‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 91 sur 101 · CHAPITRE LXXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIl

Continuation de<:c qui arrîua k Antonio de FarSa dans cet Hermîtage, iusques à son embarquement*

Apres que nous eusmes recueilly et porte dans nos Nauires tout l'argent qui estoit dans les cercueils parmy les ossemens des morts, nous fusmes tous d'auis de n'aller pas plus aiiant dans les autres Hermitages^ tant pource que nous ne sçauions pas le pays , qu'à cause qu*il estoit desia presque nuict » soubs l'espérance que nous eusmes que le lendemain nous pourrions continuer nostre entreprise plus à loisir. Orauparauant que se r'embarquer Antonio de Fana prist congé de l'Hcrmite y et lui donnant pour conso* lation de belles paroles, luy dit. Qu'il le prioit instamment pour l'amour de Dieu de ne point se scandaliser de ce que ses gens venoient de £aire , l'asseurant qu'une grande nécessité les auoit contraints k cela; qu'au reste pour son particulier il abhorroit grandement de sembla-

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blo8 actions. A cela il adjousta que l'ayant veu

crabord il s'en estoit voulu retourner , touché

cVvn certain remords, et d'vne vraye repen*

tance ; mais que tous les siens Ten auoieht em-

pesché f disant que s'il le faisoit il falloit qu'il se

resolust à mourir , tellement que pour sauner

Ba vie il auoit esté contraint de se taire , et de

consentir à cela, bien qu'il vist clairement que

c'estoit vn très-grand péché, comme il disoit^

à cause dequoy si tost quHl se verroit despestré

d'eux, il estoit résolu de s'en aller courir le

monde, pour faire la pénitence qui luy estoit

nécessaire, afin de se purger d'vn si grand crime.

A ces paroles i'Hermite luy fist response, « Plaise

au Seigneur qui règne viuant sur la beauté des

estoiles, que la grande cognoissance que tu tes*

moignes auoir par tes discours ne te puisse estre

nuisible. Car io t'asseure que celuy qui cognoist

ces choses, et ne les faict pas, court un danger

beaucoup plus grand que celuy qui pèche pajr

ignorance. » Alors tu des nostres nommé Nuno

Coelho s'estant voulu entremettre en ce discours,

luy dict. Qu'il n'eust point à se fascher d'vne

chose de si petite importance. Sur quoy l'Her-

mire le regardant de trauers , « Asseurément, luy

respondit-il , la crainte que tu as de la mort est

encore bien moindre , puis que tu employés ta

vie à dos actions aussi infâmes et noires que l'ame

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qui est dans ton corps; et pour moy ie oe pais croire autre chose, sinon que toute ton ambition n'est que d'auoir de l'argent, comme tu le his bien paroistre par la soif de ton auarice insatiable y par le moyen de laquelle tu veux ache* uer de combler la charge de ton appétit inJfemaL Continué doncques tes volcries, car puis que pour les choses que tu as desia prises en cette saincte maison, tu dois aller en Enfer ^^ t'y en iras encore pour celles que tu yoleras ailleurs. Ainsi tant plus pesant que sera le Ëirdeaa que que tu porteras , tant plustost seras-tu précipité au profond de l'Enfer , où desia tes mauuaises œuures t'ont appresté vne demeure étemelle. » A ces mots Nuno de Coelho le pria derechef de prendre toutes ces choses en patience, disant que la Loy de Dieu le luy commandoit ainsi. Alors l'Hermite portant sa main sur son front par manière d'estounement , puis branslant la teste cinq ou six fois , comme en sousriant de ce que le soldat venoit de luy dire , « Certainement, Iny respondit - il , c'est à ce coup que ie Yoy ce que ie ne pensois iamais ny voir ny ouyr, à sçauoir de meschantes actions desgoisees d'vn spécieux prétexte de vertu ; ce qui me faict croire qu'il faut que ton aueugleroent soit bien grand , puis que te confiant aux bonnes paroles , tu passes ta vie en de si mauuaises ac-

be FBRNAITD MENDEZ PmTO. 4^^

ons. Aussi ne sçay je point comment tu pour* is gaiguer le Ciel, et de quelle façon rendre onipte à Dieu au dernier iour qu'il faudra que u le fasses. » Cela dict^ ne voulant pas l'escouter lauantage , il se tourna vers Antonio de Faria pii estoit debout , et se mist à le prier à mains ointes , de ne permettre que ses gens crachas-* sent contre TAutel et le profanassent ; adjoustant que de si meschantes actions le touchoient plus auant dans le cœur , que si on l'eust faict mourir mille fois. Antonio de Faria respondit à cela qu'il le feroit, et qu'il commandas t seulement; qu'a\i reste il seroit incontinent obey ^ si bien que VHermite fut vn peu consolé de cette parole. Or d'autant qu'il estoit desia tard , Antonio de Fa« ria se résolut de ne tarder, pas dauantage en ce lievi. Neantmoins auparauant que se retirer , jugeant qu'il luy estoit nécessaire de s'informer de certaines choses , pour se rasseurer dans la crainte qu'il auoit, il demanda à lllermite quel nombre de gens il y pouuoit auoir en tous ces Hermitages? A quoy Hiticou fist response , qu'il y auoit quelques 36o. Talagrepos seulement , et 4o.Menigrepos, destinez à leur fournir les choses nécessaires pour leur entretien , et à les solliciter quand ils estoient malades; en suitte de cela Antonio de Faria luy demanda si le Roy de la Chine ne venoit point quelquesfois en ce lieu ,

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et en quel temps. Il luy respondit^ qu'il n'y venoit.iamais, pource^ dit-il , que le Roy ne pouuoit estre condamné de personne, pour estre fils du Soleil, et qu'au contraire il avoit le pouuoir d'absoudre vn chacun. Par mesme moyen il s'enquist de luy si dans ces hermitages il n'y auoit point quelques armes? « Nenny,. respondit ^He^ mite, «car tous ceux qui prétendent d'aller aa Câel ont plus besoin de patience pour endurer les iniures^ que d'armes pour sevanger. » Ayant voulu aussi sçauoir de luy le suject pour lequel il y auoit tant d'argent meslé parmy les ossemens des morts , « Cet argent, » répliqua llIe^ mite, ftprouient des aumosnes que les defuncts emportent de cette vie en l'autre, pour s'en seruir au besoin dedans le Ciel de la Lune ou ils viuent éternellement. » Pour conclusion luv

ayant demandé s'ils n'auoient aucunes feramest il luy fit responce: «Que ceux qui vouloient donner vie k leur ame, ne deuoient point gouster les voliiptez de la chair, puisque l'espreuve faisoit voir, que l'abeille qui se nourrissoit dans vu doux rayon de miel, picquoit souuent de son aiguillon ceux qui mangeoient de cette douceur. » Aprfs qu'Antonio de Faria luy eut fiiict toutes ces questions il prit congé de luy, et en l'embrassant il lui demanda plusieurs fois pardon à la mode qu'ils appellent de Charachana. Cela £iicr.

DE FBRNAND MBNDEZ PINTO. 4^^

il s'en alla droit à ses vaisseaux en intention de s'en retourner le lendemain attaquer les autres Hermitages y où selon les nouuelles qu'on luy ea «iuoitdit,ily auoit vne grande quantité d'argent, et quelques Idoles d'or. Mais nos fautes nous empescherent de voir l'effect d'vne chose que nous «luions pourchassée depuis deux mois et demy auec tant de trauail et de dangers de nos vies , sans que TefTect en fust conforme à nostre désir, comme ie diray cy*apres.

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