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Les voyages de Cyrus

Ce n'est pas afin de profiter de l'accueil que fait aujourd'hui la mode aux romans historiques j qu'on donne celte nouvelle édition des P^oyages de Cyriis. Le titre seul de romcai historique renferme une contradiction. Rien n'est vrai dans le roman j rien ne doit être faux dans l'histoire. Aussi l'auteur, marchant sans cesse entre la vérité et la fiction ,. se trouve également froissé par l'une et par l'autre; et souvent le lecteur achève le livre sans avoir pu ni s'amuser ni s'instruire, sans savoil' du moins s'il a appris quelque chose.

Mais de ce genre n'est pas le roman philosophique et moral, où des noms et quelques faits connus ne servent qu'à fixer l'attention, et ne sont là que pour emmieller les bords du vase qui contient la liqueur salutaire.

Telle parut chez les Grecs la Çyropc'die ^ où Xénophon établit des règles si sages d'éducation et de gouvernement. Le titre n'y fait que rattacher au nom d'un célèbre personnage les principes et les préceptes dont abonde cet excellent écrit. Personne n'y était trompé ; il était lu, suivant Cicéron même, dans sa lettre à son frère Quintus, moins comme un morceau d'histoire, que comme une leçon de l'art de gouverner : Cj-rics ille a Xenophonle , non ad historiée fidem scriptus , sed ad effigieni jiisli imperil-

Tel fut aussi le but de ï<'éuel<m. Son inimi*

vj PRÉFACE

table Télémaque n'est qu'un recueil de do cumens utiles , qui pourrait être appelé le bréviaire des souverains. Jamais on ne l'a pris pour un roman historique ^ ou n'y a vu qu'une sorte de grand apologue^ où les noms seuls tiennent à l'histoire.

A l'exemple de l'immortel archevêque de Cambrai , M. de Ramsay imagina de faire voyager le fils de Cambyse , comme son maître et son ami avait fait voyager le fils d'Ulysse.

Je ne prétends pas mettre l'imitation à côté du modèle : elle est bien au-dessous pour l'invention^ et quelque correct, quelque attachant même que soit le style de Ramsay, il n'a pas le charme et la magie de la prose poétique du rival de Bosstiel. 11 faut avouer néanmoins que ce fut un malheur pour les Voyages de Cyrus d'être publiés après ceux de Télémaque. L'adm.iration s'était épuisée sur ceux-ci; il ne resta pour ceux-là que l'estime.

Elle s'est du moins constamment soutenue. En plaçant l'ouvrage bien au-dessus de Séthos, autre roman moral, les gens de goût et les gens instruits ont également applaudi à la beauté du plan et des épisodes, au mérite de la diction , à la finesse des pensées, à la sagesse des maximes, à la vérité des descriptions, enfin à la saine érudition que l'auteur y fait paraître.

Le censeur ( Saui-in ) nommé par le gouvernement pour examiner, en 1727, le manuscrit des Voxagcs de Cyrus, motive en ces termes Vapprobadon qu'il y donne : « Sous « les agrémens de l'histoire et de la Aible, il « renfernie avec art d'excellentes instructions « de morale, de politique et de religion pro- « près à former l'esprit et le cœur d'un jeune

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« prince. On y reconnaît partout l'habile disa ciple d'un grand maître ( Fénelon ). »

Ce disciple, André-Micliel de Ramsay, chevalier baronnet en Ecosse et chevalier de St.- Lazare en France, naquit à Daire en Ecosse, le 9 juin 1686, d'une branche cadette de la maison de Ramsay, aussi ancienne que distingue'e.

Dès sa plus tendre jeunesse il laissa voir une ardeur singulière pour l'étude; et ce fut sur les mathématiques principalement et sur la the'ologie que l'activité de son esprit s'exerça. L'université d'Oxford lui conféra le degré de docteur; et dans celle universilé-là un pareil titre signifie quelque chose.

