‹ Les voyages de Giovanni Verrazano [microforme]Chapitre 4 sur 6 · GIOVANNI FLORIN · texte numérisé non relu

GIOVANNI FLORIN

Au mois d'avril 1525, Johanem Florim, commandantune flotte d'Ango, captura un navire qui faisait route pour San Lucar de Barrameda, près de Cadix !.

En août 1525, Johanes Florim pille un navire portugais, entre Faro et Tavira, ports de l'Algarve?.

En 1526, Johanem Florim est sur les côtes de Portugal. Au mois d'avril, il y capture, à vingt lieues de Tavira, un navire por-

GIOVANNI VERRAZANO

En 1525, à la fin de septembre, « Messire Jehan de Verrassane », sous le coup d’une clameur de haro interjetée par Guillaume Eynault, dit Cornette, de Dieppe, se fait cautionner par honorable homme Zenobis de Rousselay, bourgeois marchand, demeurant à Rouen.

Par contrat postérieur à 1525, Philippe de Chabot, amiral de France et de Bretagne, Guillaume Preudhomme, général de

! Requisitoria n° 17, in PERAGALLO, op. cit., p. 188. 2 Requisitoria n° 8, in PERAGALLO, op. cit., p. 188. 3 Archives du Parlement de Normandie. Communication de

E. Gosselin.

tugais. En mai, il s'empare d'un navire qui faisait route pour les Canaries !.

sur le commerce maritime de

1 Requisiloria n° 8, in PERAGALLO; OP: cit.,

1 P. MarGry, Op. cit., PP- 195 et se Rouen ; Rouen; 1857 t. Il, P- 442.

Normandie, Pierre d'Espinolles, Jehan Ango, Jacques Boursier et messire Jehan de Varesam, souscrivent vingt mille livres pour l'envoi aux Indes, sous le commandement de Varesam, dedeux gallionsappar tenant à l'amiral et d'une nef appartenant à Ango:.

Le vendredi 11 mai 1526, « noble homme Jehan » Varrassenne, capitaine » des navires esquippez » pour un voiage des Indes, » lequel fist, nomma , , ordonna, constitua €t » estably son procureur » général et certains MES- » sagiers especiaulx, cest » assçavoir Jerosme de » Varrassenne, Son frere » et heritier, et Zanobis de Rousselay ”:

q. — E. DE Frévilce, Mémoire

Cette pièce est signée JANUS VERRAZANUS!.

Le lendemain, 12 mai 1526, « noble homme » Messire Jehan de Varras- » senne, capitaine des » navires esquippez pour » aller au voiage des » [ndes», donne une procuration à Adam Godefroy, bourgeois de Rouen 2.

On peut ergoter longuement, toujours, éternellement, il n’en restera pas moins certain qu'en l’an du Seigneur 1526, Giovanni Florin guerroyait sur les côtes d'Espagne, tandis que Giovanni Verrazano était à Rouen. Continuons :

Au mois de juin 1527, , Giovanni Florin prend un navirequi faisait route pour les Flandres.

Au mois de septembre, il en prend un autre qui se rendait à Lisbonne 3.

! Archives du Parlement de Normandie. Comm. de M. Ch. de Beaurepaire.

2 Archives du Parlement de Normandie. Comm. de E. Gosselin. 3 Requisitoria no 3, in PERAGALLO, op. cit., p. 1 80.

sr 29 de

En septembre ou octobre de la même ahnée, Juan Florin est capturé par des biscayens, conduit à Cadix, de Cadix à Madrid et de Madrid à Colmenar de Arenas, près de Tolède, où il est exécuté en novembre, sur

Le 24 décembre 1527, plus d’un mois après la mort de Giovanni Florin, Joäo da Silveira, ambassadeur de Portugal, écrivait à son souverain que Mestre...

