CHAPITRE XL
r^ostre partement pour aller en l'Islc d'Aînan, où nous aaions eu nouuelleft qu'estoit le Corsaire Goja Acem , e{ de ce qui nous arriua en ce voyage.
EsTA.Nfr partis de cette riuière de PuIIo Cam» hiiB 9 nous nauigeasmes le long de la coste du Royaume de Champaa, iusques à vn bavre nommé Saleyjacau dix -sept lieues en à mont, vers le Nord, dans lequel nous entrasmes. Or pource qu'il n'y auoit là rien à gaigner, nous . sortismes de ce lieu presqu'à Soleil couché , sans faire autre chose que voir et conter les bourgs , qui estoient le long du bord de l'eau , lesquels estoient au nombre de six, cinq desquels es-< toient comme des villages , et en l'autre paroissoient plus de mille maisons enuironnées d'ar-» bres fort hauts , et de quantité de riuieres d'eau douce, qui descendoient d'vne montagne qui estoit du costé du Sud, en forme de muraille. Nous n'y voulusmes monter alors pour voir la ville , craignant de faire mutiner le peuple. Le matin suiuant nous arriuasmes à vne riuiere
nommée Toobasoy, où Antonio de Faria ancra du costé de dehors, à cause que le Pilote ne se voulut bazarder d'y entier ^ pour n'y. anoir iamais esté, et pour ne cognoistre le fonds d'icelle. Gomme Ton contestoit sur ce sujet , les vus pour y entrer, les autres, pour n'en rien fiiire, nous ▼ismes vne grande voile qui de haute mer venoit chercher ce port. Alors bien-aises de la re* ceuoir auec tous les appareils nécessaires à nostre dessein, nous l'attendismes sur l'ancre, sans bouger d'où nous estions. Gomme elle fîit près de nous, nous la saluasmes, et arborasmes b bannière du pays , qu'ils appellent Chantehina^ qui est le signal d'amitié , aocoustnm^ entr'eox en semblables occasions. Geux du Natrire au lieo de nous respondre en la mesme sorte , ooniine ils sembloient le deooir £3iire par raison , et recognoissans que nous estions Portugais, à qui ils ne Youloient aucun bien , nous dirent vne in- 6nité de paroles vilaines et deshonnesdes , et nous firent voir sur le haut de leur poupe , le derrière d'un esclaue Cafre , auec vn grand bruit et tintamarre de trompettes , tambours, et cloches , en se roocquant de nous comme par mespris. Dequoy Antonio de Faria se sentit t^ement offensé, qu'il leur fist tirer vne volée de canon pour voir si oda les rendroit plus cour- (qis. A cette canonnade ils firent response de cinq
DE leSMXAM^ mÊJXùm riNTO. ^4?
balles , sciuoîr trois âe fiiulconneaux, et de deux autres petites pièces de campagne ^ que les Portugais appellent CameUos,Ce qui^nous estonna fort y si bien que preaaot coiiseil.de ce que nous ferions alors.^ nous resoHismes de demeurer au lieu où nous estions , pour lie biger k propos d'entreprendre vne chose6id<»ileuiie^iusqu'à ce que le lendemain le iour nou^ 6st i*ecognoistre les forces de ce vaisseau pour l'aitaquw par apres^ auec If lus d'aéseurance, ou le laisser passer; oe conseil sembla bon à Antonio de Baria^.el^à tous, nous autres, qui ialsant bonne garde ,^ et donnant ordre au nécessaire ^ demeurasm^s en ce lieu attendant le iour, et sur les deux^h^ures^ après minuict nous vismes sur rfaorissoo^ de la. mer trois choses noires à fleui^ d'ôan^que nous ne pûsmes bien recogncjstce ^ Qe qui fut cause > que nom esueillasmes Antonio de Faria, qui poar lors estoît sur le tillac , et couché sur vn poidailier, et luy monstrasmes ce que nous voyons , qui n'estotl pas alors beaucoup loing de nous; et craignait comme nous faisions , que ce ne fussent des ennemie % il s'escria^ Arme y Arme , Arme^ il fiit aussi-tost obey^ et aiiisi il s'asseura de ce dont il se doutoit touchant ce que nous auiaos veu ; et recognoissans que c'estoient des vaisseaux de rame qui vénoient à nous, nous priâmes incontinent les armes y et f usmes poses
