‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 80 sur 101 · CHAPITRE LXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIY

De la lettre qu'Anton io de Faria escrittit au Mandarin de Nouday ^ sur le sujet de tes prisonniers , quelle en fut la response, et ce qu'il 6st depois.

Cettc resolution prise, Ton tint le conseil pour sçauoir de quelle façon on se deuoit gonuerner en cette affaire ; surquoy il fut résolu qu'il la falloit traitter sans delay, et à l'amiable auec le Mandarin , à qui pour cet effect Ton enuoyeroit demander ces prisonniers, avec promesse de donner pour leur rançon ce qui aeroit treuué raisonnable , et que suiuant sa responce Ton prendroit ime plus ample resolution sur ce qu'on auroit à faire. L'on fist donc à mesme temps requeste conforme au stile dont Ton auoit accoustumé de se seruir en iugement , et Antonio de Faria Tenuoya au Mandarin par deux des Chinois qu'il auoit pris , et qui sembloient les plus honorables. Par mesme moyen il luy fisi

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tenir vu présent qui valoit deux cent ducats , luy semblant que cela deuoit sufBre entre gens d'honneur, pour l'obliger k rendre ces prison^» niers ; mais il en arriva bien autrement, comme Ton verra çy*4iprès. Car si tost que ces Chinois furent partis , et qu'ils eurent donné leur re-* queste et leur présent , ils s'en retournèrent le lendemain , auec vne responce escripte sur le dos de la requeste , dont la teneur estoit telle : ce Que t» bouche se vienne présenter à mes pieds, « et après t'auoir ony ie te feray iustice , et te la Qcgarderay si tu l'as. » Antonio de Faria voyant la mauuaise responce du Mandarin, et combien estoient altières ses paroles , en demeura fort triste, et grandement affligé , pource qu'il recognust bien par ce commencement, qu'il auroit beaucoup de peine à deliurer ses compagnons; de manière que ayant communiqué cette affaire en particulier à quelques-vns , qui pour cet effect furent appelles , ils se treuuerent d'bpinion différente ; neantmoins après y auoir bien pensé , il fut à la fin conclu , qu'il y falloit enuoyer vn autre messager, qui luy Ae^ mandast auecque plus d'efficace les prisonniers et offrit pour leur rançon iusques à la somme de deux mille Taeis en lingots d'argent et en marchandise, luy déclarant qu'il ne partiroit point de ce lieu iusqu'à ce qu'il les eust ren-

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noyés; car il faisoit son compte que cette resolution Tobligeroit possible à faire ce qu'il lov auoit refusé par vne autre voye, on qu'il s\ porteroit par la consideraticMi du gain et de Tinterest. Ainsi les deux mesmes Chinois partirent pour la seconde fois, avec vne lettre close comme d'vne personne à une autre, sans aucune sorte de cérémonies , ny de vanitez , dont ces Gentils ont accoustumé d'vser entr'eux ; ce qu'Antonio de Faria fist exprès, afin que par Taigreur de cette lettre le Mandarin reconnust qu'il estoit piqué au ieu , et résolu d'exécuter ce qu'il lui escriuoit. Mais deuant que passer outre ie veux seulement déduire icy les deux poincts du contenu de la lettre, qui furent cause de l'entière ruyne de cette afTaire. Le premier fut, en ce qu'Antonio de Faria luy dit, quil estoit un marchand estranger, Portugais de nation y qui s'en alloit en marchandise vers le port de Liampoo ^ où il y auoit plusieurs marchands estrangers comme luy, qui payoient fort bien la doiiane accoustumée,sans qu'ils fissent iamais aucun vol , ny aucune méchanceté , comme ils asseuroient. Le second point fut, pource qu'il disoit que le Roy de Portugal son maistre estoit allié d'vue vraye amitié de frère auec le Roy de la Chine, ce qui estoit cause qu'ils s'en alloient traficquer en son pais, pour la mcsme raison

