Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses oeuvres, son influence
On a dit que la vie de saint Jérôme était un curieux épisode dans l'histoire de l'Église : le mot est heureux, il attire aussitôt les regards sur l'ermite de Bethléem, mais éclaire-t-il d'une lumière assez vive son nom et son influence? Personne plus que nous n'admire la majestueuse simplicité de nos annales; le merveilleux y éclate à toute heure et n'est plus un effet fantastique produit par l'imagination d'un historien poêle : personne ne reconnaît plus volontiers que nous les sublimes beautés de la grande épopée chrétienne; bien mieux que V Iliade et V Enéide, elle suspend notre attention à des péripéties soudaines, à des chants d'un irrésistible intérêt. Au milieu de celte action qui traverse ainsi les âges courant à son dénoiiment depuis dix-huit siècles.
II PIŒFACE.
l'existence de saint Jérôme doit-elle être vraiment considérée comme un simple épisode, et le {gardien des deux Testaments nous apparaîtrait -il comme le Grec Achéménès oublié par Ulysse dans nie des Cyclopes? Celui que l'Église salue et invoque comme le plus grand de ses docteurs a dû, pour mériter ce titre glorieux, jouer un rôle plus important, exercer une autorité plus sérieuse dans le christianisme. Nous avons voulu étudier cette influence, en chercher l'origine, en suivre le développement. Les voyages de saint Jérôme l'ont mêlé aux hommes et aux choses de son temps, ses études l'ont initié aux secrets du passé, ses travaux sur la sainte Ecriture lui donnèrent dans l'Église une puissance dont il ne paraît nullement déchu.
Il nous a semblé que ces éléments divers remplissai:ent la vie de Jérôme d'une certaine confusion qu'on n'a point encore essayé de dissiper. L'esprit du lecteur s'égare, son attention se fatigue sur l'immense variété des choses qui s'offrent à sa vue; d'une lettre il passe à une traduction, d'une dispute il tombe dans un commentaire, du désert de Chalcis il arrive à Constantinople. Nous nous sommes proposé d'éclairer ces ténèbres : comme la vie de saint Jérôme est
PREFACE. m
tout entière dans ses voyages, nous les avons soigneusement distingués, chacun d'eux est devenu un cadre où nous avons exposé tantôt ses remarques sur les pays qu'il visitait, tantôt ses observations sur les hommes qu'il avait connus : ici ses idées sur l'éloquence et ses recherches sur l'histoire; là, sa connaissance de l'antiquité chrétienne et son admiration quelque peu inquiète des auteurs païens; ailleurs, ses réflexions sur la société romaine; plus loin le caractère de ses discussions; enfin ses savantes études sur les livres sacrés. Ainsi dans une mine féconde, l'or, l'argent, le plomb même, se trouvent confondus : la main de l'ouvrier vient les séparer par une suite de préparations diverses, et chacun de ces métaux libre et rendu â lui-même brille de l'éclat qui lui est propre.
Saint Jérôme a été lui-même notre guide; nous l'avons étudié dans ses écrits, chacun de ses ouvrages a fixé notre attention, nous nous sommes laissé entraîner aux élans divers de cette nature passionnée, qui aux emportements d'un soldat joint l'âme tendre et bonne d'une sœur de charité. Le Nain <^e Tillemont, Vallarsi, quelques pages d'Ozanam, de M. Villemain, de M. de Montalembert nous ont dirigé dans notre travail.
tV PRÉFACE.
A côté de ces clignes admirateurs de saint Jérôme^ nous n'avons point négligé ses adversaires : Luther trahissant le secret de sa vie et de ses erreurs par son jugement sur l'ermite de Bethléem': « Je ne connais point de maître qui me déplaise « aussi fort que Jérôme, car il ne parle que de « jeunes, d'abstinences, de virginité, etc....; » Scaliger, Jean Le Clerc, qui s'exprime en ces termes : « Laissez de côté une étude sérieuse des « Crrecs et surtout des Latins, unie à une élo- « quence et à un style déclamatoire, selon le V goût du temps, tout le reste en lui est mé- « diocre. Sa connaissance de l'hébreu et même « du grec est très-superficiel le; il avait plutôt « effleuré qu'approfondi la théologie et les au- « très sciences. Dans l'invention, il n'a presque « pas de méthode; ses raisonnements et ses « conclusions se distinguent luieux par l'en- « flure et l'exagération que par la force et la « justesse. » Ces observations critiques d'un protestant sont plus que sévères, elles ne nous ont point déconcerté, nous nous rappelions un passage où le sceptique Erasme a si hautement exprimé son admiration pour notre saint doc-
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