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par le Capitaine aux lieux les pins nécessaires pour nous défendre. Il nous sembla pour lors les voyant venir, voguans à la sourdine, que c'esr toient les ennemis du iour précèdent , et d'au* tant qu'en ce lieu il n'y auoit aucune chose de* quoy nous peussions auoir crainte , il dict aux soldats 9 Messieurs et frères , c'est vn voleur qui nous vient attaquer, à qui il semble que nous ne soyons que six ou sept, ainsi que l'on a de coostume d'estre en ces vaisseaux ; et afin qu'au nom de lesus Christ nous puissions faire chose qui soit bonne , que chacun se baisse , afin qu'ik ne puissent voir pas un de nous , et lors nous cognoistrons leur dessein , et ce qu'ils veulent de nous. Cependant qu'on tienne prests les pots de poudre, par le moyen desquels et de nos espées, i'espere que nous viendrons à bout de cette aduanlure. Que chacun aussi cache bien sa mesche, afin qu'ils ne voyent point de feu , et que par ce moyen ils puissent croire que nous sommes tous endormis; ce qui fut incontinent £iict comme il l'auoit ordonné auec prudence et conseil. Ces trois vaisseaux nous ayant approchez de la Iongueur d'un traict d'arbaleste , enuironnerent nostre lorche de poupe et de proué; et après nous auoir recogneus se tournèrent se iotndre comme s'ils eussent faict vn nouueau conseil , et furent ainsi iointes l'espace d'vn quart d'heure.
Cela fait, ils se séparèrent en deux, sçavoir les deux plus petits ensemble, qui se mirent k nostre poupe, et l'autre plus grand, et qui estoit le mieux armé , nous attaqua du costé d'estribord. Alors chacun entra dans nostre Lorche de Tendroict qu'it croyoit estre le plus à propos , telle* ment qu'en moins d'vn demy quart d'heure , plus de quarante hommes j entrèrent. Alors An* tonio de Paria sortit de dessous le demy pont , où il estoit auec quelque quarante soldats , et inuoquant S. lacquës leur Patron , se ietta sur eux si courageusement, qu'en peu de temps il les mist presque tous à mort. Puis s'aydant de quantité de pots de poudre contre ceux qui estoient dans les trois vaisseaux , il acheva de les desfaire, et les contraignit de se ietter tous dans la mer. Auec cet aduantage nous sautasmes dans leurs I^auires, et les prismes toutes trois, et ainsi Dieu nous fist la grâce , que sans aucun péril tout nous demeura entre les mains; ioint que de tous ceux qui s'estoient iettez dans la mer, il n'en fut repris que cinq, qui estoient encor^ en vie, Tvn desquels estoit l'esclaue Cafre qui nous auoit monstre son derrière, et les quatre autres es* toient vn Turc, deux Achems, et le Capitaine d'vn lunco nommé Similau , grand Corsaire , et nostre ennemy mortel; Antonio de Faria les fist incontinent omettre à la géhenne, pour sçauoir
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d'eux qui ils estoient , d'où ils venoient^ et ce qu'ils nous vouloieut. A cela les deux Achons respoudirent brutalemeot; et comme Ton vonloit aussi guiuder et lever l'esclaue qui estoit desia lié pour le tourmeoter , il se prist à pleurer, priant qu'on ne luy fi^t point de mal ; qu'au il estoit Chrestien comme noiis, et que saos mis au tourment il diroit la verilé de ce qu'on luy demanderoit. Antonio de Fana le 6st deslisr» et l'approchant auprès de soy , luy fist donner vn morceau de biscuit , et vne tasse de vin. Puis Tainadouant par belles paroles , le pria de luy de* clarer la vérité, puis qu'il estoit Chrestien ainsi qu'il dîsoit. A quoy il £ist response en ces iermes^ Si ie ne la vous dis y ne me tenez point pour tel que ie suis , ie me nomme Sebastien , et ay esfe& captif de Gaspar de Mello, que ce chien de Sûni* lau, qui est là présent, tua il y a enuirofi deux ana en Liampao , auec vingt-cinq Portugais qu'il aueik en son Nauire. Ce qu'entendant Antonio de Fa* Tia il fist vn grand cry , comme vn homme rem* ply d'estonneroent , et dit, Tout beau, ie n^en veux pas sçauoir dauantage, c'est donc là ce chieu de SimUau qui a tué ton Maistre? Et il res* pondit , Ouy c'est luy , et qui vouloit à présent vous faire le semblable ^ estimant que vous n'es* tiez que six ou sept, et pour cet efiFect il s'est embarqué à la haste en intention , ainsi qu'il di*
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^t , de vous prendre en vie , pour voua faire sortir la ceruelle de la teste auec vn fit>ntail de corde , comme il a fait k mon Maistre; mais Dieu permet qu'il paye le mal qu'il a commis. Antonio de Fana voyant ce que luy disoit cet èsclaue, qui luy asseura plusieurs fois que ce chien de Similau auoit amené avec luy tous ses hommes de guerre» et que dans son lunco il n'estoit de* meure qqe quarante Mariniers Chinois, ii se résolut de s'ayder de cette bonne fortune, après auoir fait mourir Similau et ses autres compagnons , leur faisant sauter la ceruelle de la teste auec vne corde , comme Similau auoit faict en Liiampao à Craspar de Mello , et aux autres Portugais. 11 s'embarqua incontinent auec trente soldats dans le bateau , et dans les Machuas, dans lesquels les ennemis estoient venus de Preuau ; à l'occasion de la marée et du vent favorable , en moins d'vne heure il arriua où estoit le lunco ancré à mont la riniere , vne lieuë loing de nous ; et l'ayant abordé s'y ietta sans bruit , et se rendit maistre de la poupe , de laquelle seulement quatre pots de poudre qu'il ietta sur le tillac où estoit cette canaille endormie , les firent tous sauter dans la mer ; dont il en mour rut dix ou douze , et les autres , à cause qu'ils crioient sur Peau , qu'ils se npyoient , et qu'on Içs prist , Antonio de Faria les en fist tirer , à
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cause qu'il auoit besota d*eux pour la nauigation du luuco , qui estoit fort grand et haut. £t xoilà comme il pleust h Dieu par vn iuste iuge* ment de sa diuine lustice, que la gloire de ce chien maudit fust le ministre qui roist en execur tion le chastimènt de ses cruautés, et qu'entre les mains des Portugais il receust la punition de ce qu*il leur auoit fait. Alors enuiron le poinct du iour faisant inuentaire de toute la prise ^ lise treuua trente-six mille Taeis en argent du lap* pon , qui valent de nostre monnoye cinquante* quatre mille ducats, outre plusieurs sortes de boimes marchandises qui pour lors no furent prisées, pour n*en auoir pas ou le temps, à cause que le pays estoit desia tout mutiné , et que les habitans y faisoient quantité de feux , auec les-* quels ils sont accoustumez de se donner des ad* vis les vus aux autres, quand il y a quelque allarme d'ennemis ; ce qui contraignit Antonio de Fana de faire voile en diligence.
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CHAPrrRE xu.
Comment Antonio de Farîa arriua à la riuîere de Tina— corea, que nous appelions Varelia, et de l'aduis que lu y donnèrent quelques marchands de ce Royaume.
