‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 89 sur 101 · VOYAGES AniTANTUREUX · texte numérisé non relu

VOYAGES AniTANTUREUX

le plus secrettement qu'il nous seroit possible, de peA* que le pais ne se reuoltast; qu'au r«sie si par le rapport qu'on nous en feroit nous tit>auions qu'il fust facile de l'attaquei*, comme Similau nousQuoit dit, nous passerions outre, sinon, que nous retournerions descendre par le fil de l'eau qui nous meneroit droit à la mer où elle auoit son cours ordinaire. Geste conclusion prise par l'aduis de tous , nous continuasmes nostre route auec non moins de confusions que de crainte : car il ne se pouuoit faire autrement qu'en vn si manifeste danger nous n'eussions vnc extrême appréhension de la mort. La noict suiuante comme nous fusmes presqu'à la fin de la première garde nous descouurismes au milieu de la riuiere par proué vne barcasse , laquelle y estoit à l'ancre. L'extrême nécessité où nous estions réduits alors, nous obligea d*y entrer sans faire aucun bruit : ce qu'ayant faict , nous y prismes cinq hommes que nous y trouuasmes tous endormis : alors Antonio de Faria interrogea chacun d'eux en particulier , pour voir si tout ce qu'ils disoient se rapporteroit ensemble. A ces demandes ils respondirent tous , que cette contrée où nous estions s'appelloit Teroquilem , d'où iusques à l'Isle de Calempluy il n'y auoit que dix lieues de distance. En suitte de cela il leur fit plusieurs autres questions -pour nostre

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commune seureté, à quoy tous respondirent séparément l'vn de l'autre fort à propos. Cependant Antonio de Faria et tous les autres demeurèrent fort satisfaicts dVne si bonne nouuelle y ce qui n'empescha pas qu'ils ne fussent grandement faschez du desordre qui s'estoit passé entr'eux : car il estoit bon à voir que sans Sitnilau que nous auions pour Nord' de nostre voyage , nous ne pourrions faire aucune chose qui nous fust beaucoup profitable» Là dessus Antonio de Faria mit aux bancis ces cinqChinois, tju'il arresta prisonniers; puis il continua sa route durant deux iours et demy , à la fin desquels il pleut à Dieu qu'en tournant vue pointe de terre , qui s'appelloit quinai taraon , nous descouurismes cette Isle de Calempluy v qu'il y auoit huictantë trois iours que nous allions cherchant auec vne extrême confusion de peines et de trauaux , comme i'ay dit cy-deuant

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CHAPITtlE LXXV.

Nosire arriuec à Caleinpluy y cl la description de ce\\e

Isle.

Ayant doublé, comme i'ay déjà dit , la pointe de Quimai Tarao , deux lieues plus auant nous descouurismes vne belle plaine de terre située au milieu d'vne riuiere, qui selon les apparences n'auoit pas plus d'vne lieuë de circuit. Antonio de Faria s'en aprocha auec vne extrême ioye, qui neantmoins estoit entremeslée d'vne grande appréhension y pour n'auoir reconnu iusqnes alors en quel danger luy et les siens s*estoieot mis. Ettuiron trois heures de nuict il ancra prez de cette Isle à la portée d'vn canon , et le lendemain si tost qu'il fut iour il tint conseil auec ceux des siens qui pour cet effect furent appeU lez : Là il fut conclu qu'il n'cstoit pas possible qu'vne chose si grande et si magnifique ne fust gardée de quelques gens ; et ainsi deuant que passer outre ils résolurent qu'auec le plus de silence qu'ils pourroient l'on en feroit tout le circuit pour voir quelles aduenuës elle auoit^ ou

