‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 92 sur 101 · CHAPITRE LXXVUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVUI

Dtt ce qui nous arriua h uuict suiuante, et comment nous

fusmes descouuerts.

SvR la fin du iour, Antonio de Faria s'estant embarqué et nous auec luy, nous nous en allas* mes à la rame ancrer de l'autre costé de l'Isle , loing de la portée d'vn fauconneau , auec dessein, comme i'ay déjà dit, que le lendemain si tost qu'il seroit iour nous remettrions pied à terre, et nous en irions attaquer les chappelles au dessus desquelles estoient enseueUs les Roys de la Chine, d'où nous n'estions esloignez que

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dVn petit quart de lieuê^ affiti que par ce moyen nous pussions charger nos deux vaisseaux de si grands thresors. Ce que possible eust reûssy conformément à nostre dessein, si nous nous fussions bien gouuernés , et si Antonio de Faria eust pris le conseil qu*6n luy donnoit , qui estoit ^ que puisque iusques alors nous n'auioDs point esté découuerts, il deuoit mener lllermite auec luy, ajBBn qu'il n^aduertist la maison des Bonzos de ce que nous auions faict. A quoy il ne voulut iamais entendre, disant, que nous ne devions rien craindre de ce costé-là , tant à cause que FHermite estoit si vieil , si goutteux , et si enflé par les iambes qu'ils ne se pouuoit soustenir. Mais il en arriua bien autrement qu'il ne pensoit , car THerroite u'eust pas plustost veu que nous estions embarqués , comme nous le sceusmes depuis, qu^il se traîna le mieux qu'il pût iusques au plus prochain hermitage qui n'estoit esloigné du sien que de la portée d'vne arbaleste, et donna aduis de ce que nous luy auions fait. Par mesme moyen il dit à son compagnon , que puis qu'il ne se pouuoit remuer à cause de son hydropisie il s'en allât de ce pas en la maison des Bonzos pour les y aduertir de ce qui se passoit ; dequoy cettuicy s'acquita tout aiissitost ; ce que nous-roesmes peusmes ouy r du lieu où nous estions. En suitte de cela vue heure

après la niinuict nous vismes sur la tnuraille du grand Temple où estoient enseuelis les Roys, quantité de feux qu'on y auoit faits pour seruir de signal. Alors nous demandasmes à nos Chinois ce que cela pouiioit estre ? A quoy ils nous respondirent, qu'asseurenient nous auions esté descouuerts , voyla pourquoy ils nous conseil* loient , que sans nous arrester là dauantage nous eussions à faire voile à l'heure niesme. Nous en donnasmes aduis à Antonio de Faria qui dormoit d'vn profond sommeil, de manière qu'il ne fut pas plustost esueillé^que laissant l'ancre en mer, il fit prendre les rames y et ainsi tout espouuanté qu'il estoit il sVn alla droit à l'Isle pour voir s'il ne s'y faisoit point quelque tumulte. Estant arriué proche du quay il oûit plusieurs cloches que l'on sonnoit à chaque Hermitage ; ensemble vn bruit de personnes qui parloient. Les Chinois qui Tacccompagnoient luy dirent alors; Monsieur, il n'est pas besoin ny de voir, ny d'ouyr dauantage , mais bien de vous retirer promptement : fisiites-le donc ie vous prie , et ne soyez point cause qu'on nous vienne icy tuer misérablement ; mais quelque chose qu'ils luy pussent dire , ne s'estonnant point de leurs paroles, il mit pied à terre auec six soldats, qui n'auoient que l'espée et la rondache , puis monté qu'il fut par le degré dti quay, soit qu'il fust fâché d'auoir

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perdu vne si belle occasion , ou que son courage Ty poussast , tant y a qu'entrant dans la gall^ rie dont llsle estoit enuironnée il fut td longtemps à courir de part et d'autre comme n homme forcené, sans qu'il rencontrast iamais personne. Cela faict, retourné qu'il fut dans ses vaisseaux, grandement triste et honteux, il prit conseil auec les siens sur ce qu'il falloit qu'ils fissent. Les vns et les autres furent dilFerens en leurs opinions, ce qui fit qu'il n'y voulut iamaîs entendre. Alors les soldats luy requirent presque tous qu'en tout cas le meilleur expédient qu'ik peussent prendre, estoit de partir; les voyant ainsi résolus l'appréhension qu'il eut qu'il ne se fist parmy eux quelque tumulte , fit qu'il leur respondit, que son dessein n'estoit autre que de faire ce qu'ils luy disoient , mais qu'auparauant il estoit raisonnable de sçauoir pour quel suject il falloit fuir , et par ainsi qu'il les prioît de Fattendre vn peu en ce lieu, à cause qu'il vouloit voir s'il ne pourroit point prendre langue par le moyen de quelqu'vn qui le confirmast dauain tàge en la vérité d'vne chose dont il n'auoit qu'vn simple soupçon; adjoustant qu'il ne leurdeman* doit pour cela qu'vne demie heure, et qu'il y aooit encore assez de temps pour mettre ordre k tout auant qu'il fust iour; quelques -vns luy voulu- • rent alléguer certaines raisons au contraire, mais