ÀNTOifio de Faria partit de cette riuiere de Toobasoy, vn mercredy matin veille de la Feste- Dieu, en l'année i54o, et nauigea le long de la coste du Royaume de Champaa, craignant de s'esloigner auec le vent d'£st , lequel en cet endroict est souuent impétueux , principalement en la conjonction des nouuelles et pleines Lunes. Le Yendredy suiuant nous nous trouuasmes vis à vis dVne riuiere, que les habitans du pays nomment Tinacoréu, et que nous autres appelions Yarella , oîi il fut trouué à propos par le conseil de quelques-vns de nous , d'y entrer, pour s'informer de quelqu vn , de ce que Pedro de Faria auoit enuie de sçauoir, et aussi pour voir si en ce lieu là il n'auroit point nouuelles de Ck>ja Acem qu'il cherchoit ; parce que tous les luncos de Siam , et de toute la coste de Malaye qui nauigent à la Chine , ont accoustumé
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de Oairé leur commerce en cette riuière ^ <m par fois ils vendent bien leur marchandise en eschange d'or et de bois de Cakimbouc ^ et aussi d'yuoire, dont ce Royaume est abondant; et ayant donné fonds vn peu plus auant que Femboucheure, vis à vis d'un petit village noomié Taiquilleu , il vint incontinent à nous force paraoos y et plusieurs petites barques de pescheuis pleines de raf raischissements , lesquels n'ayant encore veu des hommes faicts comme nous , se dirent les vns aux autres ^ « Yoicy vne grande nouveauté auec laquelieDieu nous visite, prionsle qu'il luy plaise par sa bonté infinie , que ces hommes barbus ne soient ceuic qui poar leur profit et interest ' particulier espient les pays comme marchands , et après les pillent comme larrons. Retirons-nous dans le bois ^ de peur qne les estincelles de ces tisons blanchis par le visage, auec la blancheur des cendres qu'ils portent sur leurs yeux, ne bruslent les maisons oà nous habitons , et ne réduisent en cendre les champs de nos labeurs, comme ils ont accoustumé de faire aux terres d'autruy.» Aquoy quelques-vns des leurs firent response, A Dieu ne plaise que cela soit , et encore que par malheur ils soient desia chez nous , au moins faisons en sorte qu'ils ne puissent recognoistre que nous les redoutions comme nos ennemis ; car si cela est , ils nous
DE MRNÀIfD ntEUpCZ PlfiTO. ^5$
attaqueront auec plus d'assenrance. Cest pour» quoy le meilleur est^ qu*auec vn ioyeux semblant i et des paroles de courtoisie ^ nous tas** chions d'apprendre ce quMls prétendent de nous^ afin que sçachant d'eux la vérité ^ nous Tescri^ ' uions incontinent à Hoyaa Paquir^ à Congrau où il est à présent. Antonio de Faria feignant do ne les entendre ^ encore que ce qu'ils disoient luy fnst redit par vn interprète <, les receut bon** nestemenli et achepta d'eux les rafraischisse-* ments qu'ils apportoient^ qu'il leur fist payer comme ils desiroient. De quoy ils se tindrent pour grandement satisfaits ; et eux luy deman-» dani d'où il estoit^ et ce qu'il vouloit, il leur fist response qu'il estoit du Rqyaume de Siam ^ de la contrée des estrangers de Tanauçarim , et que comme marcliand qu'il estoit , il alloit en Hsle de Lequios pour trafiquer, et qu'il n'estoit venu en ce lieu que pour sçauoir des nouvelles d'vn sien amy nommé Coja jâcem^ qui s'y en alloit aussi ; sur quoy il s'enquist d'eux s'il estoit encore passé, ou non; qu'au reste il s'en vouloit aller promptement, tant pour ne perdre temps, qu'à cause qu'il recognoissoit qu'il ne pouuoit en ce lion vendre ce qu'il auoit de marchandise^ Ils hiy respondirent à cela , Vous dites vray, car en ce village il n'y a autre chose que des filets et des bateaux de pescfaeurs, auec lesquels nous
