‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 53 sur 101 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

De ce qui aduint à Antonio de Faria, îasqnes à ce qo'îl eut ancré à Madel , port de Flsle d'Ainan , où il rencontra vn Girsaîre, et de cp qui êe passa entr'eax.

Apres que nous eusmes quitté le port de la iriuiere de Mutepinan , mettant la proue du costé du Nord , il sembla à propos à Antonio de Faria de s'en aller gaigner la coste de llsle d'Ainan^ pour chercher une riuiere qu'on nomme Madel, en intention d^y faire accommoder le grand lunco où il estoit, pource qu'il puisoit beaucoup d'eau , ou s'en pourueoir d'vn autre meilleur en eschange de quelque chose que ce fust. Ainsi après auoir nauigé par l'espace de douze iours , atiec vn vent tousiours contraire , à la fin il arriua au Cap de Pullo Hinhor, qui est l'Isle des Cocos* Là ne pouuant apprendre aucunes nouuellcs du Corsaire qu'il cherchoit , il s'en retourna vers la coste du Sud , où il fist quelques prises fort bonnes et bien acquises selon ce que nous en croyons. Car l'intention de ce Capitaine ne fust iamais autre , que de rendre le change

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siux Corsaires qui auparauant auoient osté la vie et les biens à plusieurs Chrestiens , qui frequentoient en cette coste d'Ainan , lesquels Corsaires s'entendoient auecque les Mandarins de ces ports, ausquels ils donnoient vn fort grand tribut f afin qu'il leur fust permis d'aller vendre à terre ce qu'ils voloient sur la Mer. Mais comme des plus grands maux Dieu en tire ordinairement de grands biens , il permit par sa diuine lustice , que pour auoir raison du vol que Coja Acem nous auoit faict au port de Lugor, il prit enuie à Antonio de Faria de l'aller chercher. A quoy il se résolut à Patane, pour le chastimentde quelques autres voleurs , qui auoient mérité d'estre punis de la main des Portugais. Or ayant desia durant quelques iours auec assez de trauail continué nostre nauigation dans cette ense de Cauchenchina, comme nous fusmes entrez dans vn port nommé Madel , le iour de la Natiuité de Nostre Dame, qui est le huictiesme Septembre, pour la crainte que nous eusmes de la nouuelle Lune , durant laquelle il suruient souuent soubs ce climat vne si grande impétuosité de vents et de pluyes , qu'il est presque impossible aux Nauires d'y résister, et cette tourmente est appellée Tujàn par les Chinois; tellement qu'y ayant desia quatre ioui*s que le Ciel chargé de nuages BOUS predisoit ce que nous appréhendions ;.

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joint que les InncM se uenotent mettre aux abris qu*ik treuuoient Ik les plus proches, parmj plusieurs qui entrèrent dans ce port , Dieu per* mit qu'il y en eust Tn entre les autres , d'm fameux Corsaire Chinois nommé Hiniroilau, qm de Gentil qu'il auoit esté, s'estoit depuis pea rendu Mahumetan^ induit à cela (comme Ton disoit ) par les Cacis de la maudite secte Bfaho* metane , dont il auoit fiiict profession n*agaeres, et qui Tauoit rendu si grand ennemy du nom Chrestien^ qu'il se rantoit publiquement que Dieu luy deuoit le Ciel, pour les grands seraices qu'il luy auoit faits sur terre, en la dépeuplant peu à peu de la nation des Portugais , qui dés le ventre de leur mere se plaisoient en leurs o(* fenses , comme les propres habitans de la Maison enfumée, nom qu'ils donnent à l'Enfer; et ainsi par ces paroles, et par d'autres blasphèmes semblables il disoit de nous tout ce qu'on pourroit iamais s'imaginer de sale et d'abominable. Ce Corsaire entrant en la riuiere dans un lunoo fort grand et haut esleué , auec tous ceux de sa suitte qui s'occupoient au trauail de la nauigation , à cause que le Ciel s'obscurcissent presageoit vne tourmente, s'approcha du lieu oh nous estions à l'ancre , et nous salua k la façoo de ceux du psys. Alors nous iuy rendismes le sakit de la mesme sorte, comme c'est la coustume