D'un côté, le goût des stiences amène celui des voyages; de l'autre, les méditations théologiques conduisent à celle espèce d'inquiétude qui fait chercher partout la vérité, et ne laisse de calme à l'âme que lorsqu'elle croit l'avoir trouvée. Il voyagea donc en Angleterre, en Hollande , en France; et tour-à-tour il fut presbytérien à Edimbourg, anglican à Londres, socinien à Amsterdam , et catholique à Cambrai. Sa conversion y fut l'ouvrage de ce bon , de ce doux Fénelon, qui savait si bien faire chérir la religion et la vertu , et qui n'eut d'autre tort que de vouloir qu'on aimât Dieu pour lui-même.

Ramsay, voyant sa conscience apaisée sur le point essentiel , se livra tout en lier aux sciences et à la littérature. Bientôt il fut connu dans l'Europe par ses ouvrages; des places lui furent proposées.

Jacques 111, que la piélé consolait à Rome de la perte de ses Etats, l'appela près de lui, et il en fit l'instituteur de ses enfans. Mais

viij PRÉFACE

Ramsay ne fut pas long-temps chargé de leur e'ducalion. Ces tracasseries dont les oi-atoires d'un roi dévot ne sont pas plus exempts que les cabinets d'un monai-que philosophe , l'éloignèrent de cette petite cour jacobile. 11 revint en France^ où il fut successivement gouveineur du fils de M. le duc de Chàteau- Thieny, et du prince de ïurenne.

Après ces éducations finies, il choisit pour sa retraite St-Germain-en-Laye , séjour délicieux, où la beauté de la situation et la pureté de l'air sont également propres à flatter l'homme de lettres, et semblent donner des ailes à son imagination, et communiquer à ses pinceaux une vigueur nouvelle.

M. de Ramsay y mourut le 6 mai 174^, à l'âge de 57 ans, emportant plus d'estime que de regrets. Il prêtait, si l'on en croit le nouveau Dictionnaire historique, « il prétait beau- « coup à la plaisanterie par ses airs empesés, « par sou afiéctalion à faire parade de science « et d'esprit dans la société, par les fadeurs « dont il accablait les femmes^ en un mot, a c'était un pédant hibernois, et non un de « nos littérateurs à la mode. »

Heureusement ces petits torts de salon ne se laissent point apercevoir dans ses ouvrages, qui sont en grand nombre et tous d'un bon genre. Son style, soit qu'il écrive en anglais, soit qu'il s'exprime en français, ne se sent point de V affectation d'esprit et d'érudition qu'on lui reprochait dans la société : il ne peut être mieux comparé qu'à celui de Rollin, pour la franchise et la sagesse de l'élocution.

On distingue parmi les ouvrages qu'il a composés, lo V Histoire de la vie et des ouvrages de M. de FcneloTij où quelques personnes ont

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cru voir de la partialité : mais comment ne pas en montrer pour Fénelon? c'est là un de ces hommes rares, dont la vie n'est jamais que le panégyrique j 20 Y Histoire de M. le maréchal de Tiirenne , dont cependant il a plus retracé les campagnes glorieuses que la vie civile et les vertus domestiques 5 3» les Voyages de Cyrus , que le public reverra sans doute avec plaisir dans cette nouvelle édition.

II. en existe plusieurs in- 4° et in-i2j mais ce livre à la fin manquait à la librairie, et c'est en faire l'éloge.

J'ajoute qu'il manquait aussi aux collèges et aux maisons d'éducation, où sa place est peut-être encore mieux marquée que celle du Télémaque de Fénelon. Ne t'en offense pas, ombre tendre et sublime! Mais les jeunes gens ne verront, dans l'ouvrage de ton disciple, ni les coquetteries de Calypso , ni les charmes d'Eucharisj et l'instituteur, en apercevant dans ' les mains de ses élèves les Voyages de CyriiSj ne sera point obligé d'étudier sur leur visage l'impression qu'ils peuvent en recevoir.

Pour donner à cette édition un nouveau degré d'utilité, on y a joint quelques petites notes , que distingueront des caractères romains. Celles de l'auteur resteront indiquées par des caractères italiques.

On a rapproché, au bas des pages, le nom que portent présentement les- villes et les contrées, de celui que portaient autrefois les cités et les pays.

On a réuni également quelques éclaircissemens mythologiques , chronologiques , historiques même, quand la nature des choses a paru le demander.

Par exemple, M. de Ramsay finit son ou-

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