‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 83 sur 101 · CHAPITRE liXVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE liXVIT

De ce qu* Antonio de Farîa fist n son arriaée aux ports de Liampoo, et des nouuelles qu'il eust en ce lieu de ce qui se passoit dans le Royaume de In Chine;

ËKTRE ces deux Isles , que leshabitansdu pays, et ceux qui nauigent en cette coste, appellent les ports de Liampoo , il y à vn canal vn peu plus large que deux portées d'arquebuse , profond

4l6 VOTAGBS ADD&imintDX

iusqu'Jl viogt-cÎDq brasses, où en ceruins en-

dpoicts il y a des riiiages fort bons pour y m.

crer, ensemble vne agréable riuiere d'eau douct

qui prend sa source du haut d'vne montagne «

passe par des boccages fort espais de Cèdres de

Chesnes , et de Sapins ; dequoy beaucoup de Ni.

uire» font prouiaion pour s'en seruir d'antennes

de masts, et de planches , sans qu'il leur en coustc

rien. Ce fiit en ces Isles qu'Antonio d« Fahi

moiiilla l'ancre vn Mercredy matin. Mais deuaoi

que passer outre Mem Taborda et Antonio Ad-

riquez, luy demandèrent congé de s'en aller

aduertir la ville de son arriuée, afin de sçauoir

par roesme moyen quelles nonuelles il y juoit

dans le pays , et s'il ne s'y parloit point de «

qu'il auoit foict à Nouday. Car en cas que sod

arriuée f ust dommageable à ce lieu en la moindre

chose que ce fût, il «toit résolu de s'en aller

hyuerner en Vlsle de PuUo Hinhor; sur qaoy ih

luy proniHvul <!«■ l-a.l.irrUi- en diligence de t,, :

ce qu'ils i.pi.iHMuIroicnt. \ cela Antonio deFtr

fist respoiisc, .pul upproiiuoit gmndfrfnw, .,

aduis,et.|.nll.'maccordcroiil«««8*<l'^.

demamWn-.t. Alors il cnnoya i«r «.t m..

certaines lettres qu'il adressou mu pmjn,

de ceux q.u pour lors gouuevoment

lesquelles .1 l.'ur faisoit --

desonvoyngf.cilfis

'^•oiiaJL^ de fernani> mendez i^ïnto. 417

4 ^^^ sur ce qu*ils auoient etiuie qu'il fist, ad- 7^ P^ç .it qu'il estoit tout prest à leur obeïr. A ^>urced k**^^®^ ^® compliment il en adjousta plufoccâff fM ^^^^^^ semblables, d'où il renient souuent j . " . biip de profit ,^sans qu'elles coustent rien.

' ; lio Anriquez et Mem Taborda partirent ce ^ le îour sur le tard , cependant qu'Antonio

'^îria ne bougeast de là, en attendant les ' Nielles qui luy viendroient; il estoit bien

^\ heures de nuict, quand ils arriuerent tous I à la ville , où si tost que les habitans les ?reiî/ co^'^^^ et qu'ils sceurent d'eux les nouuelles fl^moffjg apportoient, ensemble le succès de leur v/««i^g^^ ils demeurèrent fort estonnez; comme ^JPeffet la nouueauté d'vn tel cas le requeroit y. lita^;^^ jig s'assemblèrent donc incontinent au son icekfj^Q cloche dans l'Eglise nostre Dame de la ' '^^nception^ qui estoit la Cathédrale de 6. ou 7. //flkyji y aiioit en cette ville. Là ils traitterent en- ^«'eux de ce qu'Antonio Anriquec et Mem Taf AiiKqy^^ Iqup auoient dit ; puis voyant qu'Antonio ^% Faria auoit vsé d'vne grande libéralité ^ tant '^'$nuers eux, qu'enuers tous les autres qui auoient '^^^a'rt dans le lunco , ils résolurent de luy satisfaire '^/en partie par des démonstrations d'affection et '^^ derecognoissance, faisant suppléer tous les deux ^' au peu de pouuoir qu'ils auoient. Pour cet effet ^' ils luy firent pour response vne lettre qu'ils TOM. I. 27 .