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<le feire aux entrées des ports de ces pays là , satxs que iasques alors ils nous eussent recogneus pour estre Portugais , non plus que nous ne les recognoissions point. Car nous croyons qu'ils fussent Chinois, et qu'ils se vinssent mettre à couuert en ces ports , p<tur se parer de la tourmente comme les autres. Là dessus voila que cinq ieunes hommes Chrestiens, que ce ▼oleur tenoit esclaues dans son lunco , iugeana bien que nous estions Portugais , se unirent tous à crier trois pu quatre fois , Seigneiur Dieu mi-' seriùordê. A ces mots nous nous mismes tous sur pied pour voir ce que c'estoit» fort esloignez de iuger ce qui en arriua depuis, Gir nous eusmes bien à peine recogneu que c'estoient des Chrestiens, que nous criasmes fort haut aux Mariniers qu'ils eussent à ramaner leurs voiles;, ce qu'ils ne voulurent faire. Au contraire s'estant mis à ioûer d'vn tambour par manière de mespris, ils firent trois grandes huées , et à mesme temps fiûsant esclatter leurs cimeterres tous nuds, dont ils s'escrimoient en l'air en nous menaçant^ après qu'ils se furent ancrez vn quart de lieué plus auant que nous , Antonio de Paria désirant d'apprendre ce que c'estoit , y enuoya vn l^alon bien équippé. Mais après que ceux qui estoient dedans furent arriuez à bord , ces barbares leur iettoient vue si grande quantité de pierres, qu'Us

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leur firent courir fortune ; si bien qu'ils s'en re* tournèrent fort blessez , tant les Mariniers que les Portugais. Antonio de Fana les uoyant revenir ainsi ensanglantez, voulut sçauoir d'eux d où cela procedoit. Monsieur, luy respondirent-ils, nous ne sçauous point ce que cela peut estre, et ne vous pouuons dire autre chose, sinon que vous voyez en quel équipage nous reuenons. Cela dict , luy monstrans les blesseures de nos testes, nous luy declarasmes quelle réception l'on nous auoit faite. D'abord cette nouuelle embarrassa grandement Antonio de Faria, si bien qu'il y pensa assez long-temps. A la fin re* gardant ceux qui estoient presens, Messieurs, leur dit-il , qu'il n'y ait icy aucun' qui ne se tienne prest, pource que moyennant la grâce de Dieu ie me promets que nous sçaurons bien*tost d'où vient tout cecy. Car ie m'imagine que c'est ce chien de Coja Acem^ et possible qu'il nous pourra bien payer aujourd'huy nos niarchau* dises. Auec ce désir il commanda qu'on leuast à l'heure mesmeles ancres, et le plus promptement qu'il peust il fist voile auec les trois luncos et Lanteaas. Les ayant approchez à la portée d yn rooi^quet, il les salua de trente-six volées de canon , dont les douze estoient fauconneaux , et autres pièces de campagne, parmy lesquelles il y en auoit vne de batterie , qui tiroit des baies

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de fonte; dequoy les ennemis demeurèrent si fort estonnez, que toute la resolution qu'ils peurent prendre pour lors , fut de laisser leurs ancres dans la mer, pour n'auoir loisir de lés leuer, afin de laisser aller leur lunco vers la coste. Chose qui ne leur reiissit point selon leur désir ; car Antonio de Faria n'eust pas si tost recogneu ce dessein , qu'il leur gaigna le deuant , et les aborda auec toutes les forces des luncos et des Lanteaas qu'il auoit. A cette rencontre il se fist vn furieux chamaillis de coups d'espées par ceux qui vindrent à s'approcher ; et en suitte de cela des iauelots, des dards, et des pots remplie de poudre furent lancez de toutes parts. Par mesme moyen plus de cent mousquetaires tirererent sans discontinuer; de sorte que durant vne demie heure les forces se treuuerent si esgales des deux cbstez7 qu'on ne pouuoit discerner à qui estoit l'aduantage. Mais en fin , il pleust a Dieu de nous estre si fauorable, que les ennemis se sentant lassez, blessez et bruslez , se ietterent tous dans la mer; et ainsi les nostres auec de grands cris d'allégresse, poursuiuirent courageusement vne si belle victoire. Antonio de Faria voyant que ces misérables couloient tous à fonds , à cause que le courant de l'eau estoit si impétueux et si grand qu'il les faisoît noyer, s'embarqua dans deux Ballons qu'il fist

