‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 46 sur 101 · CHAPITRE XLm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLm

De ce que le Vieillard respondit aux demandes d'Antonio de Faria , et du surplus qui luy arriua en ce lieu.

Ce Vieillard se mist doncques près d*Antonio de Faria, qui le voyant blanc comme quelquesvns de nous autres, luy demanda s'il estoitTurc ou Persien ? A quoy il respondit qtie non , mais qu'il estoit Chrestien , natif du mont Sinay, où estoit le corps de la bien-heureuse saincte Catherine. Antonio de Faria luy respondit là-dessus, que puis qu'il estoit Chrestien, comme il le disoit, il s'estonnoit fort de ce qu'il n'estoit point parmy les Chrestiens. Le Vieillard luy respondit à cela , qu'il estoit Marchand de bonne &* mille, et qu'il se nommoit Tome Mostangue, qui estant vn iour anchré auec un sien Nauire au port de ludaa , l'an mil cinq cens trentehuit, Soliman Bachat, Vice-Roy du Caire, l'aucit

DE JTSRITAirD IHENDEZ PIKTO. 205

£àit prendre auec sept autres, pour porter les

viures et les munitions nécessaires à fournir

Farmée de soixante Galères , en laquelle il venoit

par. le commandement du Turc, pour faire

rendre à Sultan Bandur le Royaume de Cam-

iy^y^ 9 que le grand Mogor luy auoit osté en ce

temps-là , et que cela fait il deuoit aussi tascher

de chasser les Portugais hors des Indes , et que

luy conduisant son Nauire pour le conseruer et

faire valcnr son, bien, comme aussi pour, receuoir

le fret qu'on luy auoit promis, les Turcs , outre

ce luy auoir menty en tout et par tout, comme

ils ont accoustumé de faire, luy prirent sa .

femme , et vne petite fille , qu'ils forcèrent

deuant luy, et qu'à cause qu'un sien fils se

plaignoit de cette iniure en pleurant , ils le iet-

terent tout vif dans la mer, pieds et mains liez ;

qu'au reste pour son particulier il auoit esté

par eux mis aux fers , et que tous les iours il

estoit grandement fouetté ; joinct qu'on luy

auoit pris son bien, lequel estoit de la valeur

de plus de six mille ducats , disant qu'il n'e&toit

licite à aucun de iouir des biens de Dieu qu'aux

Mou^selimans saincts et iustes comme eux. Et

d'autant qu'en ce temps*là sa fille et. sa femmq

moururent, luy comme desespéré se ietta une

nuictdans la mer, à Temboucheure de Diu, auec

ce petit garçon qui estoit son fils, duquel lieu

aG6 YOTAOKS AOUAHTDRBOX

ils s^estoient rendus par terre à Surrate, et de-là estoient venus à Malaca, dans le Nauire de Oarcia de Saa, Capitaine de Baçaim ; puis par le commandement de Don Estienne de Gama , ils auoient esté k la Chine anec Christofle Sardinha, qui auoit esté facteur aux Motuques, mais quVne nuict estant anchré en Cincaapura , le Quiay Taijanoi maistro du lunco TauGÎt rois à mort, ensemble vingt-six Portugais^ et que pour hiy , à cause qu'il estoit Canonnier ^ il auoit eu la vie saune. A ces mots Antonio de Faria se frappant le front à belles mains , poussé à cela par Testonnement que ce discpurs luy auoit apporté. Mon Dieu, mon Dieu, dit-il, il me semble que ce que i'entends est vn songe, puis se tournant vers ses soldats qui Tentouroient» il leur tist le discours de la vie de ce Quiay, et les asseura qu*il auoit tué dans des vaisseaux fouruoyex sur la mer, plus de cent Portugais, et faict butin de plus de cent mille ducats ; et qu*encore que son nom fust tel que cet Arménien disoit, j^ seauoir Quiay Taijano; néant* moins après qu^en Cincaapara il eut tué Christofle Saniinha, pour vanité de ce quHI auoit exécuté, il s*estoit fait nommer le Capitaine Sardenba. Alors comme nous eusmes demandé à TArmenien où il estoit, il nous dit qu'il estoit fort blessé > et caché dans la soute du lunco,

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parmy las cables , aiiec encore six ou sept autres* Antonio de Paria se leua pour lors, et s'en alla promptement au lieu où ce chien estoit caché , •uiuy de la plus grande part de ses soldats, lesquels ouurirent Tescotille où estoient les cables, pour voir si ce que TArmenien leur auoit dit estoit véritable. Alors le chien , et les âix antres qui estoient auec luy, sortirent par vne autre escotille, et tous désespérez ils se ietterent sur nos gens, le nombre desquels estoit plus de trente^ sans comprendre plus de quarante garçons» Ainsi il se commença de nouueau ▼n combat si furieux, et si sanglant ^ qu'en moins dVn quart d'heure on les acbeua de tuer. Il y eust cependant deux Portugais , et sept garçons de tuez, et auec ce qu'ils en blessèrent plus de vingt, Antonio de Faria receut deux coups d'estramaçon sur la teste , et vn auti^e sup le bras, dont il fut fort mal traitté. Apres ceste deffaite, et que les blessez furent tous pansez, pour ce qu'il estoit desia près de dix heures , il fist &ire voile, appréhendant les quarante luncos qui estoient en cette riuiere. Ainsi nous esloi» gnants de terre, nous allasmes sur le soir anchrer en l'autre costé de Cauchenchina , ob Antonio de Faria fist foire inuentaire de ce qui estoit dans le lunco de ce Corsaire, il y fut treuué' cinq cens bares de poivre, de cinquante quin«

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taux le bar, soixante de sendal^ quarante de noix muscades, et du macis, quatre-vingt d'estain, trente dluoire , douze de cire, et cinq de bois d*aIoes fin, ce qui pouuoit valoir en terre, selon le cours du pays, soixante et dix-mille ducats ; outre vne petite pièce de campagne , quatre faulcons, et treize berches de fonte, laquelle artillerie la plus grande part auoit esté nostre , car ce Mahometan Tauoit volée dans le Nauire de Christofle Sardinha, et dans le lunco de louan Oliueyra , et encore dans le Nauire de Barthélémy de Matos. L^on treuua aussi trois coffres couuerts de cuir , plains de quantité de coutils de soye, et d'habits de Portugais, auec vn grand bassin à lauer les mains, faict d'argent doré, le vase et la salière de la mesme &çon du bassin, vingt-deux cuilliers, trois chandeliers , cinq coupes dorées, cinquante huict barquebuzes, mille deux cens vingt-deux pièces de toile de Bengale, lequel meuble auoit esté aux Portugais , dix-huict quintaux de poudre, et neuf petits enfans, aagez de six iusques à huict ans, tous enchaisnez par les pieds et par les mains, tellement qu'ils faisoient pitié à les voir , pour ce qu'ils estoient si foibles, qu'à trauers leur peau l'on pouuoit facilement conter iusque au plus petit de leurs os.

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