CHAPITRE LXXII
Continuation de ce qui arriua à Antonio de Fatia, iusqu'à €6 qu^'l cust gagné la riuierc de Paatebenam, et de la resolution qu'il y prist touchant son voyage.
Apres que nous fusraes partis de ce havre nous fismes voile le long de la côte plus de treizer iours durant, tousiours à vcuë de terre, et arri^* uasmes en fin en un port nommé Buxipalem , à quarante - neuf degrez de hauteur. Nous trou^-
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uasmes ce climat vn peu plus froid qae les autres, et y vismes vue infinité de poissons et de serpens de si estranges formes que je n'en pois parler sans efFroy. Dequoy le Similau dit à Antonio de Faria des choses du tout incroyables, tant de ce qu'il y auoit veu , pour s'y être autrefois treuué , comme de ce qu'on y auoit ony souuent de nuict , principalement aux plaines lunes des mois de Nouembre, Décembre , et laih uier, lors que les tourmentes sont grandes. Comme en effect , ce mesme Chinois nous en monstra des prennes à veuê d'œil j par le moyen desquelles il nous iustifia la plus part des choses qu'il nous auoit racontées. Car nous vismes en ce lieu là des poissons en forme de Rayes que nous appellasmes peixes mantCLS, qui auoient ,plus de quatre brasses de tour, et le museau comme vn bœuf. Nous en vismes aussi d'autres semblables à de grands lézards tous tachetés de verd et de noir, auec trois rangs d'espines sur l'eschine, fort pointues, de la grosseur d'vne flèche; dequoy tout le reste du corps estoit plein. Il est vray qu'elles n'estoient pas si longues ny si grosses que les autres. Ces poissons se hérissent de temps en temps comme des porcs-espîs; ce qui les rend fort espouvantables à voir, auec cela ils ont le museau grandement pointu et noir auec des crocs qui leur sortent hors des mat-
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hoires , de la longueur de deux pans que les :^hinois appellent puchissuœens ^ qui ressemlient aux deffences dVn sanglier; là nous ap- >erceusmes encore vue autre sorfe de poissons }ui sont tels. Ils ont tous le corps extrémëmeut aoir comme les chabots et sont si prodigieux et si grands que leur teste seule a plus de six pans de large y lors qu'ils estendent leur najoire dans l'eau ils paroissent ronds d'vne brasse de tour aux yeux de ceux qui les voyent. le passe icy sous silence tout-plein d'autres poissons de di*uerses sortes que nous vismes en ce lieu pource que ie ne iuge poiut à propos de m'arrester sur vne chose qui est hors de nostre $uject. Il me suffira de dire que durant deux nuicts seulement que nous demeurasmes en cet endroit nous n'y creusnàes pas estre en asseurahce à cause des lézards y baleines , poissons et serpens que nous y voyons de iour et de nuict, ioint que nous oyions en ce lieu vne si grande quantité de sifflements , volemens , et hannissemens de chenaux marins qui se voyoient le long de ce riuage , que les paroles ne peuuent suffire à les raconter. Estans sortis de ce havre de Buxipalem , que les nostres appellerent la riuiere des serpens, Similau fist voile par sa mesme route plus de quinze lieues par delà , en une autre Baye beaucoup plus belle et plus profonde y qui s'appelloit Calindauco, TOKiE I. 29
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fïiicte en forme de croissant , qui auoit plus de six lieues de circuit, et e&toit enuironuée de fort hautes montagnes et de bois grandement espais. à trauers lesquels descendoient d'enhaiit plusieurs ruisseaux d'eau douce , d'où se formoient quatre grandes et belles riuieres, qui enlroient toutes dans cette Baye. Là Sinlilau nous dit qiie tous ces animaux prodigieux , que nous avions veus et ouys ; tant en l'autre Baye qu^eu celle ou nous estions , s'y vénoient rendre pour y repaistre à cailse des iitimondi^es et des chal*ongnes que les debordemehs de ces riuieres y appo^ toient , dont ces monstres estoient