CHAPITRE n
CommcDl ie partis de ce Royaume pour m'en aller ans Indes, cl du soccez rjuVusl l'Armée naunle avec laquelle ic m'embarqua^.
Cs fût en l'année iSSy, el le viiziéme iour de Mars, que ie partis de ce Ruyauiue auec vue .flotte de cinq nauires , où il n'y auoit aucun Geueral; car iJjàcuu de ces vaisseaux estuit com-
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mandé par vn Capitaine particulier. Par exemple clans le naiiire nommé la Reine; commandoit Dam Pedro de Sylna , dict le Coq , fils du Comte Admirai Dora Vasco de Gama, qui estoit ce mesme nauire, dans lequel à son retour il apporta les ossemens de son Père, qui estoit décédé aux Indes quelque temps auparauant. En quoy cela se rencontra de remarquable pour luy, que le Roy Dom louan , qui se trouva pour lors à Lisbonne , fist receuoir ces mesmes ossemensauecque tant d^apareil , qu'on ne veit iamais de pompe funèbre, si elle n'estoit de quelque Roy, plus honnorable, et plus magnifique que celle là. Dans le nauire nommé sainct Roch, commandoit Dom Fernando de Lima, fils de Diego Lopez de Lima, grand Preuost de la Ville de Guimarane^, qui mourut valeureusement en la defence de la fortere^sse d*Ormus , dont il fôt Capitaine Tannée suiuantc 1 5'i8. Dans celle qu'on appeloit saincie Barbe estoit Capitaine George de Lima, Cousin de ce mesme Dom Fernando de Lima, et qui estoit pourueu de la charge de Capitaine en la Ville de Chaûl. Dans le vaisseau qu'on appelloit Fleur de la Mer, estoit reconnu pour Chef I^pe Vaz Vagado , Capitaine ordinaire des courses de Mer; Et dans le ciuquiesroe et dernier nauii^, nommé Galegâ où se perdist depuis Pedro Ijopez deSousa , commandoit Mar-
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tin de Freitas, natif de l'isle de Madère, qui cette mesme année fut tué à Damao , auecque 35. hommes qui le suiuoient. Comme tous ces vaisseaux voguoient par des routes différentes, ils arriuerent en fin à bon port en vne Ville nom* méc Mozambiq. Là nous treuuasmes qu'hiuernoit le nauire desainct Michel, où commandoit Duart Tristao, qui partist de là richement chargé , pour s'en retourner en Portugal. Toutesfois ie croy qu'il fut pris en cette nauigation , ou qu'il fist naufrage , comme il n'arriue que trop souuent en ce voyage des Indes; car l'on n'eu a eu depuis aucune nouuelle.Aprèsque nos cinq vaisseaux furent equippez de tout ce qui leur estoit nécessaire , et prests à faire voile de Mozambiq, le Lieutenant de la forteresse, nommé Vincent Pegado, fist voir aux Capitaines des cinq nauires susdites vn mandement du Gouuerneur, nommé Nuuhode Cunha, par lequel il commandoit tres-expressément que tous les vaisseaux Portugais qui aborderoient ce port cette année là^ eussent à s'en aller à Diu, et laisser leurs gens à la garde de la forteresse, pour le soupçon que l'on auoit de l'Armée du Turc, que l'on attendoit alors d'heure en heure aux Indes, à cause de la mort du Soldan Bandur Roy de Cambaye , que le susdit Gouuerneur auoit mis à mort l'Esté précèdent : Comme cette af&ire
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tetoit graudeinent importante; elle fust cause que tous les Chefs , et autres qui auoient eu com* mandement y s'assemblèrent pour délibérer jà desisus. A la fin pour, remédier à la nécessité présente, ils conclurent, que trois de ces cinq Nauires appartenans au Roy, s'en irôient à Diu^ conformément à ce qui es toit porté par le mandement susdit , et que pour le regard des deux autres qui estoientà des Marchands particuliers^ (}ont les Procureurs avoient des-jà protesté de tous despens, dommages, et interests, ils poursuis- -vroient leur route vei's Goa : les trois Nauires du Roy ayant fait voyle à Diu , et lés deux autres des Marchands vers Goa, il plust à Dieu les conduire à bon pofti Or au mesme instant que les trois Nauires du Roy furent arriués à l'emboucheure du port de Diu, ce qui adiiint le 5 de Septembre , en la mesme année i538. Antonio de Siluera^ frère de Louys de Siluera , Comte de Sortelha ^ qui y estoit pour lors Capitaine, leur rendist tous les tesmoignages à iuy possibles de la resiouissance que leur arriuée Iuy apportoit^ Pour preuuede cela 11 leur fist à tous largesse de son propre bien, tenant table ouuerte à plus de sept cens hommes qu'ils auoient amenez auec eux ^ sans y comprendre les aumosnes secrettes, et les dons extraordinaires , par le moyen desquels il pourueut aux nécessitez que durant leur uaui-
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galion ik auoieni souifertes. Ce qui fist que les soldats de rarnoée considérant que ce Capitaine les traittoit dVne £içon du tout splendide et Royale y qu*il les payoit par aduance, que luy uiesme leur distribuoit leur solde et leur muni* tion, Êiisoit penser les malades, et se monstroit secourable aux nécessiteux, cela leur rehaussa tellement le courage , que de leur propre mouuement ils s'offrirent à y demeurer pour le seruir, sans qu'ils y fussent contraints en aucune façon, comme ils ont accuustumé de l'estre en ces pays là dans toutes les forteresses qui attendent vn siège. Cela fait, si tost que les trois Na«^ uires eurent vendu toutes les Marchandises qu'ils auoient apportées, ils firent voile à Goa, sans emmener auec eux, que les Officiers des Vaisseaux , et quelques gens de Marine pour les conduire; là ils séjournèrent quelque temps, tusques à ce que le Gouuerneur leur eust donné des dé* pèches pour s'en aller à Cochin ; où estant arriuez ils ychargerent les marchnndises,qui leur estoient proprés, et s'en retournèrent touts cinq en ce Royaume de Portugal , où ils arriuerent à bon port : par mesnie moyen ils emmenèrent en leur compagnie vn antre Nauire tout neuf qui auoit esté fait aux Indes, et qui portoit le nom de sainci Pierre , duquel estoit Capitaine Manuel de Macedo , qui est celuy là mesme qui fist porter
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à Lisbonne ce grand Basiliq , que nous appelions ordinairement le Canon de Diii , pour y auoir €Sté pris auec deux autres de la roe^me forme , en la mort de Sol taon Bandur Roy de Gambaye^ et l'on tient que ce$ trois pièces sont du nombre des quinze que Rumecan, General de l'Armée du Turc apporta de Suez, en Tannée 1534) lors que Dom Pedro de Gastel branco , partist de ce Royaume, auec les douze Cai*auelles de Secours , ce qui aduint au mois de Nouembre.
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