‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 84 sur 101 · CHAPITRE LXVra · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVra

De la réception que les Portugais firent à Antonio de FsM*ia

en la ville de Lianipoo.

DuBAiTT les six iours qu'Antonio de Faria passa en ce lieu pour satisfaire à la promesse que ceux de Liampoo luy en auoient faite, il ne bougea point d'auprez de ses nauires. A la fin -vn Dimanche deuant le iour, qui estoit le temps limité pour entrer au port, on luy fist ouïr yn fort beau concert de musique, tant d'instruments que de voix, dont l'harmonie estoit grandement agréable. Apres , pour yn adieu à la Portugaise il se fist yne manière de pantalonnade au son des tambours ordinaires , et autres tels instruments, ce qui nous sembla grandement bon, pour estre conforme à la mode de nostre païs. Alors à quelques deux heures deuant le iour la nuict estant grandement paisible , et la Lune fort claire , il fiist voile auec toute son année , ayant dans ses nauires quantité de bandoroUes de soye, les grandes hunes et les soubshunes tendues de toile d'argent et force beaux estendards demesme.

4^2 VOYAGES ADUAITTCREUX

Apres ces vaisseaux suiuoient plusieurs barqaes de rame , dans lesquelles il y auoit beaucoup de trompettes, de hautbois, de fluttes, de fifres, de tambours et d'autres tels inslruinens tant Portugais , que Chinois ; tellement que chaque vaisseau estoit de différente invention^ et de mieux en mieux. Comme il fîit grand iour, le vent vint à se calmer, eux estants à demie lieué du port , ce qui fist qu'il vint à eux incontinent vue vingtaine de Lanteaas de rames, fort bien equippées, et plaines de quantité de musiciens, qui ioûoient de plusieurs instrumens. Ainsi en moins d'vne heure ils arriuerent tous à la rade; mais auparauant il vint au bord d'Antonio de Faria plus de soixante bateaux bolonus , et manchuas embellies de tentes et de banderoUes de soye , ensemble de tapis de Turquie de fort grand prix. En ces bateaux il y auoit plus de trois cens hommes, tous bien parez et ayants quantité de chaisnes d'or, et leurs espées garnies de mesme, qu'ik portoient auec les baudriers à la mode d'Afrique, le tout si bien approprié, que ceui qui voyoient tout cet équipage n*en estoient pas moins contens qu'ils en estoient estonnés. Auec cette suitte Antonio de Faria se rendît au port, où estoient rangez par ordre vingt-six nauires et quatre vingt luncos, sans y comprendre vtie grande quantité de Vancones et de Barcasses at-

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^3chés à la file lois vnes aux autres , et qui de oette façon faisoient une beUe rue fort longue, le tout entouré de pins, de lauriers , et de cannes vertes I auec plusieurs arcs de triomphes, couuerts de cerises, poires, lymons, oranges, et cl'vne agréable verdure d'herbes odoriférantes dont les niasts et les cordages estoient couucrts. Apres qu'Antonio de Faria se fust arresté près de la terre , au lieu que pour cet effect on luy auoit préparé, il fist sa salue auec quantité de fort bonne artillerie. A quoy tous les autres vais<* seaux, luncos et Barques, dont nous venons de parler respondirent incontinent tous par ordre, chose yrayement agréable^ et dont les marchands Chinois estoient si fort estonnés qu'ils nous demandoient, si cet homme à qui Ton faisoit tant d'honneur et vne si belle réception estoit frère ou parent de nostre Roy ? et pourquoy Ton faisoit toutes ces choses? A quoy quelques Courtisant respondirent , que son père fer roit les Cheuaux que le Roy de Portugal roontoit, et qu'à cause de cela ou luy rendoit tous ces honneurs. Au reste, adiousterent41s , tous tant que nous sommes icy ie ne sçay si nous pourrions estre ses valets , et luy seruir seulement d'esclaues t cependant les Chinois prenant ces paroles pour des pures vérités, se regardoient les vus les autres, par manière d'estonnea>ent , et s'entredi-