amorcés y ce qui n'arriUoit qil'en ce seul endroit que nous auions laissé. Antonio de Faria luy ayant dettiândé là-dessus d'où pouuoient venir ces riuipres,il respondit qu'il d'en sçauoit rien, mais qu'il estoit bien Véritable que les Annales de la Chine iaisoient foy, (^uedeuxd'icelles prenoient leur source d'vn grand lac qui s'appelloil MescôlYibia , et les deux autres d'vne prouince nommée AUmania , où il y a des hautes niontagnes qui tèut le long de Tannée soiit couuertes de neiges, tellement que ces neiges venant à se fondre, t;es riuieres s'enfloient cotnifae nous voyons, car alors elles estoient plus grosses ^\\tk tout autre temps de l'année. A cela il adjonshi , qu'entrant dans l^emboucbeure deuant
De FfiAffAITD MENDEZ PIITTO. /^Sl
^quelle nous estions ancrez , qui s'appelle Poaéenam , nous devions continuer nostre route , ressant la pi^ouë à TEst et à TËst-oûest , pour bercher derechef le port de Nanquin , que nous uiôns laissé derrière nous à deux cent soixante ieuës^ à cause qu'en toute cette distance nous luions multiplié en TU e hauteur bien plus grande |ue n'estoit celle de l'Isle, que nous allions chercher. Or combien que cela nous trauaillast graniement , si est-ce que Similau prioit Antonio de Faria de tenir ce temps-là pour bien employé , à cause qu'il auoit faict pour le mieux, et pour vne plus grande asseurance de nos vies ; là dessus enquis par Antonio de Faria combien il falloit de temps pour }>asser la riuiere où il le me- Qoit, il luy respondit qu'il en seroit dehors dans quatorze ou quinze iours , et que cinq iours après il luy promettoit de le mettre luy et ses soldats eu risle de Calempluy, où il esperoit de contenter amplement son désir, et de luy faire treuuér pour bien employez les trauaux dont il se plaignoit maintenant. Antonio de Faria l'ayant embrassé là dessus fort estroitement y luy promit dWe à jamais son amy, et le reconcilia auec M soldats I desquels il se plaignoit fort aupara- ^Bt, et de qui neantmoins il demeura fort sa- ^it à la fin. Aîn^ r'asseuré par les paroles que Siiml^u vttioit de luy dire, et certifié de la nou-
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uelle route par laquelle il devoît r'entrer en vk terre si puissante et si grande, il encouragea ses soldats, et se roist en ordre convenable à son dessein y préparant pour cet efiect son artillerie, quiiusques alors n'auoit point esté chaînée. Pu* inesme moyen il fit tenir ses armes prestes, et ordonna des Capitaines et des sentinelles poor faire la garde, ensemble tout ce qu'il iugea nécessaire pour se défendre, en cas qu'il arriuast quelque chose. Celafaict, ilditàDiegoLobato^ qui estoit le Prestre que nous menions auec nous , et que nous respections comme un homme d^Église , qu'il eust à faire une harangue ou vn sermon à nos gens , pour les animer aux dangers qui nous pourroient arriuer ; dequoy il s'acquitta fort dignement , et par Tefficace de ses paroles pleines de douceur et de plusieurs beaux exemples, il remist grandement les esprits de tous, qui iusques alors auoient esté fort affoiblis et espouuantez par l'extréine appréhension des périls qui nous menaçoient; de manière qu'il n'y eut celuy d'entre nous qui ne reprist incontinent vn nouueau courage , pour exécuter hardiment l'entreprise qu'ils auoient faicte. Alors pleins d'ardeur et de zele ils chante* rentvn5a/e/efort deuotement deuant vne image de Nostre Dame , et promirent tous que sans rien appréhender ils àcheueroient le voyage quik
B, FSRliANO MENDEZ PIITTO. 4^^
mmencé. Gela £eiict nous laschasmes
• vec beaucoup d'allégresse ^ et entras-
i'exnboucheure de la riuiere y tournant
Iroict au Rhomb de l'Est , en inuoquant
s aux yeux , et du profond de nos cœurs «
ce de ce souuerain Seigneur^ qui estas-
dextre de son Père éternel, afin qu'il
■nseruast par sa main puissante.
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