‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 43 sur 101 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Du part^meut que fist Antonio de Fariii) pour s'en aller en risle d'Aînan , afin d'y trouuer le Mahuinetan Coja Accm, et de la rencontre qu'il eust auparauant qu'y orriuer.

SiTOST qu'Antonio de Faria eust faict ses pre* paratifs , il partist de ce lieu de Patane vn Samedy neufuiesme May i54o. et mist la prouë par Nord-Nord-oûest, vers le Royaume de Champaa , à dessein d'y descouurir les ports et les havres, et là mesme par le moyen de quelque bon butin s'y en fournir de ce dont il auoit besoin, pource que la promptitude de son départ de Patane auoit esté si grande, qu'il n'auoit eu le temps de se bien pourueoir de ce qui luy estoit nécessaire , ny mesmes de viures et de munitions de guerre. Après auoir esté sept iours à la voile suiuant nostre route nous eusmesla veuë d'vne Isle nommée Pullo Condor^ à la hauteur de huiçtdegrez et vn tiers, du costé du Nord, et quasi Nord-ouëst su-est, vers l'eniboucheure de Gamboja, et ayant faict le tour de tous costez nous déscouurismes vers le Rhomb de l'Est vn

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a4a VOYAGES ADUAirrURSUX

bon havre I où nous trouuasmes llsle de Camboja, où estant vers l'Est nommé Bralapisan, esloigoé de terre ferme de six lieues ou enuiron, t>ù nous trouuasmes vn lunco de Lequios qui «'en alloit au Royaume de Siam , auec un Ambas- Badeiir de Nautaqufm de Lindan, Prince de Tlsle de Tosa, située à la hauteur de trente-six degrez, lequel ne nous eust pas plustost descouuert qu'il fisc voile vers Antonio de Faria , et luy enuoya faire vn message par vn Pilote Chinois remply de compliments d'vne véritable affection. A quoy furent adjoustez ces mots de la part de tous , <t Que le temps viendroit qu'ils communique^ roient aucc nous la vraye amitié delà loy de Dieu, et de sa démence infinie^ qui par sa mort auoit donné la vie à tous les hommes, auec un per* petuel héritage en la maison des bons , et qu'ils croyoient qu'il deuoit estre ainsi après avoir passé la moitié de la moitié des temps. » Auec ce compliment ils luy enuoyerent vn coutelas de grand prix, qui auoit la poignée et le fonrreau d'or, et ik6. perles qui estoient dans vue petite boette aussi d'or, faicte en forme de saKere ; dequoy Antonio de Faria fut bien fasché, à cause qu'il ne pouuoit pas rendre le semblable à ce Prince, comme il estoit obligé de fiiire. Car lors que le Chinois arriua auec ce message, ils estoient esloignez de nous d'une grande Keué dans

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la mer: nous miames alors pied à terre, où nous f usines trois iours à £ûre eau , et à pescher des Sai^ues et desGoruines en grande quantité, puis nous allasmes gaigner la coste de b terre ferme, pour y cherdier vne riuiere nommée Pidlo Cam'* inm, qui dîinse PEstat de Camboja d'auec le Royaume de Champaa, à la hauteur de neuf degrés, où estans arriuez tu Dimanche dernier^ iout* de May, te Pilote monta trois lieuëi^ dans cette riaiere, où il ancra yis à vis d'vn grand bourg nommé Gatimparu; là nous demeurasmes douze iours en paix, pendant lesquels nous fismes nostre prouisio|i de ce qui nous estoit né^^ œsaaire. Mais à cause qu'Antonio de Faria estoit naturellement curieux^ et qu'il s'efforçoit de sçauoir des gens du pays quelle nation habitok plus auiant, et d'où cette grande riuiere pren<Ht sa sdurce , ils luy firent response qu'elle naissoit d'vn lac nommé Pinator^ éloigné de cette mer du costé de TEst de 160. lieues au Royaume de Quitiruan , et qui estoit entouré de grandes monta'* gnes , au bas desquelles sur le bord de l'eau il y auoit 38. villages 9 dont il y en auoit i3. fort grands, et les autres fort petits, et que seulement dans vn des grands nommé Xincaleu^ il y auoit une si grande mine d'or, qu'ils estoient asseurez par le rapport des habitans du pays, qu'il ne se passoit iour que Tou n'en tirast vn bar et ,

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demy, qui selon la valeur de nostre monnoye est en vne annéei vingt-deux millions, et que quatre Seigneurs y auoient part^ lesquels en e$toient si ambitieux qu'ils se faisoient vne guerre continuelle les vns aux autres, chacun d'eux taschaut de s*en faire maistre , mesme que Tyo d'eux nommé Rajakitau auoit dans la basse-court de sa maison, en des pots sous terre pleins iusqu'au goulet, six cens bars d'or en poudre, comme celuy deMenancabo de Tlslede Samatra, et que si trois cens hommes de nostre nation Talloient attaquer auec les harquebuziers, qu'indubitablement ils s'en feroient maistres; joint qu'en vu autre de ces villages nommé Buaquirim, il y auoit vne carrière, de laquelle on tiroit vne grande quantité de fins diamans» d'vne vieille roche, et de plus grand prix que ceux de Laue, et de Tanjampura en Tlsle de laoa. A^ntonio de Faria leur ayant demandé là*dessus plusieurs autres particularitez, ils luy firent un récit de la fertilité du pays, qui estoit à mont cette riuiere, aussi propre à souhaitter, que facile et de peu de fraiz à conquérir.

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