Verazano devait partir, en février ou mars, avec cinq

un ordre signé par Charles. navires dont ilétait l'ami-

Quint, à Lerma, le 13 ral, pour une rivière du

octobre 15271. Brésil, où se trouve un fort, castellano ?.

Puisque le corsaire Florin est sur les côtes d’Espagne tandis que Verrazano est à Rouen, puisque le premier ‘est mort tandis que le second vit encore, il y avait un Florin et un Verrazano.

Une autre dissemblance existe entre Florin et Verrazano, D’après les requisitoria 8 et 17 du docteur Giorgio Nunes, Giovanni Florim avait pour fils et héritier

1 Letter from the Judge of Cadix to Charles V, giving the Names of the Principal Persons Captured with Juan Florin, and his Death. Translated from the original in the Archivo general in Simancos Estado : Legajo 13, fo 346. — Letter of the Judge of Cadiz in answer to a Royal Missive, Stating by from Juan Florin was Captured, and his Execution. Ces deux lettres sont sans date ct signées : Licencrano Gizes. Murpuy, op. cit. pp. 167-169.

2 Alguns Docum. do Archiv. Nacion. do Torre do Tombo. La lettre citée a été publiée par M. Luigi Hugues et réimprimée par M. Peragallo, op. cit, p. 190.

Franciscus Florim, qui habitait aux environs du Havre-de-Grâce, tandis que Giovanni Verrazano, comme on l’a vu plus haut, avait pour héritier son frère Hieronimo, ce qui suppose qu'il était sans enfants.

Gonzalez Barcia dit que Verrazano fut corsaire au service de la France. Pourquoi non? Il était honorable de

marcher dans une carrière où Duguay-Trouin, Jean Bart

et Surcouf devaient se couvrir de gloire.

Corsaire ou non corsaire, il a, dit Barcia, découvert la Floride jusqu'à la rivière Canada ou Saint-Laurent, et en

a informé le roi François Ier par sa lettre du 8 juin (juillet) 1524.

Des auteurs, ajoute-t-il, font mourir Verrazano au moment où il se disposait à revenir en France ; d’autres prétendent qu'il fut mangé par des Sauvages, mais . seulement l’année suivante. Si Verrazano n’a pas revu la Floride, il est difficile d'accorder ces auteurs.

La vérité, continue-t-il, est qu’en ce temps-là nos mers étaient infestées par Jean Florentin, pirate français, qui se rendit fameux par la capture, en 1521, d’un navire qui portait, à l'empereur Charles-Quint, de la part de Fernand Cortez, de l'or, de l'argent et autres choses précieuses, Depuis, il a fait subir aux Espagnols de grandes pertes. Cette année, este año (1524), il fut pris à son tour, près des Canaries, par quatre navires biscayens, et conduit à Séville avec ses capitaines, tous furent condamnés comme pirates, ennemis publics, et pendus à Puerto del Pico.

Il était bien malrenseigné, car, d'aprèsles pièces authen-

tiques citées plus haut, Florin fut pris en 1527; conduit \ Cadix, puis à Madrid, et son exécution eut lieu à Colménar de Arenas:

M. Murphy dit que Barcia est le premier qui ait identifié Verrazano avec Florin.

Barcia raconte la découverte de Verrazano; puis les exploits de Florin et réunit les deux récits par cé membre de phrase: La verdad es, que €ñ este tiempo, infestaba nuestros mares, Juan Florentin pirala Frances.

Cela suffit pour accuser Barcia, auteur consciencieux ; exact, d'une erreur grossière ? [1 distingue très bien Juan Verrazzano;, corsario de Francia, de Juan F lorentin, pirata Frances, et rien, dans ja. suite du discours, ne donne lieu de supposer qu'il voyait dans CES deux marins un seul et même homme: s'il avait Eu une certitude, même un doute, {1 l'aurait dit clairement"