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soient, saus mentir il y a de grands Roys ao inonde, dont nos anciens Historiens n'ont iamais eu cognoissance pour en traitter dans leurs escrits , et il semble que celuy de qui l'on deuroit faire plus d'estat c'est le Roy de ces Portugais : car de la façon que Ton nous parle de sa grandeur, il faut qu'il soit plus riche , plus puissant , et plus grand en terre , en subiects et en estats que n'est ny leTartare, ny le Cauchin, ce qui est assez manifeste, puisque le fils de celuy qui ferre ses chenaux, ce qui n'est qu'vn mestier ordinaire fort mesprisé de tous les Roys de la terre , est si respecté de tous ceux de sa nation ; surquoy vn autre qui oyoit ainsi parler son compagnon; certainement, disoit-il, ce Prince est si grand que si ce n'estoit vn blasphème , on lepourroit presque comparer au fils du Soleil, Lyon couronné au throsne du monde. A qiioy tous les autres, qui estoient à Tentour, adioustoient , cela se descouure assez par les grandes richesses que cette nation barbue s'acquiert généralement par toute la terre, par la force des bras armés, auec lesquels ils font des affronts à tous les autres peuples du monde. Cette salue estant finie de part et d'autre, il arriua au bord du lunco d'Antonio de Faria vne Lanteade Rame fort bien équippée et toute couuerte de branches de chastaignier auec leurs fruicts hérissés de la

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la^on que la nature lés faict uaistre au tronc des rameaux, la se voy oit quantité de roses et d'oeil* lets agencés pesle mesle parmy vne verdure fort agréable de certains arbrisseaux que ceux du pais appellent LechiaSj tous lesquels branchages estoient si espais qu'on ne voyoit point ceux qui x^araoienty à cause qu'ils etoient couuerts de cette mesme liurée. Or sur le haut du tillao de ce vaisseau il y auoit vne manière de tribune fort riche, doublée de brocatel, et dans elle^mesnïe vne chaire d'argent , et tout à l'entour six filles de dix à douze ans, grandement belles, et qui accordoient quelques instrumens de musique à leurs voix, qu'elles auoient fort harmonieuses; on les auoit menées. de la ville de Liampoo, qui estoit à 7. lieues de là , et loiîées pour de l'argent, moyennant lequel on n'y treuue pas seulement cela , et semblables choses , mais tout ce dequoy l'on a besoin, et ce en si grande abondance, qu'en ce païs-là il y a beaucoup de marchands qui sont riches du loiiage de telles choses, dont ces peuples se seruent pour leur passetemps et récréation. Ce fut donc en cette Lanteaa qu'Antonio de Faria s'embarqua , et ainsi il arriua au quay auecvn grand bruit de haut-bois , tambours impériaux, fifres, tambours ordinaires, et plusieurs instrumens de musique à la mode des Chinois, Malayoes, Champaas,Siames, Borneos,

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ommes de cheual, couuerts de grands chap* eaux de velours verd et cramoisy, qui de temps n temps crioient tout haut à la Chinoise affin de aire ranger le peuple. De cette façon après |ti' Antonio de Faria se fiist oslé de sa chaire, et :]u'on luy eut faict la bien-venué , il s'en alla visiter les principaux et les plus riches de cette ville 9 qui par compliment se prosternoient à terre, en quoy il s'employa quelque peu de temps; après c^a il s'approcha de deux vieux Gentils -hommes habituez en ce païs, donti'vn se nommoit Tristan de Gaa , et l'autre Hieronimo de Rego, qui luy firent au nom de tous vue harangue toute pleine de ses louanges et fort éloquente : par icelle ils le comparaient au grand Alexandre en libéralité et le preuuoient par des raisons grandement fortes et véritables : et en grandeur de courage ils le preferoient à Scipion, à Hannibal y à Pompée, et à Iule Caesar, y adioustant plusieurs autres choses semblables. Cela fait de ce mesme lieu il fut mené à l'Eglise par vne rue fort longue, parée des deux costez, de sapins et de lauriers, toute ionchée par en bas, et par le haut tapissée de quantité de pièces de satin et de damas , où se voyoient encores en di* uers endroits plusieurs bufets sur lesquels il y auoit des casselettes d'argent d'où s'exhaloient des parfuns fort agreab)es, sans y comprendre

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festoient de s'en acquitter en temps et lieu, b dessus il luy présenta cinq quaisses pleines de lingots d'argent de la valeur de dix mille Taeb. Antonio de Paria ayant remercié ce bon YieûUrd en termes fort courtois, des honneurs que iusques à lors on luy auoit faicts , ensemble do présent qu'on luy ofiBroit, s'excusa de le receuoir* combien qu'il (îist grandement importuné de k faire.

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