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1 ne les voulut point ouyr, au contraire après es auoir pris tous à serment et les auoir Êiict iiirer sur le sainpt Ëuangile, qu'ils l'attendroient^ il s^en retourna à terre auec les mesmes six soK dats qui l'y auoient accompagné n'aguere, et entré qu'il fut dans le boccage y marchant de* dans à la portée de quatre mousquets , il ouyt deuant luy le son d'vne cloche^ qui l'addressa à vn autre Hermitage beaucoup phis riche que le prenûer où nous estions entrez le iour précèdent : là il trouua deux hommes vestus en Religieux y auec de gros cliappelets, ce qui luy fit croire que c'estoient d'autres Hermites. S'estant donc ietté sur eux auec les siens, il s'en saisit courageusement , dont l'un demeura si estonné que de long temps après il ne sceut parler. Alors de six qu'ils estoient il y en eut quatre qui en^trerent dedans l'Hermitage, et prirent dessus l'Autel vne Idole d'argent, qui auoit vne couronne d'or sur la teste et vne roué en sa main. Par roesme moyen ils prirent aussi trois chande* liers d'argent auec leurs chaisnes grosses et longues. Antonio de Faria s'en reuint incontinent auec les Hermites les empeschant de faire du bruit, et les ayant faict embarquer auec luy , il fit voile le long de cette riuiere. Comme ils fu* rent dans le vaisseau il fit diuerses demandes à celuy d'entr^eux qui luy sembloit moins espou-

ADUANTUREUX

p^ /*' f^tre^ le menassant de le

r "^^é^'^ ^^^ ^'^ feignoit de loy dire .

CétBermite se voyant ainsi contraint ..

^^t: Qu'ii estoit vray quVn sainct hom:: ^ ^ fenuitages , appelle Pilau Angiroo est. grriué en pleine nuict à la maison des Tombera desRoySf où frappant à lahaste^à la porte. fltfoit faict un haut cry, disant: «O home:-' tristes j et ensevelis dans rjrurognerie du somn:^cbaroel, qui par vn serment solemnel auez fa^ vostre profession à l'honneur de la Déesse Amii: riche guerdon de nos travaux, escoutez, escc.tez j escoutez , ô les plus misérables qui soient amais nez au monde. Il est arriué dans nostre hr des estrangers du bout du monde, qui ont cin barbes fort longues, et des corps de fer. €-< meschants sont entrez dans la saincte maison Gr> vingt-sept colomnes , de laquelle et de son sacrr Temple est concierge vn sàinct homme qui mr Ta dict ; £t après y auoir rauagé les riches tL*^ sors des Saincts, ils ont ietté par terre auec me>pris leurs ossements qu'ils ont profanez auec lits crachats puants et Infects , ne cessant de se mocquer comme diables obtinez et opiniastres ec leur malheureux péché. C'est pour quoy ie tou.^ aduise de prendre garde à vos personnes. Car Ton tient qu'ils ont iuré , qu'aussitost qu'il sen iour ils nous tueront tous. Fuyez .donc, ou dp

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peliez des gens à vostre secours, puis qu'estans Religieux 9 il ne nous est point permis de prendre aucune chose qui puisse ûire respandre le sang humain. » A cette voix ils s'éueillerent incontinent, et accoururent k la porte, où ils treuuerent lUermite couché par terre et demy mort de tristesse et de lassitude , ioint qu'il n'en pouuoit desia plus à cause de la foiblesse de ses années. A l'heure mesme tous les Grepos et Menigrepos ont faict les feux que vous auez veus,. et auec beaucoup de diligence ils^ont enuoyé aduertir les villes deCorpilem et de Fonbana, afin d'accourir promptement au secours auec vn bon nombre des gens du pais. Cela estant ie vous assenre qu'ils ne mettront à venir qu'autant de temps qu'il leur en faudra pour s'apprester , et qu'ils s'en vien* dront fondre icy auec vne furie semblable à celle des Autours affamez ausquels on a donné Tes* sort, tf Voila tout ce que ie vous puis dire touchant la vérité de cette affaire , par laquelle ie vous prie, et. vous requiers de tious renuoyer tous deux en nos Hermitages en nous donnant la vie : car si vous feiisiez autrement vous commettriez vn plus grand péché , que celuy qu'hier vous commistes. Souvenez -vous aussi que Dieu nous a tellement pris soubs sa protection pour la grande pénitence que nous faisons, qu'il nous visite presqu'à toutes les heures du

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iour. Tasches donc k vous sauuer tant que voua voudrez , vous aurez bien de la peine d'en veotr à bout; car ie vous asseure que la terre, Tair^ les vents, les eaux, les gens, les bestes, les poisêons, les oyseaux, les arbres, les plantes, et toutes les choses créées vous poursui uront et vous ton rmenteront si cruellement, qu'il n'y aura que celuy qui vit dans le Ciel qui vous puisse secourir. • Par ces paroles Antonio de Faria informé au vray de la vérité de cette affaire fit voile en diligence le long de la riuiere, s'arrachiint la barbe et s'ou« trageant le visage, pour auoir par sa nonchalance, et par son indiscrétion perdu la plus belle. occasion qu'il eust iaroais sceu treuuer s'il en fust venu à bout.

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