Cependant, Ce passage de Barcia à dà peser Sur M. Luigi Hugues quand il explique ainsi l'identification de Verrazano avec Florin : « Si nous entendons qué ce , nom « Flciin » n'est autre qu'une variante de « Flo- , rentin », et cette hypothèse n’a en soi rien d’étrangé ni » de singulier ; si en outre on suppose qu'en France y Verrazano était surtout connu SOUS Je nom de Sa cité

,» natale, de sorte qu’on l'appelait simplement Le Floe souvent, même aujourd'hui, à

» rentin, ainsi qu'il arriv famille,

» des personnes connues, non SOUS Jeur nom de

la historia gene”

1 GonzALEZ BARCIA+ Ensayo0 chronologico; para g (publié sous le

ral de la Florida, Madrid, Oficina, real, 17235 P: pseudonyme de Gabriel de Cardenas):

» mais sous un nom dérivé de celui du lieu de leur nais- » sance où de la cité qu’eux ou leursancêtres ont habitée, » on admettra que, peu à peu, naturellement, le nom de » Florin a pu se substituer à celui de Verrazano, ainsi » qu’il paraît résulter d'importants documents qui se » rapportent à ce navigateur » !.

Ces hypothèses ne peuvent plus être admises. Comme on l’a vu par les pièces citées, en France, en Espagne et en Portugal, notre découvreur était connu sous son nom plus ou moins altéré de Verrazano, tandis qu’en Espagne et en Portugal, le corsaire était toujours appelé « Florin », « Florim » ou « Florentin ».

Florin était un intrépide, habile et heureux corsaire; de 1521, au moins, à 1527, il a été la terreur des marins de la péninsule ibérique. Comment croire que le gouvernement espagnol ignorait son nom et qu'il l’a pris, condamné, exécuté sous un nom de guerre, alors surtout qu’il connaissait très bien les noms, prénoms et familles de ses officiers ?

Ce n'était d’ailleurs pas la première fois qu’un homme était chargé des faits et gestes d’un autre homme. On en peut trouver un exemple sans remonter à l’antiquité.

Sous le règne de Louis XI, un cadet de Gascogne, nommé Guillaume de Casenove, était vice-amiral de Normandie. Il était surnommé Colon, Coulon, Coulompt ou

1 Luicr HuGues, Sulla identità del fiorentino Giovanni de Verrazgano con Giovanni Florin; broch. de 6 p. Casale, 1897, pp. 2, 3.

Coullon, mots qui, dans la vieille langue française, signifiaient « pigeon » ‘. Les Italiens ont traduit par Colombo, les latinistes par Colombus le surnom du viceamiral de Normandie.

Le ier octobre 1474, l'amiral Cazenove a capturé, à la hauteur du port de Vivero en Galice, deux galéasses appartenant à Ferdinand, roi de Sicile. Cet exploit et bien d’autres avaient fait de lui le marin le plus célèbre de son temps.

De ce qu’il avait le surnom de Colon, Fernand Colomb le prit pour l’un de ses parents et dit bravement : la famiglia de’ Colombi non era tanto oscura como egli (Giustiniani) diceva. Le père, qui sans doute pensait comme le fils, avait écrit à la nourrice de don Juan de Castille : lo non sono il primo ammiraglio della mia famiglia.

Plus tard Liebniz accola au surnom de Cazenove le prénom de Christophorus. Prévenu de son erreur, il la rectifie. Vainement. Guillaume de Cazenove reste Christophorus Colombus et l'on attribue, au découvreur de l'Amérique, plusieurs de ses exploits, notamment sa capture de 14742.

1 LA CURNE DE SAINTE-PALAYE, Dictionnaire de l’ancien langage françois, verbo Colomb.

2 Historie del signor don Fernando Colombo ; Milano, 1619, pp. 12, 19. — Henry HarRisse, Les Colombo de France et d'Italie, fameux marins du xve siècle; Paris, Tross, 1874. — WAasHINGTON IRviNG, À history of the life and voyage of Christopher Columbus ; Paris, Galignani, 1828, Book I, chap. 11.

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