‹ Les voyages de Giovanni Verrazano [microforme]Chapitre 5 sur 6 · D PR ER SD © 4 RER A REC · texte numérisé non relu

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Un montagnais, sauvage du Canada, assistant à des litanies, entendait, après chaque verset, le répons : Ora pro nobis. Il comprenait carocana ouabis, ce qui signifiait dans sa langue: de la galette. Il se demandait, étonné, ahuri, comment des gens, qui paraissaient jouir de leur bon sens, pouvaient ainsi crier à leur Dieu, sans relâche, une heure durant : de la galette ! de la galette!

Jadis on écrivait les noms comme on les entendait et cela produisait des méprises comme celle du Montagnais. Les noms, même les plus illustres, subissaient des transformations invraisemblables.

Ainsi, celui d’Amerigo Vespucci est écrit Améric Vespuce, Albericus, Albericus Vesputius, Amerigo Vespuche, Amerrigo, Amerigo de Espuche, Vispuche, Despuchy, Vespuchi, Morigo, Morigo Vespuche !.

Christophe Colomb était nommé Colombo, Colombus, Colon, Colom, Colomo et, ce qui est une perle germanique, Christoffel Dawber, c'est-à-dire « Christophe Pigeon Mâle » :.

Comment s'étonner, après cela, que de Verrazano on ait fait Verrazzano, Verrazanus, Verrasane, Varassenne, Verazano, Verazze, Varesam ? Il n'y a pas plus loin de

t À, DE Humsopr, op. cit. ;t. IV, pp. 48, 49, 75, 188.

2 Jossr Rucnamer, Unbekanthe landte und ein neive Weldte in Kurtz versanger xeythe erfunden, édit. de Nuremberg, 1508, cap. 84 (cité par A. DE Humsoor, op, cit., t. III, pp. 389, 391), donne constamment en allemand, à Chistophe Colomb, le nom de Christofel Dawber.

Verrazano à Varèsam que d'Amerigo Vespucci à Morigo Vespuche ou de Colombo à Pigeon Mâle.

Comme nous l’avons dit, dom Joäo da Silveira a écrit à son souverain, le 24 décembre 1527, que Verrazano devait partir en février ou mars 1528, avec cinq navires, pour une rivière du Brésil.

Ce voyage, préparé de longue main, avait aussi pour but secret la découverte d’un passage au Cathay qui préoccupait si vivement la France, l’Angleterre et les cosmo-

graphes. C’est en vue de la découverte de ce passage que

Verrazanoa porté au roi d'Angleterre une copie de la carte de son frère. On n’a d’ailleurs sur ce voyage que les brefs renseignements recueillis par Ramusio et cités plus haut.

D'après la tradition, Verrazano aurait été pris et mangé par les Sauvages du cap Breton. C'est douteux. Ces Sauvages voyaient depuis longtemps des Normands et des Bretons; Jean Parmentier, qui passait là un an plus tard, dit, dans la relation de son voyage : « Entre le cap Ras » et le cap Breton habitent des peuples rudes et cruels » (austeri e crudeli) avec lesquels on ne peut pratiquer » ni converser » !. Cela ne veut pas dire qu'ils étaient anthropophages.

Selon Lescarbot, ces peuples ne mangeaient pas leurs ennemis, mais ils leur coupaient la tête et l'emportaient comme trophée 2. Ainsi faisaient les Gaulois, nosancêtres,

t Ramusto, Discorso d’un Gran Capitano di Mare francese del luogo di Dieppa, in Navigationi, t. ILE, fol. 335 4. 2 Marc L'ESCARBOT, op. cit., p. 38.

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les Montagnais et d’autres peuplades de l'Amérique du Nord.

Nos bons amis les Hurons mangeaient le cœur et buvaient le sang des prisonniers, qui les étonnaient par leur courage, et dévoraient, avec une joie frénétique, des morceaux de chair coupés à l'ennemi attaché au poteau du supplice!.

D'après le P. Gabriel Sagard, les Hurons et les Montagnais engraissaient et mangeaient leurs prisonniers de guerre et en réservaient des morceaux pour les malades. Le bon moine a connu deux femmes qui ont tué et mangé leurs maris. Mais les Hurons et les Montagnais étaient de l’autre côté du golfe, bien loin du cap Breton.

Il semble d’ailleurs que si Verrazano avait trouvé la mortsur cette côte, Jean Parmentier en aurait su quelque chose.

Les Floridiens étaient sédentaires, agriculteurs, bonnes gens et ne mangeaient pas de chair humaine.

Mais sur les côtes du Brésil, la merci Dieu ! les anthropophages ne faisaient faute. Certaines peuplades engraissaient leurs prisonniers, « comme des chapons », pour les manger 3.

1 Nicoas PERROT, Memoire sur les Mœurs, Coustumes, et Relligion des Sauvages de l'Amérique Septentrionale ; édit. du P. Taizuan ; Paris, Franck, 1864, pp. 98, 207, 242, 243.

2 GABRIEL SAGARD THEODAT, Histoire du Canada. Paris, Sonnius, 1636, pp. 442, 454, 455, 456, 464, 681-699.

3 Yves d'Evreux, Voyage dans le nord du Bresil fait durant les années 1613 et 1614 ; édité par FerDiNAND Denis ; Paris, Franck,

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Les Cambali, Cambazi ou Caribes, gens de taille colossale, étaient de gentil disposizione: ils ne mangeaient que les hommes et conservaient les femmes. Ils allaient chez leurs voisins à la chasse aux esclaves !.

Ailleurs, les habitants mangeaient leurs ennemis et trouvaient cette nourriture délectable. Un vieux scélérat se vantait à Vespuce d'avoir mangé plus de trois cents hommes.

Dans une cité, où il passa vingt-sept jours, le célèbre pilote a vu exposé, comme à l’étal d'un boucher, des morceaux de chair humaine salée, fumée, ou séchée au soleil. Les indigènes voyaient avec étonnement que les Portugais ne mangeaient pas leurs ennemis et disaient que « la chair humaine est merveilleusement savou- » reuse, suave, délicate et donne de l'appétit » 2.

Selon toute apparence, c’est sur ces côtes inhospitalières du Brésil que Giovanni da Verrazano a perdu la vie.

1864, pp. 46, 53. — JEAN DE Lery, Hist. d'un voyage faict en la terre du Brésil ; édit. de PauL GArFAREL ; Paris, Lemerre, 1880, t.1, p.130 ;t.lIl, pp. 43 et seq. — Anpré Tuever, Les Singularitez de la France Antarctique; édit. de PAUL GAFFAREL; Paris, Maisonneuve, 1878, pp. 197 et seq.

1 Quatuor Americi Vesputii Navigationes. — De secundariæ navigationis cursu ; in Navarrete, t. III, p. 258. — Lettre à Soderini citée par A. de Humboldt, op. cit., t. IV, p. 207.

2 Sommario di Amerigo Vespucci Fiorentino di due sue navigationi al Magnifico M. Pietro Soderini Gonfalonnier della Magnifica Republica di Firenge; in Ramusio, 3e édit., rer vol., fol. 131c.

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