‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 52 sur 101 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

De ce qui arriua à Autoiiio de Faria eo ce. port, auec le Nautarel de la Ville , sur la vente de sa Marchandise,

Antonio DE Faria ayant peur qu'il ne vinst par terre quelques nouuelles de ce qu'il auoit faict au Corsaire sur la riuiere de Tanauquir, et que cela ne luy apportast quelque préjudice, ne voulut desembarquer sa marchandise au foudigue , comme les officiers d'ic?fuy vouloient qu'il fist, chose qui luy causoit assez de desplaisir et de fascherie; de sorte que par deux fois son affaire

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fut rompue , et connoissant que les bonnes paroUes n'estoient suffisantes pour les &ire consentir à ce qu'il leur proposait , il leur enuoya dire par vn Marchand , qui estoit porteur de ces messages, qu'il Yoyoit bien la raison qu'ils auoient de vouloir que sa marchandise f ust mise en terre, puis que c'estoit l'ordinaire. Mais qu'il les asseiiroit qu'il ne le pouuoit faire en aucune façon , à cause que la saison estoit presque passée , et que pour ce il luy estoit nécessaire de s'en retourner incontinent pour &ire trauailler an grand lunco, dans lequel il estoit venu, d'autant qu'il puisoit tant d'eau , que soixante mariniers n'ostoient iamais la main de trois pompes, qu'ainsi il couroit grande risque d^aller à fonds auec toute sa marchandise , et que touchant les droicts du Roy il estoit bien content de les payer, non à trente pour cent, comme ils luy demandoienty mais à dix, comme l'on payoit aux autres Royaumes, et qu'il les payeroit incontinent, et très - volontiers. A cette offre ils ne rendirent aucune response, mais firent prisonnier celuj qui portoit ce message. Antonio de Faria voyant que son messager ne retournoit point, fist voile aussi -tost, mettant au vent force banderolles, comme vn homme qui âemonstroit estre ioyeux, et qui ne souciait non plus de vendre, ou de ne vendre pas, que de demeurer, ou de ne point

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faire de séjour eu ce lieu. Alors les Marchands £.strangers, qui estoient là venus dans les conuois pour trafiquer, voyant que la marchandise sur laquelle ils esperoient faire quelque profit s'en alloit hors du port^ sans que cela procedast que de l'obstination , et du peu de soing du Nautarel de la ville, le furent tous treuuer du corps, et le prièrent qu'il fist appeller Antonio de Paria , sibon qu'ils protestoient tous de s'aller plaindre au Roy de l'injustice que l'on lenr faisoit, estant cause que la marchandise s'en alloit du port y de laquelle ils esperoient faire leur emploitte. Le Nautarel qui est le Gouuerneùr, auec tous les officiers de la doiiane, craignans pour ce sujet d'estre chastiez et priuez de leur xoffice , leur accordèrent leur demande , à condition que puisque nous ne voulions payer que dix pour cent, qu'eux en payeroient cinq autres, afin que le Roy eust plus de tribut , dequoy ils demeurèrent tous d'accord, et incontinent renuoyerent le marchand qu'ils auoient tenu prisonnier, auec vne lettre remplie de compliments, dans laquelle ils declaroient le contenu de l'accord qu'ils auoient faict. Antonio de Faria, qui iugeoitbien dequoy cela luy importoit, leur fist response, que puis qu'il estoit desia sorty du port, qu^il n'y r'entreroit point en aucune façon , à cause . qu'il n'avoit pas le temps de faire~tant de séjour; TOM. I. ^ ao

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f liait que sHU vouloient achepter en groa m marcUttiidUe, opportant auec eux de» lingots d*ar* gent pour ce faire, qu*il leur Yendroit, sinon qiien aucune atilre manière il ne ft'accorderoit auec eux , à caune qu'il ie ienoit beaucoup offensé du peu de respect que le Nautarel luy auoit parlé f mcflprisant ses messages ; et qtin iTûê e»toient contents d'ainsi faire, qu'ils ie luy fissent sçauoir dans yne heure qu'il leur dosDoit de temps; autrement qu'il s'en alloit foire voile k Ainan, où il vendroit sa marchandise bien mteas qu'en ce lieu. Eux voyans vue telle résolution , et la tenant pour asseurée; de crainte qu'ils eurent de laisser eschapper vue si bonne occasion que celte qui se présentoir^ pour s'en retourner en leur pays, s'embarquèrent dans einq grandes Barcasses auec quarante quaisses pleines de lin* gots d'argent, et force sacs pour emporter If poivre ; et estansarriui«z. au lunco où Antonio de Faria estoit , et où il auoit desployé l'enseigne de General , ils furent bien receus de luy, et ils luy représentèrent de nonueau ce qu'ils suoient accordé auec le Nautarel de la yille, se plaignan» grandement de son mauuais gouuernement, et de quelques choses hors de raison qu*il leur auoit faites; mais que puis qu*ils l'auoient pacifié luy donnant quinze pour cent,desqueb ils en voiiloient payer cinq , ils le prioient de vouloir payer

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les dix qu il auoit promis , et qu'autrement ils ne pouuoient achepter sa marchandise. A quoy Antonio de Faria respondit , qu'il en estoit content, plus pour Pamour d'eux ^ que pour le profit qu'il en esperoit; dequoy tous le remercièrent grandement, et par ainsi ils demeurèrent d'accord auec paix et sans bruit; et alors ils firent telle diligence de descharger la marchandise, qu'en trois iours elle fut presque pesée, et mise entre les mains de ses maistres. Les comptes furent donc arrestez, et les lingots d'argent receus , le tout se montant k cent treïite mille Taeis, à raison de trois Kures quinze sols leTaeis, comme i'ay desia dit ailleurs. Et bien qu'on y procedast auec la diligence possible , cela n'em* pescha pas qu'auant que le tout fast acheué, les nouuelles ne vinssent de ce que nous auions faict au Oorsaire en la riniere de Tanauquir, ce qui fut cause que les habitans se mutinèrent de telle sorte, que pas vn d'eux ne nous voulut plus aborder comme ils faisoient auparauant; à cause dequoy Antonio de Faria fut contrainct de faire en diligence.

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