO. tgS

malheureux ^ tel qu'estoit mon naary , et telle que ie suis, font pour vous autres Portugais, et moins faictes vous pour eux^ et plus vous deuez , moins vous voulez payer. Cela estant , ie recognois clairement , et il faut s'asseurer que le guerdon de la nation Portugaise , consiste plus aux faueurs qu'aux mérites des personnes^ JEt pleust à Dieu , que ce que mes péchez me font maintenant connoistre^ le defunct Roy mon mary eust connu il y a vingt neuf ans, parce qu'il n'eust pas vescu si deceu de vous autres comme il a faict. Mais puis qu'il. est ainsi , une seule chose me reste à présent pour consolation de mes plaintes ^ qui est d'en voir plusieuf is aussi scandalisez de vostre amitié ^ que ie le suis maintenant; car si vous n'auez râsseuran€;e,,ny la volonté de me donner secours , pourquoy vou3 y estes vous si librement engagé aUec moy pauure femme désolée , et vefue de ma.preten* tion y et de ce que i'esperois treuuer en vous, d^ qui ie me treuue trompée par. vos trop grs^ndQS promesses? » Âpres ces paroles elle tourna le dos au Capitaine y et sans le vouloir, plus., esr coûter s'en retourna incontinent en son logis , puis fist équipper les vaisseaux qui rauoiçnt amenée^ et le lendemain elle partit pour ^ll^r.à Bintan, où pour lors estoit le Roy de lantana:) qui selon le rapport qui nous en a esté fâict

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depuis a Mabcat luy 6st de tres^rands homeuts à son arrtoée : elle luy raconta tout ce qu'elle auoit £iict auec Pedro de Faria ^ et oomme elle auoit perdu les asseurances de nostre amitié, i quoy l'on tient que le Roy fist cette response . «Qu'il ne s'estonnoit point du peu de vérité qu'elle disoit auoir recogneué en nous, et cpi'elle ne le treuuast pas estrange, parce que nous Fauions monstre à tout le monde en plusieurs occasions. » Pour mieux confirmer scm dire, il luy recita quelques exemples particuliers des choses qu'il disoit nous estre arriuées , ce qui sembloit d'abord estre conforme à son intention. Toutesfois comme Mahumetan et nostre ennemy , il leur donnoit telle couleur qu'il les faisoit paroistre plus énormes qu'ils n'estoient, ainsi après luy auoir raconté plusieurs choses de nous fort mal foictes , où il entremesloit des perfidies ) des voleries, et des tyrannies y y adjoustant plusieurs mauuaîs noms, sans donner à cognpistre les raisons desquelles l'on se pouuoit défendre à rencontre , encore qu'ik fussent abominables, à la fin il luy dict, qu'il luy pro* mettoit par la loy de bon Roy et de bon llahu* jmetan , qu'elle se verroit dans peu de temps par son moyen remise en son Royaume sans qu'il en manquast vn seul poulce de terre; et afii qu'elle fôt plus asseurée de ce qu'il luy proroe^

DE FEEITAICB MElfBEZ PIlfTO. ig5

j il luy dit qu'il estoit content de la prendre femme , si elle le vouloit ; parce qu'en ce isaBt il auroit plus de su)ét d'eatre ennemy du oy d'Achem, à qui pour son sujet il seroit >ràtrainct de déclarer la guerre ^ s'il ne vouloit l^amiable se désister de ce qu'il luy auoit pris^ c|Uoy elle fîst response ^ qu'encore que l'hon* etir qu'il luy faisoit fust fort grand, qu'elle ne acceptoit point neantmoins ^ s'il ne luy promet"^ oit en douaire de venger la mort de son autre aary , disant que c'estoit là sa seule pretension ^ ans laquelle elle n'eust point accepté d'estre loyne de tout le monde. Le Roy par le conseil les siens luy accorda sa requeste , et le hiy pro- QÎt ainsi par Vn serment solennel ^ qui fut pris ians vn Hure de leur secte , sur lequel il mist sa :este pour Tasseurér de la prônlesse qu'il luy luoit faicte.

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