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leur firent courir fortuné; si bien qu'ils s'en re* tournèrent fort blessez , tant les Mariniers que les Portugais. Antonio deFaria les uoyant revenir ainsi ensanglantez, voulut sçauoir d'eux d où cela procedoit. Monsieur, luy respondirent-ils, nous ne sçauous point ce que cela peut estre, et ne vous pouuons dire autre cbose, sinon que vous voyez en quel équipage nous reuenons. Cela dict , luy monstrans les blesseures de nos testes, nous luy declarasmes quelle receptioD l'on nous auoit faite. D'abord cette nouuelle embarrassa grandement Antonio de Faria, si bien qu'il y pensa assez long-temps. A la fin regardant ceux qui estoient presens, Messieurs, leur dit-il , qu'il n'y ait icy aucun* qui ne se tienne prest, pource que moyennant la grâce de Dieu ie me promets que nous sçâurons bien-tost d'où vient tout cecy. Car ie m'imagine que c'est ce chien de Coja Acem^ et possible qu'il nou$ pourra bien payer aujourd'huy nos roarchau* dises. Auec ce désir il commanda qu'on leuast à l'heure mesme les ancres, et le plus promptement qu'il peust il fist voile auec les trois luncos et Lanteaas. Les ayant approchez à la portée dVn rooi^quet, il les salua de trente-six volées de canon , dont les douze estoient fauconneaux , et autres pièces de campagne, parmy lesquelles il y en auoit vne de batterie , qui tiroit des baies

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cks fonte; dequoy les ennemis demeurèrent si fort estonnez, que toute la resolution qu'ils peurent prendre pour lors , fut de laisser leurs ancres dans la mer^ pour n'auoir loisir de les leuer ^ afin de laisser aller leur lunco vers la coste* Chose qui ne leur réussit point selon leur désir ; car Antonio de Faria n'eust pas si tost recogneu ce dessein , qu'il leur gaigna le deuant , et les aborda auec toutes les forces des luncos et des Lanteaas qu'il auoit. A cette rencontre il se fist vn furieux chamaillis de coups d'espées par ceux qui vindrent à s'approcher; et en suitte de cala des iauelots, des dards, et des pots reniplift de poudre furent lancez de toutes parts. Par mesme moyen plus de cent mousquetaires tire* rerent sans discontinuer; de sorte que durant vne demie heure les forces se treuuerent si esgales des deux cbstez ; qu'on ne pouuoit discerner à qui estoit l'aduantage. Mais en fin , il pleust à Dieu de nous estre si fauorable, que les ennemis se sentant lassez , blessez et bruslez ^ se ietterent tous dans la mer; et ainsi les nostres auec de grands cris d'allégresse , poursuiuirent courageusement vne si belle victoire. Antonio de Faria voyant que ces misérables couloient tous à fonds , à cause que le courant de l'eau estoit si impétueux et si grand qu'il les faisoit noyer, s'embar({ua dann deux Ballons qu'il fist