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gaignons nostre vie assez pauurement. Toutesfois, adjousterent-ils^ si tu allois à mont la riuière iusqu*en la ville de Pilaucacem , où est le Roy, tu vendrois non seulement la marchandise qui est dans tes vaisseaux , pour riche qu'elle puisse estre; mais encore plus que n'en sçauroient porter dix autres Nauires semblables aux tiens, pource qu'en ce lieu il y a des marchands si riches , et qui font si gros trafic, qu'ils ne yout en traitte que par troupes d'Ëlephans , bœufs , et chameaux , qu'ils enuoyent chargez de marchandises aux terres de Lauhos, Pafuaas , et Gueos, qui sont peuplées de gens fort riches. Antonio de Faria voyant l'occasion propre pour 's'informer de ce qu'il desiroit sçauoir, les enquist amplement,à quoy quelques*vns qui sembloieut auoir phis d'autorité que les autres, respondirent fort à propos , que la riuiere où nous estions ancrez se nommoit Tinacoreù, que quelques Anciens appelloient Taraulachim j qui signifie Masse-Saulle, nom qui auecque iuste raison luy auoit esté donné, suiuant le dire que les vieux leur racontoient à présent; et comme nous la voyons, en profondeur et largeur, elle s'es* tendoit iusques à Moncalor, montagne qui estoit esloignée de ce Hqu de quatre-vingt lieues, et de là en auant elle estoit beaucoup plus large, mais beaucoup moins profonde ; mesme qu'en
siucuns endroits il y aubit clés bancs de sable et cies pays noyez d'eau ^ où se voyoient infinis oy« seaux qui couurent toute la terre, et qu'ils y ^stoient en si grande abondance , que pour leur sujet il y auoit desia 43* ans que tout le Royaume des Cbintaleuhos en estoit deshabité, bien qu'il fust grand de huict journées de chemin ; mais qu'ayant passé cette contrée d'oyseaux, l'on entroit en vne autre plus rude et pleine de grands rochers, où il y auoit plusieurs animaux encore pires que ces oyseaux , comme Elephans , Rhinocéros, Lyons, Sangliers, Buffles, et autre bestail en si grande quantité, que quelque chose que les hommes puissent cultiuer pour l'entretien de leur vie estoit par eux gastée , sans qu'il fut possible de les en empescher ; joint qu'au milieu de tout ce pays ou Royaume , il y auoit un grand lac que»quelques habilans du pays appelloient Cunebeiee^ et les autres Chiaromay, duquel cette riuiere prenoit sa source, auec trois autres qui arrousoient vne bonne partie de ce païs, et que ce lac suiuant le récit do ceux qui en auoient escrit, auoit de tour 60. lacs , chacun de trois lieues , le long duquel il y auoit force mines d'argent , de cuiure> d'estain , et de plomb, d'où l'on en tiroit ordinairement grande quantité , que les marchands enleuoient par troupes d'Elephans et de Rhinocéros , pour les transpor- TOM. I. 17
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ter auic Royaumes de Sornau , que nous appelions Siam, Passiloco, Sauady, Tau^, Prom, Calamiabam , et; autres Prouinoes *qui sont fort auant dans le pais y esloignées de ces costes de deux ou trois mois de chemin. Au reste ils nous dirent que ces pays estoient diuiseï en Royaumes et pays habités de gens blancs, de bazanez, et d^autres plus noirs , et qu'en eschange de celte marchandise Ton apportoit de Tor, des diamants, et des rubis. Leur ayant demandé là-dessus si ces gens auoient des armes, ils luy respondirent que non , sinon des bastons endurcis au feu ^ et des bayonnettes longues de deux pans de tranchant; et nous asséurerenl en outre que de ce lieu o» y poiuaoit aller par la riuiere eu deux mois , ou deux mois et deroy de temps, et ce à cause des eaux qui descendoient auec impétuosité la pluspart de Tannée , et que pour en reuenir il ne £alloit que huict ou dix iours de temps. Apres ces demandes Antonio de Faria leur en fist encore quelques vnes, ausquelles ils respondirent aussi, et luy dirent plusieurs autres choses dignes d'employer vu bel esprit , et qui font croire que si Ton prenoit ce pays , il pourroit estre de plus grand pofit et de moindre despense que ne sont les Indes , joint qu'il n'y auroit pas tant de peine , ny tant de sang respandu.
DE FeRHABrO MENDBZ PIKTO. ^Sq