CHAPITRE VIII
dans les sentiers de l'erreur. Un jour, ils ouvrirent les yeux à la lumière , la beauté iucréée dont Platon avait entrevu quelques traits, se découvrit à ces deux grandes âmes dans ses perfections toujours anciennes et toujours nouvelles; ils commencèrent une autre vie et devinrent les défenseurs les plus redoutés de la foi et de l'Évangile. Jérôme quitta jeune encore son pays, sa famille, sa maison qu'il ne nous montre pas égayée par le sourire de sa mère, c'est pourquoi peut-être il a conservé dans sa nature quelque chose d'âpre, de sauvage; mais cette dureté est tout extérieure, elle cache l'âme la plus aimante , le cœur le plus sensible et le plus dévoué. Augustin, toujours conduit par sainte Monique, semble à cette école s'être lui-même pénétré pour les autres de cette tendresse maternelle qui veilla sur ses jeunes années; le fiel ne saurait entrer dans son âme, l'amertume ne pourrait couler de ses lèvres, sa bonté, sa douceur, sa charité, tout déjà présage à l'Église le docteur de la grâce. Jérôme et Augustin sont tous deux partisans déclarés de la vie monastique, l'un la cherche dans les déserts, dans la solitude, l'autre la trouve au milieu du monde, dans sa maison épiscopale; chose extraordinaire qui achève de distinguer ces deux hommes, celuici se tient à l'écart de toutes les femmes, de sa sœur même, celui-là trouve en elles l'affection la plus pure, l'amitié la plus sainte, pour tempérer les ennuis qu'il eut à subir de la malice et de la jalousie des hommes *.
La renommée avait porté en Afrique, aux oreilles d'Augustin, le nom et la réputation de Jérôme; peut-être en avait-il entendu parler à Rome, où le souvenir de l'ermite de Bethléem était demeuré si profondément en-
' s. Jérôme et les Dames romaines, ci-dessus, p. 248.
racine; toujours est-il que le jeune évêque d'Hippone connaissait les ouvrages de notre saint docteur. Il arriva qu'en lisant le Commentaire de VÊpitre aux Galates, Augustin fut choqué de ce qu'il y remarqua au sujet de la discussion de saint Pierre et de saint Paul sur les cérémonies légales. Suivant Jérôme, l'opposition de saint Paul était seulement dans la forme, sa résistance ne fut que fictive*. Cette explication ne plut pas à saint Augustin, qui repoussait loin de lui l'idée de voir les Écritures patroner le mensonge. D'après l'évêque, Paul ne êe trompait pas en observant les cérémonies de la loi, quoiqu'elles ne fussent plus nécessaires, mais il eut raison de reprendre saint Pierre qui voulait y soumettre les Gentils. Il écrivit donc à ce sujet une première lettre à saint Jérôme*, c'était en 394 : cette lettre estcharmante. Cicéron n'en écrivait pas de plus aimable, Pline n'a point cette délicatesse de sentiments. Profuturus apporta cette missive à Bethléem, mais, sur ces entrefaites, il fut nommé évêque de Cirtha et mourut peu après son élection. La question demeura pendante, et durant les trois ans qui suivirent, nous n'avons aucun monument de la correspondance de saint Jérôme et de saint Augustin.
En 397, l'évêque d'Hippone revint à la charge pour obtenir l'explication de ce passage de l'Epître aux Galates; il engageait doucement notre saint à reconnaître qu'il s'était trompé, et à chanter la palinodie'. Celle lettre ne vint pas à son adresse ; il lui arriva comme à l'œuf du bon La Fontaine, qui, grâce à la renommée, de jour en jour allait croissant : de même de cette simple lettre on fit bientôt un livre composé contre l'ermite de Bethléem
* Comment, in Epist. ad Galatas, lib. 1, cap. ii, t. IV, p. 242, et seq.
* Ep. LXV, ad Hieion., id., p. G(M.
* Ep. LXVII, ad Hieron., id., p. 606,