DE vkhhâni) ivisirDBz Pizrro. '469

quels obstacles nous pourrions treuuer quand il seroit question d'aborder la terre « affin que salon cela on deliberast plus amplement sur ce qu'on fturoit à faire. Auec cette resolution, qui fut approuuée dVn chacun , Antonio de Faria fit leuer Tancre, et sans faire aucun bruit il s'approcha fort prez de la terre 011 il tournoya tout à son aise , et y remarqua particulièrement cha** que chose selon qu'elle se prascntott à sa veuêi Cette Isle estoit toute epdose d'vn terre-plain de iaspe de vingt*six pans de hauteur dont les pierres estoientsi bien trauaillées et iointes ensemble, que la muraille sembloit estre toute d'vne pièce; dequoy ils s'estonnerent tous grandement pour n'auoir veu iusques alors , ny dans les Indes, ny ailleurs, aucune chose qui meritast d'estre comparée à cette^cy. Cette mesme muraille auoit encore vîngt*six pans depuis le fonds de la ri^ uiere iusques à fleur d'eau, de manière que sa hauteur estoit de cinquante-deux empans. Auçc cela le haut du terreplain estoit bordé de la mesme pierre taillée en cordelier , de la grosseur d!vn tonneaq. Sur cette muraille qui enuironnoit toute risle il y auoit vne galerie de balustres de louton tournez , qui de six en six brasses se ioignoient à des colomnes de mesme metnil , sur chacune desquelles estoit l'Idole dVne femme qui tenoit vne boule en main; dequoy nous u&

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voulusmes poiat pour lors rechercher l^xplication. Au dedans de cette gallerie estoient ranges plusieurs monstres de fonte , <|ui s'entretenaat par la main en manière de dance enuironnoient toute llsle 9 laquelle » comme i*ay déjà dit , auoit enuiron vue lieué de circuit. Parmy ces mous* trueuses Idoles il y auoit tout de mesme vn au* tre rang d'arcades tres->riches , fiiites de pièces de dîuwftes couleurs, oeuure somptueuse t et ou les yeux treuuoieqt dequoy s'entretenir, et se çoqtenter* Au dedans ae voyoit vn bois de petits orangers , sans aucun meslange d'autres arbres, et f^u milieu estoient bastis trois cens soixante hermitages dédiés aux Dieux de Tannée , desqueh ces Gentils font de plaisants contes en leurs An« iiales pour défonce de leur aueuglement en leur fiiusse loy. Vn peu plus auant que ces bastimensi enuiron vn quart do lieuë, sur le hatit dWne butte, tirait du costé de TEst» se voyaient encores plusieurs beaux et grands édifices » sépares les vns des autres, auec sept fiiciades de maisons fiùtes à la mode de nos Eglises. Depuis le haut iusques au bas autant que la veuë le pouuoit porter, ces bastimens estoient tous surdores, et aboutissoient à des tours fort hautes qui en ap* parenoe deuoient estre des clochers. Ces bastimens estoient entoures de deux grandes raês faictes en arcade de mesmc ordre que le frontis-

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pice dé3 maisons ; ces arcades estoient soustenues sur de fort grandes colomnes, au haut des* quelles, et entre chacune arcade il y auoit vne agréable perspectiue; et d'autant que ces édifices^ tours, colomnes et chapiteaux estoient si bien dorez de toutes parts que l'on n'y voyoit autre chose que de l'or, cela nous fit croire qu'il falloit bien que ce Temple fust grandement somptueux et abondant en richesses, puisqu'on ses murailles me^me l'on auoit faict vne si grande dépence. Âpr» que nous eusmes bien fait le tour de toute cette isle et qu'on en eust recogneu les aduenues et les entrées , encores qu'il fust desia tard, neantmoins Antonio de Faria se résolut de mettre pied à terre, pour voir s'il ne pourroit point prendre langue en quelques-vns de ces hermitages, afin que selon ce qu'il aduiseroit , il pût se résoudre , ou de poursuiure son dessein , ou de retourner en arrière, pour cet effect ayant laissé la garde nécessaire pour ces deux vaisseaux, il descendit à terre auec quarante soldats, et vingt esclaues, tant lanciers comme harquebuzxev^, Auec eux il mena aussi quatre Chinois , de ceux qu'vne des nuicts d'auparauant l'on auoit pris dans leur barque; ce qu'il fit à cause qu'ils sçauoient fort bien le pays pour y auoir esté autresfois ; joint qu'ils nous pourroientseruir de truchemens et de guides. Or il laissa pour Gapi-

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taine des deux vaisseaux y le Chappelain qu*il auoiti qui se nommoit Diego Lobato, homme valeureux et de grand esprits Comme nous eusmes gaigné la terre sans estre veus de personne, ny sans ouïr aucun bruit , nous entrasmes dans l'ble par vne des buict aduenuës qu'il y auoit, et marchans par le milieu du petit bois d'orangers , nous arriuasmes à la porte du premier Bar* mitage qui pouuoit estre à deux portées de mousquet du lieu où nous nous estioni desembarquez^ et ce fut là qi:^Hl nous arriua ce que ie diray cyaprès.

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