DE FERBriHTD MBNBE2 PJBfTO. 399

que les Chinois auoient accoutumé d'aller à Malaca 9 où ils estoient traittés auec toute vé* rité> faneur et iustice, sans qu'il leur fust hit aucun tort. Or combien que ces deux poincts fussent désagréables au Mandarin, si est-ce que toacfaant le dernier particulièrement 9 par lequel il nommoit le Roy de Portugal frère' du Roy de la Chine, il le prist en si mauuaise part , q<ie sans auoir esgard à rien que ce fust, il commanda qu'on fouêtast cruellement ceux qui auoient apporté la lettre , mesme il leur fist coupper les oreilles , et ainsi il les renuoya auec vne responce à Antonio de Faria , escrite sur vn meschant morceau de papier tout déchiré, où se lisoient ces paroles : a Puante charongne , née a des mouches croupies dans le plus vilain cloua-" « que qu'il y puisse auoir dans les cachots des «prisonniers, qu'on ne, nettoyé iamais, qui a tf donné l'asseurance à ta bassesse, d'entrepren- « dre d'esplucher les choses du Ciel, ayant faict « lire ta requeste, par laquelle comme Seigneur « que ie suis , tu me pries d'auoir pitié de toy, <r qui n'est qu'un pauvre misérable? Comme getf nereux que ie suis, ma grandeur estoit déjà u presque satisfaicte du peu que fu me présente tois , i'auois quelque inclination à t'accorder a ta demande, lors que mon oreille a été tou- « chée par l'horrible blasphème de ton arro-

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ut:

gaaee^<{ai te Saàet appdDer tan Baj fils du Sololy LjQii cQugmmé par ssuice incrovable au thrasae du pieds duquel sont soulMiises toutes L rooaes de cenx qui ffnrrermemt la tous les sceptres ne senresC q^m d'agnpfa» ^ ses tres-ridbes sandales escrasées fm: le froctement de ses talons, comme le certifieiit soobs la loy^ de leurs xerités les escriunins du Temple de For, et ce par toute la terre habitable. Sçacfae donc qœ pour hk grande hérésie que tu as proferée , i'ay fiùct brusler ton pa> pier représentant en icelay par cérémonie d'yne cruelle instice la yile statué de ta per^ sonne , désirant l'en Êdre de mesme pour IV norme crime que tu as commis* A cause de* quoy ie te commande que tu £isses Toile tout maintenant , aflSn que la mer qui te soustie&t «c ne soit point maudite. i> Si tost que Finterprete, qu'ils appellent Tausud^ eut achevé de lire la lettre, et quil eut expliqué ce qu'elle disoit) tous ceux qui Touyrent furent grandement honteux ; entre lesquels il n'y en eut point à qui cet affront fust plus sensible qu'à Antonio de Faria , qui demeura confus vu assez longtemps, se voyant priué tout à faict de l'espérance de racheter ses ' prisonniers ; de manière quVpres qu'ils eurent tous bien examiné ces insolentes

3aroles contenues dans la lettre du Mandarin , et sa grande discourtoisie, ils conclurent enfin qu'il falloit mettre pied à terre et attaquer la vila.^, sur Tesperance que Dieu les assisteroit, puisque leurs intentions estoient bonnes. Pour cet effect ils ordonnèrent incontinent des vaisseaux pour gaigner la terre, qui furent quatre grandes barques de pescheurs qu'ils auoient prises la nuict passée. Sur quoy faisant le dénombrement des gens qu'il y pouvoit auoir pour cette entreprise, il y en fut treuvë trois cent^ dont il y en auoit quarante Portugais de nation. Pour les autres ils estoient esclaues et mariniers, sans y comprendre les hommes de Quiay Panjan, dont il y auoit cent soisante harquebusiers , et les autres estoient armés de pieux et de lances , et auoient avec cela des bombes à feu et autres telles choses nécessaires pour l'effect de leur entreprise.

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4oa VOTAGBS ADUAITTURISUX

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