4l8 VOTAOBS ADUâHTURBUX

signèrent tous généralement, comme vins clusion prise en vne assemblée, et la luy uoyerent incontinent , ensemble deux Luntg^Ji pleines de quontité de rafraischissemens^ et <» par vn Gentilhomme d*entr*eiix nommé Hteroamc de Rego , homme desia vieil , de sçaitoir et d^iittorité. Dans cette lettre ils le remercioient tm termes tous remplis de courtoisie de la gramW obligation quHls auoient tous en geneml^ tttiii pour la grande faueur qu*il leur auoit faite en leur estant leur marchandise d'entre les mains des ennemis, comme pour Textréme afFectioa qu'il leur auoit tesmoignée, en vsant enuerseux d'vne grande libéralité, pour laquelle ils espe^ roient que Dieu luy aatisferoit en abondance dos biens de sa gloire; Quant à la crainte qu*il auoit d'hyuerner en ce lieu , à cause de ca qui s'estoit passé k Nouday, qu'il se tint asseuré do ce costé-là , pource que le pays n'estoit alors si plein de repos, qi»e cela fut capable de luy don* ner du ressentiment, pour estre asMcz troublé d'ailleurs, tant pour l'amour du Roy de la Chine, qtie pour les dissentions qu'il y auoit en tout le Royaume, parmy treize opposans, qui pretendans tous à la Couronne , tenoient la campagne, afin que par la force des armes ils eussent moyen de vuider vn différent, qui ne se pou uoit terminer par le droit. A quoy ils adjoustoient que le Tu-

DE FERNAITD MENDEZ PIITTO. 4^9

li^an Nay première personne après le Roy, et qui comroandoit souuerainement comme le Roy mesme , estoit assiégé dans la ville de Quoansy, par le Prechau Muan Empereur des Cauchinsf en £aueur duquel l'on tenoit que le Roy de Tar* tarie s'en venoit fondre dans le pays , auec vne aroaée de neuf cent mille hommes ; de manière que tout estoit tellement broiiillé et meslé entr'eux, que quand m'esme il auroit rasé la ville de Canton , c'est de quoy l'on ne se soucieroit pas beaucoup y qu'ainsi à plus forte raison ils pouuoient penser qu'on tiendroit pour grande* ment indiffèrent ce qui s'estoit passé à Nouday, qui dans la Chine à comparaison de plusieurs autres, n'estoit pas plus grande que Oeyras en Portugal, pour estre esgalé à Lisbonne. Qu'au demeurant pour l'asseurance de la bonne nouuelle qu'il leur auoit enuoyée, d'estre arriué eu leur port, ils le prioieni instamment qu'il luy plût y demeurer à l'ancre six iours, afin que durant ce temps-là ils eussent moyen de luy accommoder vn lieu propre à le receuoir, puis que par cela seulement ils luy pouuoient tesmoigner leur bonne volonté , n'estant pas capables de dauantage pour le présent, ny de s'acquitter de tant d'obligations, dont ils luy estoient redeuabW. Ceà paroles de courtoisie estoient suiuies de plusieurs autres complimens, ausquels Antonio de

4^10 VOYAGES ADUAITTURSUX

Faria respondit auec la bienséance requise. Cependant leur voulant complaire il leur accxmia ce qu'ils luy deinandoient, et dans les deux mesmes Lanteaas d'où hiy estoient venus les nfraischissemens, il enuoya en terre les malade, et les blessés qu'il auoit dans ses uauires, que ceux de Liampoo receurent auec de grands tesmoignages d'affection et de charité : car à l'heure mesme ils furent logez dans les maisons des plus riches , et pourueus magnifiquement de tout ce qui leur, estoit nécessaire, sans qu'il leur manquast aucune chose. Or durant les six iours qu'Antonio de Faria demeura en ce Ueu il n'y eut point d'homme de qualité en toute la ville qui ne le vinst visiter auec quantité de presens et de diuerses sortes de prouisions, de rah*aischissemens et de fruicts, le tout en si grande abondance, que nous estions estonnés de ce que nous voyons deuant nous , principalement de la grande pro* prieté et magnificence dont toutes ces choses s'accompagnoient.

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