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leur firent courir fortune ; si bien qu'ils s'en re* tournèrent fort blessez , tant les Mariniers que les Portugais. Antonio de Fana les uoyant revenir ainsi ensanglantez, voulut sçauoir d'eux d'où cela procedoit. Monsieur, luy respondirent-ils, nous ne sçauous point ce que cela peut astre, et ne vous pouuons dire autre chose, sinon que vous voyez en quel équipage nous reuenons. Cela dict , luy monstrans les blesseures de nos testes, nous luy declarasmes quelle receptioD l'on nous auoit faite. D'abord cette nouuelle embarrassa grandement Antonio de Faria, si bien qu'il y pensa assez long-temps. A la fin re^ gardant ceux qui estoient presens , Messieurs , leur dit-il , qu'il n'y ait icy aucun* qui ne se tienne prest, pource que moyennant la grâce de Dieu ie me promets que nous sçaurons bien-tost d'où vient tout cecy. Car ie m'imagine que c'est ce chien de Coja Acem^ et possible qu'il nous pourra bien payer aujourd'huy nos marchau* dises. Auec ce désir il commanda qu'on leuast à l'heure mesmeles ancres, et le plus promptemeot qu'il peust il fist voile auec les trois luncos et Lanteaas. Les ayant approchez à la portée dWn moi^quet, il les salua de trente-six volées de canon , dont les douze estoient fauconneaux , et autres pièces de campagne , parmy lesquelles il y en auoit vne de batterie , qui tiroit des baies

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leur firent courir fortune ; si bien qu'ils s'en retournèrent fort blessez , tant les Mariniers que les Portugais. Antonio de Faria les noyant revenir ainsi ensanglantez, voulut sçauoir d'eux d où cela procedoit. Monsieur, luy respondirent-ils, nous ne sçauous point ce que cela peut estre, et ne vous pouuons dire autre chose, sinon que vous voyez en quel équipage nous reuenons. Cela dict , luy monstrans les blesseures de nos testes, nous luy declarasmes quelle réception l'on nous auoit faite. D'abord cette nouuelle embarrassa grandement Antonio de Faria, si bien qu'il y pensa assez long-temps. A la fin regardant ceux qui estoient presens , Messieurs , leur dit-il , qu'il n'y ait icy aucun* qui ne se tienne prest, pource que moyennant la grâce de Dieu ie me promets que nous sçâurons bien*tost d'où vient tout cecy. Car ie m'imagine que c'est ce chien de Coja Acem^ et possible qu'il nous pourra bien payer aujourd'huy nos roarchau* dises. Auec ce désir il commanda qu'on leuast à l'heure mesme les ancres, et le plus promptement qu'il peust il fist voile auec les trois luncos et Lanteaas. Les ayant approchez à la portée d'yn rooi^quet, il les salua de trente-six volées de canon , dont les douze estoient fauconneaux ^ et autres pièces de campagne, parmy lesquelles il y en auoit vue de batterie , qui tiroit des baies

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de fonte; dequoy les ennemis demeurèrent si fort estonnez, que toute la resolution qu'ils peurent prendre pour lors , fut de laisser leurs ancres dans la mer, pour n'auoir loisir de les leuer, afin de laisser aller leur lunco vers la coste. Chose qui ne leur reiissit point selon leur désir ; car Antonio de Faria n'eust pas si tost recogneu ce dessein , qu'il leur gaigna le deuant , et les aborda auec toutes les forces des luncos et des Lanteaas qu'il auoit. A cette rencontre il se fist vn furieux chamaillis de coups d'espées par ceux qui vindrent à s'approcher ; et en suitte de cela des iauelots, des dards, et des pots remplie de poudre furent lancez de toutes parts. Par mesme moyen plus de cent mousquetaires tirererent sans discontinuer; de sorte que durant vne demie heure les forces se treuuerent si esgales des deux cbstez ^ qu'on ne pouuoit discerner à qui estoit l'aduantage. Mais en fin , il pleust a Dieu de nous estre si fauorable, que les ennemis se sentant lassez , blessez et bruslez , se ietterent tous dans la mer; et ainsi les nostres auec de grands cris d'allégresse , poursuiuirent courageusement vne si belle victoire. Antonio de Faria voyant que ces misérables couloient tous à fonds , à cause que le courant de l'eau estoit si impétueux et si grand qu'il les faisoit noyer 9 s'embarqua dans deux Ballons qu'il fist

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équipper, prenant quelques sddats auec luj. Puis le plus habilement qu'il peust, il sauut seize hommes , qu'il ne voulut laisser mourir , pour l'extrême besoin qu'il en auoit en h Chourme de ses Lanteaas y à catise qu'aux conh bats qui s'estoient passes on luy auoit tué rue bonne partie de ses gens.

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